Face à Boko Haram, une lutte régionale compliquée

Le mouvement islamiste Boko Haram cherche à s’étendre. Aussi, les pays frontaliers du Nigéria tentent de lutter face à cette menace. Le Cameroun, le Niger et le Tchad se mobilisent activement pour lutter face à cette menace terroriste. Le dernier État cité est l’un des pays les plus actifs dans ce domaine.

Zone d'implantation de Boko-Haram (source Le Monde)

Zone d’implantation de Boko-Haram (source Le Monde)

La lutte contre Boko haram se révèle extrêmement difficile au sein de la région d’Afrique de l’Ouest. Les attentats se multiplient et le contrôle territoriale est de plus en plus remis en question. Le Nigeria se retrouve dépassé par les évènements, les critiques fusent quant à sa lutte anti-terroriste. Les pays frontaliers reprochent au gouvernement d’Abija une passivité face à l’expansion du groupe islamiste. La question d’une coopération régionale a été actée fin 2014. Celle-ci prévoyait la mise en place d’une force armée de 2800 militaires entre certain pays membres de la commission du bassin du lac Tchad (CBLT crée en mai 1964). Mais cela peine à se concrétiser.
Le Cameroun, dont l’armée est relativement faible en terme de matériel et d’hommes (environ 2000) a accueilli l’armée tchadienne sur son sol en janvier dernier afin de combattre la menace terroriste. Quant au Niger, son incapacité matérielle ne peut lui permettre de lutter. Les États frontaliers doivent de plus accueillir un nombre toujours plus croissants de réfugiés. Ces derniers sont notamment pris en charge par le Haut-Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés (HCR) et par le Comité internationale de la Croix Rouge (CICR). L’aide se révèle de plus en plus difficile à maintenir et l’inquiétude humanitaire n’a de cesse de grandir.

Le Tchad est un pays enclavé, il ne peut courir le risque de voir ses voies d’approvisionnement coupées par Boko Haram. Ceci est l’une des raisons qui le pousse à se montrer très actif. Son intervention armée a commencé le 17 janvier 2015 au Cameroun et au Nigéria. Si la coopération avec l’armée camerounaise est bonne, celle avec l’armée nigériane est difficile. Le président tchadien Idris Déby soulignait en mars dernier le fait qu’après deux mois d’intervention sur le sol nigérien, son armée n’avait eu aucun rapport avec les forces nigérianes. Cela pousse les forces tchadiennes à prendre des villes et villages et à en ressortir immédiatement sous peine de pouvoir être considérées comme une armée d’occupation. Les dires du président en place depuis 1991 mettent en exergue les difficultés d’une coopération régionale.

Troupe tchadienne (source AFP)

Troupe tchadienne (source AFP)

Face à la secte islamiste, Les États belligérants s’expose clairement à une menace terroriste sur leur propre sol. La région du lac Tchad est extrêmement instable. Boko Haram n’a aucun mal à s’y implanté et les services de renseignements des différents pays cités ont quelques peu sous-estimé la menace sur leur propre territoire parce qu’ils pensaient, entre autre, que le problème était propre au Nigeria. En réponse à la tentative de mise en place d’une force multinationale, le groupe terroriste s’attaque désormais aux autres pays. Le Tchad, se retrouve dans la ligne de mire du fait de son implication. Martin Ewi soulignait récemment l’inefficacité des États dans leur lutte face à la secte islamiste mettant notamment en avant le fait que la Commission du Bassin du lac Tchad n’avait pas réussi à endiguer le problème.

La menace terroriste pèse. En février, le mouvement islamiste avait tenté une incursion sur le territoire tchadien. En juin dernier, un double attentat contre une école de police et près d’un commissariat a fait 36 morts et une centaine de blessés à N’Djamena. Cela a entraîné des mesures restrictives quant aux libertés individuelles des tchadiens, comme par exemple l’interdiction du port de la burka. La question terroriste est loin d’être résolue.

Thierry MARSAIS

Publicités

Haïti : une gestion humanitaire contestée

La situation en Haïti est encore loin d’être résolue. De multiples polémiques mettent en exergues les nombreux problèmes auquel ce pays doit faire face dans sa lente reconstruction.

Le séisme en Haïti est survenu le 12 janvier 2010. Ce dernier d’une magnitude de 7.1 sur l’échelle de Richter entraina un bilan humain catastrophique pour l’un des Etats les plus pauvres au monde. Environ 200 000 morts furent comptabilisés ainsi que 300 000 blessées et 1.2 million de sans-abris. Malgré une aide internationale de grande ampleur, de nombreux problèmes survinrent à la suite de cette catastrophe naturelle (problèmes logistiques, sanitaires et sécuritaires). Cela fait maintenant cinq années que le pays est en reconstruction. La question mérite d’être posée. Au vue du gigantesque capharnaüm médiatique et politique, l’aide à ce pays fut-elle réellement efficace ?

L’aide humanitaire en Haïti dans son organisation et son fonctionnement fut pointée du doigt et remise en question. Ne remettons pas en question la nécessité de cette aide, ni la volonté des organismes à vouloir secourir, mobiliser et reconstruire. Il ne faut pas décrédibiliser les actions positives. Cela dit, plusieurs problèmes peuvent être ciblés. Dans son ouvrage « L’échec humanitaire ; le cas haïtien » (CETRI, Louvain-la-Neuve, 2013), le chercheur Frédéric Thomas tente de mettre en évidence en quoi l’aide humanitaire est à la fois l’un des symptômes et l’une des causes des problèmes d’Haïti. Il explique en quoi ce pays est dépendant de l’aide internationale tout en soulignant que la communautaire internationale a participé à cet état de faits. Cela donnant l’impression d’une situation d’urgence qu’on ne cesse de reproduire. De plus, la surabondance d’aide se fait au dépend de l’économie locale. C’est le cas par exemple de la production agricole locale qui est touchée par la distribution désordonnée de nourriture. Or, les infrastructures agricoles ont été relativement peu impactées par le tremblement de terre. Les producteurs et importateurs locaux sont découragés car ils ne peuvent pas suivre le rythme de l’acheminement d’aide humanitaire (coût de production et d’importation trop important).

Après le tremblement de terre, près de 10 000 ONG sont intervenues en Haïti, cela allant des grosses structures d’aides à de petites organisations regroupant quelques personnes. Les premières citées sont généralement pointées du doigt dans leurs interventions. Logique de concurrence, écrasement de certaines structures sur d’autre, surexposition médiatique, organisation budgétaire (dépenses, salaires…) ; voici quelque exemples des critiques auxquelles les ONG doivent faire face. En juin 2015, une enquête, réalisé par l’agence Propublica et la Radio Publique Américaine a remis en question l’action de la Croix rouge américaine sur le sol haïtien. Les journalistes ont notamment tenté de démontrer l’échec de l’ONG dans sa volonté de reconstruction de maison par manque de main d’œuvre suffisamment qualifiée, manque de connaissance de la réalité économique haïtienne, ou encore par manque de planification.

Polémique autour de l’intervention militaire

Dispensaire prévu uniquement pour les malades du choléra dans le but d'endigué la propagation de l'épidémie (photo: MINUSTHA/ Logan Abassi)

Dispensaire prévu uniquement pour les malades du choléra dans le but d’endigué la propagation de l’épidémie (photo: MINUSTHA/ Logan Abassi)

Outre le dossier de l’humanitaire, l’intervention des casques bleues en Haïti (MINUSTHA établi en juin 2004) s’est également retrouvée au cœur d’un scandale. Quelques temps seulement après les révélations d’abus sexuel en Centrafrique, les casques bleus se retrouvent cette fois-ci impliqués dans une affaire d’exploitation sexuelle. Un rapport de l’OIOS[1], datant du 15 mai dernier, explique que 231 femmes haïtiennes auraient eu des relations sexuelles avec des soldats de la force onusienne en échange de biens matériels et/ou de services. Le rapport cite notamment « la faim, le manque d’abris, la pénurie de produit de première nécessité et de médicaments » comme étant des « facteurs déclenchant ». Ce n’est pas la première fois que les casques bleus se retrouvent impliqués dans un scandale en Haïti. En 2006 déjà, des soldats avaient été accusés d’obliger les femmes à avoir des rapports sexuelles en échanges de nourritures, de vêtements ou de médicaments. En 2010, des études démontraient l’implication d’un contingent de casques bleus népalais dans la propagation du choléra en Haïti qui avait provoqué la mort de plus de 8000 personnes. Bien que l’ONU ait nié son implication, cette affaire avait quelque peu terni son image.

On constate aujourd’hui qu’Haïti a d’énormes difficultés à se relever. Bien évidemment, il faut nuancer. L’aide humanitaire est extrêmement difficile à mettre en place. Il faut cependant savoir se montrer critique quant à la réalité des interventions et poser la question d’une réelle efficacité sur le terrain. Quant à l’intervention onusienne, le type de problème évoqué précédemment reste récurent. Bien que des stratégies soient mises en place pour tenter de les endiguer, la gestion de ces affaires, le contrôle des forces d’interventions, les temps d’enquêtes (16 mois en moyenne) soulèvent de nombreuses critiques.

Thierry MARSAIS

[1] Office of Internal Oversigth Service

L’Asie du Sud-Est et la problématique de l’immigration

La question de l’immigration est un point central du débat politique français. Les polémiques s’enchainent, les arguments avancés par certains mouvements politiques sont parfois populistes et leur raisonnement est très souvent fallacieux. On donne l’impression que seul l’occident doit faire face à cette problématique. L’Asie du Sud-Est est également concernée par cet enjeu.

Cette région fait face à une crise des migrations. Les migrants se retrouvent bloqués en pleine mer car aucun pays n’est disposé à les accueillir. Le 19 mai 2015, par le biais d’un communiqué, plusieurs hauts dignitaires de l’ONU ont demandé aux responsables des États de cette région, en particulier ceux d’Indonésie, de Malaisie et de Thaïlande, de trouver des solutions afin de veiller à la sécurité des migrants et des réfugiés. Ces derniers vivent dans des conditions extrêmement précaires et leur vie sont clairement mis en péril. Zeid Ra’ad Al Hussein, haut-commissaire des Droit de l’Homme à l’ONU a également critiqué le renvoi à la mer des bateaux de migrants par les gouvernements cités précédemment. Des « boat-people » se sont ainsi retrouvés en pleine mer ne sachant pas où aller et abandonnés à leur sort.

photo AFP : bateau transportant des migrants rohingyas près des côtes taïlandaises

photo AFP : bateau transportant des migrants Rohingyas près des côtes thaïlandaises

Les populations concernées sont des personnes fuyant le Myanmar (ex: Birmanie) et le Bangladesh. L’an passé, les Nations Unis ont estimé à 53 000, le nombre d’individus s’étant retrouvés dans cette situation. Il s’agit principalement des populations Rohingya majoritairement originaires de l’Etat de Rakline au Myanmar (une communauté est également installée au Bangladesh en clandestinité). Cette communauté musulmane minoritaire, qui compte un peu moins de deux millions de personnes, est considérée comme apatride dans son propre pays depuis 1982 et une loi de préférence raciale. Ces derniers fuient les persécutions orchestrées par le gouvernement de Naypyidaw. L’ONG Human Right Watch a dénoncé les violences faites à cette population, accusant notamment les autorités locales de perpétrer de multiples exactions (stérilisation forcée, esclavage, destruction de villages, viols, refus de soins, installations dans des camps de rétentions…). L’autre population concernée sont les bengalis qui eux quittent leur contré pour des raisons économiques.

Les États tentent de répondre à ce phénomène migratoire.

Les États concernés par ces arrivées massives ont annoncé qu’ils allaient se réunir afin de discuter de ce phénomène et de prendre des mesures nécessaires à l’accueil des migrants notamment celles concernant les prises en charges médicales et nutritives. De plus, la question des réseaux de trafiquants d’êtres humains et des passeurs a également été discutée. En effet, ces derniers sont accusés, entre autre, d’abandonner les navires en pleines mer face au déploiement sécuritaire orchestré par les pays d’accueil. Cela dit, les autorités locales se retrouvent parfois impliquées dans ce phénomène de trafic notamment la marine comme a pu le démontrer un reportage de l’agence Reuter. Pour résumé cette situation, les boat-people sont interceptés, les individus sont alors placés dans des camps et doivent attendre que des parents ou des proches payent des rançons afin d’être libéré.

Ainsi, le 29 mai dernier, une conférence régionale s’est tenue à Bangkok. Cette dernière a réunis 17 délégations venues tenter de trouver des solutions à ce sujet. Thanasak Patimaprakorn, chef de la diplomatie thaïlandaise, a appelé à résoudre de manière catégorique les causes de cette crise tout en soulignant qu’il était urgent de régler le problème des réseaux de trafics d’humains. La semaine précédente, la Malaisie et l’Indonésie ont officiellement annoncé qu’ils arrêtaient de refouler les bateaux de migrants. Ils ont déclaré être prêts à aider 7000 migrants clandestins. Par le biais d’un communiqué, les ministres des affaires étrangères des deux pays ont annoncé être disposés à offrir « un refuge provisoire » aux migrants à condition « que leur relocalisation ou leur rapatriement par la communauté internationale soient effectif dans l’année ».

Comme dans d’autres régions du monde les pays doivent travailler de concert afin de tenter de trouver des solutions à ces exodes massifs de populations. En effet, outre les raisons économiques, celles liées au climat, aux conflits et aux persécutions ne doivent pas être négligées. Les causes profondes de ces mouvements de populations doivent être mieux comprises et étudiées afin de trouver les meilleures solutions pour régler ce problème.

Thierry MARSAIS

L’agro-industrie: un modèle à remettre en question

Stopper la faim dans le monde ! Aujourd’hui, cet argument est utilisé à toutes les sauces, notamment par les multinationales agroalimentaires ou encore des structures non gouvernementales. Intéressons-nous à la première citée. En effet, le modèle agro-industriel est de plus en plus remis en cause aujourd’hui.

carte-pesticides-cours-eau-2

source: ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

Aurélie Trouvé, maitre de conférence en économie et spécialiste des questions agricoles et alimentaire, démontre dans son livre, Le business est dans le pré, en quoi les politiques favorisant l’agro-industrie se révèlent être destructeur d’emploi et menacent la santé publique et l’environnement. En effet, aujourd’hui, les multinationales n’ont de cesse d’accroître leur mainmise sur l’ensemble du secteur agricole, contrôlant les terrains, les semences, le négoce en matière première ainsi que plusieurs filières de production.  La France, bien qu’étant perçue comme une puissance agricole, fait face à de multiples problématiques au sein de ce secteur. Les conditions des agriculteurs sont extrêmement précaires (rappelons qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, les dérégulations du marché  étant un des facteurs explicatifs de ce phénomène morbide), la  pollution des sols (cf. carte ci-dessus) interpelle, de même que l’importation de produits potentiellement dangereux (maïs ou soja transgénique…). De plus, depuis de nombreux moi l’Europe et les Etats Unis discutent « en secret »[1] d’un projet d’accord commercial transatlantique nommé TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Agreement) et concernant des domaines extrêmement variés comme la sécurité alimentaire, l’accès au médicament ou encore le règlement des différents entre le privé et le public. Ce traité pourrait à terme conduire à une diminution des réglementations, et une pénétration plus importantes des multinationales américaines sur le marché européen au dépend des exploitants agricoles.

Bien évidemment, ce phénomène touche l’ensemble de la population mondiale. Au niveau sanitaire, nous observons aujourd’hui une diminution des régimes simples et traditionnels au profit de produits hautement transformés qui représentent plus de la moitié des ventes mondiales. Cela entrainant des répercussions directes sur la santé : en 2011, les maladies non transmissibles (maladies cardio vasculaire, respiratoires, les cancers, le diabète) auraient provoqué la mort de 36 millions de personnes. Dans 80% des cas, ces décès sont prématurés, c’est-à-dire qu’ils concernent des individus de moins de 70 ans. De même, ces décès sont observés dans les pays à faible et moyen revenu (4 individus sur 5). L’OMS estime qu’une baisse de la consommation d’aliments produits par l’agro-industrie (riches en sucres, sels et graisses) permettrait d’éviter près de la moitié de ces décès (alcool, tabagisme et pollution étant les autres principaux facteurs).

A qui appartient la planète?

La question sanitaire n’est pas le seul souci. L’investissement foncier à grande échelle qualifié par certains d’accaparement des terres est un problème important à mettre en lumière. En effet, ce phénomène, relativement ancien, ne cesse de prendre de l’ampleur. On parle généralement d’accaparement lorsque des terres sont acquises au détriment et en violation des droits humains. L’augmentation des prix des denrées alimentaires et la demande en énergie toujours plus croissantes (agro-carburants) font de la terre un investissement rentable aussi bien à court terme qu’à long terme. Or, ces investissements à grande échelle concernant majoritairement les continents Africain et Asiatique (en 2012, le Mali a mis en vente près de 6000 ha de terrains pour des investisseurs privés ou publics), se font au dépend de communautés rurales qui perdent ici leurs moyens de subsistance. Les populations les plus pauvres et démunis se retrouvent touché de manière directe et violente par ce phénomène. En effet, notons que ces investisseurs ignorent les impacts sociaux et économiques induits par leurs transactions foncières. Les terres dites arables figurent parmi les biens les plus inégalement répartis sur la planète. Dernièrement, différentes ONG ont critiqué la NASAN (Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition) créé par le G7. Ce programme, censé lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique a accéléré le processus d’accaparement des terres sur ce continent.

Aujourd’hui, l’agro-industrie soulève de réels problèmes qu’ils soient sanitaire où socio-économique et ce à l’échelle planétaire ; ce mode de fonctionnement a atteint des limites bien trop importantes. Nous voyons très clairement que l’initiative politique et législative au niveau des États ou des instances internationales est relativement limitée quant à la résolution de ces problèmes.

Thierry Marsais

[1] Au moment des élections européennes près de 6 français sur 10 déclaraient n’avoir jamais entendu parler du traité.