Un regain de violence inquiétant en Irak

AFP - Azhar Shallal - tous droits réservés

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En ce début d’année 2014 l’Irak est confronté à une montée des violences provoquées par l’EIIL (L’Etat Islamique en Irak et au Levant), une organisation affiliée à Al-Qaida de plus en plus active dans la zone Irak, Liban, Syrie et qui vient de s’implanter fermement dans les villes de Fallouja et Ramadi à l’Ouest de Bagdad. 

Selon l’ONG Iraq Body Count, l’année 2013 fut la plus meurtrière depuis cinq ans avec plus de 9400 civils tués. En effet le gouvernement Irakien a dernièrement beaucoup usé de la force pour balayer des zones Sunnites en proies à des mouvements de révolte contre le pouvoir central et surtout contre le premier ministre Chiite Nouri Al-Maliki. On peut notamment rappeler l’épisode sanglant d’Avril 2013 à Houweija où une manifestation anti Maliki avait été brutalement dispersée faisant alors une cinquantaine de morts. Par la suite, le mouvement de contestation s’était transformé en rébellion armée impliquant une série d’embuscades et d’attentats. Cette fois ci une nouvelle rébellion a éclaté suite au démantèlement d’un camp de protestataires le Lundi 30 Décembre. Profitant de l’indignation générale et d’un retrait des forces de sécurité après le démantèlement du camp, les combattants de l’EIIL, retranchés à la base dans des zones rurales et désertiques, ont attaqués et pris le contrôle de Fallouja et des quartiers de Ramadi. Les combats ont fait rage dans cette zone en opposant l’EIIL aux unités d’élites Irakiennes aidées par des milices Sunnites anti Al-Qaida; on compterait déjà 160 morts en seulement deux jours. Actuellement l’EIIL semble bien avoir pris pied dans cette zone et a proclamé l’instauration d’un émirat Islamique indépendant. Depuis l’invasion Américaine de 2003 c’est la première fois que des combattants liés à Al-Qaida prennent le contrôle d’une zone urbaine au grand jour ce qui, aujourd’hui, est d’autant plus inquiétant devant la progression, sur le terrain, de cette organisation sur le territoire Syrien. De plus nous pouvons rappeler que le but des Djihadistes est d’instaurer un état Islamique transnational sur les zones frontalières du Liban, de la Syrie et de l’Irak. Ce Dimanche 5 Janvier 2014, le gouvernement Irakien a affirmé sa volonté de lancer une « attaque majeure » dans la zone de Fallouja afin d’en reprendre le contrôle. Les forces de sécurité attendent en effet que les habitants quittent la ville alors que des unités spéciales ont déjà mené des opérations et que l’armée encercle cette zone. Les violences ne font donc que s’accroître en ce début d’année, parallèlement à Fallouja une série d’attentats a également frappée Bagdad ce Dimanche 5 Janvier en faisant une quinzaine de morts et 40 blessés.

On peut se demander dans quelle mesure le gouvernement arrivera t-il à mater les Djihadistes sans empirer la situation. En effet les répressions violentes menées par le ministre Maliki aident beaucoup les Djihadistes à s’implanter dans le camp Sunnite, il est donc important d’éviter à tout prix une situation de guerre civile basée sur des motifs confessionnels. Cette récente situation a également fait réagir les Etats Unis qui lors de l’invasion de l’Irak avaient subi dans cette zone leurs pertes les plus lourdes depuis la guerre du Vietnam. Si le Pentagone a déjà livré des missiles à Bagdad et qu’il devrait envoyer des drones, le secrétaire d’état Américain John Kerry qui s’est montré très préoccupé par la situation, a affirmé que Washington soutient le combat contre les insurgés mais que les Etats Unis n’interviendraient pas. Une réaction logique plus de deux après que les derniers GI aient quitté le pays. Ce regain de violence causé par l’EIIL est donc plutôt sérieux, il a également fait réagir l’Iran qui a déclaré ce Dimanche que l’armée Iranienne serait prête à fournir des équipements et des conseils à l’armée Irakienne sans toutefois fournir des hommes. Ce geste spontané vise à une coopération avec l’Irak afin de lutter contre Al-Qaida. On peut souligner que l’Iran soutenant fermement le régime de Bachar El Assad a déjà envoyé des conseillers militaires en Syrie. De plus l’EIIL préoccupe beaucoup l’Iran depuis qu’ils ont revendiqué un attentat suicide mené ce jeudi 2 Janvier à Beyrouth contre un bastion Chiite du Hezbollah Libanais soutenu par Téhéran.

La situation au Moyen Orient continue de poser de nombreuses problématiques et la fracture confessionnelle entre Chiites et Sunnites, largement exacerbée par le conflit Syrien, semble se creuser de plus en plus. Nous verrons comment le gouvernement Irakien répondra à cette rébellion Djihadiste dans les prochaines semaines tout en espérant que cette vague de violence ne s’étende pas trop.

Géry Bailliard

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Des « progrès » dans le dossier Israëlo-Palestinien?

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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, actuellement en tournée au Proche-Orient, a annoncé hier soir (Samedi 04 Janvier) que des « progrès » étaient fait par les différents protagonistes. La raison principale de sa seconde tournée dans la région en moins d’un an est la présentation d’un « accord cadre » sensé régler les principaux points d’achoppement des négociations ces vingts dernières années. Les réactions de l’Autorité Palestinienne et de l’Etat hébreu ne se sont pas faites attendre, et pour cause, plus personne ne semble y croire vraiment, et les deux parties se figent plus que jamais sur leurs positions.

Les propositions du plan « juste et équilibré » de John Kerry sont encore floues, mais certaines ont déjà filtré (été filtrées?) dans la presse. Il serait question de trancher sur des frontières fixes pour le futur Etat Palestinien, sur le statut de Jérusalem Est, qui en découle, sur le devenir des réfugiés palestiniens et enfin sur la gestion de la sécurité dans la vallée du Jourdain.

Sur ce dernier point, l’Etat Israélien se montre particulièrement hostile à toute négociation, et l’a fait savoir aujourd’hui même par la voix de son ministre des relations internationales Youval Steinitz : « La sécurité doit rester entre nos mains. Tous ceux qui proposent une solution consistant à déployer une force internationale, des policiers palestiniens ou des moyens technologiques ne comprennent rien au Moyen-Orient« . L’Autorité Palestinienne, quand à elle, semble prête à accepter un éventuel déploiement d’une force internationale, et pour cause, elle est déjà largement empêtrée dans des problèmes sécuritaires internes. La gestion des « camps de réfugiés » en Cisjordanie est devenue un vrai cauchemar, tant la tension est intense, sans parler des révoltes locales en tout genre qui ne manquent pas de se multiplier à chaque décision politique (la dernière en date concernait le projet d’installation de compteurs électriques à Tulkarem).

Evidemment, les Israéliens s’opposent en bloc à tout projet qui ne leur laisserait pas les mains totalement libres dans la zone, car ils demandent que si Etat Palestinien il doit y avoir, ce devra être un Etat démilitarisé. De leur côté, les Palestiniens refuseront tout « accord » qui ne mettrait pas immédiatement un terme aux colonisations de l’Etat hébreu. Ce dernier a d’ailleurs « reporté » son projet de nouvelles constructions dans la vallée du Jourdain, jusqu’alors épargnée, dans l’optique de la visite du secrétaire d’Etat américain.

En fait, on a beaucoup de mal à voir comment la situation pourrait « s’améliorer » dans la région quand les discussions tournent toujours autour des mêmes points depuis plus de 20 ans aujourd’hui. Mais ne soyons pas mauvaise langue, les deux parties semblent au moins d’accord sur un point, leur opposition à la proposition américaine de maintenir pendant 10 à 15 ans des forces israéliennes le long de la frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie  après la signature d’un accord de paix définitif. Leurs raisons sont différentes mais il s’agit tout de même d’un accord, peut-être le fameux progrès dont nous parle John Kerry…

Lou Vignane-Gonzalez

Les entreprises de sécurité privée bientôt sur les navires français?

La lutte contre la piraterie maritime se diversifie. Après l’augmentation des effectifs de la force « Atalante » par l’ajout d’une frégate ukrainienne, c’est la question des Sociétés de Sécurité Privée qui fait surface. En effet, hier (3 janvier 2014) a été présenté à l’Assemblée un projet de loi visant à autoriser la présence de ces sociétés à bord des navires de commerce français. Ce projet avait déjà été évoqué début décembre par le premier ministre français Jean-Marc Ayrault avec l’appui du ministre des Transports, monsieur Cuvillier. Ce projet peut paraître anodin mais est en réalité le début de la concrétisation d’une évolution considérable en matière de sécurité.

En effet, le « mercenariat » étant interdit en France, les Sociétés Militaires Privées ne se sont pas développées de la même manière que les sociétés américaines. A nouveau l’Histoire française démotive toutes tentatives d’innovations. Les clichés du mercenaire postcolonial dans le style d’un Bob Denard ou des hommes du colonel Schramme donnent une vision restreinte et négative du « mercenaire ». Aux Etats-Unis la vision est bien différente, un « contractor » (« mercenaire ») peut aussi bien être un combattant qu’un cuisinier. Ce sont des sociétés présentant un large panel de services aux firmes internationales et dont la majorité des contrats est effectuée avec le gouvernement américain. Il y a donc un contrôle de l’Etat sur ces entreprises ou plutôt une interdépendance. De plus les recrues sont en majorité issues de l’armée, ce qui accroît cette unité.

En France, le problème principal interdisant tout mercenariat, depuis 2003, est adouci de plus en plus. Une loi de 1983 organise néanmoins la sécurité privée sur «le territoire privé». Le rapport parlementaire 142 (2002-2003) stipulant que : « l’assistance et le conseil à une armée étrangère, y compris lorsqu’il émane d’intervenants privés, ne peuvent être assimilés au mercenariat. » est une innovation.En 2010, le président Nicolas Sarkozy a missionné le Secrétariat Général pour la Défense Nationale et la Sécurité afin qu’il étudie une modification du système et une organisation juridique des Sociétés de Sécurité Privée. Le rapport parlementaire de 2012 à la Commission de la Défense complète cet appui. Le projet de loi actuel entre donc dans cette lente évolution visant à définir le rôle de ces sociétés. Sur les navires « il sera autorisé uniquement dans les zones à haut risque, l’usage de la force sera limité aux cas de légitime défense, et les conditions d’armement strictement encadrées. »

Il est assez peu étonnant de constater que ce premier grand pas vers un système juridique encadrant les Sociétés de Sécurité Privée soit lié au commerce et à la piraterie maritime. En effet, les entreprises de sécurité privée sont déjà autorisées par onze des quinze pays de l’Union Européenne disposant d’une flotte commerciale importante. La France est donc en retard. De plus, un contrat de sécurité entre entreprises privées et armateurs permet d’assurer une sécurité sans coût pour un gouvernement qui réduit le budget de la Défense et de la Sécurité Nationale, ce qui diminue ses capacités d’actions. Dernier « souci » que permettrait de régler cette loi, celui des entreprises étrangères. En effet, selon les propos tenus par Frédéric Gallois, directeur général délégué de la société de sécurité privée Gallice Security, leader français des agents de sécurité embarqués, « ce marché est dominé par des entreprises anglo-saxonnes même s’il reste quelques marchés à prendre chez les armateurs français ». En dehors du fait que le vide juridique français dans le domaine des Sociétés de Sécurité Privée entraîne le recrutement par les entreprises anglo-saxonnes d’anciens soldats des troupes d’élites françaises (COS, GIGN, Fusiliers Marins…) ; il semble donc que ces mêmes entreprises pourraient protéger notre flotte commerciale si le gouvernement n’appuie pas les sociétés françaises. Même si ce sont des sociétés privées il est paradoxal de laisser des entreprises étrangères défendre nos intérêts économiques à bord des navires des armateurs français.

Cette loi qui sera débattue début février est donc une avancée pour la France. Elle lui permettra d’entamer un processus d’encadrement juridique des Sociétés de Sécurité Privée tout en assurant une sécurité plus importante de ses navires de commerce pour un coût réduit. Il reste néanmoins un long chemin aux juristes français afin de combler le vide juridique existant et redéfinir la notion « d’Etat détenteur du monopole de la violence légitime » de Max Weber.

Thibault Dewynter

Égypte: la chasse aux Frères musulmans

Manifestations pro-Morsi - Tous droits réservés

Manifestations pro-Morsi – Tous droits réservés

Après la chute de Mohamed Morsi le 3 juillet et les affrontements du mois août, l’Egypte a peu à peu disparu de nos écrans. Le premier Président égyptien élu démocratiquement et aujourd’hui déchu est toujours enfermé, en attente de jugement. Six mois après la destitution du chef d’Etat dans quelle situation se trouve l’Egypte ?  

Mohamed Morsi dont le procès avait été repoussé le 4 novembre dernier sera finalement jugé le 28 janvier. L’ancien leader du parti de la liberté et de la justice  et chef du gouvernement est inculpé dans trois différents procès. Le premier portera sur son évasion d’une prison en 2011 lors du printemps arabe et sur sa participation à des attaques contre d’autres centres de détention auxquelles il aurait pris part avec l’aide de membres du Hamas et du Hezbollah. Il sera également entendu pour « complicité de meurtres » de manifestants alors qu’il était au pouvoir. Enfin, il sera jugé aux côtés de 35 autres membres des Frères musulmans pour « espionnage » au profit d’organisations étrangères en vue de mener des actes terroristes dans le pays. Mohamed Badie, guide suprême de la confrérie sera également jugé dans ce procès, ils encourent la peine capitale.

Par ces procès l’Égypte tente de porter un sérieux coup aux groupes islamistes et aux Frères Musulmans. La confrérie aurait perdu un millier de morts dans les divers affrontements depuis le coup d’Etat du général al-Sissi et au moins un millier de ses membres seraient emprisonnés. Depuis le coup porté par la police et l’armée le 14 août, les islamistes constituent les principales cibles des répressions et sont victimes d’une traque sans fin. Cette « chasse aux sorcières » s’applique également dans les mesures prises par le gouvernement. Ce jeudi 2 janvier, le ministre de l’Intérieur égyptien, Mohamed Ibrahim a accusé les Frères musulmans et le Hamas d’être responsables des récentes attaques terroristes ayant touché le pays. Amer Mosad Abdel-Hamid, membre des Frères musulmans arrêté dans la ville de Mansoura dans la province de Daqahliya (le 24 décembre) en possession d’armes aurait reconnu (selon les autorités) avoir participé à plusieurs attaques et avoir été entraîné à Gaza.

Au lendemain de l’attaque, le 25 décembre, le gouvernement a déclaré la confrérie des Frères musulmans comme étant une « organisation terroriste » et a multiplié les arrestations. Ceci implique qu’une peine de prison puisse être prononcée à l’encontre de toute personne ayant un lien même minime avec la confrérie (déjà interdite depuis l’automne). Cette nouvelle mesure implique la fermeture des institutions, associations caritatives, cliniques, écoles religieuses, mosquées mais aussi du parti politique « de la liberté et de la justice » et de son journal Liberté et justice. L’Egypte a également appelé les Etats arabes à appliquer le traité anti-terroriste de 1998 afin de priver les Frères musulmans de tout soutien extérieur et d’obtenir l’extradition des membres recherchés.

Les tribunaux multiplient également les condamnations à l’encontre des activistes remontant parfois jusqu’aux manifestations de 2011 contre le régime de Moubarak comme celles du 6 avril. De plus, chaque soutien potentiel au régime de Mohamed Morsi est la cible d’atteintes par les forces de sécurité et la justice. C’est le cas de trois journalistes d’Al-Jazeera qui ont été envoyés en prison durant 15 jours (renouvelables) car ayant causé « des atteintes à la sécurité nationale » par leurs images. Cela s’explique aussi par le fait que ces trois personnes travaillaient pour la chaîne du Qatar, soutenant le président déchu. Le parquet égyptien interroge également des responsables de la société anglaise Vodaphone sur des publicités concernant une marionnette (baptisée « Abla Fatiha ») faisant passer des messages aux pro-Morsi et aboutissant à des attentats.

Cependant, malgré toutes les entraves du gouvernement, les Frères et leurs soutiens refusent de capituler et on constate chaque jour de nouvelles manifestations ou de nouveaux heurts. Le weekend dernier de nouveaux affrontements ont eu lieu sur des campus universitaires causant la mort d’un étudiant, tué par la police, après une action pro-Morsi. Mercredi, les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants pro-Morsi ont fait deux nouvelles victimes à Alexandrie. D’autres affrontements ont eu lieu entre pro et anti-Morsi comme à Zagazig, ville natale de l’ancien Président. Le but de ces opérations est de faire pression sur le gouvernement à la veille du référendum sur la nouvelle constitution prévu pour le 14 janvier dans laquelle l’armée reste intouchable.

Ronan Hélou

San José part à la rencontre de ses populations indigènes…

Cérémonie du peuple Borucas - Tous droits réservés

Cérémonie du peuple Borucas – Tous droits réservés

Parmi les quelques 4 872 000 habitants que compte le Costa Rica, plus de 100 000 individus appartiennent à l’une des huit ethnies¹ réparties sur l’ensemble du territoire. Alors qu’elle ne représentait que 1,7% de la population costaricaine en l’an 2000, elle a atteint en une décennie un taux de 2,4%. De prime abord, cette augmentation semble favorable aux populations autochtones… Toutefois, est-ce vraiment le cas ?

Tout d’abord, il convient de souligner que cette progression est essentiellement le fruit de deux facteurs dont le premier est un meilleur recensement. En effet, contrairement aux années précédentes, le dernier recensement a permis de comptabiliser non seulement les habitants des territoires faciles d’accès mais également ceux vivant dans des zones plus reculées telles que les montagnes. Outre un comptage plus précis, cette avancée devrait permettre de mieux comprendre leur mode de vie et donc d’adopter  à leur encontre des politiques qui leur seront plus favorables et répondront mieux à leurs besoins.
Le deuxième facteur est la tendance accrue à se déclarer indigène qui n’est pas seulement propre au Costa Rica mais s’observe  à l’échelle internationale. Bien qu’ils soient aujourd’hui encore marginalisés et relativement défavorisés, les autochtones bénéficient peu à peu d’une image plus positive qu’auparavant. De plus, les divers accords signés depuis 1993² afin de faire reconnaître leurs droits, bien que n’ayant pas toujours été respectés, ont permis de moins les exclure des décisions prises au niveau national. Ainsi, davantage d’individus sont aujourd’hui prêts à affirmer leur appartenance à l’une des huit ethnies.

Mais finalement, quelle qu’en soit l’origine, cette évolution va avant tout permettre une meilleure visibilité et donc une meilleure prise en compte des autochtones, notamment en leur offrant la possibilité de prendre davantage part aux décisions générales concernant le pays. En effet, les intérêts nationaux et tribaux ne concordent pas toujours et désormais, le Gouvernement ne pourra plus nier la souveraineté qu’ont les indigènes sur les réserves qui leur ont été concédées. L’actuel projet hydroélectrique El Diquís³ en est l’illustration. Il consisterait à inonder une partie de la zone sud du pays où se trouvent diverses réserves indigènes afin de construire le plus grand bassin de retenue artificiel d’Amérique Centrale. Un dialogue avec les populations locales a été mis en place à cette occasion, soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement.

Néanmoins, ces populations pèsent encore bien peu face à un « Costa Rica [qui] découvre ses indigènes » comme le concluait le Programme des Nations Unies précédemment cité. Ainsi, même si un dialogue a été entamé avec l’ensemble des ethnies, de nombreux points sont encore à améliorer pour leur permettre de bénéficier d’une véritable discussion d’égal à égal, essentiellement dans les domaines des transports et de l’enseignement. On notera par exemple que le taux d’alphabétisation de ces populations est de 90% contre 97% pour le reste des Costaricains et que 70% d’entre eux ne parviennent pas à terminer le cursus basique, ce qui peut s’expliquer notamment par le fait que les cours ne soient dispensés qu’en espagnol, ce qui n’est pas leur langue maternelle. Enfin, d’importants efforts sont à faire concernant les transports car les difficultés rencontrées pour connecter certains territoires indigènes aux infrastructures sanitaires ou scolaires par exemple privent ces personnes de nombreux services que l’Etat leur offre.

En conclusion, la meilleure visibilité des populations indigènes au Costa Rica est certes une avancée mais qui ne doit être considérée que comme un premier pas et non comme un but atteint car le chemin à parcourir avant de prêter toute l’attention nécessaire à leurs besoins basiques puis à les aider à accéder à un développement en accord avec leur mode de vie est encore long…

Hélène DUPUIS

¹ Les huit ethnies sont: le peuple Borucas, le peuple Bribri, le peuple Cabecar, le peuple Chorotega, le peuple Guatuso (aussi appelé Malekus), le peuple Guaymie (également appelé Ngabe), le peuple Huetar et le peuple Terrabas.

² 1993: ratification par le Costa Rica de la Convention n°169 de l’Organisation Internationale du Travail sur les peuples indigènes et tribaux.

2007: signature de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des peuples autochtones.

³ Pour en savoir plus sur le projet: http://pheldiquis.cr/es-es/inicio.aspx (site en espagnol)

Références:

1. MURILLO, Álvaro, « Costa Rica descubre a sus indígenas », El País, 30/12/2013, consulté le 30/12/2013

2. Atlas numériques des populations autochtones

3. Centre du Développement Indigène (CEDIN)

Les violences sexuelles comme arme de guerre

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« tous droits reservés »

La problématique du viol lors des conflits armés est très paradoxale. Depuis toujours, on la retrouve sur tous les théâtres d’affrontements, dans toutes les zones de non-droit partout dans le monde et pourtant, elle est peu médiatisée. Sujet trop « choquant », incompréhensible ? Probablement. Il n’en est pas moins qu’il faut pouvoir comprendre, au moins superficiellement, ce qui sous-tend ces pratiques et ce qui les provoque pour pouvoir les combattre.

Le viol est reconnu comme « crime contre l’humanité » par le statut de Rome, il existe donc des cadres juridiques internationaux qui en font l’un des crimes les plus graves qui puisse être perpétré à l’encontre des individus et des populations. Il faut pourtant attendre le 22 Février 2001 et une décision du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie pour voir un cas de viol qualifié explicitement de « crime contre l’humanité ». Avant cela, les affaires de violences sexuelles étaient où bien traitées en parallèles d’autres crimes, où bien tout simplement ignorées. Notons toutefois que seuls trois militaires Serbes furent jugés pour « esclavagisme sexuel » dans ce contexte, alors qu’on estime à plus de 50 000 de nombre de femmes violées pendant la seule guerre en Bosnie…

On retrouve, comme nous l’avons dit, des cas de viols partout et à toutes les périodes, mais les buts (car il y en a…) de tels actes sont très variés. On peut définir trois grands « types » de pratiques.

– Les « viols pulsionnels », perpétrés par des opportunistes, seuls ou en groupe. C’est le type de crime que l’on retrouve le plus souvent lors de conflits larvés, de longue durée, et dans les zones de non-droit et de chaos politique (comme l’Est de la RDC aujourd’hui par exemple). Lors de razzias, les femmes (et parfois les enfants) sont violées « au passage », ou bien prises comme butin. On estime que depuis plus de 20 ans que dure le chaos dans l’Est de la RDC, plus de 260 000 femmes ont ainsi été victimes de ces actes. A titre de comparaison cela équivaut à plus de 1000 cas par mois pendant 20 ans pour une population quatre à cinq fois inférieure à celle de la France…

– Les « viols idéologiques ». Ce sont des actes à portée symboliques, perpétrés dans un cadre précis d’endoctrinement.  Des crimes massifs, continus, organisés, systématiques sur une période donnée lors d’un conflit opposant deux groupes clairement identifiés. Le cas de la guerre en Bosnie est typique de ce genre de viols. On peut comparer cela à des actes de torture n’ayant pas pour but de faire parler les victimes, mais de les déshumaniser totalement. Les conséquences sociales de ces viols de masse sont incalculables, à tout point de vue. Ils brisent le tissu familial et communautaire, et provoquent dans l’écrasante majorité des cas l’autodestruction à plus ou moins long terme des victimes et de leurs proches. La réduction des victimes au statut d’objet a en effet pour résultat de les forcer à développer des défenses extrêmement ancrées qui sont, en l’état actuel des connaissances en psychologie, impossibles à résorber. On ne « raconte » pas ces évènements, on les revit, ce qui rend tout travail d’aide aux victimes, et de prise en considération de leur parole dans un cadre strictement juridique très complexe.

– La « contagion au civil ». On retrouve ces pratiques lorsqu’un conflit où une période de crise majeure se poursuit dans le temps. Plus le chaos ambiant s’accentue, plus certains civils « s’autorisent » à violer. On se méfie de tous, et on s’autorise donc tout. Il est parfois compliqué de différencier ce genre d’actes des « viols pulsionnels » exposés plus haut, car les conséquences pour les victimes et le tissu social sont sensiblement les mêmes, mais il faut bien prendre en compte le fait que ces crimes sont ici perpétrés par de « simples civils », parfois au sein de leur propre communauté. On identifie d’ailleurs souvent ce type de viols comme une conséquence du premier ou du second type.

Les difficultés de la justice internationale à punir le viol comme une arme de guerre découlent en grande partie des conséquences mêmes de ces actes. En effet, le temps des victimes est en décalage total avec celui de la justice (on retrouve le même problème dans le cas de l’enfance en guerre d’ailleurs). Dans les tribunaux pénaux internationaux, on ne retrouve aucune femme victime dans les parties civiles, leur prise en charge s’effectuant presque exclusivement localement.  Des projets de suivi ou de constitution de cellules de travail ont bien été envisagés mais ils ont tous échoués. En définitive, rien ne peut se régler dans les tribunaux internationaux, si ce n’est la simple lutte contre l’impunité des auteurs, car les victimes ne peuvent être entendues que comme témoins (si elles en ont encore les capacités plusieurs années après les faits…) et aucune réparation n’est prévue pour elles. Ce sont les communautés locales qui peuvent devenir porteuses d’une nouvelle manière de vivre ensemble après les atrocités, qui peuvent lutter contre l’isolement des victimes et de leurs proches. La priorité devrait donc être donnée à la justice locale, qui doit retrouver au plus vite les moyens de faire, au minimum, appliquer les décisions qu’elle peut prendre. De plus, le problème le plus « toxique » d’une telle problématique reste l’oubli…

Lou Vignane-Gonzalez

Suite : Le Soudan du Sud, les prémices d’une guerre civile ?

Des civils fuyant les violences se dirigent vers un refuge de la Mission des Nations unies, au Soudan du Sud. Tous droits réservés : HANDOUT/REUTERS. Copyright : Lefigaro.fr

Des civils fuyant les violences se dirigent vers un refuge de la Mission des Nations unies, au Soudan du Sud. Tous droits réservés : HANDOUT/REUTERS. Copyright : Lefigaro.fr

Comme nous le disions dans un précédant post, le Soudan du Sud est déchiré depuis le 15 décembre par d’intenses combats alimentés par une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet.

Le premier accuse le second de tentative de coup d’Etat. Riek Machar nie et reproche à Salva Kiir de chercher à éliminer ses rivaux. Les forces rebelles ont pris en quelques jours le contrôle des capitales régionales comme Bentiu, dans l’Etat pétrolier d’Unité (au nord), et Bor qui a été reprise par l’armée. Le récent conflit au Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est animé par une vieille rivalité politique qui utilise la dimension ethnique: les Dinka de Salva Kiir contre les Nuer de Riek Machar.

La menace d’une guerre civile devient des plus réelles, les pourparlers entre le gouvernement et les rebelles tardent et l’ex-vice président Riek Machar est accusé de mobiliser des milliers de miliciens, soit jusqu’à 25 000 jeunes de l’ethnie Nuer. Ceux-ci seraient prêts « à attaquer à n’importe quel moment » dans l’Etat du Jonglei (à l’est). Les  Nuer se prépareraient à marcher sur la ville et à faire face à l’armée. Le porte-parole des rebelles, du nom de Moses Ruai Lat n’a pas démenti la présence de forces hostiles au gouvernement dans le Jonglei. Il a par contre nié qu’il s’agissait de Nuer mobilisés par Riek Machar. Selon lui, il s’agirait de soldats de l’armée qui ont décidé de se retourner contre le gouvernement d’eux mêmes.

Ces nouvelles menaces d’attaques surviennent alors que des pays d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique réunis au sein de l’organisation régionale IGAD (Autorité intergouvernementale sur le développement) avaient donné jusqu’à mardi aux deux parties pour entamer des pourparlers de paix et stopper les combats. Une médiation qui vient s’ajouter aux multiples efforts diplomatiques internationaux déployés depuis deux semaines pour tenter d’éviter au  Soudan du Sud de plonger dans la guerre civile. Les deux rivaux ont finalement accepté le principe des pourparlers. Hier, mercredi 1er janvier, des délégations du président Salva Kiir et de l’ex-vice président Riek Machar se sont rendus dans la capitale éthiopienne pour entamer des pourparlers de paix. Les négociations de paix devaient commencer aujourd’hui même, l’urgence est dans un premier temps de mettre en œuvre un cessez le feu et dans un second temps de résoudre le problème politique de fond.

Ces négociations interviennent à un moment pressant, en effet à travers le pays, le bilan est déjà de plusieurs milliers de morts et l’ONU a annoncé la découverte d’au moins un charnier. Plus de 120 000 personnes auraient également été déplacées. De plus, de très fortes violences s’exercent entre communautés et de nombreux  massacres, meurtres, et viols sont commis.

Ainsi, au-delà des dirigeants régionaux, la communauté internationale fait pression pour tenter d’enrayer la crise. Les Etats-Unis, qui avaient soutenus l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, et qui reste son principal soutien depuis, ont dépêché un envoyé en constante discussion avec les deux parties. La Chine, qui possède des intérêts pétroliers dans le secteur sud-soudanais, a aussi annoncé l’envoi d’un émissaire. Enfin « toutes les violences, attaques et violations des droits de l’Homme doivent cesser immédiatement », a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon dans un communiqué diffusé à New York. « Les responsables devront répondre de leurs actes », a-t-il répété, appelant Juba et toutes les parties concernées à « s’assurer que les droits et la sécurité des civils sont protégés ».

Débordée aux premiers jours des combats, l’ONU a décidé de doubler à 12 500 ses casques bleus et d’envoyer des moyens aériens supplémentaires pour mieux protéger les civils. Les renforts ont commencé à arriver. Espérons que les négociations entre les deux délégations politiques à Addis-Abeba avanceront au mieux, afin d’éviter  un terrible massacre à caractère ethnique, malheureusement déjà amorcé.

Salomé CORBIN