Les Jésuites, un ordre géopolitique ? (Partie 2)

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Le pape François est le premier jésuite à devenir pape. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Le conflit entre jésuites et jansénistes va mettre à mal les jésuites qui vont payer cher l’issue de ce débat. Ces deux courants du catholicisme ont deux conceptions bien différentes pour la religion du Christ. Les jésuites pensent que dans chaque décision, on a sa liberté qui nous est propre. Tandis que les jansénistes pense que tout est écrit par avance, dans le cadre de la volonté de Dieu.

Par ailleurs dans les pays du nouveau monde où les jésuites se sont implantés, ils vont se faire progressivement bannir et même en Europe. Les raisons : les privilèges (non paiement de la dime donc cela semer la discorde entre eux les autres ordres religieux de l’Eglise catholique). L’autonomie accordée par le pape et les missions qu’ils faisaient. La querelle des rites provoquée par les jésuites car leur pratique ne plaît pas à tout le monde. En effet, ils s’adaptent en fonction des rites, des coutumes d’origine du peuple évangéliséAlors le pape Clément XIV supprime la compagnie de Jésus en 1773. Cette décision survient après que les jésuites sont expulsés de nombreux pays dont la France en 1763 après l’histoire de Lavalette (scandale financier qui va faire plonger la compagnie de Jésus). Toutefois, seul la Russie de Catherine II et la Prusse refusent de promulguer le décret du Pape et ainsi, les jésuites peuvent ainsi venir librement.

L’ordre est réhabilité en 1814 par le Pape Pie VII. Le retour fut possible car le pape avait la volonté de le faire tout comme son prédécesseur Pie VI. Et les grandes puissances occidentales ont manqué d’unité face aux incessantes demandes de restauration des jésuites. La restauration de la compagnie de Jésus permet la reprise de missions évangéliques. A commencer par les Etats-Unis, l’Amérique Latine, en Chine et notamment Madagascar. Avec l’ouverture de collèges, de conversions. Une mission au sens du christianisme est de faire du prosélytisme, de «  répandre la bonne nouvelle  » dans les terres qui n’ont pas été évangélisées. Puis ensuite d’arriver à les convertir à la religion catholique. Que ce soit en Amérique, en Asie ou en Océanie, la compagnie de Jésus a réussit à imprégner fortement les populations et effectuer leur prosélytisme.Japon, Chine, Australie, Etats-Unis, Pérou, Equateur, Inde et Brésil sont les parmi les premiers à voir les compagnies de jésuites débarquées.Malgré tout un faible nombre des jésuites sont en mission dans les pays. Beaucoup s’occupent de l’enseignement.

Suite à la renonciation du pape Benoit XVI le 11 février 2013. Officiellement car l’âge l’a rattrapé et qu’il était en incapacité de pouvoir mener sa fonction. Ou cela serait à cause du Vatileaks (corruption dans la gestion du patrimoine de l’Eglise). François Ier est élu pape par le conclave le 13 mars 2013. Il est de ce fait, le premier pape jésuite élu dans l’Eglise catholique. Il représente cet idéal de la pensée jésuite en étant à proximité des gens qu’il rencontre. En étant toujours à l’action et capable de garder cette présence avec Dieu. Par le biais des «  bains de foules  », des gestes aux malades, aux souffrants. De plus il possède la formation des jésuites qui dure une dizaine d’années. D’autant que jésuites ont prêté d’obéissance au pape, donc c’est assez extraordinaire que les jésuites prêtent obéissance à un pape qui est lui-même jésuite. Mais les jésuites avaient déjà bien imprégnés les coulisses du Vatican en obtenant des fonctions auprès du Pape ou ailleurs. Ce qui change avec les autres souverains pontifes c’est que le pape François a été proche et a l’expérience Concernant le choix du nom du pape selon François Euvé «  Sa décision de choisir le prénom de François le rapproche de notre fondateur Ignace de Loyola qui avait une tendresse toute particulière pour François d’Assise ».

En plusieurs siècles d’existence, la compagnie de Jésus a su se constituer comme le bras droit de l’Eglise catholique. Puis d’autres ordres ont pris plus d’importance comme l’ordre franciscain notamment. Il n’empêche cela n’enlève en aucun la capacité prosélytiste de la compagnie au vu de son bon nombre d’implantation dans les pays du monde. Leurs «  bastions intellectuels  restent en Europe mais c’est en Asie où ils recrutent le plus, c’est là où la compagnie de Jésus a le plus de chance de se renouveler  » selon Jean Delumeau. Tout en respectant leur mission d’origine à savoir respecter l’appel de la foi, défendre les opprimés et «  construire un avenir de solidarité  ».

Les Jésuites, un ordre géopolitique ? (Partie 1)

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Le pape François est le premier jésuite à devenir pape. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP

En 1556, les jésuites étaient plus d’un milliers. En 2013, la compagnie de Jésus compte désormais plus de 17 000 membres à travers le monde. Leur influence grandissante dans le temps sera marqué par des soubresauts. Jésuite au départ de veut pas dire membre de la compagnie de jésus. Les personnes utilisaient ce terme afin de désigner une personne trop croyante, trop pieuse. C’est avec la création de la compagnie en 1534, que le terme jésuite prend son sens connu aujourd’hui.

L’ordre des Jésuites a été crée par Saint Ignace Loyola dans le courant du XVIème siècle. Il transcrit son expérience personnelle qui associe «  apostolat de tous les jours à la régularité de la vie religieuse encadrée par des vœux mais sans les obligations de la vie conventuelle  » selon Jean-Urbain Comby, professeur émérite d’histoire de l’Eglise à la faculté de théologie de l’université catholique de Lyon. C’est ainsi qu’avec son livre «  Exercices spirituels  », il parvient à lancer ce mouvement qui consiste faisant l’expérience d’une relation avec Dieu cela va permettre de porter une lumière sur les choix à faire. Leur mission est apostolat, c’est à dire diffuser la foi chrétienne. Ainsi Jean-Urbain Comby relate les ambitions de Saint Ignace Loyola. «  de partir en Terre sainte afin de convertir les musulmans  ». Cependant, cela n’étant pas possible, «  Ignace demande au pape d’approuver la création de la Compagnie de Jésus qui travaillera à l’avancement des âmes dans la vie et la doctrine chrétienne et à la propagation de la foi…  ». Les membres de la Compagnie s’engagent par un vœu particulier au service du pape. Ainsi s’annoncent les orientations de la Compagnie  : l’évangélisation lointaine, l’éducation de la jeunesse et la direction des élites comme la lutte contre la réforme protestante.  » conclu Comby. Leur symbole de la Compagnie de Jésus possède les trois lettres IHS (Jésus en grec) avec la représentation de trois clous qui sont les symboles de la crucifixion de Jésus. C’est un ordre exclusivement masculin. L’éducation a pris une grande part pour devenir jésuite. Ainsi, leur formation dure dizaines d’années (15 ans pour être précis). Ce qui leur est enseigné concerne les sciences, la théologie, la philosophie principalement des sciences humaines. Leur particularité réside dans le fait que comme tout les chrétiens, ils font voeux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté. Sauf que un quatrième crédo s’ajoute à cela, l’obéissance totale au pape par rapports aux missions qui leurs sont confiées. Ils sont au service de l’Eglise catholique. De plus, ils vivent parmi la communauté. La mission des Jésuites est marqué par une expérience avec Dieu qui le conduit sur le chemin à se dévoué entièrement dans l’aide de son prochain.

Depuis leur création en 1534, les jésuites ont eu un grand impact à travers le développement du catholicisme et de l’autorité du pape en général. Partis de dix hommes en 1540, deux siècles après ,en 1749, ils sont 22 589. Cela montre leur période d’âge d’or. Ils ne sont reconnus officiellement que en 1540 par le pape Paul III, ce qui fonde la Compagnie de Jésus. Leur rôle est clairement établit, ainsi, ils serviront l’Eglise et par la même occasion le Christ. C’est dans un contexte mouvementé de contre-réforme que les jésuites ont pu prendre de l’influence. Cela commence déjà par le concile de Trente en 1542, qui a pour but de revigorer l’Eglise et de faire opposition à la réforme protestante. Ainsi les jésuites vont lutter contre l’influence du protestantisme car ils sont à l’origines de ces réformes nouvelles. C’est ce qui va permettre l’instauration de nouvelles règles au sein de l’Eglise comme l’enseignement du catéchisme mais aussi une amélioration de la formation des prêtres. La confession qui passe en privé et plus fréquente. Mais ils vont aussi créer des collèges, des séminaires. Car ils vont former en grand nombre à leur doctrine, et ce partout dans le monde.Au XVIIe, ils dirigeons plus de 700 écoles à travers le monde.

Daesh est-il un Etat Islamique ?

          A la naissance de l’État Islamique en Irak et au Levant en juin 2014, Barack Obama déclarait «Daesh n’est certainement pas un État». Aujourd’hui la réalité est plus complexe pour Daesh qui fait la une régulièrement de l’actualité pour sa barbarie. L’État Islamique en Irak et au Levant propose une nouvelle offre politique. Celle-ci a été possible grâce à l’addition de plusieurs facteurs: l’intervention américaine en Irak, le chaos institutionnel en Syrie, l’hostilité entre chiites et sunnites, l’immobilisme occidentale sur la stratégie à adopter au Moyen-Orient.

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~ Quelque part en Irak ou au Levant (source: warsclerotic.com)

Il y a un débat lexical sur le terme d’État Islamique dans le monde. Les communiqués officiels du Quai d’Orsay et de l’Élysée refusait le terme d’État Islamique puisque « le groupe terroriste dont il s’agit n’est pas un État, il voudrait l’être, mais il ne l’est pas » (Laurent Fabius). Alors depuis 2 ans la France utilise Daesh, l’acronyme de Dawla al-Islamiyah f’al-Iraq wa Belaad al-Sham, traduit par État Islamique en Irak et au Levant. Les différentes polémiques autour de la nomination de ce groupe de type salafiste jihadiste est révélateur. Un État se défini et se construit par le temps, alors qu’une pérennité de Daesh est impossible.

En droit international, d’après la Convention de Montevideo de 1933 un État souverain est délimité par des frontières territoriales établies, à l’intérieur desquelles ses lois s’appliquent à une population permanente, et est constitué d’institutions par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectif. Alors, la définition d’un État s’articule autour de trois grandes lignes.

La première concerne une implantation territoriale avec des frontières établies. L’État Islamique s’est développé au Moyen Orient et contrôle une zone Irako-Syrienne balayant les frontières de Sykes et Picot de 1917. A son apogée l’État Islamique s’est étendu jusqu’à flirter avec la taille du Royaume-Unis (60 000km²), et ainsi puise dans les ressources économiques présentes sur son sol (pétrole, gaz, agriculture).
De ce fait, en découle une importante population à administrer. Environ 10 millions de personnes sont devenu – de gré ou de force – des «citoyens» de l’État Islamique. Enfin la dernière condition à remplir pour être un État, c’est un enracinement institutionnel afin de garantir sa pérennité.
Max Weber pensait que «la bureaucratie est le moyen le plus rationnel que l’on connaisse pour exercer un contrôle impératif pour des être humains». Daesh organise la vie quotidienne de sa population pourtant rythmée par les bombardements avec La Charte de L’État Islamique en Irak et au Levant.. Avec des structures administratives très organisées, l’État Islamique assure les services publics, plafonne les loyers, fait des distributions alimentaires gratuites, ouvre des cantines, répare des routes… Autour de son administration, l’État Islamique organise les services publics, qui fonctionnent, afin de se rendre indispensable à sa population.

Le décor institutionnel posé, Daesh est sans doute un proto-Etat – littéralement un État en formation, du grec prôtos: «Premier en temps ou lieu» – puisqu’il vit une situation double: la construction d’un état et la permanente lutte pour sa survie. Daesh fait des efforts en terme de politique, pour s’émanciper d’Al-Qaïda qui n’avait pas de volonté étatique. Avec son autonomie politique, économique et juridique, Daesh révèle aux yeux du monde sa capacité d’organisation et d’autogestion face à ses adversaires.

          En faisant vivre la proclamation du califat plutôt que d’en faire seulement un slogan, l’EI parvient à procéder à la jonction entre stratégie locale et internationale qu’aucun groupe jihadiste n’a accomplie. Les organes étatiques de Daesh sont évidemment la preuve de la volonté de Daesh de perdurer – d’où son slogan «baqiya» signifiant pérennité – même si son action terroriste et criminelle empêche une reconnaissance internationale et donc quelconque durabilité. Alors que, paradoxalement, l’idéologie (utopique) de Daesh est la construction d’un État à volonté millénariste c’est a dire qu’il y a une conviction de la venue de la fin des temps, qui impose de choisir le camp du bien face aux forces du mal.

Louis Lécuyer

Enquête de la CPI sur de potentiels crimes de guerres émis par la CIA

La procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, envisage une ouverture d’enquête sur des crimes de guerres violant les droits de l’homme, commis par les soldats américains, les Taliban, et le gouvernement afghan.

 Une première pour la CPI :

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Photo : Human Rights Watch.org

 Une enquête de cette envergure serait la première du genre. La CPI n’a jusqu’à présent, jamais émis d’accusations de crimes de guerre envers les Etats-Unis. Washington aurait dès lors envoyé une délégation au siège de la Haye afin de suivre attentivement le dossier.

La CPI, selon des journalistes du magazine américain Foreign Policy, n’a pas encore interrogé des experts judiciaires ainsi que des témoins concernant l’enquête.

La particularité de cette enquête est que les Etats-Unis se sont retirés de la CPI en 2002, et donc que les décisions de la CPI ne peuvent impacter la politique militaire américaine.

La porte-parole du département d’Etat Elizabeth Trudeau a d’’ailleurs profitée de cette imminente ouverte d’enquête pour rappelé que les Etats-Unis n’avaient pas ratifié le statut de Rome instituant la CPI et donc qu’ils ne reconnaissaient pas la juridiction du tribunal de la Haye.

Cependant, même si l’ouverture de cette enquête sur les Etats-Unis est unique, il est à noter qu’auparavant, de nombreuses tentatives de la haute instance judiciaire visaient à dénoncer les conditions des détenus afghans par le personnel américain, notamment entre 2003 et 2005.

Ces accusations refont surface puisque le 14 novembre dernier, le bureau du procureur de la Haye déclare qu’il estime avoir un « motif raisonnable de croire » que le personnel américain aurait entre 2003 et 2004, torturé 61 prisonniers en Afghanistan et 27 autres dans des lieux de détention de la CIA en Europe (Pologne, Lituanie, Roumanie).

Fatou Bensouda soumet l’idée dans un rapport, que : « des membres de l’armée américaine et de la CIA ont eu recours à des méthodes constitutives de crimes de guerre de torture, traitements cruels, atteintes à la dignité de la personne et viol ». le rapport va même plus loin en estimant que « la gravité des crimes allégués est renforcée par le fait qu’ils auraient été perpétrés en exécution d’un plan ou d’une politique approuvée dans les plus hautes sphères du gouvernement américain, au terme de longues délibérations ». Enfin, La procureur en chef de la Cour pénale internationale dénonce cette politique comme étant un moyen d’obtenir « des renseignements au travers de techniques d’interrogatoire s’appuyant sur des méthodes cruelles ou violentes destinées à servir les objectifs américains dans le conflit en Afghanistan ».

Washington dément formellement les accusations :

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Photo : Al Jazeera.com

 Mardi 15 novembre 2016, les Etats-Unis ont réagis face à ces accusations portées par la CPI, par l’intermédiaire de la porte-parole du département d‘État, Elizabeth Trudeau.

« Nous ne pensons pas que l’examen ou l’enquête de la CPI concernant les actes du personnel américain en Afghanistan soient justifiés ou appropriés ».

En réponse, elle insiste sur le fait que les Etats-Unis sont eux-mêmes capables de juger et punirent les erreurs émises par son personnel militaire et les décideurs politiques.

« Nous disposons d’un système national solide d’enquête et de responsabilité qui est aussi bon que dans n’importe quel pays dans le monde ».

La porte-parole du département a d’’ailleurs profitée de cette imminente ouverte d’enquête pour rappelé que les Etats-Unis n’avaient pas ratifié le statut de Rome instituant la CPI et donc qu’ils ne reconnaissaient pas la juridiction du tribunal de la Haye.

Elisabeth Trudeau a également insisté sur le fait que les États-Unis s’attachaient à enquêter et traduire en justice leurs militaires, agents, et décideurs publics qui se seraient rendus coupables de crimes ou toute infraction vis à vis des droits de l’homme.

« Nous faisons un travail extraordinaire d’enquête fondé sur des allégations crédibles, nous nous tenons pour responsables et nous bouclons nos enquêtes de telle sorte que la justice soit rendue », a t-elle assurée.

 Les crimes de guerres reprochés sont d’avoir utilisés des techniques de torture interdites, notamment le waterboarding (simulation de noyade), la privation de sommeil, ou encore l’exposition à des températures extrêmes.

Cette enquête demeure un secret de polichinelle, dans la mesure ou après les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement de George W.Bush avait autorisé les techniques d’interrogatoire dites «améliorées » envers les prisonniers détenus par la CIA ou d’autres institutions fédérales américaines.

 

Jean BENOIT

Les zèbres de la Paz : quand le burlesque dénonce une réalité sociale

Zèbres 1.jpgLes Zèbres faisant la circulation à LA PAZ

Exil rural et sécurité routière

Cela fait maintenant 15 ans que les zèbres de la Paz peuvent être aperçus dans les rues de la ville afin d’essayer de rendre l’espace public plus sûr. En effet, après un exode rural très intense la population n’a pas intégré les règles propres à la vie en communauté citadine. Cela se traduit notamment par un code de la route inexistant. En quelques années, la Paz est passée de 1950 à 2015 de 267 000 habitants à plus de 2 millions.

La ville s’est alors développée de manière totalement anarchique. La ville située sur une colline adopte un cloisonnement géographique lié à la situation économique des habitants. Les plus riches vivent vers les terres basses tandis que les plus pauvres vivent dans les hauteurs. En effet, plus l’altitude augmente moins l’air est respirable et plus l’air devient froid.

Dans ces quartiers populaires la chaussée est souvent déformée : trous, plaques d’égout manquantes, porteurs surchargés ne voyant que droit devant eux sont autant de dangers pour les piétons. A chaque carrefour le danger est grand car personne ne respectant les feux tricolores, l’anarchie est totale. De plus, les vans servant de transport en commun, s’arrêtent à tout moment et n’importe où. En sortent des passagers pressés qui n’ont bien sûr pas de zones qui leur sont réservés pour rejoindre les trottoirs en toute sécurité.

C’est pourquoi, afin d’enrayer la congestion urbaine, la municipalité de la Paz décide de former des adolescents venant pour la plupart de la Fundación La Paz. L’enjeu pour la municipalité est d’une part de rendre les rues de la ville plus sûres et d’autre part d’aider à la réinsertion de jeunes en ruptures avec la société, la plupart étant d’ailleurs d’anciens drogués ou de jeunes vivant dans la rue.

 

Education citadine et lutte contre les violences

Ainsi de nos jours se sont plus de 240 zèbres ou ‘‘cebritas’’ qui enseignent à la population les règles de circulation et de comportement. Devenue une véritable institution, l’enseignement des zèbres s’est diversifié. En plus de la sécurité routière les zèbres se rendent dans les écoles et les quartiers de la ville afin d’éduquer les citadins sur le tri des déchets et les nuisances sonores.

Autres sujets abordés par les zèbres : l’alcoolisme et la violence domestique. En effet, la Bolivie possède une véritable culture de l’alcool ou “cultura chupistica”. L’alcool accompagne tous les évènements collectifs sans qu’aucune limite sociale n’en réfrène les abus. Ainsi beaucoup d’hommes (les femmes étant beaucoup moins touchées) entrent dans un cercle vicieux à tendance toxicomane. L’ivresse peut souvent s’accompagner de violences domestiques envers les femmes et les enfants. Beaucoup de jeunes cebras ont été eux-mêmes victimes de violences liées à l’alcool.

 

Justine LAUNAY

Forces et faiblesses du Brésil

La sortie du Brésil de la dictature à partir de 1985 a contribué à un nouveau départ pour le pays. En effet, il a réussi à devenir aujourd’hui une véritable puissance internationale. Seulement, cette réalité ne masque pas les faiblesses notables qui définissent tout autant le pays.

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Crédit photo : http://www.wikipedia.org

D’une part, il paraît évident d’affirmer au préalable que le Brésil représente une puissance importante sur la scène mondiale. La fin de la dictature permit initialement l’apparition de nombreux partis politiques. Le pays vit également une modernisation de l’économie avec l’influence des premières formes de l’industrie. Cela permit alors un accroissement positif pendant ces décennies. Ce nouveau départ a donné davantage de facilités au pays pour se reconstruire, ce qui est bien visible aujourd’hui.

En effet, différents attributs participant à la croissance économique lui permettent d’être considéré comme un grand pays : actuellement, le Brésil est le leader industriel de l’Amérique latine, notamment dans l’aéronautique avec le groupe Embraer. Ainsi, le secteur tertiaire concerne deux tiers du PIB. De plus, la présence de différents climats avec des zones de forêt, des littoraux, permettent de nombreuses réserves de matières premières : de cette façon, il détient d’importantes réserves de bois, de canne à sucre, utilisée pour l’éthanol (le pays est également le second producteur mondial de bioéthanol), mais aussi de minéral, et de pétrole en particulier. Il y a ainsi une entreprise nationale, Petrobras, qui prévoit l’autosuffisance en matière énergétique. Ce trésor de matières premières érige le pays comme le géant régional ; son appartenance au MERCOSUR depuis 1990, et ses frontières communes avec ses nombreux voisins, participent au phénomène. Le pays représente aussi la première puissance agricole du continent (avec les ressources en soja, café, céréales ou bien en oranges, dont le Brésil est le premier producteur et exportateur du monde accessoirement). Sans oublier l’industrie agroalimentaire avec leur bétail. Ainsi, le Brésil est le troisième pays exportateur agricole du monde. Il y a en effet d’importants échanges, non seulement avec l’Amérique latine, mais aussi avec le monde entier, particulièrement avec les leaders internationaux comme la Chine, les États-Unis, ou l’Union Européenne.

Le pays détient pour finir, la population la plus importante d’Amérique latine, avec un territoire  qui représente plus ou moins  la moitié du continent. Cela favorise de nombreuses possibilités par une force de travail conséquente. Par tous ces atouts, le boom provoqué dans les années 2000 au niveau des exportations contribua à l’attraction de cette économie diversifiée pour les investissements étrangers. Le Brésil est alors aujourd’hui la sixième économie mondiale.

En revanche, l’entrée du pays dans la crise mondiale en 2011 souligne d’autre part ses difficultés, et accentue ses fragilités présentes de manière moins réjouissante.

En effet, la croissance annuelle du pays est passée de 7,5%  en 2010 à 0,1% en 2014. Les producteurs brésiliens ont alors perdu leur compétitivité, et cette puissance nationale s’est considérablement fragilisée. De plus, l’important multiculturalisme (avec 5% de blancs, et 40% de métisses), souffre d’une inégale répartition sur le territoire, avec d’énormes inégalités économiques : sur 188 millions d’habitants, seulement 50 millions ont le même niveau de vie que les européens. Cela traduit une prédominance de la pauvreté, source de violence avec tous les problèmes d’insécurité et les cartels présents dans le pays. Finalement, malgré toutes ses forces, on relève un chômage de 7%, une inflation de 10%, sans parler des problèmes de corruption dans la justice et la police.

Snowden d’Oliver Stone, une remise en cause de l’éthique du gouvernement américain

Sorti le 2 novembre dernier, Snowden, le nouveau biopic du réalisateur américain Oliver Stone, retrace les péripéties de l’analyste de la NSA, Edward Snowden, qui a révélé au monde entier le 6 juin 2013 lors d’une réunion secrète en compagnie de journalistes du Guardian et du Washington Post, les dessous de la surveillance opérée par le gouvernement américain par le biais de la NSA.

 Un réalisateur pointant du doigt les dérives du système :

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Affiche du film « Snowden »

Oliver Stone est connu pour son goût des films narrant les excès et les dysfonctionnements de la société américaine. Le réalisateur septuagénaire n’a de cesse d’aborder des thèmes qui ont marqué les périodes les plus sombres de l’histoire de l’Amérique. Après des thèmes tels que la guerre du Vietnam, l’ultra compétitivité de Wall Street, l’assassinat de JFK, ou bien encore le Watergate, le cinéaste s’est atteler à l’histoire de l’ancien analyste de la NSA, Edward Snowden, et de ses révélations fracassantes concernant la surveillance opérée par la NSA.

Le film est salué unanimement pour sa volonté réaliste. Edward Snowden y est décrit comme un homme ordinaire, ayant pris la lourde décision de divulguer des informations confidentielles concernant les méthodes de surveillance de la NSA, lui causant ainsi la perte de son emploi, et son expatriation en Russie.

Le film se veut modeste dans sa réalisation, en ne se concentrant que sur la sensation angoissante d’un jeune homme ayant découvert et révéler au monde des informations secrètes, au risque de sa vie.

Snowden perdure la tendance actuelle (War Dogs / The Big Short / 13 Heures) des productions hollywoodiennes qui pointent du doigt un système friable et malhonnête, ou la dangerosité du numérique se fait de plus en plus grande. Oliver Stone souhaite comme à son habitude et il aime le répéter, informer ses spectateurs du danger d’un gouvernement qui se veut protecteur, et qui, contre toute morale éthique, se permet de surveiller n’importe qui jusque dans sa vie privée.

Une histoire récente qui raisonne encore dans les esprits :

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Photo : J. Scott Applewhite/Associated Press

 La particularité de Snowden est la suivante : le film raconte un évènement survenu seulement 3 ans auparavant. En ce sens, et en mesure du scandale suscité par les révélations en question, le film jouit d’une force médiatique particulière.

En effet, en juin 2013, Edward Snowden donne rendez vous dans un hôtel de Hong Kong à des journalistes américains du Washington Post et du Guardian afin de leur donner des informations uniques. Ainsi, le monde entier apprend que la NSA possède plus de 70 % des données des différents opérateurs mobiles mondiaux, et qu’ils sont capables d’intercepter n’importe quel message, mail, appel, photos, vidéos, mais qu’ils peuvent aussi usurper une identité en recopiant les métadonnées obtenues et ainsi se renseigner sur quelqu’un en se faisant passer pour une de ses connaissances.

Edward Snowden révèle également que la NSA agissait en étroite coopération avec le FBI, la CIA, ainsi qu’avec le gouvernement britannique, français, allemand, ainsi que beaucoup d’autres pays alliés aux Etats-Unis. La révélation donne lieu à une vive réaction de la part des différents pays.

Le film, par l’intermédiaire de ses personnages, dénonce un gouvernement qui outrepasse ses droits afin de promettre un gage de sécurité auprès de sa population alors que cela relève de l’impossible. Snowden est une critique constante d’un système dirigé par des individus totalement en inéquation avec les besoins réels, incapable de comprendre la réalité du danger auquel ils s’attachent. La présidence d’Obama, y est largement remise en cause, notamment vis à vis de ses promesses successives entendus lors de sa campagne de 2008. La particularité du film est de ne pas se focalisé sur les révélations de juin 2013, mais aussi de montre les conséquences de son choix drastique. Car après avoir fait le choix sans retour possible, de divulguer des informations confidentielles de la NSA, Edward Snowden s’est vu contraint de devoir s’exiler à Hong Kong puis Moscou, et est actuellement toujours sous la crainte de devoir être rapatrié aux Etats-Unis.

Seul bémol, Snowden s’attache à énoncer une affaire d’état très récente, voir trop. Ceci a valu au film un manque de recul visible (beaucoup trop d’importance aux sentiments, pas assez à l’affaire en elle même) qui ne lui permet pas d’innover réellement. De par son style académique et maîtrisé dans son ensemble, Snowden reste une bonne façon d ‘apprendre l’affaire des écoutes de la NSA révélée en 2013. Cependant, le film n’ose pas s’aventurer au delà du politiquement correct dans la mesure ou toute les révélations et documents donnés par Edward Snowden ne sont pas encore analysés. De ce fait, le film apporte une vision plus claire sur des évènements connus, sans pour autant apporter une réelle plus value sur des informations encore méconnues de tous.

 

Jean BENOIT