Forces et faiblesses du Brésil

La sortie du Brésil de la dictature à partir de 1985 a contribué à un nouveau départ pour le pays. En effet, il a réussi à devenir aujourd’hui une véritable puissance internationale. Seulement, cette réalité ne masque pas les faiblesses notables qui définissent tout autant le pays.

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Crédit photo : http://www.wikipedia.org

D’une part, il paraît évident d’affirmer au préalable que le Brésil représente une puissance importante sur la scène mondiale. La fin de la dictature permit initialement l’apparition de nombreux partis politiques. Le pays vit également une modernisation de l’économie avec l’influence des premières formes de l’industrie. Cela permit alors un accroissement positif pendant ces décennies. Ce nouveau départ a donné davantage de facilités au pays pour se reconstruire, ce qui est bien visible aujourd’hui.

En effet, différents attributs participant à la croissance économique lui permettent d’être considéré comme un grand pays : actuellement, le Brésil est le leader industriel de l’Amérique latine, notamment dans l’aéronautique avec le groupe Embraer. Ainsi, le secteur tertiaire concerne deux tiers du PIB. De plus, la présence de différents climats avec des zones de forêt, des littoraux, permettent de nombreuses réserves de matières premières : de cette façon, il détient d’importantes réserves de bois, de canne à sucre, utilisée pour l’éthanol (le pays est également le second producteur mondial de bioéthanol), mais aussi de minéral, et de pétrole en particulier. Il y a ainsi une entreprise nationale, Petrobras, qui prévoit l’autosuffisance en matière énergétique. Ce trésor de matières premières érige le pays comme le géant régional ; son appartenance au MERCOSUR depuis 1990, et ses frontières communes avec ses nombreux voisins, participent au phénomène. Le pays représente aussi la première puissance agricole du continent (avec les ressources en soja, café, céréales ou bien en oranges, dont le Brésil est le premier producteur et exportateur du monde accessoirement). Sans oublier l’industrie agroalimentaire avec leur bétail. Ainsi, le Brésil est le troisième pays exportateur agricole du monde. Il y a en effet d’importants échanges, non seulement avec l’Amérique latine, mais aussi avec le monde entier, particulièrement avec les leaders internationaux comme la Chine, les États-Unis, ou l’Union Européenne.

Le pays détient pour finir, la population la plus importante d’Amérique latine, avec un territoire  qui représente plus ou moins  la moitié du continent. Cela favorise de nombreuses possibilités par une force de travail conséquente. Par tous ces atouts, le boom provoqué dans les années 2000 au niveau des exportations contribua à l’attraction de cette économie diversifiée pour les investissements étrangers. Le Brésil est alors aujourd’hui la sixième économie mondiale.

En revanche, l’entrée du pays dans la crise mondiale en 2011 souligne d’autre part ses difficultés, et accentue ses fragilités présentes de manière moins réjouissante.

En effet, la croissance annuelle du pays est passée de 7,5%  en 2010 à 0,1% en 2014. Les producteurs brésiliens ont alors perdu leur compétitivité, et cette puissance nationale s’est considérablement fragilisée. De plus, l’important multiculturalisme (avec 5% de blancs, et 40% de métisses), souffre d’une inégale répartition sur le territoire, avec d’énormes inégalités économiques : sur 188 millions d’habitants, seulement 50 millions ont le même niveau de vie que les européens. Cela traduit une prédominance de la pauvreté, source de violence avec tous les problèmes d’insécurité et les cartels présents dans le pays. Finalement, malgré toutes ses forces, on relève un chômage de 7%, une inflation de 10%, sans parler des problèmes de corruption dans la justice et la police.

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Snowden d’Oliver Stone, une remise en cause de l’éthique du gouvernement américain

Sorti le 2 novembre dernier, Snowden, le nouveau biopic du réalisateur américain Oliver Stone, retrace les péripéties de l’analyste de la NSA, Edward Snowden, qui a révélé au monde entier le 6 juin 2013 lors d’une réunion secrète en compagnie de journalistes du Guardian et du Washington Post, les dessous de la surveillance opérée par le gouvernement américain par le biais de la NSA.

 Un réalisateur pointant du doigt les dérives du système :

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Affiche du film « Snowden »

Oliver Stone est connu pour son goût des films narrant les excès et les dysfonctionnements de la société américaine. Le réalisateur septuagénaire n’a de cesse d’aborder des thèmes qui ont marqué les périodes les plus sombres de l’histoire de l’Amérique. Après des thèmes tels que la guerre du Vietnam, l’ultra compétitivité de Wall Street, l’assassinat de JFK, ou bien encore le Watergate, le cinéaste s’est atteler à l’histoire de l’ancien analyste de la NSA, Edward Snowden, et de ses révélations fracassantes concernant la surveillance opérée par la NSA.

Le film est salué unanimement pour sa volonté réaliste. Edward Snowden y est décrit comme un homme ordinaire, ayant pris la lourde décision de divulguer des informations confidentielles concernant les méthodes de surveillance de la NSA, lui causant ainsi la perte de son emploi, et son expatriation en Russie.

Le film se veut modeste dans sa réalisation, en ne se concentrant que sur la sensation angoissante d’un jeune homme ayant découvert et révéler au monde des informations secrètes, au risque de sa vie.

Snowden perdure la tendance actuelle (War Dogs / The Big Short / 13 Heures) des productions hollywoodiennes qui pointent du doigt un système friable et malhonnête, ou la dangerosité du numérique se fait de plus en plus grande. Oliver Stone souhaite comme à son habitude et il aime le répéter, informer ses spectateurs du danger d’un gouvernement qui se veut protecteur, et qui, contre toute morale éthique, se permet de surveiller n’importe qui jusque dans sa vie privée.

Une histoire récente qui raisonne encore dans les esprits :

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Photo : J. Scott Applewhite/Associated Press

 La particularité de Snowden est la suivante : le film raconte un évènement survenu seulement 3 ans auparavant. En ce sens, et en mesure du scandale suscité par les révélations en question, le film jouit d’une force médiatique particulière.

En effet, en juin 2013, Edward Snowden donne rendez vous dans un hôtel de Hong Kong à des journalistes américains du Washington Post et du Guardian afin de leur donner des informations uniques. Ainsi, le monde entier apprend que la NSA possède plus de 70 % des données des différents opérateurs mobiles mondiaux, et qu’ils sont capables d’intercepter n’importe quel message, mail, appel, photos, vidéos, mais qu’ils peuvent aussi usurper une identité en recopiant les métadonnées obtenues et ainsi se renseigner sur quelqu’un en se faisant passer pour une de ses connaissances.

Edward Snowden révèle également que la NSA agissait en étroite coopération avec le FBI, la CIA, ainsi qu’avec le gouvernement britannique, français, allemand, ainsi que beaucoup d’autres pays alliés aux Etats-Unis. La révélation donne lieu à une vive réaction de la part des différents pays.

Le film, par l’intermédiaire de ses personnages, dénonce un gouvernement qui outrepasse ses droits afin de promettre un gage de sécurité auprès de sa population alors que cela relève de l’impossible. Snowden est une critique constante d’un système dirigé par des individus totalement en inéquation avec les besoins réels, incapable de comprendre la réalité du danger auquel ils s’attachent. La présidence d’Obama, y est largement remise en cause, notamment vis à vis de ses promesses successives entendus lors de sa campagne de 2008. La particularité du film est de ne pas se focalisé sur les révélations de juin 2013, mais aussi de montre les conséquences de son choix drastique. Car après avoir fait le choix sans retour possible, de divulguer des informations confidentielles de la NSA, Edward Snowden s’est vu contraint de devoir s’exiler à Hong Kong puis Moscou, et est actuellement toujours sous la crainte de devoir être rapatrié aux Etats-Unis.

Seul bémol, Snowden s’attache à énoncer une affaire d’état très récente, voir trop. Ceci a valu au film un manque de recul visible (beaucoup trop d’importance aux sentiments, pas assez à l’affaire en elle même) qui ne lui permet pas d’innover réellement. De par son style académique et maîtrisé dans son ensemble, Snowden reste une bonne façon d ‘apprendre l’affaire des écoutes de la NSA révélée en 2013. Cependant, le film n’ose pas s’aventurer au delà du politiquement correct dans la mesure ou toute les révélations et documents donnés par Edward Snowden ne sont pas encore analysés. De ce fait, le film apporte une vision plus claire sur des évènements connus, sans pour autant apporter une réelle plus value sur des informations encore méconnues de tous.

 

Jean BENOIT

La conquête de l’espace

Dans l’art militaire, la maîtrise du point géographique le plus haut était considéré comme un avantage stratégique majeur. Sous l’Antiquité, la montagne représentait cet atout, qui permettait de dominer son adversaire. Aujourd’hui, l’espace, le point le plus haut, détermine ce nouvel enjeu de domination des positions terrestres.

      La Seconde Guerre Mondiale a été le point de départ des intentions humaines d’exploiter l’espace aérien après les premiers succès de l’aviation au début du XXème siècle. D’abord avec la création par l’Allemagne nazie de l’arme de guerre: missiles V2 qui permettait d’atteindre son adversaire à distance. Ensuite avec la mise en place d’un monde bipolaire régit par la puissance américaine et soviétique, qui a fait de l’espace un théâtre d’affrontement prioritaire. Le président américain John F. Kennedy avait présenté l’espace comme la «nouvelle frontière» des États-Unis.

Le 4 octobre 1957, le lancement de Spoutnik, le satellite russe, et l’enregistrement du signal au dessus du territoire américain est perçu comme une menace par l’impact médiatique pour sa sanctuarisation nationale. Mais la course à l’espace est remporté par les États-Unis, en réponse à Youri Gargarine, le 21 juillet 1969, Neil Amstrong foule pour la première fois le sol lunaire. Le progrès spatial est instrumentalisé comme forme de puissance servant à la fois l’idéologie communiste et capitaliste.

Après les affrontements glacials de la guerre froide qui ont servit les progrès scientifiques, l’espace est désormais ouvert aux pays désireux de repousser les limites de leurs frontières conventionnelles. Aujourd’hui, les États-Unis, la Russie, l’Union Européenne, le Japon, la Chine et l’Inde ont la capacité de produire et de lancer des fusées. Aussi, une cinquantaine de pays ont un satellite placé en orbite de 150 à 40 000 km d’altitude. Nombreux sont les domaines touchés par les exploits d’avancée spatiales: biologie, météorologie, sismologie, astronomie, climatologie, navigation, localisation… et cela renforce la défense et la sécurité en témoigne par exemple le satellite de reconnaissance français Helios. La station spatiale internationale, projet lancé en 1983, où coopère 13 nations différentes, dessine une solidarité spatiale afin de pérenniser la vie sur Terre.

Désormais l’espace se démocratise puisque, de son exploration a découlé un tourisme accessible aux personnes les plus riches dans un cadre non professionnel. Le 28 avril 2001, le californien Dennis Tito devient le premier touriste de l’espace en échangeant son billet contre la somme de 20 millions de dollars pour la mission Soyouz TM-32, un voyage d’une semaine autour de la Terre.

Après la Lune et Mars, la course aux étoiles est amorcée et seule le temps et l’argent peuvent être un frein à l’exploration de ce jeune espace géopolitique. L’espace à changé de statut, de frontière à banlieue, de hostile à hospitalier et de vierge à exploité. La conquête de l’espace est signe d’ambition, de prestige et de projection de l’Homme. Cela ouvre possiblement une nouvelle ère à l’humanité, dans un futur proche, celle de la vie dans l’espace extra-atmosphérique.

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~ Satellites et débris spatiaux en orbite autour de la Terre ( Source : futurascience.com)

«La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau.»

~ Constantin Tsiolkovsky, scientifique russe, 1911

Louis Lécuyer

« La Course à l’Arctique » : un enjeu du XXIème siècle

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L’Océan Arctique (crédit Photo : Wikimedia Commons)

L’océan Arctique est devenu, depuis le début du XXIème siècle, un théâtre aux enjeux politiques et économiques. Il est aussi d’une importance prépondérante pour ses ressources.

L’espace Arctique représente aujourd’hui, environ six fois la Mer Méditerranée et s’étend sur 14 millions de kilomètres carrés. Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, la région arctique se réduit peu à peu.

Les gouvernements des pays présents dans cette zone géographique, cherchent donc à accélérer leurs politiques et ainsi imposer leur contrôle.

C’est pourquoi les états riverains, comme la Russie, le Canada, les Etats-Unis, le Danemark (Groenland) et la Norvège (Archipel du Spitzberg et Svalbard), se disputent les espaces et surtout les ressources de la région.

Il est vrai que dans cette dernière, il est possible de trouver et d’extraire aujourd’hui, des ressources à la fois minières et énergétiques telles que le pétrole, le gaz, le plomb, le zinc, l’uranium, l’argent ou encore le diamant.

L’institut Américain de recherche géologique (United States Geological Survey) estime que l’Arctique possèderait encore 22% de ressources naturelles exploitables. Il ajoute que cela représenterait 90 milliards de barils de pétrole selon les recherches publiées en Juillet 2016. Ces ressources sont cependant dites « non découvertes mais exploitables ».

Donald Gautier, géologue pour cet institut, estime que la majorité du pétrole est à extraire du territoire américain, de l’Alaska. A contrario, ce sont les territoires Russes, du bassin de Barents et de la Sibérie qui possèderaient le plus de gaz.

Ce sont ces enjeux environnementaux qui attirent l’attention des gouvernements des pays riverains. En effet l’extraction pétrolière est prépondérante pour les économies.

Pour cela, des revendications territoriales sont disputées afin d’obtenir le contrôle sur certaines parties de l’espace arctique. Fréquemment, ces requêtes visent des territoires pétroliers, ou riches en ressources naturelles.

L’objectif pour ces puissances est de revendiquer un territoire en vue d’une préparation à cette extraction.

Tel en est l’exemple de la Russie qui souhaiterait s’approprier un territoire partant du centre du Pôle Nord, vers la Russie, qui suit la Dorsale de Lomonosov. Pour la Russie, il s’agit d’étendre son influence et ses frontières afin d’être libre pour l’exploitation des ressources.C’est pourquoi il existe un conseil de l’Arctique composé de 8 pays :

Les États-Unis, le Canada, la Russie, le Danemark, la Norvège, l’Islande, la Suède et la Finlande.

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Réunion du Conseil de l’Arctique (crédit photo : Wikimédia Commons)

Il a été créé en 1996, pour coordonner les actions dans la région entre les différents pays états, notamment en matière de développement durable et de protection de l’environnement.

Ce sont les Etats-Unis qui assurent la présidence pour les années 2016 et 2017, une rotation s’effectuant tous les deux ans entre ces nations.

Les conditions climatiques et techniques ne sont pas encore totalement opérationnelles et freinent l’avancée de l’exploitation des ressources dans cette région.

De plus, le Président Américain, Barack Obama, a déclaré le 18 novembre dernier qu’il n’y aurait pas d’extraction pétrolière jusqu’en 2022, puisque toutes les demandes de concessions pétrolières ne seront pas examinées.

Cette décision fait écho à une volonté de protéger l’environnement polaire. En effet, les extractions sont importantes pour l’économie mondiale mais à ont un double effet, puisqu’elles fragilisent l’équilibre environnemental et accélèrent sa dégradation.

Le dessin de nouvelles frontières.

Cette extraction et ces enjeux économiques et financiers dépendent donc de la question politique. Celle-ci découle de la Convention de Montego Bay de 1982 ayant instauré le Droit de la Mer qui régit le monde d’aujourd’hui.

Ce sont les décisions prises lors de cette convention des Nations unies qui s’appliquent toujours aujourd’hui à l’Arctique.

Cette convention a imposé les frontières maritimes avec l’apparition de trois notions :

  • le plateau continental
  • la mer territoriale
  • la zone économique exclusive (ZEE)

Cette ZEE impose un grand changement à la question des frontières maritimes.

Cela signifie que les pays peuvent étendre leur frontière jusqu’à 200 milles marins (environ 370 km) voire plus avec le plateau continental.

Pour l’Arctique, qui est un territoire restreint géographiquement, les pays riverains ont alors revendiqué cette ZEE pour imposer leur contrôle sur les ressources et les voies maritimes qui leur appartenaient. Cela a réduit les eaux internationales dans la région du Pôle Nord.

Mais cette convention de Montego Bay implique aussi une augmentation des revendications territoriales que seul l’Organisation des Nations Unies (ONU) peut juger.

L’ouverture de nouvelles possibilités de passages

La résultante principale du changement climatique et de la fonte des glaces dans la région Arctique est l’ouverture de nouvelles voies maritimes.

Ces dernières deviennent aujourd’hui un enjeu majeur des politiques menées dans la région. En effet, elles posent la question économique d’une réduction des temps de voyages pour les relations commerciales.

Par exemple, le passage Nord-Est, qui est aussi appelé la route maritime du Nord, permet de relier l’Océan Atlantique et le Pacifique en longeant les côtes Sibériennes. Ainsi le voyage Rotterdam-Yokohama, long de 11 200 milles nautiques, s’effectuerait par le Passage Nord-Est en 6 500 milles seulement.

Il y a ici une réduction du temps de voyage pour le commerce entre l’Europe et l’Asie.

Les pays riverains de l’Arctique essayent donc de revendiquer des territoires et de nouvelles voies maritimes pour ainsi en contrôler une partie.

C’est ainsi que la Norvège a saisi la Commission des Nations Unies sur les limites du plateau Continental (CLPC).

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Base d’étude pour l’exploitation des ressources en Arctique des pays riverains (Crédit Photo : Wikimedia Commons)

La Russie, elle, demande une extension jusqu’au point du Pôle Nord, en lui même. Ces pays estiment que ces territoires de l’espace de l’Arctique sont des extensions naturelles de leurs sols.

L’Arctique devient un territoire attractif et également le théâtre d’une course politique et économique.

Pierre Bréhu

De la notion de Droits de l’Homme : le cas Rachid Nekkaz

La loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, dite loi « burqa », entra en vigueur le 11 avril 2011. Elle la prohibe dans l’espace public, correspondant aux « voies publiques ainsi qu’aux lieux ouverts au public ou affectés à un service public ». Sa transgression entraîne procès-verbal et sommation de paiement d’une amende.

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http://www.mediaterranee.com/

 

Rachid Nekkaz est un homme d’affaire néo-algérien ayant renoncé à sa nationalité française. Il s’imposa, héroïquement, de payer l’intégralité des amendes auxquelles les femmes continuant à porter ce vêtement seraient confrontées, se définissant comme un défenseur « universel des droits de l’Homme ».  Il se vante, depuis que l’interdiction a force de loi, d’avoir payé près de 245 000 euros d’amendes pour port de niqab.

Il pose ainsi, par son entreprise sacerdotale, la controverse sur les Droits de l’Homme. Revenons-y.

La déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée par l’Assemblée Nationale révolutionnaire le 26 août 1789, fondement juridique du préambule de la Constitution de la Vème République, sous l’autorité de laquelle la France demeure, est idéologiquement marquée par la pensée de Jean-Jacques Rousseau, et par son concept de contrat social. Sa réalisation s’opère notamment dans les articles 4 et 6 selon lesquels toute restriction des libertés fondamentales doit être inhérente à la loi puisque celle-ci constitue précisément l’expression de la volonté générale (en outre, les inquiétudes de ceux qui ne croient en la représentation nationale, et se fient davantage à la démocratie directe, furent levées lorsqu’une enquête d’opinion effectuée en 2013 donna défavorables à cette pratique près de 83% des français). Concernant plus particulièrement la religion, l’article 10 de la Déclaration dispose que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » : il constitue la clef de voute de la loi d’interdiction. La défense de l’ordre public, c’est-à-dire de la tranquillité et de la sécurité publique, ainsi que celle du respect des lois, et, par-delà, de l’esprit qu’elles garantissent, correspond à la base juridique et idéologique des Droits de l’Homme. Or, cette loi vise justement au maintien de ces deux entités puisque respect des lois et maintien de la sécurité vont de paire.

Le port du niqab et a fortiori la dissimulation du visage constituent une menace à l’ordre public en ce sens que la base de la sécurité publique, c’est-à-dire la sécurité visant la population d’un Etat à l’intérieur de ses frontières contre les menaces internes, repose sur la capacité des forces du maintien de la paix à identifier une personne. Le contrôle d’identité, effectué par la police administrative, a pour but de prévenir les atteintes à l’ordre public. Or, les libertés publiques (en l’occurrence la sécurité publique) passent et doivent toujours passer avant les libertés individuelles (en l’occurrence la liberté de conscience et de religion) puisque, principe absolument fondamental de l’Etat de droit, que semblent mépriser ce « défenseur des Droits de l’Homme », les secondes dépendent des premières. Nul n’est libre dans un Etat qui ne l’est pas. Pour ainsi les préserver, René Cassin, coauteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de laquelle monsieur Nekkaz, par vocation, doit se réclamer, disait d’une société démocratique qu’elle pouvait instaurer « des limitations des droits fondamentaux dictées par de justes exigences de l’ordre public et du bien-être ». Quid du « bien-être » ? Sa préservation dans un Etat-Nation, dans lequel les minorités religieuses constituent une source potentielle de danger pour son unité -d’autant plus quand celles-ci détiennent une dimension sociale et un message politico-religieux, particulièrement représentés par la burqa en l’occurrence- apparaît être le minimum qu’une société puisse exiger.

Le port du niqab dans l’espace public constitue, aussi, une atteinte aux mœurs et à l’esprit des lois françaises. L’esprit révolutionnaire, duquel émane la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, se reflète dans les mots du montagnard Saint-Just, lorsqu’il dit : « Dans les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées ». La tradition française est faîte d’origines grecques et celtes, dans lesquelles un culte est voué au corps et à la femme, dont la Renaissance constituera la quintessence de l’expression -le plafond de la chapelle Sixtine en faisant foi.

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http://githibault.blogspot.fr/

Dans l’époque contemporaine, observées par un oeil étranger, nos mœurs sidéraient. Rifa’a al-Tahtâwî, l’un des quarante-quatre membres de la première mission scolaire dépêchée en France par le pacha d’Egypte, de 1826 à 1831, s’étonna d’une civilisation -la nôtre- dans laquelle les hommes « se mettent sous le commandement des femmes, (…) même les disgracieuses, dans l’hommage au beau sexe ». « Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination » disait Proust. Stupéfait par le contact, « il pouvait arriver, dans le cas d’une danse, que le cavalier prenne la cavalière par la taille (…). Toucher une femme, quelle qu’elle soit, à la partie supérieur de son corps, n’est pas un geste blâmable chez ces chrétiens ». La valeur de la chair nous est fondamentale : « Nous ne sommes pas seulement corps, ou seulement esprit ; nous sommes corps et esprit tout ensemble » rappelait justement George Sand. Nous méconnaissons la disjonction stricte de l’âme et de la chair, de l’immatériel et du matériel, que la dissimulation intégrale impose.  Claude Habib, auteur de la « Galanterie française », comprend d’ailleurs que le voile islamique dérange davantage en France qu’ailleurs, même en Europe, même en Italie latine, en raison de « notre habitude ancestrale à traiter la femme avec des égards », plus présente encore que par-delà les Alpes, d’où, Montesquieu, en exil à Naples, se plaignit du « sigisbéatisme » qui « laisse peu d’accès à un étranger qui voudrait faire sa cour et s’attacher à quelqu’une de ces femmes ».

La France possède également de fortes traditions assimilationniste, selon laquelle l’Autre doit devenir le Même, et laïque, selon laquelle le religieux doit se cantonner strictement au privé. Aussi, à l’occasion du débat sur le voile à l’école, lorsque le ministre de l’Éducation Nationale de l’époque, Lionel Jospin, plaidait, inquiet, pour le compromis, un conseil d’intellectuels français hétéroclite, composé de Régis Debray, d’Elisabeth Badinter, d’Alain Finkielkraut, d’Elisabeth de Fontenay et de Catherine Kintzler, lui rappelait, dans un manifeste, l’importance de ces traditions : « Vous dîtes, Monsieur le Ministre, qu’il est exclu d’exclure. Bien que touchés par votre gentillesse, nous vous répondons qu’il est possible d’interdire. Le droit à la différence qui vous est si cher n’est une liberté que s’il est assorti du droit d’être différent de sa différence. Dans le cas contraire, c’est un piège, voire un esclavage ». La paix commande la « sortie de l’homme de son état de minorité dont il est lui-même responsable » écrivait magnifiquement Kant, « l’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son propre entendement sans la conduite d’un autre ». Rachid Nekkaz se fait sans doute l’avocat de cet état de tutelle duquel les femmes, reléguées, le verrait comme un bienfaiteur. La réelle infamie étant de les maintenir assujetties à leur « liberté de culte » en s’accompagnant des vertus des Droits de l’Homme.

La colonisation, dont ses théoriciens en dirent qu’elle avait pour but d’éduquer les « races inférieures », fut également justifiée par l’impératif des Droits de l’Homme. Rachid Nekkaz, algérien, doit, certainement, en avoir la même lecture.

Jules Boiteau

Les chrétiens de Jérusalem : une communauté oubliée

 

La ville de Jérusalem se situe au cœur de l’Etat d’Israël, et revêt un caractère unique, de par son identité multiconfessionnelle. En effet, elle est constituée de 80% de juifs, 14% de musulmans, et 3% de chrétiens. La spécificité de cette enclave internationale laisse facilement imaginer l’ampleur des tensions qu’elle renferme. Placés en communauté largement minoritaire, les chrétiens apparaissent aujourd’hui comme la population laissée pour compte.

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Jérusalem, vue sur l’esplanade de la mosquée. Photo personnelle prise en juin 2014

La communauté chrétienne de Jérusalem s’attache tant bien que mal à cette ville trois fois sainte. En exprimant son désir de rester, elle manifeste son souci d’une appartenance à part entière à cette identité multiconfessionnelle. En effet, la présence chrétienne ne tient plus qu’à une part infime de la population, avec seulement quelques milliers recensés. Malgré la définition de la ville comme enclave internationale, favorisant en théorie la cohabitation des trois religions, un sentiment anti-chrétien est notamment répandu. Est alors défendue l’idée que les chrétiens ont été fautifs d’une persécution envers les juifs dans le passé.

Dans une même revendication de légitimité, ces deux (et même trois), religions tentent ainsi péniblement de cohabiter, dans un climat de tensions permanentes. De cette façon, chaque confession défend par exemple des revendications de territoires voués aux fouilles archéologiques, sous couvert de considérations politiques.

Toutefois, les chrétiens sont pris dans l’étau du conflit israélo-palestinien, qui a pris une ampleur mondiale au fil des années. Ils apparaissent ainsi comme la communauté oubliée et bafouée de l’histoire de la ville. Celle-ci a de surcroît été illégalement déclarée capitale éternelle par la Knesset, et unilatéralement définie comme ville réunifiée en 1980.

Si dans la théorie, les chrétiens jouissent de la liberté de culte, avec la présence d’églises et écoles chrétiennes variées, cette liberté est dans les faits, relative. Il convient de préciser qu’il existe différents types de chrétiens à Jérusalem : les chrétiens hébréophones, intégrés au secteur juif, qui masquent leur identité. Les chrétiens migrants, avec un permis de résidence temporaire. Et finalement les chrétiens palestiniens qui représentent la plus grande partie. Confondus aux palestiniens musulmans, ils représentent alors environ 300 000 individus pour environ 800 000 israéliens.

Cette discrimination religieuse s’accompagne finalement d’une inégalité économique très nette : en effet le gouvernement israélien met en place des expropriations de maisons palestiniennes, notamment à Jérusalem Est. Certaines sont également rachetées par des ONG juives sionistes dans le but d’accroître leur influence et encourager le départ de la population palestinienne. De plus, on dénombre 80% de palestiniens qui se retrouvent sous le seuil de pauvreté, avec seulement 10% du budget du pays qui leur est accordé. Ils subissent finalement un taux de chômage plus important, corrélé à une inégalité d’opportunité à l’emploi. C’est un véritable écrasement de cette population qui s’opère, considérée en zone grise : sans protection d’une autorité palestinienne, ils ne sont pas non plus considérés comme des citoyens israéliens.

L’avenir des chrétiens palestiniens est aujourd’hui questionné : entre attachement historique et religieux à cette ville, et faits actuels, espoir et réalisme semblent être les deux notions qui illustrent un dilemme encore irrésolu pour eux.

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Partie du mur au Sud Est de Jérusalem. Photo personnelle, prise en juin 2014

Alix de La Laurencie

Molenbeek – Saint Jean et le terrorisme

       Capitale européenne du jihadisme ou vivier de terroriste, les commentaires humiliant pleuvent sur la petite commune de Bruxelles. Pourtant, à l’origine, rien ne prédestinait celle-ci à une telle réputation puisqu’elle était au Moyen-Age, un lieu de pèlerinage important du fait de la présence de la source de Sainte Gertrude de Nivelle, considérée comme miraculeuse. Après avoir connu une rapide industrialisation au XIXème siècle, Molenbeek devient rapidement une terre d’immigration dans les années 1960 et accueille majoritairement des marocains (région du Rif) pour faire tourner les usines belge et en vue de grands travaux, notamment la construction du quartier européen.

Aujourd’hui, la commune de Molenbeek compte 96 000 habitants pour une densité de population conséquente: 16 000 hab/km². La ville est meurtrie par la misère sociale, avec un chômage à 30%, la vie quotidienne des Molenbeekois est rythmée par la criminalité, les vols, le trafic d’arme ou de drogue etc.

Avec les récents attentats du 13 novembre 2015 à Paris et ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles, Molenbeek est au centre des attentions. En effet, plusieurs terroristes jihadistes ont vécu ou séjourné à Molenbeek : les frères Abdeslam (Paris – 13 novembre), Ayoub El Kazzani (Thalys – août 2015), Amedy Coulibaly (Hyper Casher – janvier 2015), Medhi Nemmouche (tuerie du musée juif – mai 2014)… pour n’en citer que quelques uns.

Comment expliquer cette notoriété de ville créatrice de terroriste? Déjà dans la politique de la ville, l’action de Philippe Moureaux, ancien ministre et maire socialiste de Molenbeek n’est pas sans conséquences. En dictant une politique de discrimination positive comme la recommandation de ne pas manger dans la rue pendant le ramadan ou la tolérance envers les mosquées/salle de prêche salafistes, cet ensemble à créer un terreau propice à la radicalisation et au communautarisme islamiste.
Depuis 1967 alors que roi Baudouin a offert à l’Arabie Saoudite les clés de la Mosquée du Cinquantenaire, cette dernière est souvent comparée à un cheval de Troie de l’islamisme radical. En effet l’influence de l’Arabie Saoudite à été vecteur du wahhabisme saoudien dans la capitale belge. 

Deuxième ville la plus jeune de Belgique et également deuxième la plus pauvre, le plus inquiétant à Molenbeek est le poids de la futur génération. Un élu socialiste de Bruxelles, Yves Goldstein, a déclaré, selon le New York Times, que à Molenbeek «90% des élèves considèrent les terroristes de Bruxelles ou Paris comme des héros». Malheureusement Molenbeek n’est pas une exception, mais une référence puisque selon Patrick Kanner, ministre de la Ville de la République Française, il existe en France plusieurs quartiers similaires à Molenbeek.

Bien qu’une partie des riverains est fière de sa ville, en atteste le slogan «Je suis 1080» (code postal de Molenbeek); une autre la fui progressivement pour la laisser aux mains de l’islamisme qui étouffe la population en majorité musulmane (80%).
Alors, Molenbeek est devenu une véritable fabrique de terroriste. La radicalisation, la préparation d’un attentat et sa mise en œuvre, tout ce processus est bel et bien entre les murs de Molenbeek…à deux pas du siège européen.

ml

~ Place de Molenbeek ( source ginisty.com)