L’Arabie saoudite se transforme

Depuis l’accession au trône du roi Salmane en janvier 2015, la politique extérieure de l’Arabie saoudite a changé de visage, elle est plus offensive, plus expressive et plus visible. Cette position est nouvelle, elle s’inscrit dans une transformation du pouvoir politique saoudien et d’une menace iranienne grandissante.

  • Une politique étrangère discrète :

Traditionnellement, le royaume adoptait une politique étrangère prudente. Ce choix s’expliquait par le fonctionnement du pouvoir saoudien. Il était exercé de manière collégiale. Sur les sujets liés aux Affaires étrangères, il était courant que les princes de la famille royale ne parviennent pas à se mettre d’accord. En l’absence de consensus, l’Arabie saoudite ne décidait de rien. Le pays pouvait se permettre de suivre les positions américaines.

Riyad et Washington sont liés par le Pacte de Quincy scellé en 1945, renouvelé en 2005 pour une durée de 60 ans entre le fondateur du royaume d’Arabie saoudite, Ibn Saoud et le président américain Franklin Roosevelt. C’était un accord bénéfique aux deux États, la sécurité des Américains contre le pétrole saoudien. L’Arabie saoudite n’est pas un simple fournisseur de pétroles, c’est aussi le premier allié historique des États-Unis d’Amérique dans la région et un relais d’influence majeur dans le monde musulman.

  • La monarchie wahhabite échaudée par l’accord iranien:

L’accord sur le nucléaire iranien est perçu par Riyad comme une trahison de la part de Washington. Les Américains vont devoir choisir leur camp. Ils ne peuvent pas entretenir de relation cordiale avec les Iraniens tout en restant ami avec les Saoudiens. Pour forcer la main aux Américains, Riyad a entamé une escalade diplomatique avec l’Iran. Il y a eu deux décisions importantes en début d’année. La rupture des relations diplomatiques avec l’Iran et l’exécution du clair chiite saoudien Nimr Baqr el-Nimr. Barack Obama embarrassé après cette exécution, n’a pas fait de condamnation publique. Le président américain veut instituer un équilibre des forces entre ces deux pays.

Au-delà de ces deux récents épisodes, les deux puissances du Moyen-Orient s’affrontent pour l’hégémonie régionale. L’Arabie saoudite s’était opposée à l’accord de juillet 2014 craignant que la levée de l’embargo pétrolier et l’afflux d’argent permettent à l’Iran d’étendre son influence régionale. L’Arabie saoudite fera tout pour miner le retour de l’Iran dans le jeu pétrolier. Elle le fait déjà en vendant à rabais son brut aux clients naturels des Iraniens, comme la Chine et l’Inde. Elle continuera à le faire en produisant massivement. D’autant que l’Iran mettra du temps à redevenir un vrai concurrent, bien qu’il détienne les quatrièmes réserves d’or noir de la planète.

Les États-Unis d’Amérique n’ont pas renoncé à leur alliance avec l’Arabie saoudite. Mais les rapports de force se transforment dans cette région et le pétrole est une variable fondamentale. Pendant combien de temps encore la monarchie va-t-elle pouvoir assumer son interventionnisme et maintenir son pacte social ? La baisse du prix du baril de pétrole va à l’encontre de ses intérêts nationaux et pèse sur son budget.

Marc-Antoine Barberis

Publicités

Un groupe d’islamiste attaque une base aérienne indienne.

Carte de Pathankot

Dans la nuit du vendredi 1er janvier au samedi 2 janvier 2016, une base aérienne indienne a été attaqué par quatre assaillants qui proviendraient du mouvement islamiste pakistanais « Jaish-e-Mohammed ».

Quatre hommes armés, dont on suspecte leur appartenance au groupe islamiste pakistanais « Jaish-e-Mohammed », ont attaqué la base aérienne de Pathankot, dans l’Etat du Pendjab (au nord-ouest de l’Inde). Vers trois heures du matin (heure locale), ce groupe d’hommes armés très lourdement et vêtu des uniformes des forces de sécurité indiennes ont réussi à infiltrer la base aérienne de Pathankot. L’attaque a durée environ 14 heures avant que les forces de sécurité indiennes ne viennent à bout des 4 assaillants et ne reprennent le contrôle de la base. Le bilan de cet assaut s’élève à sept morts, les quatre assaillants ont été abattus par les forces indiennes. Les trois autres victimes sont membres des forces de sécurité indiennes.

Cette base aérienne est un lieu stratégique pour l’armée indienne. Celle-ci abrite une dizaine d’avions de combat, de plus, elle est située à seulement cinquante kilomètres de la frontière avec le Pakistan. Selon un responsable de l’armée indienne qui a préféré taire son nom, « l’attaque vise à provoquer un maximum de dégâts matériels ».

Le ministre de l’intérieur indien, Rajnat Singh, a déclaré après l’attaque, « Nous voulons la paix mais si les terroristes mènent des attaques sur le sol indien nous, répondrons de manière appropriée ».

Une menace pour l’équilibre Pakistan-Iran.

D’après Sameer Patil, analyste du centre de recherches Gateway House, l’attaque qui est survenu samedi de l’autre côté de la frontière est très probablement en représailles à la visite du Premier ministre indien Narendra Modi au Pakistan, la semaine précédente. C’était la première visite d’un chef du gouvernement indien depuis 11 ans au Pakistan. D’après l’AFP, « on a déjà assez de preuves que les militants du Jaish-e-Mohammed et du Lashkar-e-Taiba veulent saboter le processus de paix ».

Après l’attaque de Bombay par les islamistes en 2008, causant la mort de 166 personnes, New Delhi avait décidé de suspendre toute discussion avec le Pakistan, car une enquête avait révélé que l’attaque avait été planifiée depuis le Pakistan. Les deux pays avaient relancé un processus de paix pour la région du cachemire depuis 2011, mais durant les deux dernières années, les tensions n’ont cessé de croître dans la région. Des bombardements transfrontaliers ont fait des dizaines de morts dans cette région depuis l’an dernier. Depuis la visite du Premier ministre indien la semaine dernière, l’Inde et le Pakistan ont décidé de lancer le dialogue. Des rencontres sont encore prévues entre les deux pays en janvier à Islamabad.

Arthur Belin.