Etats Unis- Iran : un rapprochement diplomatique à nuancer

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Le secrétaire d’Etat John Kerry et son homologue iranien chargé des affaires étrangères, Javad Zarif, lors d’une réunion à Vienne pour mettre en place l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances (source AFP)

L’Iran et les Etats Unis ont rompu leurs relations diplomatiques au début des années 1980. Depuis quelques temps on peut constater indéniablement, par la conclusion sur l’accord sur le nucléaire à Vienne le 14 juillet 2015 mais aussi d’autres gestes concrets, que les relations entre ces deux pays encore opposés sur de très nombreux points, semblent s’améliorer. Cependant, il ne faut pas non plus voir à travers ces évènements, l’amorce d’une relance historique des relations bilatérales entre ces deux nations, au caractère très affirmé. La marque du passé est encore très présente et il faudra  de très nombreuses années pour que les contacts diplomatiques soient de nouveau normalisés.

  • Accord sur le nucléaire et levée des sanctions

L’AIEA a validé samedi 16 janvier la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire et Obama a considéré cela comme un « progrès historique ». Grâce à des inspections régulières sur place et très intrusives, L’AEIA a estimé que Téhéran respectait ses engagements pris dans l’accord de juillet 2015. Dans cet accord, on trouve notamment une réduction négociée sans précédent des capacités nucléaires iraniennes, élément très cher aux yeux du monde occidentale.

Les nombreuses sanctions économiques mises en place par les USA mais aussi l’Europe, suite aux 7 résolutions de l’ONU depuis 2006, n’ont donc plus lieu d’être et des échanges économiques semblent de nouveau possible (provoquant à contrario de vives réactions en Arabie Saoudite et en Israël). Le dispositif « snap back », encore présent sur une période de dix ans et permettant de rétablir très rapidement l’ensemble des sanctions, est un bon outil pour garder un œil sur la puissance ayatollah.
Cette tendance à l’amélioration se caractérise aussi par le déblocage de fonds financiers d’une hauteur de 1,7 milliards de dollar selon le Trésor américain. Ce contentieux financier et le gel de nombreux fonds qui en avait suivi dataient de 1979 et la proclamation de la Révolution islamique. De façon générale, grâce à cette levée des sanctions, l’Iran devrait récupérer 32 milliards d’avoirs bloqués.

  • Intensification des échanges diplomatiques bilatéraux

Suite à 35 années de rupture, Obama n’a pas manqué de rappeler dernièrement les progrès qui ont été fais au niveau des échanges de prisonniers. L’exemple le plus concret de cette atténuation des tensions est la libération rapide de 10 marins américains le 13 janvier 2016. Ces derniers s’étaient retrouvés, suite à « un problème technique sur leurs appareils », dans la zone maritime iranienne et leurs navires avaient été arraisonnés par les autorités. Cette libération aurait notamment été facilitée par des contacts directs entre le secrétaire d’Etat John Kerry et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif.

D’autre part, la justice iranienne a libéré, samedi 16 janvier, « quatre prisonniers binationaux » dont le journaliste du Washington Post, Jason Rezaian. Ce dernier avait été arrêté à Téhéran en juillet 2014 pour espionnage. En contrepartie, 7 prisonniers iraniens ont été libérés par Washington parallèlement à l’abandon de poursuites contre quatorze autres iraniens présents sur le sol américain.

  • Des progrès qui restent très limités

Malgré ces changements indéniables, symbolisant la volonté des deux pays de relancer le contact, les tensions persistent. En effet, des sanctions à l’encontre de Téhéran ont été relancés le 17 janvier par le Trésor américain, en raison d’ « une violation de l’accord sur le nucléaire ». Aux yeux des Etats Unis, les différents essais liés au programme balistique iranien à la fin de l’année 2015 ne respecteraient pas les modalités de l’accord signées par la République islamiste.
Dès le lendemain, Téhéran a qualifié ces sanctions « d’illégitimes », car le « programme balistique de l’Iran n’est pas conçu pour avoir la capacité de transporter des têtes nucléaires ».

Le soutien de l’Iran a de nombreuses organisations qualifiées de « terroristes » par les Etats Unis est aussi très critiqué du coté de Washington. Son implication multiple et souvent directe dans ces différents groupes, qui jouent un réel rôle de déstabilisation au Proche Orient (Houthis au Yemen, Hezbollah, milices iraniennes en Syrie…), est aussi une nouvelle limite à ce rapprochement.

D’autre part, malgré les accords sur le nucléaire, le guide suprême, Ali Khamenei, a exprimé dernièrement son refus de poursuivre une ouverture avec les Etats-Unis, notamment sur le plan économique. La plupart des investisseurs américains, si l’on excepte les filiales des sociétés pétrolières, devront donc encore attendre avant de pouvoir s’implanter directement sur le sol iranien et bénéficier véritablement de l’ouverture du pays et de son marché.

 Les différentes raisons ici évoquées, sont loin d’être les seuls éléments pour expliquer le difficile rapprochement irano-américain, malgré une diplomatie de détente souhaité par les deux partis. Certes, des progrès indéniables ont été enregistrés au cours des dernières années et plus particulièrement à partir du deuxième mandat d’Obama. Cependant, l’Iran reste encore un des ennemis les plus redouté de Washington et un retour sur une normalisation des relations diplomatiques, comme ce fut le cas avec le Cuba de Fidel Castro en décembre 2014, n’est malheureusement pas encore d’actualité.

LOBEZ Clément

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L’Arabie saoudite se transforme

Depuis l’accession au trône du roi Salmane en janvier 2015, la politique extérieure de l’Arabie saoudite a changé de visage, elle est plus offensive, plus expressive et plus visible. Cette position est nouvelle, elle s’inscrit dans une transformation du pouvoir politique saoudien et d’une menace iranienne grandissante.

  • Une politique étrangère discrète :

Traditionnellement, le royaume adoptait une politique étrangère prudente. Ce choix s’expliquait par le fonctionnement du pouvoir saoudien. Il était exercé de manière collégiale. Sur les sujets liés aux Affaires étrangères, il était courant que les princes de la famille royale ne parviennent pas à se mettre d’accord. En l’absence de consensus, l’Arabie saoudite ne décidait de rien. Le pays pouvait se permettre de suivre les positions américaines.

Riyad et Washington sont liés par le Pacte de Quincy scellé en 1945, renouvelé en 2005 pour une durée de 60 ans entre le fondateur du royaume d’Arabie saoudite, Ibn Saoud et le président américain Franklin Roosevelt. C’était un accord bénéfique aux deux États, la sécurité des Américains contre le pétrole saoudien. L’Arabie saoudite n’est pas un simple fournisseur de pétroles, c’est aussi le premier allié historique des États-Unis d’Amérique dans la région et un relais d’influence majeur dans le monde musulman.

  • La monarchie wahhabite échaudée par l’accord iranien:

L’accord sur le nucléaire iranien est perçu par Riyad comme une trahison de la part de Washington. Les Américains vont devoir choisir leur camp. Ils ne peuvent pas entretenir de relation cordiale avec les Iraniens tout en restant ami avec les Saoudiens. Pour forcer la main aux Américains, Riyad a entamé une escalade diplomatique avec l’Iran. Il y a eu deux décisions importantes en début d’année. La rupture des relations diplomatiques avec l’Iran et l’exécution du clair chiite saoudien Nimr Baqr el-Nimr. Barack Obama embarrassé après cette exécution, n’a pas fait de condamnation publique. Le président américain veut instituer un équilibre des forces entre ces deux pays.

Au-delà de ces deux récents épisodes, les deux puissances du Moyen-Orient s’affrontent pour l’hégémonie régionale. L’Arabie saoudite s’était opposée à l’accord de juillet 2014 craignant que la levée de l’embargo pétrolier et l’afflux d’argent permettent à l’Iran d’étendre son influence régionale. L’Arabie saoudite fera tout pour miner le retour de l’Iran dans le jeu pétrolier. Elle le fait déjà en vendant à rabais son brut aux clients naturels des Iraniens, comme la Chine et l’Inde. Elle continuera à le faire en produisant massivement. D’autant que l’Iran mettra du temps à redevenir un vrai concurrent, bien qu’il détienne les quatrièmes réserves d’or noir de la planète.

Les États-Unis d’Amérique n’ont pas renoncé à leur alliance avec l’Arabie saoudite. Mais les rapports de force se transforment dans cette région et le pétrole est une variable fondamentale. Pendant combien de temps encore la monarchie va-t-elle pouvoir assumer son interventionnisme et maintenir son pacte social ? La baisse du prix du baril de pétrole va à l’encontre de ses intérêts nationaux et pèse sur son budget.

Marc-Antoine Barberis

Un groupe d’islamiste attaque une base aérienne indienne.

Carte de Pathankot

Dans la nuit du vendredi 1er janvier au samedi 2 janvier 2016, une base aérienne indienne a été attaqué par quatre assaillants qui proviendraient du mouvement islamiste pakistanais « Jaish-e-Mohammed ».

Quatre hommes armés, dont on suspecte leur appartenance au groupe islamiste pakistanais « Jaish-e-Mohammed », ont attaqué la base aérienne de Pathankot, dans l’Etat du Pendjab (au nord-ouest de l’Inde). Vers trois heures du matin (heure locale), ce groupe d’hommes armés très lourdement et vêtu des uniformes des forces de sécurité indiennes ont réussi à infiltrer la base aérienne de Pathankot. L’attaque a durée environ 14 heures avant que les forces de sécurité indiennes ne viennent à bout des 4 assaillants et ne reprennent le contrôle de la base. Le bilan de cet assaut s’élève à sept morts, les quatre assaillants ont été abattus par les forces indiennes. Les trois autres victimes sont membres des forces de sécurité indiennes.

Cette base aérienne est un lieu stratégique pour l’armée indienne. Celle-ci abrite une dizaine d’avions de combat, de plus, elle est située à seulement cinquante kilomètres de la frontière avec le Pakistan. Selon un responsable de l’armée indienne qui a préféré taire son nom, « l’attaque vise à provoquer un maximum de dégâts matériels ».

Le ministre de l’intérieur indien, Rajnat Singh, a déclaré après l’attaque, « Nous voulons la paix mais si les terroristes mènent des attaques sur le sol indien nous, répondrons de manière appropriée ».

Une menace pour l’équilibre Pakistan-Iran.

D’après Sameer Patil, analyste du centre de recherches Gateway House, l’attaque qui est survenu samedi de l’autre côté de la frontière est très probablement en représailles à la visite du Premier ministre indien Narendra Modi au Pakistan, la semaine précédente. C’était la première visite d’un chef du gouvernement indien depuis 11 ans au Pakistan. D’après l’AFP, « on a déjà assez de preuves que les militants du Jaish-e-Mohammed et du Lashkar-e-Taiba veulent saboter le processus de paix ».

Après l’attaque de Bombay par les islamistes en 2008, causant la mort de 166 personnes, New Delhi avait décidé de suspendre toute discussion avec le Pakistan, car une enquête avait révélé que l’attaque avait été planifiée depuis le Pakistan. Les deux pays avaient relancé un processus de paix pour la région du cachemire depuis 2011, mais durant les deux dernières années, les tensions n’ont cessé de croître dans la région. Des bombardements transfrontaliers ont fait des dizaines de morts dans cette région depuis l’an dernier. Depuis la visite du Premier ministre indien la semaine dernière, l’Inde et le Pakistan ont décidé de lancer le dialogue. Des rencontres sont encore prévues entre les deux pays en janvier à Islamabad.

Arthur Belin.