La Nouvelle Histoire-bataille : Pour un renouveau de l’Histoire militaire (Partie 1/2)

Depuis la fin du XXe siècle, nous assistons à une résurgence de l’Histoire militaire dans les études universitaires grâce aux nombreuses parutions de travaux anglo-saxons. Ce nouvel engouement pour l’Histoire militaire se traduit par un retour de l’histoire-bataille. Cette nouvelle histoire-bataille n’est plus réservée, comme au XVIIIe siècle, aux militaires ou aux spécialistes qui étudiaient les mouvements de troupes et les grandes manœuvres des armées, mais aussi à des civils et à des universitaires voulant plonger au cœur des combats pour appréhender tous les aspects de la Guerre.

Pourquoi l’Histoire-bataille est-elle décriée par les historiens français ?

Les traditions historiographiques de la France et du monde anglo-saxons sont très différentes au XIXe et au XXe siècle. Sur le continent européen, l’histoire militaire est trop empreinte de nationalisme pour que les études qui en résultent soient capables d’aborder la question sans tomber dans la controverse historique ou la critique. L’historien anglais John Keegan explique cette différence Outre-Manche : « Il n’y a réellement que les pays de langue anglaise dont, à l’exception de l’Amérique au temps de la guerre civile, les campagnes militaires ont toujours lieu à l’étranger, qui ont élevé l’histoire militaire au niveau d’une science […] Pour la majorité privilégiée que nous constituons, la guerre pendant cent cinquante ans – à peu près la période de développement de l’histoire moderne – s’est réduite à un spectacle ».

Les deux guerres mondiales ont traumatisé les populations européennes et ont laissé les historiens français du XXe siècle incapables d’aborder l’histoire militaire sans s’attacher à décrire les horreurs et la barbarie de la guerre, marginalisant les études du phénomène guerrier. L’avènement de l’École des Annales, apparue en France dans l’entre-deux-guerres et confortée durant les années 1950-1960, a encore renforcé ce rejet. En effet, les historiens se réclamant de cette école historique critiquent l’Histoire  »traditionnelle » faite par les méthodistes qui prônent l’accumulation de faits et leur conception étroite des documents : faire de l’Histoire avec un même type de document sans les critiquer, l’Histoire était installée dans une sorte de  »routine », ces sources écrites sont en grande partie rédigées par les institutions officielles, les élites, cela détermine le contenu de l’histoire qui n’évolue pas.

Les années 1970 voient l’avènement de la  »Nouvelle Histoire », terme employé par les historiens des Annales, qui relève d’une réflexion sur leur propre discipline. Les partisans de cette Nouvelle Histoire veulent faire une histoire globale, pluridisciplinaire qui met en rapport les approches historiques avec les autres disciplines des Sciences Humaines (la sociologie, la psychologie, la géographie, …). Cela a pour conséquence l’élargissement des sources que l’historien doit étudier (les journaux, les registres paroissiaux, les documents iconographiques). Il va dorénavant utiliser l’anthropologie, c’est-à-dire monter la permanence de l’être humain qui conditionne alors le comportement individuel et s’intéresser aux questions économiques et sociales qui ont pris de l’importance à partir des années 30. L’étude des mentalités ne peut pas s’appliquer à des événements très courts, mais plutôt au terme de l’analyse d’une évolution sur le long terme. L’Histoire militaire est donc laissée de côté car les batailles et les engagements importants ne dictent pas, selon les historiens des Annales, le cours de l’Histoire et ne peuvent permettre à l’historien de comprendre les mutations et les changements des  »mentalités » et de la civilisation. Le terme d’Histoire-bataille est d’ailleurs une expression péjorative utilisée par les fondateurs des Annales March Bloch et Lucien Fevbre. Nous pouvons tout de même remarquer un certain intérêt pour la bataille de la part de grands noms de l’École des Annales comme dans les ouvrages de Georges Duby Le Dimanche de Bouvines, ou encore celui Marc Bloch, L’étrange défaite. Georges Duby parle de « l’attrait du plaisir » pour expliquer cette soudaine envie d’écrire une histoire événementielle, car il trouvait intéressant de s’approcher « des combattants de Bouvines comme d’une peuplade exotique, notant l’étrangeté, la singularité de leurs gestes, de leurs cris, de leurs passions, des mirages qui les éblouissaient. ». Il faut attendre les années 90 pour que l’École des Annales perde son influence et ne laisse la place à un certain retour de l’événement en France. La bataille ne sera plus vue comme un événement singulier qui survient au hasard de l’Histoire, mais comme un facteur de construction des Nations qui va entraîner de nouvelles interprétations sur une période donnée. Ce terme de Nouvelle histoire-bataille veut réconcilier l’histoire-bataille traditionnelle avec la Nouvelle Histoire.

Benoit GRELIER

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