Le gaullisme face aux primaires

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Charles De Gaulle président, en 1967

Alors que les primaires sont devenues l’apanage des partis de gouvernement afin de déterminer le candidat idoine à la présidence de la République française, il semble important d’observer la position du Général De Gaulle, fondateur avec Michel Debré la V ème République, sur les élections à la magistrature suprême.

  Les pratiques politiques récentes et actuelles ont particulièrement défiguré l’idée que se faisait De Gaulle du président de la République et de son élection. Le grand Charles aurait aujourd’hui du mal à reconnaître la campagne à l’élection présidentielle telle qu’il l’a connu en 1965.

Après avoir adopté en 1962 par référendum populaire l’élection du président de la République au suffrage universel direct, le Général De Gaulle souhaitait que le chef de l’exécutif puisse tiré sa légitimité du peuple et non plus d’un collège de 80 000 grands électeurs comme cela était le cas dans la Constitution initiale de 1958.

Les primaires ouvertes, qu’elles soient de droite avec Les Républicains ou de gauche avec le Parti Socialiste tendent à remettre en cause la volonté que portait le Général de Gaulle au travers de la réforme constitutionnelle de 1962. Les primaires, comme il le soulignait, ne sont pas « une confrontation d’idées avec de vrais choix de sociétés, mais une compétition de marmitons qui font cuire de petites soupes sur petits feux ». Cette américanisation de la vie politique française favoriserait selon lui les luttes internes et fratricides au sein des partis au travers d’un jeu médiatique déplorable, et-ce au détriment de l’émergence d’un véritable candidat providentiel.

« L’homme providentiel »

De Gaulle prônait avant tout la relation entre les citoyens et une personnalité forte. Une personnalité forte et charismatique qui saurait créer un lien indéfectible avec les citoyens français dont il tiendra sa légitimité. Pour le Général, l’ « homme providentiel » comme il aimait le dire, ne doit en aucun cas être bridé par la machine politicienne partisane au travers du mécanisme des primaires, mais doit au contraire recueillir un élan naturel et légitimant de sa famille politique évitant de fait les divisions internes qui pourraient nuire à la pratique du pouvoir par l’exécutif une fois le mandat commencé, comme nous avons pu le constater sous le quinquennat de François Hollande avec les « frondeurs ».

La seule et unique primaire valable pour De Gaulle reste le premier tour de l’élection présidentielle, où le candidat a alors rendez-vous avec l’ensemble du corps électoral.

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Le sionisme et l’éducation en Israël

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Enfants juifs à l’école

 

La place de plus en plus importante accordée aux mouvances nationalistes et ultra-orthodoxes en Israel par le gouvernement de Benyamin Netanyahou tend à mener vers une judaïsation de l’éducation nationale israélienne.

Le 25 octobre 2016, le ministre de l’éducation nationale israélienne Naftali Bennet a déclaré lors du quarantième anniversaire du réseau d’école TALI, soit l’acronyme « études juives enrichies » en hébreu que « Parce-qu’il est nôtre à nous tous, étudier le judaïsme et y exceller est plus important pour moi que l’études des mathématiques ou des sciences ». Cette déclaration du ministre israélien se positionne dans la droite ligne du gouvernement de Benyamin Netanyahou, en ajoutant notamment que « nous devons aussi être une superpuissance spirituelle et exporter les idées spirituelles dans le monde, c’est le prochain chapitre de notre rêve sioniste et voici comment nous allons redevenir la lumière pour les nations ».

Programme de « conscience juive »

Dès les premières années d’existence de l’Etat israélien, les gouvernements nationaux se sont intéressés à une imprégnation significative de la culture juive dans les écoles publiques israéliennes, bien que David Ben Gourion, le fondateur d’Israel, ait déclaré dans la Déclaration d’Indépendance que l’Etat d’Israel serait avait tout un Etat laïc. En 1957, un premier programme de « conscience juive » à l’école a été développé avec le parti Shas et les partis traditionalistes séfarades, afin d’encourager l’enseignement de la tradition juive et d’enraciner la jeunesse dans son héritage historique au travers de l’étude des prières et des pratiques rituelles. Il faut savoir qu’en Israel le parti national religieux contrôle une partie du réseau scolaire à hauteur de 20% et financé par l’Etat israélien.

Ces programmes de cultures ont évolué au cours de ces presque trente dernières années. L’imprégnation de cette culture juive au sein de l’école publique et laïque israélienne avait-été évoquée en 1991, où une commission d’enquête a été chargée par le ministère de l’Education afin de « vendre », de mettre en valeur les matières juives pour les élèves des écoles laïques avec une approche thématique comme l’éthique juive ou source de la pensée juive. Les résultats de cette commission d’enquête se sont traduit concrètement par le programme de culture « la culture juive et israélienne », présenté à la chef du cabinet du ministre de l’éducation, Michal Cohen. Ce programme, présenté le 23 mai 2016 se concentre sur la connaissance de la littérature juive ainsi que sur plusieurs domaines comme les individus, les familles, la communauté, l’Etat d’Israël ainsi que le le peuple juif de la diaspora. Le programme concerne les élèves du CE2 à la 3ème au sein des écoles publiques et laïques du pays.

L’imprégnation et l’acculturation croissante à la judéité par la jeunesse israélienne sont essentiels dans le dessein du « rêve sioniste » cher à la ligne politique du gouvernement actuel au pouvoir en Israel.

La cyberterritorialité, une réalité méconnue du grand public 2/2

La territorialité des extensions géographiques a ainsi donné lieu à plusieurs conflits.

Premièrement, un néocolonialisme a été réalisé par le biais de particulier ou d’entreprises, américains pour la plupart, lors de l’attribution de ces ccTLD. De nombreux territoires, Africains pour la majorité, ont vu leur souveraineté numérique bafouée, lorsque des investisseurs ont demandé à l’IANA, dirigée alors par Jon Postel de se voir déléguée leur extension. Ainsi l’entreprise Freenom est la plus connue pour cette spoliation numérique. D’autres exemples existent: pendant de nombreuses années, les terres australes et antarctiques françaises ont été déléguées par un investisseur gérant également d’autres extensions. Aujourd’hui encore, l’extension namibienne .NA est gérée par un gynécologue namibien.

Nous le voyons ici, la gestion des extensions fut et reste problématique en raison de différents facteurs:
Méconnaissance de certains pays peu numérisés
Règles trop souples de la part de l’IANA

Il est aujourd’hui plus que pertinent d’évoquer la situation syrienne. En effet, le bourbier syrien a entrainé une prise de conscience de la part d’entreprises utilisant l’extension .SY, telle que la startup Artsy. Coût du passage de ART.SY à ARTSY.NT: 50000USD.

Nous le voyons, l’espace numérique est directement affecté par les questions de territorialité. La géopolitique a plus que jamais sa place dans la définition d’un espace de communication pour les entreprises, organisations et particuliers. Il est primordial de définir une stratégie intégrant ces paramètres afin de garantir l’intégrité des données.

Enfin, la Tanzanie est devenue le premier pays à requérir l’utilisation d’une extension géographique pour tout business opérant dans ce pays d’Afrique. Un signal faible qui saura nous faire prendre consciences des réalités numériques.

 

Sources:

  1. https://priceonomics.com/the-rise-and-fall-of-ly/
  2. https://www.iana.org/domains/root/servers
  3. https://www.iana.org/reports/2005/tf-report-05aug2005.pdf
  4.  http://observer.com/2013/01/as-syria-worsens-art-sy-changes-unique-url/
  5. http://cio.co.ke/news/top-stories/tcra-to-enforce-use-of-.tz-domain-names

 

La cyberterritorialité, une réalité méconnue du grand public 1/2

Les noms de domaine sont couramment utilisés dans la compréhension et la territorialité d’Internet: pages Web, Emails, FTP,… Cependant, comme chaque actif, qu’il soit matériel ou immatériel, une appartenance territoriale existe mais reste peu comprise du grand public. Tel le pétrole pour les UAE, le phosphate pour la Polynésie, l’économie liée à la vente de noms de domaine est une manne financière pour de nombreux pays. Explications.

En 1983, Jon Postel et Paul Mockapetris, deux chercheurs à l’Université de Californie du Sud, développèrent un outil technique pour rendre plus souple l’utilisation des ressources informatiques. En effet, jusque là, il fallait accéder,  et donc mémoriser, l’adresse IP d’un serveur afin d’accéder au contenu lié. Poste et Mockapetris inventèrent le Domain Name System, système des noms de domaine.

Ainsi, une suite de caractères alphanumériques permettent tel un masque d’accéder à une ressource. Pour un internaute souhaitant accéder au site du Sénat, il est préférable pour lui d’aller sur http://www.senat.fr plutôt que 158.255.107.218. De même, cela permet au site du Sénat de changer d’adresse IP sans que cela soit dommageable pour lui et son public.

Le système des noms de domaine est architecturé selon des niveaux, séparés par un signe de ponctuation, le point. Il se lit de droite à gauche.

Prenons le site du Sénat: http://www.senat.fr .Même s’il s’agit du site officiel, ce n’est pas le nom de domaine complet. Ce dernier étant http://www.senat.fr.

– FR est donc le domaine de premier niveau. Il s’agit d’une extension géographique, appelée ccTLD, tous les territoires du Monde en ont.
– SENAT est le domaine de deuxième niveau.
– WWW est le domaine de troisième niveau. Tim Berners Lee, pour différencier les pages Web des accès FTP ou MAIL, a souhaité utiliser la dénomination WWW.

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Voilà pour les fondamentaux techniques. Car l’utilisateur final, l’Internaute, comprend mal ce système de noms de domaine. L’apparente simplicité technologique apporté par Google, laisse supposer que tout est simple d’accès et que la territorialité n’est pas présente sur Internet. Hors, il n’en n’est rien.

Revenons à ces extensions géographiques, les fameux ccTLD: country-code Top Level Domain. Chaque territoire est représenté, selon la norme ISO3166-2: FR pour la France, US pour les Etats Unis, IT pour l’Italie, IR pour l’Iran,… Lorsque Youtube communique avec youtu.be, l’entreprise américaine communique avec une extension belge, gérée par une entreprise belge, DNS Belgium. Cette réalité est peu comprise. Lors de l’intervention militaire en Libye de 2011, de nombreux sites Internet américains utilisant l’extension .LY ont découvert avec stupeur cette réalité. .TV, l’extension des îles Tuvalu permet à ce petit pays polynésien d’augmenter substantiellement son PIB, en devenant la première ressource à l’export. Les noms de domaine .TV sont ainsi loués par le biais de Verisign, entreprise américaine historique, gérant l’un des serveurs de base d’Internet, le a.

La Guerre civile Chinoise : Le triomphe communiste et la destruction des forces nationalistes (1945-1949)

La Guerre civile chinoise aboutit, entre 1945 et 1949, à la victoire du PCC (parti Communiste chinois) sur son ennemi nationaliste (parti du Guomindang, GMD). Celui-ci se repliera pour former la République de Taïwan qui reste toujours en conflit avec la République Populaire de Chine. Ce conflit reste toujours difficile à décrire pour les historiens à cause du manque de ressources archivistiques sur ce sujet et du verrouillage de son Histoire par la République populaire de Chine. En quatre ans, les forces nationalistes, victorieuses des Japonais et contrôlant les trois-quarts du territoire chinois, seront progressivement repoussé au Sud puis dans les îles de Formose. Comment peut-on expliquer ce retournement de situation et décrire en plusieurs phases ce gigantesque conflit ?

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La Guerre Civile Chinoise 1946-1950. (source: https://upload.wikimedia.org)

Une lutte ancrée dans l’Histoire de la Chine

Les nombreuses guerres civiles que connaît la Chine trouvent leurs racines dans l’affaiblissement progressif de l’Empire durant le XIXe siècle. Miné par des dissensions internes, affaiblis par la corruption et la pression des régimes colonialistes (politique de la canonnière et guerre des Boxers 1900) la dynastie Quing s’effondre. L’Empire de Chine laisse place à la République de Chine qui se forme par le biais d’une révolution moderniste et nationaliste en 1911-1912. L’administration provinciale largement autonome favorise la division de la Chine en fiefs dominés par les  »seigneurs de guerre » devenus autocrates et indépendants. En 1922, le GMD et le PCC s’unissent dans un premier front uni pour réunifier le pays. En 1926,  »l’expédition du Nord » met fin à cette première Guerre Civile. En 1927, les nationalistes se retournent contre leurs alliés communistes pour prendre le contrôle du gouvernement de la République de Chine et ils s’affrontent plus ou moins violemment entre 1927 et 1937. Sur le point de succomber (longue Marche), les communistes chinois sont sauvés par l’invasion japonaise qui permet la formation d’un second front uni entre communistes et nationalistes. Une fois les japonais vaincus et définitivement chassés de la Chine en 1945, les affrontements reprennent entre les deux partis dans une Troisième Guerre civile (1945-1949) appelé aussi Guerre de Libération.

Les différentes phases de la Guerre

Lors de la résistance à l’invasion japonaise, l’armée chinoise est largement surclassée, mais l’immensité de la Chine et le potentiel démographique chinois aspirent peu à peu les forces japonaises qui s’enlisent dans cette guerre. Le front uni montre des signes de fragilité dès le début de cette guerre, les forces nationalistes et les troupes communistes combattent séparément (les communistes se rassemblent dans les formations de la Nouvelle 4ème Armée et la 8ème Armée de Route) et des combats ont régulièrement lieu entre ces différentes unités. Malgré les tentatives de médiations occidentales, l’affrontement reprend très rapidement en 1945.

. A l’Automne 1945, chaque camp tente de gagner la Mandchourie reconquise par les Soviétiques pour s’emparer de ces vastes plaines industrielles et des stocks d’armes de l’armée japonaise encore sur place. Les communistes affrontent les troupes nationalistes pour le contrôle de la Mandchourie et défendent leur fief de Yan’an en Chine centrale. Utilisant des tactiques de défense mobile, les communistes usent cette première offensive.

. Fin 1948, les troupes communistes lancent, à leur tour, plusieurs offensives en Chine du Nord-Est. Cette offensive détruit de nombreuses divisions nationalistes (33 divisions perdus, 470 000 hommes) et ouvre l’accès à Beijing aux forces communistes. Parallèlement, les forces communistes du Nord éliminent la présence nationaliste en Chine centrale au cours de la campagne  »des plaines centrales » au cours des batailles

. De janvier à octobre 1949, les communistes balaient les dernières forces nationalistes défendant la rivière du Yangzi (région de Shanghai) puis s’emparent progressivement des bastions nationalistes du Sud. Tchang Kaï-Chek franchit le détroit de Formose avec les débris de son armée et du parti nationaliste pour former à Taïwan un gouvernement  »en exil ».

Un succès complet de la guerre révolutionnaire maoïste

Cette Troisième Guerre civile chinoise et la victoire communiste en 1949, représentent bien les succès des principes de Guerre révolutionnaire. David Galula, le théoricien de la guerre de contre-insurrection illustre même ce concept en prenant exemple sur la guerre civile chinoise. La stratégie et les principes de la guerre révolutionnaire combinent un ensemble cohérent de moyens socio-politiques militaires et diplomatiques mis au service de la victoire finale. Le camp révolutionnaire (les communistes) doit, tout d’abord, s’enraciner dans la population et prendre le pas sur les administrations nationalistes. Les communistes acquièrent le soutien du milieu rural, délaissé par les nationalistes grâce à leur promesse de réforme agraire. Cette annonce fait basculer les campagnes dans le camps communiste et fourni à l’APL (Armée Populaire de Libération) une manne de recrues quasiment inépuisable. Les communistes alternent guérillas intensives et offensives de grandes ampleurs localisées. Au contraire de leurs ennemis nationalistes, les communistes peuvent s’affranchir de la défense statique des territoires pour se concentrer uniquement sur l’élimination d’un maximum d’unités nationalistes. Tous ces facteurs, alliés à une stratégie inepte et incohérente d’un camp nationaliste corrompue et violent, apportent la victoire aux communistes chinois qui proclament la République Populaire de Chine qui est toujours en place de nos jours. Cette guerre est la cause majeure de la difficile situation géostratégique dans le détroit de Formose avec la création de deux République de Chine concurrentes.

Benoit GRELIER

La Nouvelle Histoire-bataille : Pour un renouveau de l’Histoire militaire (Partie 1/2)

Depuis la fin du XXe siècle, nous assistons à une résurgence de l’Histoire militaire dans les études universitaires grâce aux nombreuses parutions de travaux anglo-saxons. Ce nouvel engouement pour l’Histoire militaire se traduit par un retour de l’histoire-bataille. Cette nouvelle histoire-bataille n’est plus réservée, comme au XVIIIe siècle, aux militaires ou aux spécialistes qui étudiaient les mouvements de troupes et les grandes manœuvres des armées, mais aussi à des civils et à des universitaires voulant plonger au cœur des combats pour appréhender tous les aspects de la Guerre.

Pourquoi l’Histoire-bataille est-elle décriée par les historiens français ?

Les traditions historiographiques de la France et du monde anglo-saxons sont très différentes au XIXe et au XXe siècle. Sur le continent européen, l’histoire militaire est trop empreinte de nationalisme pour que les études qui en résultent soient capables d’aborder la question sans tomber dans la controverse historique ou la critique. L’historien anglais John Keegan explique cette différence Outre-Manche : « Il n’y a réellement que les pays de langue anglaise dont, à l’exception de l’Amérique au temps de la guerre civile, les campagnes militaires ont toujours lieu à l’étranger, qui ont élevé l’histoire militaire au niveau d’une science […] Pour la majorité privilégiée que nous constituons, la guerre pendant cent cinquante ans – à peu près la période de développement de l’histoire moderne – s’est réduite à un spectacle ».

Les deux guerres mondiales ont traumatisé les populations européennes et ont laissé les historiens français du XXe siècle incapables d’aborder l’histoire militaire sans s’attacher à décrire les horreurs et la barbarie de la guerre, marginalisant les études du phénomène guerrier. L’avènement de l’École des Annales, apparue en France dans l’entre-deux-guerres et confortée durant les années 1950-1960, a encore renforcé ce rejet. En effet, les historiens se réclamant de cette école historique critiquent l’Histoire  »traditionnelle » faite par les méthodistes qui prônent l’accumulation de faits et leur conception étroite des documents : faire de l’Histoire avec un même type de document sans les critiquer, l’Histoire était installée dans une sorte de  »routine », ces sources écrites sont en grande partie rédigées par les institutions officielles, les élites, cela détermine le contenu de l’histoire qui n’évolue pas.

Les années 1970 voient l’avènement de la  »Nouvelle Histoire », terme employé par les historiens des Annales, qui relève d’une réflexion sur leur propre discipline. Les partisans de cette Nouvelle Histoire veulent faire une histoire globale, pluridisciplinaire qui met en rapport les approches historiques avec les autres disciplines des Sciences Humaines (la sociologie, la psychologie, la géographie, …). Cela a pour conséquence l’élargissement des sources que l’historien doit étudier (les journaux, les registres paroissiaux, les documents iconographiques). Il va dorénavant utiliser l’anthropologie, c’est-à-dire monter la permanence de l’être humain qui conditionne alors le comportement individuel et s’intéresser aux questions économiques et sociales qui ont pris de l’importance à partir des années 30. L’étude des mentalités ne peut pas s’appliquer à des événements très courts, mais plutôt au terme de l’analyse d’une évolution sur le long terme. L’Histoire militaire est donc laissée de côté car les batailles et les engagements importants ne dictent pas, selon les historiens des Annales, le cours de l’Histoire et ne peuvent permettre à l’historien de comprendre les mutations et les changements des  »mentalités » et de la civilisation. Le terme d’Histoire-bataille est d’ailleurs une expression péjorative utilisée par les fondateurs des Annales March Bloch et Lucien Fevbre. Nous pouvons tout de même remarquer un certain intérêt pour la bataille de la part de grands noms de l’École des Annales comme dans les ouvrages de Georges Duby Le Dimanche de Bouvines, ou encore celui Marc Bloch, L’étrange défaite. Georges Duby parle de « l’attrait du plaisir » pour expliquer cette soudaine envie d’écrire une histoire événementielle, car il trouvait intéressant de s’approcher « des combattants de Bouvines comme d’une peuplade exotique, notant l’étrangeté, la singularité de leurs gestes, de leurs cris, de leurs passions, des mirages qui les éblouissaient. ». Il faut attendre les années 90 pour que l’École des Annales perde son influence et ne laisse la place à un certain retour de l’événement en France. La bataille ne sera plus vue comme un événement singulier qui survient au hasard de l’Histoire, mais comme un facteur de construction des Nations qui va entraîner de nouvelles interprétations sur une période donnée. Ce terme de Nouvelle histoire-bataille veut réconcilier l’histoire-bataille traditionnelle avec la Nouvelle Histoire.

Benoit GRELIER

La Nouvelle Histoire-bataille : Pour un renouveau de l’Histoire militaire (Partie 2/2)

Les différents courants de la Nouvelle Histoire-Bataille

La traduction de certains grands ouvrages d’histoire militaire anglo-saxons en France permet de renouveler notre vision de la bataille et inciter les historiens français à rompre avec l’histoire militaire traditionnelle. Nous pouvons diviser en plusieurs approches la nouvelle histoire-bataille.

– Héritiers de la Pensée de Charles Ardent Du Picq (officier français du XIXe étudiant le comportement des soldats au combat et comment encadrer les troupes), des historiens s’intéressent à l’environnement des combattants, leurs matériels, … Le récit des combats ne sera plus réservé aux techniciens, représentant la guerre comme une succession d’actions et de descriptions qui ne prennent pas du tout en compte les sentiments humains et la dureté du combat, mais comme un récit proche du soldat (de ses peurs et de ses doutes …) ; c’est l’histoire-bataille au ras du sol. La traduction de certains grands ouvrages d’histoire militaire anglo-saxons ont permis de faire traverser la Manche à ces nouvelles idées. Nous pouvons citer l’ouvrage de John Keegan, The Face of the battle, traduit en 1993, et celui de Victor David Hanson , Le modèle occidental de la Guerre : La bataille d’infanterie dans la Grèce classique traduit en 2001. Ces auteurs engagent l’histoire-bataille dans une approche anthropologique. Ils étudient le fait militaire pour en déduire la  »mentalité » des soldats et leurs réactions face à des situations qui auront des conséquences sur le déroulement de la bataille voire de la campagne militaire. L’attention portée au simple combattant provient des travaux militaires sur les deux Guerres mondiales dans lesquelles les historiens étudient les lettres de soldats écrivant à leurs familles sur la réalité des combats (peur, conditions de vie, habitude des combats …).

D’autres historiens étudieront plutôt les combats en définissant les tactiques utilisées lors des batailles. Ils s’intéresseront aux différentes manières et techniques de combat de la troupe. Ils décrivent une bataille puis rentrent en son cœur, avec des lettres ou des témoignages d’officiers. Nous pouvons citer plusieurs ouvrages utilisant cette approche comme celui de Hervé Drévillon dans Bataille : Scènes de Guerre, de la Table Ronde aux tranchées, ou John Lynn, The Bayonets of the Republic.

– La dernière approche regroupe les travaux qui se penchent sur une ou plusieurs batailles. Les historiens s’intéressent à la bataille comme objet d’Histoire. Ils étudient une bataille en lui appliquant des problématiques particulières : Yann Lagadec, dans son livre La Bataille de Saint Cast, examine la construction de la bataille en tant qu’événement et le souvenir que ce combat à laisser dans les esprits en Bretagne. L’un des premiers grands ouvrages français paru sur cette nouvelle histoire-bataille est le livre d’Olivier Chaline sur la bataille de La Montagne Blanche en 1999. Celui-ci tente de comprendre ce que l’homme a pu endurer au cours de la bataille. « Une guerre en première personne dans laquelle je tue, je suis tué, je risque de rester un mort inconnu ou sans sépulture. » mais aussi les motivations idéologiques et religieuses des participants.

Limites et points forts de ce concept de la nouvelle histoire-bataille

Le concept de nouvelle histoire-bataille, cherchant à rentrer au cœur des combats et de la guerre selon la vision de l’homme de troupe et non du général, se heurte d’emblée à la nature des sources à disposition de l’historien pour l’étude des opérations militaires. L’historien moderne aura plus de difficulté à saisir et à comprendre toute la violence des opérations militaires bien qu’elle soit l’essence même de la vie du soldat, car celui-ci reste silencieux ; les soldats n’écrivent pas avant la Première Guerre mondiale car la plupart sont illettrés. Les historiens s’intéressent de fait très peu au vécu des soldats, considérant peut être que les armées de l’Ancien Régime ou celles de la Révolution ne voyaient en la guerre qu’une  » noble affaire d’honneur et de courage » ou encore une devoir citoyen de défense de la Patrie. Une étude approfondie d’un engagement ou d’une campagne militaire amène d’autres conclusions : Les soldats sont tous confrontés à l’horreur et la violence du champ de bataille et cherchent, comme tout êtres humains qui craint la mort, à s’y soustraire. L’historien va devoir prendre en compte les non-dits ; ce n’est pas parce que les soldats français et encore moins les officiers ne parlent pas des souffrances et de la peur induites par la guerre, qu’il n’y en a pas. Toute la difficulté de la nouvelle histoire-bataille est liée à ce double objectif de faire une histoire militaire proche du soldat qui, sans tomber dans la simple dénonciation de la guerre et de ses horreurs, relaterait tout de même de façon objective l’épreuve du soldat.

Malgré toutes ces difficultés un renouvellement de l’Histoire militaire est nécessaire car les récits des guerres et des conflits du passé doivent prendre en compte l’humain. La violence de guerre et la peur de la mort sont vécues de la même façon par tous les hommes et les différences entre un conscrit républicain de 1794 qu’un poilus de la Première Guerre Mondiale ne sont finalement pas si grandes.

Benoit GRELIER