Le Lac Tchad au Sahel

Le lac Tchad au Sahel

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Localisation du Lac Tchad, bordé du Niger, du Nigeria, du Tchad et du Cameroun. (C) fr.wikipedia.org

Le Bassin du Lac Tchad est un point stratégique. Qui détient le Lac, détient toute la région. Ce Lac qui fournit eau douce, nourriture à quelques trente millions de personnes est indispensable à la survie de la région. Ce Lac est bordé par quatre pays africains : le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Cameroun.

Notons que pour des raisons environnementales, le lac couvre aujourd’hui moins de 10% de la surface qu’il couvrait avant 1963. En effet, sa superficie est passée de 25 000km² à 2 500km². Il est hautement menacé de disparition d’ici une trentaine d’années, si ce n’est moins. Ce lac, en s’asséchant a toutefois fait émerger quelques terres fertiles et cultivables. Ce qui n’est pas sans poser soucis aux pays qui soutiennent le projet de restauration de ce Lac. A l’encontre de ces instances, l’on trouve les populations locales qui ont su tirer avantage du repli du lac et qui s’opposent pour certaines à la restauration et aux transferts d’eau. Ces anciens pêcheurs se sont reconvertis dans l’agriculture afin de pouvoir continuer à subvenir à leurs besoins. Cette eau est également nécessaire à l’élevage du bétail. Ces individus se sont adaptés à la terre qui leur avait été attribuée, dans des conditions de vies difficiles.

La France s’est par ailleurs engagée à soutenir ces projets de transferts d’eau. L’idée du projet de Transaqua serait de passer par d’autres pays, les pays voisins notamment afin d’aller chercher l’eau dans les affluants du fleuve Congo. Pour cela, il faudra l’accord de la République Démocratique du Congo, puisque c’est directement dans son eau que l’on créerait ce transfert d’eau interbassins. Une commission a été mise en place pour participer à la gestion durable et équitable de ce lac. Il s’agit de la Commission du Bassin du Lac Tchad, créée en 1964 par les quatre pays riverains du Lac Tchad.

En plus d’un contexte écologique et économique très difficile, rappelons que le 3 juin dernier, Boko Haram a tué trente-deux personnes, membres des forces armées nigériennes et nigérianes. Le Niger et le Tchad veulent lancer une contre-offensive pour répondre aux massacres qui ont été perpétrés dans la ville de Bosso, non loin du Lac.

Ces attaques de Boko Haram, en plus d’être meurtrières et d’imposer un chaos considérable dans la région, forcent les populations à migrer. Pour l’attaque sur Bosso le 3 juin, ce sont près de 50 000 personnes qui ont été déplacées, selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Reste à savoir combien de temps Boko Haram restera dans cette région si importante en Afrique.

Camille BONNET

Le Hezbollah, une force expérimentée

Le Hezbollah a annoncé vendredi 13 mai la mort de son chef militaire en Syrie, Moustapha Badreddine. Cette disparition illustre bien l’implication militaire toujours plus grande du parti dans la guerre syrienne. Le Hezbollah, qui signifie le « parti de Dieu », est né en 1985, doit son existence à la volonté d’exportation de la révolution islamique iranienne au début des années 80. L’objectif de cette organisation chiite est la défense des intérêts de sa branche armée, la Résistance Islamique au Liban (RIL). Si Bachar Al-Assad est expulsé du pouvoir cela remettrait en cause les facilités logistiques d’approvisionnement dont dispose le Hezbollah depuis de nombreuses années.

  • Une implication progressive

En 2011, plusieurs équipes du Hezbollah sont passées en territoire syrien pour rendre compte de la capacité du régime syrien à gérer sa crise. L’objectif était de produire des rapports alternatifs à ceux proposés par le régime syrien jugé faussé par les Iraniens. Après la chute d’Alep en 2012, la mission du Hezbollah en Syrie se transforme. En juillet de la même année, le Hezbollah envoie des forces militaires pour former l’armée syrienne aux techniques de contre-guérilla. Malgré cette nouvelle implication, aucun renversement de force ne se fait ressentir sur le front. En effet, l’armée syrienne, force régulière, formée aux batailles conventionnelles n’est pas adaptée aux combats de contre-guérilla. Le moral de l’armée est au plus bas. Elle en registre des pertes et beaucoup de défection. Pour pallier ce déficit humain et l’arrivée de volontaire étranger au sein de l’opposition, l’Iran a décidé de s’appuyer sur des forces supplétives en particulier le Hezbollah.

La stratégie du Hezbollah va prendre un tournant en avril 2013 à la suie de la bataille de Qoussayr (Syrie) où 2000 combattants de sa milice vont reprendre la ville en trois semaines. Cette opération avait pour objectif de maintenir sa ligne d’approvisionnement en armes. Pour la première fois, la branche armée du Hezbollah a mené une bataille frontale contre l’opposition syrienne. Depuis trois ans, le Hezbollah est engagé sur tous les fronts à Damas, Alep, Lattaquié, Qouneitra, Homs, Palmyre, Homs et le long de la frontière libanaise.

  • Le Hezbollah poursuit son développement militaire

Le Hezbollah s’est professionnalisé tant au niveau humain que matérielle. Sa branche armée peut être considéré comme une sorte d’armée conventionnelle. D’après les estimations en 2011 le Hezbollah s’appuyait sur 5000 combattants en 2011 pour en compter plus de 20 000 dans ses rangs en 2016. Le parti a fait le choix de réduire l’âge d’engagement à 16 ans pour puiser dans ressources humaines des scouts du Mahdi. Ces nouveaux combattants sont formés à utiliser de nouveaux matériels comme des drones de reconnaissance ou des systèmes optroniques. Le Hezbollah possède des chars T-54 et T-72, des systèmes antiaériens et des missiles hypersoniques.

Au niveau tactique, le parti peut se targuer d’une nouvelle génération de combattants. Le parti gagne en polyvalence en combattant dans différents environnements (montagneux, urbain, désertique et aquatiques). Contrairement à 2006 ou le parti avait adopté une stratégie défensive, aujourd’hui le parti est capable de s’approprier, contrôler des territoires et les défendre. Le Hezbollah est une force hybride capable de manœuvrer sur le modèle des forces conventionnelles tout en utilisant des techniques de contre-guérilla.

À cause de sa forte implication dans les affaires syriennes, le Hezbollah prend le risque de favoriser des tensions commentaire dans son pays d’origine et d’affaiblir son assise communautaire à cause des morts dans ses rangs. L’utilité et l’efficacité du Hezbollah en Syrie sont certaines mais ses effets négatifs aussi. Le parti prend le risque d’être moins hermétique aux infiltrés étrangers, d’être plus vulnérable face à Israël. Jusqu’à quel pri le Hezbollah est prêt à aller pour défendre ses intérêts ?

Marc-Antoine Barberis

La France s’exporte-t-elle au Liban… par la musique ?

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French Socialist Party’s MP and former Culture Minister, Jack Lang poses with a guitar on the stairs of the National Library of France aka François Mitterrand Library on June 19, 2011 in Paris. Source AFP

Le 16 avril dernier,  la visite du président de la République au Liban venait réveiller les mémoires et l’Histoire. Celle politique, économique, militaire et culturelle qui s’est écrite entre la Liban et la France depuis que son autonomie de 1961 fut garantie par la France : « Aujourd’hui, comme hier, la France se tient aux côtés du Liban, (…) notamment en raison des liens historiques et linguistiques », selon les mots de François Hollande, qui vante cette relation particulière qu’entretiennent les deux pays. Toutes ses considérations politiques font surgir une interrogation : quels liens entretiennent exactement la France et le Liban aujourd’hui ?

2 jours pour un soutien du Liban

La venue de François  Hollande ? Ce furent 2 jours pour parler aux responsables à la tête d’un système politique corrompu; 2 jours pour évoquer la crise institutionnelle et politique que traverse le Liban, qui sort à peine d’une crise des ordures,  encore non résolue. 2 jours pour soutenir la mise en place d’un président de la République, dont le poste est vacant depuis deux ans, en ces termes : «Nous n’avons qu’un candidat, c’est le Liban lui-même ». 2 jours ensuite, pour une aide de 50 millions cette année afin de faire face à une crise migratoire qui dure depuis 4 ans; deux jours pour annoncer l’intention de la France d’accueillir 3000 réfugiés syriens sur les 1 millions et demi qu’a accueilli ce pays de 4 millions d’habitants; pour finir, 2 jours pour annoncer le maintien des 900 militaires  français du la FINUL (Force Intérimaires des Nations unies au Liban), présents dans le pays depuis 1978, qui vise à garantir une souveraineté du Liban mise à mal au cours des 40 dernières années. Ainsi, le président de la République Française disait au chef du gouvernement libanais, Tammam Salam « Nous sommes avec vous ».

Une perception divergente

Pourtant, en dépit de l’affirmation du soutien de la France, la venue de François Hollande a suscité des avis contrastés dans le pays des Cèdres. L’éditorialiste du journal AL Nahar, l’un des quotidiens les plus importants du Liban s’est ainsi positionné : « Nous ne nous précipiterons pas pour juger cette visite à peine terminée, mais nous n’y décelons rien de positif, ayant dépassé le stade des formalités politiques, comme si les Libanais n’attendaient de la France que plus d’ingérence« . Talal Salmane, directeur de la rédaction du quotidien as-Safir, écrivait : « Tous ont pris la photo avec le président Hollande qui pourrait leur servir pour leur campagne électorale« . L’éditorialiste du journal al-Joumhouria à pour sa part qualifié la viste de Mr. Hollande d’ « indolore, si on la compare aux visites des présidents français dans l’histoire». Quant au titre de l’article publié directeur de rédaction du journal al-Akhbar, lié au Hezbollah,  il se fait la métaphore d’une critique plus vive encore: « L’hôte français qui pèse » avant de poursuivre et d’accuser Mr Hollande de « conseiller d’adopter un programme d’implantation des réfugiés syriens sans assumer la responsabilité de leur exil« . Aux yeux de l’opinion publique libanaise, la venue du président de la France ne semble pas avoir été perçue comme un signe fort d’entraide.

La fête de la musique : un évènement d’importance au Liban

Si l’on devait parler d’influence et de soutien, c’est avant tout sur le plan culturel que la France se manifeste aujourd’hui de la manière la plus visible et la plus indiscutable: l’institut français rayonne au sein de la haute-société libanaise de par les nombreux évènements qu’il organise : Cinéclubs, pièces de théâtre, salon littéraires jusqu’aux matchs de foot rassemblent l’élite et les personnalités les plus en vue de la capitale. Ce dynamisme francophone ne se cantonne pas à l’ambassade ni à l’institut français, tout deux  implantés rue de Damas, l’ancienne « ligne verte » qui démarquait le quartier chrétien et le quartier musulman lors de la guerre civile de 1975 à 1990.

L’influence culturelle française s’étend jusque dans les rues de la ville: ainsi la fête de la musique est-elle largement célébrée par les Beyrouthins. 80 000 personnes ont participé à l’occasion l’année dernière.  Le 21 juin prochain, la 16ème édition rassemblera les habitants de la capitale. Pour l’occasion, Jack Land, président de l’IMA (institut du Monde Arabe) et fondateur d’une fête célébrée dans plus de 700  villes du monde, se rendra à Beyrouth. Lors de la conférence de presse qui présentait l’édition 2016, le ministre du tourisme Rony Araiji déclarait, en présence d’Emmanuel Bonne, l’ambassadeur de France et du ministre de la culture M. Richard Pharaon,  que « La diversité des représentations proposées dans le cadre de cette fête démontre les liens forts et les ponts qui existent entre l’Orient et l’Occident. Et déjouent toutes les théories de choc des civilisations au profit de la rencontre et des échanges sous le signe de la musique. » Plus forte la musique ? Oui, plus forte que les tentatives de repliement et de l’exclusion de l’autre » .

Domitille Courtemanche

RAQQA : UN NOUVEAU BERLIN ?

 

Alors que les forces loyalistes avancent vers Raqqa de l’ouest, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) y avancent de l’est, en mettant l’État Islamique entre deux branches de tenaille, mais deux branches contradictoires…

 

 

     Cette semaine l’Armée Syrienne, soutenue par les iraniens, le Hezbollah, l’aviation et les forces spéciales russes, a déclenché une offensive vers le fief de Daech afin de le libérer. « Le camp oriental » a commencé l’attaque depuis l’axe d’Athriya au nord de Hama vers l’aéroport militaire de Tabqa, un aéroport de grande importance dans le but de contrôler la ville de Tabqa (à 50 km de Raqqa). Pour l’instant, ces forces ont réussi à s’enfoncer à plus de 40 km depuis l’axe citée. Tandis que les forces de (FDS), constituées d’une alliance arabo-kurde et soutenues par les États-Unis, ont déclenché leur attaque le 24 mai depuis la ville de Aïn Issa au nord. Ce sont les kurdes qui dominent la composition de ces forces. Selon les estimations américaines, ces forces comptent 25000 combattants kurdes et 5000 arabes. Les États-Unis ont déployé 300 soldats américains dans le but de diriger cette alliance. Actuellement, ces forces ont déclenché une attaque depuis le flanc occidental de l’Euphrate dans le but de contrôler la ville de Manbij, l’axe principal de ravitaillement de Daech depuis la Turquie. Ces mêmes forces ont déclaré le 08 juin qu’elles sont prêtes à entrer Manbij et d’avancer ensuite vers la ville de al-Bab, un autre bastion principal de Daech près des frontières syro-turques. Une fois ces deux villes sont contrôlées par ces forces, Daech sera isolé de son soutien logistique depuis la Turquie et la zone de domination kurde s’étendra tout au long des frontières syro-turques, sauf deux petites villes, Maré’ et Azaz contrôlées par des rebelles islamistes.

Carte de la domination militaire en Syrie. Source: wikimedia, disponible à l’adresse: https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25226676

 

  • La course a commencé !

     Les analyses stratégiques affirment que les U.S. semblent pivoter vers l’Asie-Pacifique, mais il ne semble pas que les américains ont totalement abandonné leur intérêt au Moyen-Orient. Les deux grandes forces mondiales savent très bien que celui qui contrôle Raqqa contrôlera la Syrie et, par conséquent, la région du Moyen-Orient. Si les russes étaient les premiers, une ceinture chiite va être créée de l’Iran au Liban. Cette ceinture protégera la Russie des menaces djihadistes et empêche leur étendu dans le Caucase. Cela fait de l’Iran le grand homme du Moyen-Orient. Au niveau économique, les oléoducs et les gazoducs s’étendront de l’Iran en passant par l’Irak, la Syrie et le Liban vers l’Europe ; ce projet fait que l’Europe deviendra beaucoup moins dépendant du pétrole et du gaz des pays du Golfe, ce qui engendrera une baisse des prix du baril du pétrole au niveau mondial.

     Si les U.S. arrivent les premiers, ils vont installer un gouvernement opposant au régime de Damas, qui peut lancer des attaques diplomatiques et militaires depuis Raqqa. Cela garde l’eau du visage des U.S. devant les triomphes diplomatiques et militaires de la Russie, notamment que la Syrie a rendu à la Russie sa place comme force mondiale, et un joueur incontournable, pas seulement au Moyen-Orient mais aussi au niveau mondial. Au niveau économique, les oléoducs et les gazoducs qui s’étendent de l’Iran au Liban ne verrons jamais le jour, mais plutôt les pays du Golfe vont faire leurs propres gazoducs et oléoducs depuis le Qatar, en passant par l’Arabie (déjà en crise pétrolière difficile), la Jordanie, puis Raqqa (contrôlée par un gouvernement pro-américain( vers la Turquie et ensuite l’Europe. Dans ce cas-là, la ceinture chiite ne verra jamais le jour et la menace djihadiste va fatiguer la Russie, ainsi qu’on aura une Syrie divisée…

  • Et si les deux arrivent en même temps ?

   La question la plus intéressante est la suivante : que se passe-t-il si les deux forces mondiales principales arrivent en même temps au cœur de Raqqa ? Est-ce qu’on témoignera une Raqqa orientale et une Raqqa occidentale ? Cela engendrera quel impact sur l’avenir de la Syrie ?

    De toute façon, les forces kurdes ont déclaré qu’ils ne vont pas introduire Raqqa dans leur canton kurde autonome après sa libération, mais ils vont céder la place aux forces arabes « modérées ». Actuellement, les forces loyalistes soutenues par les russes et les forces de (FDS) soutenues par les U.S. avancent rapidement. C’est une question de temps ; celui qui arrive le premier impose sa domination sur cette région désignée comme « une marée » par l’administration d’Obama. La course a commencé, et tout scénario est possible.

  • Une vision géopolitique rapide sur le Moyen-Orient :

   Quant aux turques, leurs relations avec les russes sont très stressées, et les U.S. semblent les abandonner après l’échec de leur projet néo-ottoman d’être « le Vatican du sunnisme ». L’appui américain aux forces de (FDS) en préférant de faire une bande kurde tout au long des frontières syro-turques donne l’idée que les américains ont des mal entendements avec leur allié turque membre de l’OTAN. La Jordanie et le Liban ne sont pas en situation favorable actuellement ; leur basculement dans le chaos islamiste est fort probable. La sécurité d’Israël est garantie par les russes comme par les américains, notamment après la dernière visite de Benyamin Netanyahou à Moscou le lundi dernier. Cette visite semble assez fructueuse. Les russes ont soulagé les israéliens et ont garantie que la Syrie ne déclenchera pas une guerre contre Israël dans l’avenir. Ici, il s’avère que les russes ont une vision d’une paix régionale au long terme. L’avenir de l’Irak, du Liban et de l’Égypte dépend aussi du vainqueur.

   Tout au long des dernières années, les occidentaux ont préféré de s’allier avec les pétromonarchies sunnites dans la région, malgré que ces dernières sont les parrains du terrorisme mondial et du courant wahhabite (une idéologie très fanatique de l’Islam adoptée par les terroristes dans leur projet d’un État fondé sur la charia). Mais aujourd’hui, ces pétromonarchies sont en crise pétrolière profonde qui ne donne pas assez d’optimisme aux relations avec l’Occident (peut-être cela sera la fin du soutien du terrorisme mondial). La chaleur revient peu à peu aux relations avec l’Iran chiite, ce qui s’explique par l’accord du nucléaire iranien, ce qui renforce l’idée que l’Iran sera le grand homme du Moyen-Orient et que la ceinture chiite aura lieu un jour.

  Donc, de ce qui précède, le contrôle de Raqqa constitue une partie d’une vision géopolitique générale de la région, une vision qui joue sur les différents niveaux économiques, politiques et diplomatique ; ainsi que sur l’hégémonie mondiale et la paix régionale accompagnée de l’éradication de la menace djihadiste. Cela fait de la Syrie aujourd’hui le centre de préoccupation du monde, parce que le vainqueur dans ce pays imposera un nouvel ordre mondial.

 

Le Sahara Occidental, le statu quo a de l’avenir

Depuis 40 ans, le peuple sahraoui attend que justice lui soit rendue, réclamant le droit au retour sur sa terre, conformément aux résolutions de l’ONU et aux avis de la Cour internationale de justice. Car avec la décolonisation, le territoire n’est pas devenu un Etat indépendant. Il a été occupé par le Maroc qu’il l’a déclaré de fait comme constituant ses provinces méridionales. Depuis, le royaume chérifien exploite les ressources de la région.

  • Un affrontement historique

Après « la guerre des sables » en 1963 où les deux parties s’étaient engagées à respecter leur territoire, le Maroc s’approprie l’ancien protectorat espagnol en 1975. L’Algérie quant à elle, se retrouve face à un dilemme : reconnaître l’occupation marocaine ou se battre contre celle-ci. À la suite du premier choc pétrolier en 1973 et de la nationalisation des hydrocarbures, l’Algérie dispose de ressources financières importantes pour lui permettre de construire, enfin, une réponse aux revendications territoriales marocaines. L’Algérie peut donc développer et moderniser son outil militaire.

Le renforcement sécuritaire algérien force le Maroc à réaliser d’importantes dépenses militaires au regard de son PIB pour garder le contrôle du Sahara. L’entretien de l’armée marocaine coûte trop cher au Royaume chérifien qui doit faire face à des révoltes intérieures remettant en cause l’annexion. À la suite du contre-choc pétrolier de 1986, c’est finalement le pouvoir algérien qui va vaciller à cause d’émeutes internes. Les dirigeants algériens doivent se concentrer sur la menace islamique du FIS (Front islamique du Salut). Le conflit passe au second plan, nous allons même assister à un début de détente des relations entre les deux Etats jusqu’en 2005. Mais la déclaration du Président Algérien Abdelaziz Bouteflika sur le droit à l’autodétermination des Sahraouis avant le sommet de l’Union du Maghreb arabe va relancer ce processus de mini guerre froide.

  • Un conflit instrumentalisé

Le conflit du Sahara Occidentale est une opportunité pour les deux pays d’asseoir leur autorité politique. Le Royaume chérifien s’appuie sur le sentiment nationaliste représenté par le mouvement de l’Istiqlal qui faisait du Grand Maroc l’une de ses priorités politiques. La Sarah Occidental a été l’opportunité inattendue pour le régime algérien de justifier le pouvoir prépondérant de l’armée et d’entretenir le même sentiment nationaliste. Les deux Etats maghrébins ont trouvé dans le conflit saharien, la possibilité de déverser dans la presse des préjugés sur l’autre dans le but de rallier à leur cause une population frustrée. À la fin des années 1980, les deux pays sont sur endettés et offrent à leurs populations un faible niveau de vie.

Le Sahara Occidentale est un laboratoire politique pour l’ONU. Présent sur le territoire saharien depuis 1981, la MINUSCO a pour objectif d’organiser un référendum d’autodétermination. Les négociations sur les termes de ces votes sont aux points morts. Dans ce bras de fer, l’ONU joue bien plus que la MINUSCO, un échec au Sahara occidental créerait un précédent, qui pourrait encourager d’autres pays à renvoyer de leur territoire toute présence onusienne non désirée.

Le référendum prévu par l’ONU est reporté à une date incertaine, sa tenue étant même incertaine. Le Maroc refuse toute discussion sur le statut du Sahara occidental, considérant ce territoire comme une province marocaine. L’occupation marocaine est toujours illégale, et les Nations unies considèrent l’Espagne comme ayant l’autorité administrative sur la région. Mais ni l’Espagne, ni la France, ni aucun autre pays membre de l’UE ne semble prêts à intervenir en faveur d’une solution durable. En effet, l’UE entretient des liens économiques étroits avec le royaume du Maroc et la France promeut l’image d’un Maroc partenaire des pays européens et facteur de stabilité au Maghreb.

Marc-Antoine Barberis

Le Brésil, un pays à la dérive temporaire ?

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Dilma Rousseff – (C) leprogres.fr

L’ex-présidente du Brésil, Dilma Rousseff a été destituée par une procédure d’impeachement, il y a maintenant presque un mois, le 12 mai 2016, par le biais d’un vote des sénateurs. C’est le gouvernement de Michel Temer son ancien vice-président et récent rival, qui a pris la relève. Seulement, en moins de trois semaines, Michel Temer a déjà dû se séparer de deux de ses ministres. Tous deux étaient impliqués dans des affaires judiciaires. Ainsi, le 23 mai, soit quelques jours à peine après sa nomination au gouvernement intérimaire, Romero Juca, ministre en charge de la planification renonçait à ses fonctions suite à son implication dans des écoutes compromettantes où il manigançait pour la destitution de Madame Roussef. Ensuite, c’est le nouveau ministre de la transparence, Fabiano Silveira, qui a posé sa démission pour sa responsabilité pour avoir tenté d’interférer dans l’enquête « Lava Jato » (qui signifie « lavage express »).

Une société en colère contre son gouvernment.

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Manifestation de femmes contre la « culture du viol » (C) france24.com

Aux difficultés politiques s’ajoute un contexte social qui se tend de plus en plus. En effet, le 21 mai 2016, une jeune adolescente brésilienne de 16 ans se faisait violer collectivement par une trentaine d’hommes alors qu’elle se rendait initialement chez un ami. La vidéo circulait sur Internet quelques jours plus tard. Des suites d’une telle agression, près d’un millier de femmes sont allées manifester dans les rues afin de dénoncer la « culture du viol » qui existe dans le pays. Elles dénoncent leur pays, le Brésil, qui ne punit qu’un petit 6% des viols sur les 47 646 viols commis en 2014.

En plus de ça, suite à la destitution Madame Rousseff, des manifestations ont lieu très fréquemment dans le pays, qu’elles pro-gouvernementales ou contre. Cette société, actuellement très en colère contre le gouvernement où l’on compte seulement 11,3% de la population qui soutient Michel Temer, se retourne contre le système politique dont la gouvernabilité reste faible. Cela est dû au récent scandale lié au groupe public du géant pétrolier Petrobras, scandale dans lequel plusieurs sénateurs seraient soupçonnés de corruption massive.

La corruption massive et l’évasion fiscale, une habitude qui dérange.

La corruption et l’évasion fiscale au Brésil seraient équivalent à 1,38% du PIB allant jusqu’à 2,3%, ce qui reviendrait à quelques 25 à 40 milliards de dollars.

Le virus Zika et les Jeux Olympiques de Rio 2016.

Sur un aspect plus sanitaire, le Brésil accueillera les Jeux Olympiques d’été à Rio, du 5 au 21 août. Dans ce pays qui est le plus touché par le virus Zika avec près d’un million et demi de personnes contaminées, bien des questions sont soulevées. Le 27 mai 2016, 150 scientifiques avaient demandé le report ou l’annulation des Jeux. Cette demande avait alors été rejetée et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a déclaré que le report ne changerait rien à la propagation du virus Zika.

C’est donc un pays en voie de développement qui se retrouve confronté à des soucis sur tous les plans : économiques, politiques, sociaux, sanitaires, écologiques.

Camille BONNET

 

L’Egypte : une situation qui s’améliore.

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Inauguration du nouveau Canal de Suez en 2015. Défilé aérien composé d’équipements français. (C) franceinter.fr

Le 6 août 2015 était inauguré le nouveau canal de Suez, en Egypte.

Le 6 août 2015 était inauguré le nouveau canal de Suez en Egypte. A cette occasion le président de la République Française, Monsieur François Hollande, était présent. Les relations entre l’Egypte et France se sont particulièrement renforcées depuis que l’élection présidentielle d’Al Sissi ainvesti à la tête du pays le 8 juin 2014. Gardons bien à l’esprit que les relations ont toujours été bonnes sur un plan historique et que l’Egypte reste un partenaire de longue date. Les relations cordiales se maintiennent, visiblement avec la visite officielle de Monsieur Hollande les 17-18-19 avril 2016 derniers.

Ce projet d’agrandissement du Canal de Suez voit le jour dans une logique de relance de l’économie égyptienne pour un pays qui, depuis les printemps arabes, a perdu de sa grandeur. Le Président de la République Arabe d’Egypte souhaite rétablir son pays sur la scène internationale et régionale qu’ils ont autrefois pu connaître. La situation économique connaît un regain d’énergie et se stabilise avec une croissance de 4%. Ces chiffres sont malheureusement bien inférieurs à ce qu’a pu connaître le pays avant la crise, lorsque la croissance pouvait atteindre quelques 7% en 2007 par exemple.

Une coopération historique toujours essentielle entre la France et l’Egypte.

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A gauche, le Général Abdel Fattah Al-Sissi, Président de la République Arabe d’Egypte en compagnie de François Hollande, Président de la République Française, à droite. (C) Le Monde.

Les relations économiques bilatérales entre la France et l’Egypte se sont renforcées avec ce projet d’agrandissement, grâce à la signature de plusieurs contrats. Le pays a également fait appel à des entreprises françaises pour son projet de la ligne 3 du métro du Caire, sa capitale. Parmi ces dernières, l’on peut compter de gros contrats d’infrastructures. Ainsi, les compagnies comme Vinci ou Bouygues pour n’en citer que quelques-unes, ont décroché un contrat d’une valeur de 1,1 milliards d’euros sur le projet de la ligne du métro. Ce contrat est possible grâce aux financements de l’Agence Française de Développement (AFD), de la Banque européenne d’investissements (BEI) et de l’Union Européenne entre autres.

Sur le plan militaire aussi, il existe une forte coopération bilatérale. Le 16 février 2015 un contrat était signé pour la vente de 24 Rafale, une frégate multi-missions Fremmet des missiles. Ce contrat s’élevait à une valeur de 5,2 milliards d’Euros.  En octobre 2015, l’Egypte signait un nouvel accord lui permettant l’acquisition de deux bâtiments de projection de type Mistral. Nous pouvons noter que lors de l’inauguration du nouveau canal de Suez, la frégate multi-missions et trois Rafale ont participé au défilé aérien.

L’Egypte est un partenaire essentiel et stratégique pour la France. Rappelons que c’était Ferdinand de Lesseps qui avait été le commanditaire de la construction du Canal de Suez en 1869. Aujourd’hui encore, la France reste dans le top 10 des pays qui investissent le plus en Egypte (7ème rang), et se place en 8ème position pour les échanges commerciaux.

Il y a fort à parier que les relations entre France et Egypte se maintiendront.

Camille BONNET