Crise politique à Haïti

- Michel Martelly, Président  de la République Haïtien - c (DR)

– Michel Martelly, Président de la République Haïtien – c (DR)

Depuis quelques semaines des manifestations antigouvernementales se multiplient à Port-au-Prince, capitale haïtienne, où la population réclame la tenue d’élections.

 

 

Pourquoi une crise politique à Haïti ?

Il y a cinq ans déjà, un séisme ravageur a secoué l’île d’Haïti, faisant environ 200 000 morts. Depuis, le pays fait face à de nombreuses difficultés, comme en témoigne Wendy Bigham, Représentante par intérim du Programme Alimentaire Mondial (PAM) à Haïti. Elle nous livre : « La pauvreté chronique et l’inégalité, la dégradation de l’environnement et l’instabilité politique menacent les réalisations de la société haïtienne faites au cours de ces cinq dernières années ».

La crise haïtienne vient du fait que le gouvernement ait annulé, ces trois dernières années, différentes élections : les élections municipales, locales, législatives et sénatoriales. Les derniers maires n’ont pas été élus mais nommés par le pouvoir exécutif. Un autre problème vient du fait que le 12 janvier 2015 soit la date de fin de mandat du Président de la République, Monsieur Michel Martelly, ainsi que la date de fin de mandat des sénateurs et des députés actuels – et aucune élection n’a encore été organisée, ni n’est prévue. Le Président Martelly pourrait ainsi se retrouver à continuer de gouverner le pays via des décrets.

Récemment de nombreux manifestants se sont réunis pour réclamer le départ du pouvoir du Président Martelly.

La réaction des Nations Unies

Sandra Honoré, représentante spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies et les membres de la communauté internationale, représentés au sein du « Core Group » (les ambassadeurs du Brésil, du Canada, de France, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de l’Union Européenne, et le Représentant spécial de l’Organisation des États américains), ont reconnu dans un communiqué du 30 décembre 2014 les progrès politiques réalisés en cette fin d’année. D’abord l’endossement par le Président Martelly des recommandations émanant de la Commission consultative crée à son initiative ; ensuite la nomination d’un nouveau premier ministre, Evans Paul, au 25 décembre 2014 ; enfin pour la signature de l’accord tripartite entre les trois grands pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) autour de la crise électorale.

Alors que Sandra Honoré réitérait « l’engagement continu de la MINUSTAH(Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) aux côtés du Gouvernement et de la société haïtienne toute entière » dans ses vœux de fin d’année ; elle a exhorté, conjointement aux membres « du Core Group » dans un communiqué de presse plus récent datant du 7 janvier 2015, « tous les acteurs politiques à se mettre d’accord afin de trouver une solution à l’impasse politique et électorale avant la fin de cette semaine, conformément aux recommandations de la Commission Consultative Présidentielle, dans l’intérêt supérieur de la nation. »

 

Romina REBOIS

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La Bolivie autorise le travail infantile dès 10 ans

Evo Morales, président de la Bolivie - (c)DR

Evo Morales, président de la Bolivie – (c)DR

 

Le 17 juillet 2014, en Bolivie, un nouveau Code des enfants et adolescents a été promulgué, permettant ainsi aux jeunes de travailler de façon encadrée dès l’âge de 10 ans. Retour sur cette décision qui va à l’encontre de la normativité internationale.

 

 

Un syndicat d’enfants travailleurs à la rencontre du président Morales

Selon des estimations de l’UNICEF on trouverait en Bolivie 850 000 enfants travailleurs sur une population de 10 millions d’habitants, ils font ainsi partie du paysage bolivien. Ces enfants travailleurs ont d’ailleurs leur propre syndicat : l’UNATSBO, à l’origine de l’abaissement de l’âge légal du travail, le syndicat ayant pu rencontrer les membres du gouvernement depuis décembre 2013 afin d’appuyer ce changement législatif. C’est ainsi qu’a été promulgué le nouveau Code des enfants et adolescents, pendant l’été 2014.

En Bolivie cet abaissement de l’âge légal du travail infantile –accessible dès 10 ans à son propre compte et dès 12 ans avec un patron- n’a pas provoqué beaucoup de débats, tant le travail infantile est un fait social auquel on est habitué. Le président Evo Morales a déjà témoigné,  ayant lui-même travaillé dans sa jeunesse comme gardien de troupeau de lama, entre autres, le président bolivien disant voir le travail comme moyen de développer, chez les enfants une certaine « conscience sociale ».

La Bolivie à contre-courant

Bien que cette mesure ait avant tout été prise pour éviter l’exploitation des enfants et bien que certaines conditions soient prises dans la législation bolivienne – le travail ne doit pas nuire à l’éducation de l’enfant ou le mettre en danger –, cette décision inquiète sur le plan international toutes les organisations défendant une perspective abolitionniste.

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a formulée ses inquiétudes dans les mois ayant suivi le changement de législation en Bolivie et a mis en place une  Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations (CEARC). L’UNICEF a aussi de côté exprimé sa « préoccupation ». Il faut rappeler ici la place qu’a prise la lutte contre le travail des enfants au niveau international avec la Convention sur les droits de l’enfant ratifiée par les membres des Nations Unies –dont la Bolivie- et avec la création de l’International Programme for Eliminating Child Labour ou IPEC –organe de l’OIT. Le réel problème que soulève législation bolivienne est celui de l’accès à l’éducation pour tous les enfants. Maraiana Rosana Vega de l’UNICEF Bolivie conclut : «La situation bolivienne est préoccupante. Il existe souvent un raisonnement automatique qui dit : pauvreté = justification du travail infantile. C’est loin d’être si simple. Il y a des cas où les parents justifient le travail infantile car eux ont travaillé quand ils étaient enfants. Et d’autres cas où, à l’inverse, comme eux ont travaillé, ils ne veulent pas que leurs enfants travaillent. C’est une question de connaissance, de comprendre que, au-delà de l’apport économique de l’enfant qui peut être de 3 ou 4 euros par jour, cela enlève beaucoup plus au futur de cet enfant et donc, bien sûr, au futur de sa famille.» 

 

Romina REBOIS

La politique spatiale des Etats-Unis, le tournant des années 1990.

La politique américaine est focalisée sur trois points, qui souligne l’influence de l’esprit de conquête et de la doctrine Monroe: le territoire (la “zone sanctuaire”), la capacité de projection de force pour défendre les intérêts nationaux, ainsi que toutes les politiques de sécurité nationale. L’une des ultimes priorités des Etats-Unis est sans nul doute la préservation du leadership américain.

Nous savons que c’est avec ce caractère que les Etats-Unis ont confronté leur idéologie à celle de l’URSS durant la guerre froide qui a marqué le XXème siècle. Cette dernière a pris forme dans toutes les différentes techniques de propagande et de compétition allant jusqu’à la compétition technologique dans le domaine de la conquête spatiale. C’est dans ce contexte qu’a été créée le 29 juillet  la NASA (National Aeronautics and Space Administration), qui est l’agence gouvernementale qui administre et réalise les projets relevant de l’astronautique civile (jusque-là pris en charge par les différentes branches des forces armées des Etats-Unis). Nous sommes un an après le choc créé par la première mise en orbite du satellite russe Spoutnik 1 alors que les responsables et l’opinion publique américain étaient encore persuadés de leur supériorité technique.

Elle est aujourd’hui dotée d’un budget de 17,8 milliards de dollars (2012) et emploie directement environ 18 500 personnes ainsi qu’un grand nombre de sous-traitants répartis entre 10 centres spatiaux situés principalement dans les États du Texas, de Californie, et de Floride, de l’Alabama, de Virginie et de Washington.

Rappelons que la politique spatiale d’un Etat est le domaine de la politique publique qui concerne à la fois le développement, la part des fonds publics alloués au spatial et la définition de l’organisation chargée de sa définition et de sa mise en oeuvre. L’espace constitue donc un enjeu politique et économique très important et un bouleversement dans les relations internationales comme la chute de l’URSS, ou une crise économique, a automatiquement de lourdes retombées sur l’avenir de ce domaine.

Les enjeux de la politique spatiale sous la guerre froide

Ce sont des avancées allemandes dans le domaine des fusées qui ont permis au vol spatial de prendre son essor à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dès le début, une forte concurrence entre les États-Unis et l’URSS était plus que palpable, pour des motifs de prestige national liés à la guerre froide. Cette compétition a connu son apogée lors de l’envoi des premiers hommes sur la Lune.

Les programmes spatiaux sont donc nés dans la seconde moitié des années 1950 en URSS et aux États-Unis de leur confrontation politico-militaire mutuelle. Rappelons qu’à cette époque l’équilibre stratégique reposait à la fois sur la performance des vecteurs nucléaires et sur la surveillance du potentiel adverse.

Le tournant des années 90

La course à l’espace perd de son intensité après 1969 et l’évènement Apollo 11. Les Etats-Unis confirment leur savoir faire technologique (et leurs moyens financiers) avec d’autres missions Apollo vers la Lune : l’URSS a définitivement « perdu la course ».

Le période qui suit sonne une sorte de « réconciliation » des Etats-Unis avec l’URSS et permet de faire évoluer considérablement les échanges (scientifiques, notamment) entre les pays. Mais ce tournant c’est avant tout un grand pays qui comprend l’impact toujours stratégique des décisions qu’il aura a prendre en matière de politique spatiale, dans un contexte global marqué par la fin de la confrontation Est-Ouest. Les années 1990 signent aussi une aggravation de la crise économique et une généralisation des mesures de dérégulation ou de contrôle des dépenses budgétaires, le modèle fondateur de la « politique spatiale » allait trouver ses limites.

Aujourd’hui

Pour beaucoup, le gouvernement américain ne considérerait pas la conquête spatiale comme une de ses priorités. Ce dernier s’appuie sur la tendance à la baisse des sommes allouées au programme spatial américain. Pour 2012, c’était environ 0,6% du budget américain qui était prévu pour ce programme, alors que, dans les années 1960, le financement était situé entre 2% et 4%.  Le désir du gouvernement américain d’envoyer de nouveau des Américains sur la Lune en 2020 est considéré comme réalisable advenant une augmentation des sommes allouées. Toutefois, étant donné la tendance, plusieurs projets doivent déjà être reportés. 
Barack Obama a proposé une solution à cette baisse de financement du programme spatial : privatiser la quasi-totalité des vols spatiaux. Le pari est que la concurrence entre les entreprises offrant le service de vol spatial entraînera une baisse des coûts pour le transport des personnes et du matériel. Le gouvernement américain pourrait alors maintenir ses objectifs liés à la conquête spatiale, sans avoir à augmenter considérablement ses dépenses. 

La conquête spatiale a donc été pendant longtemps l’affaire, principalement, des deux grandes puissances de l’époque: les États-Unis et l’Union soviétique. De nos jours, le nombre d’États ayant un programme spatial est nettement supérieur. Tout comme durant la Guerre froide, la la concurrence spatiale subsiste et les capacités technologiques d’un État reste un indicateur de puissance. 

Cependant comprenons également qu’à la fin du XXème siècle, seulement cinquante ans après les débuts de la conquête de l’espace, le paysage a déjà beaucoup changé : les luttes idéologiques ont fait place à la collaboration internationale. Et les enjeux ont également évolué : plusieurs entreprises tentent aujourd’hui de développer des vols spatiaux privés, le tourisme spatial intéresse également les entreprises à travers le partenariat avec des agences spatiales, mais également par le développement de leur propre flotte de véhicules spatiaux.

Les néo-pentecôtismes en Amérique latine : des multinationales religieuses ?

Cérémonie de l'Eglise Universelle du Royaume de Dieu - (c) DR

Cérémonie de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu – (c) DR

Depuis quelques décennies l’Eglise catholique vit une crise due notamment à l’essor du protestantisme à travers différents mouvements évangéliques. Le pentecôtisme est un de ces mouvements dont le succès est fulgurant depuis quelques années dans les pays d’Amérique latine.

 

 

L’apparition du pentecôtisme en Amérique latine

Les mouvements pentecôtistes sont nés au tournant du XXème siècle aux Etats-Unis avant d’être exportés en Amérique latine via des missions d’évangélisation. On en rencontre au Chili dès 1909, au Nordeste du Brésil dès 1910 et dès 1914 au Mexique. Peu à peu ces mouvements vont se nationaliser : on parle de néo-pentecôtisme.

Plusieurs raisons expliquent leur succès. D’abord le manque d’encadrement de l’Eglise catholique. Ensuite le lien avec le contexte socio-économique, c’est-à-dire que les mouvements pentecôtistes recrutent majoritairement dans les secteurs marginaux. Les néo-pentecôtistes s’installent donc dans des couches de populations déracinées et défavorisées. C’est une réponse au malheur social.

Des multinationales religieuses – Exemple de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu

C’est notamment par l’application de la théologie de la prospérité et ses conséquences, que l’on va pouvoir parler des mouvements néo-pentecôtistes en tant multinationales religieuses. La théologie de la prospérité se répand en Amérique latine vers 1960, elle prétend que la Bible enseigne que Dieu veut l’aisance financière de ses croyants. L’application de cette théologie va avoir différentes conséquences.

Au niveau marketing les leaders pentecôtistes vont se lancer dans l’industrie du disque, dans la promotion des médias et la mise en scène d’exorcismes. Au niveau management-communication, ces leaders vont mettre en place des radios et des chaines de télés mondiales, tous les cultes sont célébrés comme des grands shows. Au niveau économique, on accepte les dons en espèce, en chèque ou biens les dons mobiliers des croyants, à qui l’ont demande aussi de payer la dîme. Au niveau politique enfin on va voir certaines associations pentecôtistes créer des partis et des leaders se lancer dans une carrière.

L’Eglise Universelle du royaume de Dieu fondée en 1977 est le mouvement ayant le plus de succès. Au Brésil d’abord où elle est née, mais elle existe aussi en Europe, en Asie ou en Afrique. Tout l’argent des dons des croyants est centralisé avant d’être distribué par les leaders. Les pasteurs ont des sommes de donc prédéfinies à atteindre chaque mois, et ils sont augmentés uniquement si ils dépassent la somme prédéfinie. En 2002 Anthony Garotinho candidat évangélique réunit tous les évangéliques en une seule voix, on va voir la création du Parti Libéral comme bras droit politique de l’Eglise Universelle.

Romina REBOIS

 

Sources :

-Bastian Jean-Pierre, Le protestantisme en Amérique latine, Une approche socio-historique, Editions Labor et Fides, Besançon, 1994

-Bastian Jean-Pierre, « Pentecôtismes latino-américains, logiques de marché et transnationalisation religieuse » in Bastien JP, Champion F., Rousselet K. (dir), La globalisation du religieux, Paris, l’Harmattan, 2001, pp. 99 – 111

-Aubree Marion, « Dynamiques comparées de l’Eglise universelle du royaume de Dieu au Brésil et à l’étranger », Bastien JP., Champion F., Rousselet K. (dir), La globalisation du religieux, Paris, L’Harmattan, 2001, P. 113 – 124

-Bastian Jean-Pierre, « La globalisation du religieux : diversité des questionnements et des enjeux », Bastien JP., Champion F., Rousselet K. (dir), La globalisation du religieux, Paris, L’Harmattan, 2001, P. 113 – 124

-Gomes Bruno, « Les évangéliques au Brésil : stratégies territoriales et participation politique », Hérodote, N°119, 4ème trimestre, décembre 2005 : les évangélistes à l’assaut du monde

 

L' »Homme qui réparait les femmes », son combat enfin récompensé !

Le mardi 21 octobre dernier, le Parlement européen attribuait au Docteur Denis Mukwege le prix Sakharov. Il s’agit là d’une belle récompense pour le gynécologue congolais ainsi qu’un témoignage de soutien longuement attendu.

 

Le Docteur Mukwege est à l’origine de la création en 1999 de l’hôpital de Panzi, tristement célèbre, dans l’est de la République Démocratique du Congo. Sa mission est de soigner les femmes et enfants victimes de viols et de violences sexuelles dans les conflits armés en RDC. 

C’est à la faveur d’une bourse que Denis Mukwege s’installe à Angers pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Âgé de 30 ans il choisit cependant de retourner dans son pays pour y soigner les femmes victimes d’atrocités clairement inqualifiables. La guerre éclate six ans plus tard.

Déjà lauréat du prix de la Fondation Chirac, le Docteur Mukwege mène un combat de longue haleine sur plusieurs scènes. Sur le terrain, il tente d’exercer son métier le mieux possible en apportant soins médicaux et psychologiques à des foyers dévastés, principalement aux femmes violées et victimes de l’exclusion. Par ailleurs Denis Mukwege est devenu le porte-parole de ces femmes et le témoin à l’échelle internationale de cette barbarie.

Le prix Sakharov :

Ce prix a pour objectif d’honorer la personne ou organisation exceptionnelle qui aura œuvré pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Le prix a été remis solennement au gynécologue le 26 novembre dernier à Strasbourg. Ce dernier succède donc à la lauréate du prix Sakharov 2013, une certaine Malala Yousafzai (prix Nobel de la paix 2014). Il conclue lors de son discours par ces mots :« Aujourd’hui, tout haut, et devant le monde entier, l’Europe nous exprime sa solidarité. Elle veut marcher avec nous dans notre quête pour la restauration d’une vie congolaise digne. Unissons-nous et marchons avec elle, afin qu’une fois pour toutes, la paix et la justice soient restaurées au Congo et que nous puissions aspirer à un futur meilleur. Notre pays est malade mais, ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner. »

La gestion des minorités religieuses dans l’Empire ottoman, la Turquie Kemaliste et celle d’Erdogan.

La situation des minorités religieuses en Turquie est plus qu’insatisfaisante et découle d’une lente mais sèche évolution du pays.

La candidature de la Turquie à l’Union Européenne a été acceptée en décembre 1999. Un des critères fondamentaux pour prétendre devenir un État-membre de l’UE demeure, bien entendu, celui des droits de l’homme et notamment l’attitude du pays candidat face à la question de ses minorités. Car en effet leur condition constitue une vitrine quant au système politique d’un État ainsi que sur sa politique et son attitude à l’égard des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Or, nous pouvons constater une situation très insatisfaisante de la plupart des minorités en Turquie. On est témoins de violations toujours persistantes et institutionnalisées des droits de l’homme, mettant directement en question la capacité de la Turquie à devenir membre de l’Union Européenne, sous peine d’une remise en cause des fondements et des idéaux mêmes de l’Union Européenne.

Situation religieuse en Turquie :

  • ISLAM (98-99 % de la population)

  • CHRISTIANISME 0,4% (orthodoxes oriental, grecs-orthodoxes et arméniens)

  • JUDAISME (séfarade)

En théorie, le traité de Lausanne de 1923, consacre le statut de minorités pour les non-musulmans et leur reconnaît des droits civils, politiques et culturels. En pratique, en fonction du droit interne turc et de la pratique nationale, ce n’est pas aussi simple… Il n’existe aucun droit pour les minorités d’ouvrir de nouveaux lieux de cultes, la société elle même a tellement subi un lavage de cerveau et a perdu toute sa tolérance à l’égard des non musulmans.

Pourtant la Turquie est un État dit « laïc ». La laïcité est apparu en tant qu’idée plus tardivement dans le monde musulman, par rapport à l’Europe. C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la laïcité, en gestation chez les Jeunes Turcs a vu le jour avec les réformes brutales de Mustafa Kemal. Comme le répète l’auteur Pierre-Jean Luizard à plusieurs reprises : « la laïcité est d’abord ce qu’en font les laïcs, au même titre que l’islam est d’abord ce qu’en font les musulmans ».

Il est très important de bien comprendre le principe de laïcité en Turquie, ainsi que l’évolution de cette laïcité, dans le but de mieux comprendre la question de la gestion des minorités religieuses. Ainsi la laïcité en Turquie ne serait elle pas plus au service d’une recherche d’identité nationale et donc musulmane, qu’à celui d’une ouverture vers les minorités ?

La Turquie, un Etat laïc ?

Sous l’Empire ottoman, grâce au système de « millets », il existait une certaine forme de reconnaissance de liberté religieuse. On laissait les minorités s’auto-gérer mais cette « tolérance » était également assortie de discriminations (impôt spécial, interdiction de rentrer dans l’armée ou d’accéder à la fonction publique d’empire) et de mesures vexatoires (port d’un vêtement spécial, quartiers séparés, interdiction de construire des lieux de cultes plus grands que les mosquées …). A la chute du sultanat, l’Empire s’est disloqué, l’Anatolie devenue la Turquie actuelle. On est passé d’un empire multi-culturel à un état homogène ou quasi. Plus de statut n’était accordé aux minorités : c’était la volonté de Kémal de faire un pays 100% turc, 100% musulman.

Le Traité de Lausanne signé le 23 juillet 1923 entre les représentants de l’Assemblée Nationale Turque et les pays alliés a non seulement réglé des problèmes externes mais également internes. Les décisions prises au sujet des minorités y occupent une certaine place et visait donc à résoudre les problèmes éventuels après la guerre d’indépendance en Turquie. Comme précisé un peu plus haut, ce traité consacre le statut de minorités pour les non-musulmans et leur reconnaît des droits civils, politiques et culturels. Cependant son application est loin d’être évidente. Par ailleurs, il ne s’agit pas réellement d’une laïcité, plutôt d’une demi-laïcité dans le sens où oui Kemal a choisi de ne plus appliquer la charia et de se tourner vers du droit étranger, mais il a clairement transféré le contrôle du califat à celui de l’état. Le nationalisme turc s’appuie sur l’islam ce qui en fait un nationalisme religieux que gère l’état. Kemal est un progressif à sa manière, qui a voulu occidentaliser la Turquie mais sur le fond le sentiment religieux de la masse populaire n’a jamais été extirpé.

Complexité et paradoxe de la politique turque à l’égard des minorités

Aujourd’hui les minorités non musulmanes sont sur le papier dites « libres » mais toujours aucune possibilité d’ouvrir de nouvelles églises, prosélytisme religieux interdit (cf épisode des évangélistes allemands égorgés en 1995), par ailleurs il est très important de rappeler que le peuple est lui aussi très hostile : il existe de nombreux groupes d’activistes et militants. (qui souhaitent par exemple transformer à nouveau la basilique Sainte Sophie, ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, aujourd’hui musée, en mosquée)

Il y a une réelle pression politique et officielle hostile aux conversions, aux mouvements d’évangélisation et de propagande religieuse. Erdogan poursuit la dynamique des réformes visant à harmoniser la politique de la Turquie avec celle de l’Union Européenne. Le traitement des minorités culturelles et religieuses y figure en bonne place. Mais le régime des cultes de la Turquie actuelle, bien que se réclamant de la laïcité d’Atatürk, maintient certaines entraves à la liberté religieuse pour les minorités non-musulmanes et aussi musulmanes (alévis).

Il est important de comprendre qu’aujourd’hui tout n’est pas tout blanc ou tout noir, c’est-à-dire qu’il y perdure une vraie complexité entre un parti issu de l’islamisme (l’AKP) qui semble prôner la démocratie et la « vraie laïcité » face aux héritiers de Kémal (progressiste) qui font figure d’ultimes défenseurs d’un système autoritaire.

Le Louvre Abu Dhabi, naissance du premier musée universel.

(c) DR

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Le Louvre Abu Dhabi devrait ouvrir ses portes en 2015, projet novateur et ambitieux il se veut être un musée unique et universel.

Si depuis le milieu du XXe siècle, la région du Golfe Persique constitue le grand centre pétrolier du monde, les États ont conscience que leur production va décliner d’ici 10 ou 20 ans. Certains d’entre eux ont donc engagé une diversification de leurs économies depuis le début des années 2000. On assiste à une évolution dans les choix d’investissement, qui désormais se font sur place : aluminium, finance, transports, tourisme, centres commerciaux ou encore projets gigantesques en terme d’infrastructures. C’est dans ce contexte qu’est né le projet de construction d’un Louvre à Abu Dhabi.

Selon le site officiel du Louvre, ce dernier serait « créé par un accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 entre la France et les Émirats Arabes Unis, et sera un musée singulier et original, liant le dynamisme d’Abu Dhabi et les valeurs d’excellence incarnées par le nom du Louvre. »

  • 2007 : signature d’un accord intergouvernemental entre les Emirats arabes unis et la France.

  • 2010 : début du chantier

  • 2013 : présentation à Abu Dhabi

  • Printemps 2014 : présentation au Louvre de la collection nationale acquise par les EAU

  • Fin 2015 : ouverture prévue sur l’île Saadiyat

Ce Louvre c’est un budget de 83 millions d’euros. Huffington Post parle d’une « véritable prouesse technique ». Il va s’agir d’un vaste dôme de 180 mètres de diamètre, imaginé par l’architecte Jean Nouvel (Musée du quai Branly, Institut du Monde Arabe). L’un des plus grands projets culturels français dans le monde. Son originalité serait une « rencontre entre les arts du monde entier ».

Intérêts :

Pour les Emirats Arabes Unis,

→ se doter d’un établissement muséal de niveau international, qui fait d’Abu Dhabi une grande nation culturelle

→ fait d’elle un lieu central du dialogue entre les civilisations et les cultures, notamment occidentales, moyen-orientales et asiatiques.

→ établit une relation culturelle privilégiée avec la France et lui permet de bénéficier de son expérience et de son patrimoine plurimillénaire.

Pour la France, il s’agit de se créer une véritable vitrine. L’accord souligne l’excellence de son expertise et de son savoir-faire muséographique. Elle a compris que pour de nouveaux publics, il fallait de nouvelles mises en valeur. Par ailleurs, n’oublions pas l’importance des enjeux financiers et donc celle d’un meilleur développement des projets muséaux.

Limites :

Le projet a forcément créé le débat, ne pouvant nier la dimension stratégique de cette région, et donc une certaine ambiguïté de la position française ici renforcée. Par ailleurs il s’agit là d’une opération pour laquelle une institution du service public au service d’une institution privée. En effet, étant donné le régime politique des EAU, la collection constituée est privée et appartient à l’Emir d’Abu Dhabi, le Cheick Khalifa. Selon le droit français, les conservateurs des musées français travaillent pour le patrimoine national. Les risques de conflit d’intérêts sont donc très élevés compte tenu du fait que le budget d’acquisition du Louvre Abu Dhabi est énorme.

Afin de conclure cette analyse, nous pouvons admettre que l’exemple du Louvre Abu Dhabi est significatif du phénomène de mondialisation culturelle présent dans le Golfe Persique. Ce dernier a été pendant des siècles un lieu d’échanges entre Europe, Moyen-Orient et Océan Indien. Son ouverture n’est pas nouvelle. Son excellence Mubarak Hamad Al Muhairi, directeur général de l’Autorité du Tourisme et de la Culture d’Abu Dhabi le rappelle en parlant d’un « message exprimant le désir du gouvernement et des autorités locales de créer des opportunités d’ouverture et d’échange avec le reste du monde ». Ce projet permet aux EAU de mettre à jour leur influence par la démonstration de leurs ressources (budget hors norme, choix d’une architecture spectaculaire etc.). En choisissant le Louvre, ils choisissent une marque, un symbole qui leur fait se réapproprier la culture. Ce n’est pas seulement un musée, mais la promesse et la démonstration pour les EAU d’une volonté d’ouverture à l’échelle planétaire. L’Art au service des désirs d’un Etat. Nous sommes en pleine globalisation culturelle « partage planétaire et inédit des matériaux constitutifs des savoirs-faire sociaux grâce à la technologie. »