Sotchi , montée des tensions à un mois des JO

Vladimir Poutine lors du départ de la flamme Olympique, Moscou le 6 Octobre. Photo AFP: Alexei Nikolsky. Tous droits réservés.

Vladimir Poutine lors du départ de la flamme Olympique, Moscou le 6 Octobre.
Photo AFP: Alexei Nikolsky.
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Le 7 février prochain débuteront les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. L’objectif du gouvernement Russe est de montrer, à travers cet événement sportif, que le Caucase est aujourd’hui une région pacifiée principalement depuis la fin de la seconde guerre de Tchétchénie en 2000. Un pari difficile à tenir devant les trois récents attentats meurtriers perpétrés en seulement quatre jours.

Situé dans la partie Russe du Caucase au bord de la mer Noire, la ville balnéaire de Sotchi représente un enjeu de taille pour le président Russe Vladimir Poutine qui a fait des jeux Olympiques d’hiver « une priorité nationale ». D’importantes mesures de sécurité y sont déployées avec plus de 35000 agents de police et de services de sécurités dans la région complétés par des caméras et des drones de surveillance. Ces dispositions empêchent donc potentiellement des actes terroristes directement à Sotchi mais ne protègent cependant pas la totalité du territoire. Une vague d’attentats a en effet débuté le Vendredi 27 Décembre avec une voiture piégée dans la ville de Piatigorsk (Caucase central), suivie par deux attentats suicides à Volgograd, l’un le Dimanche en pleine gare, l’autre dans un bus de ville totalisant 34 morts. Ces attentats utilisant le même type d’explosifs sont très certainement liés.

Si ces actes ne sont pas encore revendiqués, le gouvernement Russe porte beaucoup de soupçons sur les rebelles Islamistes Tchétchène du Nord du Caucase. En Juillet dernier, le chef Islamiste Tchétchène Dokou Oumarov autoproclamé émir du Nord Caucase a appelé ses partisans « partout en Russie, à faire le maximum pour faire échouer des danses sataniques », faisant ainsi écho à la préparation des JO de Sotchi dont certaines épreuves se dérouleront sur les anciens territoires de tribus Caucasiennes vaincues sous l’époque des Tsars. En effet il a aussi déclaré que ces jeux se dérouleraient « sur nos terres et sur les ossements de nos ancêtres ». On peut souligner que Oumarov avait revendiqué les attentats de Moscou en 2010 (métro) ainsi que ceux de 2011 (aéroport de Moscou-Domododevo) et que ces derniers ont utilisé le même mode opératoire avec l’utilisation de kamikazes. De plus, en Octobre dernier une kamikaze avait également fait 6 morts dans un bus de Volgograd. Les médias Russes évoquent les « veuves noires » c’est-à-dire des veuves de rebelles Caucasiens visant la population civile Russe pour venger leurs proches tués par l’armée Russe.

A seulement un mois des JO cette vague de terreur semble bien vouloir déstabiliser le gouvernement en lui montrant qu’il n’est toujours pas complètement maitre de son territoire Caucasien comme il tente de la faire croire à la communauté internationale. Si le coût de cet événement est déjà très élevé avec les constructions des infrastructures sportives, celui-ci devrait encore augmenter en raison du renforcement des mesures de sécurité ordonné par Vladimir Poutine. Reste seulement à espérer que cela sera suffisant et que les JO de Sotchi ne viennent pas nous rappeler ceux de Munich…

Géry Bailliard

Les espoirs de l’Amiral Liu Huaqing enfin réalisés?

Le Liaoning et ses navires d'escorte en exercice.

Le Liaoning et ses navires d’escorte en exercice – Tous droits réservés

L’année dernière, la République Populaire de Chine faisait l’acquisition de son premier porte-avion de fabrication soviétique. Cette année, la fabrication de deux nouveaux porte-avions aurait débuté aux alentours de Shanghai avec l’augmentation générale de la taille de la marine chinoise, relançant une course aux armements régionale.

À la fin de la guerre froide, le Commandant en chef de la Marine de l’Armée Populaire de Libération, l’Amiral Liu Huaqing, prévoit un grand plan de refondation et de modernisation de la flotte chinoise afin d’affirmer sa présence dans ses eaux souveraines d’ici 2000, puis dans tout le Pacifique voire l’Océan Indien d’ici 2010.
Toutefois, faute de financement, de savoir faire, de technologie et d’un manque de volonté évident de Pékin, ces plans se retrouvent continuellement gelés jusqu’au début des années 2 000.

En effet, en ce début de XXIème siècle, ses ambitions de superpuissance imposent à la Chine de relancer son projet de marine de guerre délaissé depuis les années 80. Celle-ci devant être à la fois capable de se projeter au delà de ses eaux territoriales pour protéger ses voies maritimes et dans le même temps capable de rivaliser avec la toute puissante United States Navy dont la septième flotte quadrille le Pacifique Occidental depuis l’île de Guam, les Philippines, la Corée ou encore depuis le Japon.

Si la Chine parvient à installer des bases à l’étranger avec succès (Pakistan, Bangladesh, Birmanie, Sri Lanka) avec l’extension de ses relations diplomatiques, et si elle a considérablement augmenté son tonnage (multiplié par plus de deux entre 2002 et 2012 pour atteindre 919 280t, 3ème mondiale), elle restait cependant limitée dans son extension par son retard technologique notable. La République Populaire peinait à réduire l’écart avec les puissances occidentales, notamment en matière de lutte anti-mine, de navires logistiques et de lutte anti-sous-marine. Par ailleurs, elle ne possédait pas non plus de porte-avion, et encore moins le savoir-faire pour en fabriquer. Ces bâtiments de guerre sont pourtant essentiels tant pour leur importance stratégique que politique de par la taille imposante de ces navires.
Pour remédier à ce problème, la Chine a bien tenté quelques opérations de rétroingénieries dans les années 80 et 90 mais sans succès.

 La réouverture des plans de l’Amiral Liu Huaqing aujourd’hui décédé change toutefois la donne. Au début de l’année 2000, l’Empire du Milieu parvient finalement à racheter le Varyag, jusqu’alors destiné à devenir un casino flottant à Macao depuis 1998. Le Varyag devait à l’origine être le deuxième porte-avion soviétique de classe Kouznetsov : plus de 47 000 tonnes vide, 67 000 tonnes poids lourd, (c’est-à-dire tout armé), 300 mètres de long, jusqu’à 52 aéronefs transportés, pour une autonomie de 7100 km. La production lancée en 1985 fut cependant arrêtée en 1993 par la toute jeune République d’Ukraine qui ne pouvait supporter un tel investissement. C’est ainsi un navire terminé à 70% qui arrive au chantier naval de Dalian pour y être achevé, rebaptisé Liaoning et repeint à la couleur gris clair de la marine chinoise.
Le Liaoning est aujourd’hui le navire amiral de la Marine de l’Armée Populaire de Libération, entré en service en septembre 2012 avec le tout nouveau chasseur Shenyang J-15, réplique améliorée du Soukhoï Su-33 présents sur les porte-avions et porte-aéronefs ex-soviétiques.

Certes, les mauvaises langues pourraient se moquer de ce navire pouvant être déjà considéré obsolète avant même ses campagnes d’essais. Le Liaoning peut faire pâle figure devant les porte-avions américains à propulsions nucléaires et dotés de systèmes de catapultes, inconnus des Chinois, un moyen aidant au lancement des avions souvent contraints de s’alléger afin de tenir sur la piste limitée qu’offrent les navires.
Mais la Chine a dès lors fait un grand pas en avant en intégrant le cercle restreint des pays disposant de porte-avions opérationnels (avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la France, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, le Brésil et la Thaïlande). Il s’agit en effet du « reflet de la force générale d’une nation » selon un porte-parole de la marine chinoise. Le Liaoning ne serait d’ailleurs qu’un début. En juillet 2011, le Général Luo Yuan déclarait que la Chine avait besoin d’au moins trois porte-avions pour défendre ses intérêts stratégiques. La construction de deux autres porte-avions pour la République Populaire aurait d’ors et déjà débuté, « made in China » cette fois-ci. Démonstration, s’il était nécessaire, que l’étude du vieux navire soviétique a été des plus instructive. Le prochain serait d’ailleurs encore plus grand selon le DailyChina bien que le Liaoning soit déjà parmi les plus grands navires du monde.
Comparativement, le Charles de Gaulle français, le seul porte-avion non-américain à propulsion nucléaire et encore aujourd’hui le plus grand navire de guerre européen derrière le Kouznetsov russe (frère jumeau du Liaoning), lui, ne fait « que » 261,50 mètres de longueur pour 42 500 tonnes à pleine charge.

La menace que représente cet essor exponentiel de la marine chinoise ne cesse d’ailleurs d’inquiéter les voisins de l’Empire du Milieu, alors que les officines chinoises déclaraient dès août 2012 que Liaoning était prêt à être envoyé aux îles Diaoyu, contestées entre la RPC, Taïwan et le Japon et où se déroulaient plusieurs incidents au moment de ladite déclaration.
En réponse, le Japon a considérablement gonflé le budget 2013 attribué à ses « forces d’auto-défense » après onze ans de baisse (+40%), la République de Corée prévoit la construction de deux porte-avions légers d’ici 2036 selon le Defense News, les Philippines discutaient de la possibilité d’acheter à l’Espagne le porte-aéronefs léger Príncipe de Asturias. L’Inde, peu à peu encerclé par les bases chinoises du « collier de perle », a mis à l’eau son premier porte-avion de conception nationale en août dernier, mais qui reste à aménager et armer avec l’aide de la Russie. L’INS Vikrant de 40 000 tonnes s’ajoute ainsi à l’INS Vikramaditya, l’ex-navire russe Baku de classe Kiev, acheté en 2004 (45 400 tonnes poids lourd) construit en 1987. Un troisième porte-avion, l’INS Vishal, qui devrait atteindre 60 000 tonnes, serait prévu pour 2025 et un quatrième porte-avion serait en projet dans une logique de course à l’armement avec la Chine.
Enfin, les Etats-Unis se repositionnent massivement dans la région et prévoient de redéployer la majeure partie de leur flotte dans le Pacifique Occidental.

Vincent HOUDOU

« Le printemps bulgare »

 (NIKOLAY DOYCHINOV / AFP) Tout droits réservés

(NIKOLAY DOYCHINOV / AFP) Tout droits réservés

Depuis bientôt un an la Bulgarie fait son « printemps » sans que cela ne traverse nos frontières. Et pourtant, les manifestations qui agitent le pays depuis le début de l’année 2013 mobilisent un grand nombre de sofiotes  allant des revendications syndicalistes aux mouvements étudiants.

Les manifestations ont commencé en février 2013 à la suite d’une importante hausse des prix de l’électricité. Boïko Borissov ancien maire de Sofia, alors premier ministre du parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB)  démissionne. Lors des élections législatives organisées en mai 2013 c’est une nouvelle fois le parti de Borissov qui sort gagnant du scrutin avec 97 députés. Cependant, les trois entités politiques que sont le Parti socialiste bulgare, le Mouvement pour le droit et les libertés ainsi que l’Ataka refusent de s’allier avec Borissov. Du coup, ces trois partis se sont érigés en coalition avec à leur tête Plamen Orecharski.  Les manifestations ont repris lorsqu’un certain Delyan Peevski a été nommé à la tête des services secrets bulgares le 14 juin 2013. Ce dernier n’est pas vraiment populaire auprès  de la population bulgare qui le voit comme un digne représentant des oligarques bulgares. En fait, Peevski représente tout ce dont le peuple ne veut plus pour la Bulgarie : la corruption.

Devant autant d’agitation Peevski démissionne de son nouvel emploi pour retrouver son siège de député. Les révoltes qui s’étaient apaisées ont immédiatement repris. En effet, le chef de la Cour constitutionnelle est responsable de la réintégration politique de Peevski. Le chef étant également professeur de droit à l’université va avec  cette décision créer une nouvelle vague de contestation. Les étudiants en droit et leurs camarades  manifestent et occupent les universités de la capitale.

«Chaque vague de contestation étudiante marque une étape dans l’évolution de la Bulgarie »

Outre le cas Peevski, les mouvements étudiants revendiquent une démission du gouvernement, l’organisation d’élections anticipées et la dissolution du Parlement. Ces étudiants ont été rejoints par l’ancienne génération de  1997 qui  s’élevait à l’époque contre la politique communiste de Jan Videnov. Si le gouvernement en place dérange les étudiants il en est de même pour les syndicats qui aspirent à une augmentation des salaires et à une stabilité de l’économie. Pourtant les deux groupes de manifestants ne se mêlent pas forcément et mènent des actions distinctes. Si les enjeux de 1997 étaient davantage tournés vers l’européanisation du pays, ceux d’aujourd’hui visent à respecter les principes démocratiques bulgares. « […]  notre système démocratique est trompeur : sous une apparence européenne, il est pourri de l’intérieur ».

Revenons sur l’Ataka ce parti d’extrême droite et xénophobe mené par Volen Siderov est un véritable allié du gouvernement. L’alliance faite par le Parti socialiste bulgare et l’Ataka gêne et semble assez inconvenant. Surtout quand le président du Parti socialiste bulgare Serguei Stanichev est également Président du parti Socialiste Européen (PSE).  Les idées qu’avancent l’Ataka sont pour le moins radicales (expulsion des immigrés, fermeture de la frontière turque afin d’empêcher les réfugiés syriens déjà nombreux sur le territoire bulgare d’entrée). Voici la réponse du premier ministre Plamen Orecharski quand la question de l’Ataka est abordée :  « En aucun cas, ce cabinet ne suit la politique d’Ataka. Ils ne participent pas au gouvernement. Ils sont importants au Parlement pour permettre d’atteindre le quorum. C’est un peu difficile de leur demander de ne pas prendre part aux votes. Ils expriment l’opinion d’une partie de la société Bulgare, pas de la majorité. ».

A ce jour, les manifestations se poursuivent dans le pays malgré la mobilisation de certains bulgares. Ils ont eu la chance de voir Roger Waters (Pink Floyd) écrire « octabka » (démission en bulgare) sur un mur de la ville, afin de donner de la voix à leur contestation. Pour le gouvernement, les révoltes ne sont que le fruit d’une orchestration par la droite qui convoite le pouvoir. Bien sûr les médias ne font que renforcer cette idée en affirmant que les manifestants ne sont que des acteurs payés pour jouer les révoltés.

Charline STEVENS

Les manifestations thaies: les origines du contentieux

Suthep Thaugsuban, leader de l'opposition REUTERS/Athit Perawongmetha Tout droits réservés

Suthep Thaugsuban, leader de l’opposition REUTERS/Athit Perawongmetha
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Le 9 décembre 2013 la Première ministre thaïe Yingluck Shinawatra a annoncé la dissolution du Parlement et pourtant les rues de Bangkok ne désemplissent pas. Retour sur des manifestations qui agitent le pays depuis plus de deux mois.

Les premières manifestations ont commencé début novembre lorsque le gouvernement Pheu Thai vainqueur des dernières élections législatives de 2011,  a présenté une loi d’amnistie. L’acceptation de cette dernière aurait permis à l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra (qui n’est autre que le grand frère de l’actuelle Première ministre) de revenir en Thaïlande, alors qu’il vit exilé à Dubaï depuis 2008 suite à une condamnation pour corruption. Pour la première fois les chemises rouges (traditionnellement du coté de l’ancien premier ministre) et les chemises jaunes (partisans de l’opposition) sont descendues côte à côte manifester contre cette loi. Le texte proposait d’abandonner les poursuites et les condamnations qui ont suivi les violences politiques depuis 2006. Pour rappel, Thaksin a été renversé par un coup d’Etat en septembre 2006 mené par le général Sonthi Boonyaratglin.

En parallèle de ces manifestations qui aboutiront à un vote du Sénat à l’unanimité contre cette loi, d’autres plus virulentes ont émergé courant novembre. L’homme incarnant la révolte s’appelle Suthep Thaugsuban, il est un ancien député du parti de l’opposition en l’occurrence le Parti démocrate. Il démissionna de son poste pour pouvoir prendre les rennes du mouvement contestataire et ainsi être le porte-parole du peuple et non plus d’un parti politique. Le but ultime de ces manifestations qui opposent désormais les chemises rouges aux jaunes est de « déraciner le régime de Thaksin ». En effet, même si ce dernier n’est plus sur le territoire thaï il lui est reproché de se servir de la place de Première ministre de sa sœur pour continuer sa politique. Suthep réclame le départ de Yingluck et la mise en place d’un conseil populaire : “un gouvernement populaire sera établi pour amender les règles régissant le pays afin qu’il devienne une véritable démocratie, sous la forme d’une monarchie constitutionnelle”.

La Première ministre quant à elle propose des élections anticipées le 2 février 2014 pour apaiser les tensions qui rongent la capitale thaïlandaise et tend à se propager dans tout le pays.  « Elle a déclaré qu’elle « serait heureuse de rencontrer en personne le leader de la protestation », jugeant toutefois qu’un « Conseil du peuple [principale demande des manifestants] ne peut être mis en place sous cette Constitution ». Une main à demi tendue, que l’opposant Thaugsuban a refusée tout net : « Notre seul but est qu’il n’y ait plus de ‘régime Thaksin' », a-t-il répondu quelques heures après. »

La réponse du leader de la contestation et de ses partisans est sans appel : aucune négociation n’est envisageable et les élections anticipées ne changeront pas leur volonté de mettre fin à la politique  de  Yingluck, afin de voir la « thaksinocratie » s’effondrer. Par ailleurs, en solidarité  à Thaugsuban, 153 députés du Parti démocrate ont annoncé  leur démission afin de se joindre au mouvement populaire.

L’issu du conflit reste relativement incertain, les manifestants siègent toujours  dans des bâtiments ministériels et les conflits persistent. Les émeutes à ce jour auraient fait 8 victimes et plus de 400 blessés depuis décembre. Seule une trêve de  24 heures a été observée le 5 décembre en raison de l’anniversaire du roi Rama IX.

L’armée pourrait même être déployée pour encadrer les élections de février 2014, faudrait-il encore que celles-ci aient vraiment lieu. A ce jour, les opposants au régime maintiennent leur volonté de boycotter ces élections.

Charline STEVENS

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/12/28/thailande-tirs-sur-les-manifestants-a-bangkok_4340940_3216.html

http://www.courrierinternational.com/article/2013/12/12/suthep-thaugsuban-populiste-antidemocrate

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/12/27/le-gouvernement-thailandais-va-faire-appel-a-l-armee-pour-les-legislatives_4340570_3216.html

http://www.lepoint.fr/monde/nouvelle-ere-de-tumultes-politiques-en-thailande-23-11-2013-1761077_24.php

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article1018

Géopolitique maritime : plus que jamais d’actualité!

« Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » (Sir Walter Raleigh).

Cette période de changement d’année voit se développer une multiplication d’exercices navals entre Etats et donne d’ores et déjà un aperçu de la géopolitique maritime de 2014. La lutte contre la piraterie est bien sûr la motivation principale, mais il faut ajouter les tensions en Mer de Chine Orientale, la lutte contre l’immigration clandestine, les trafics etc. A l’heure où les combats terrestres, Mali, Centrafrique, Soudan, Syrie et les tensions au sein des Etats (Ukraine, Turquie…) monopolisent l’actualité, il me parait utile d’évoquer le rôle croissant de la géopolitique maritime. Notre discours présentera donc deux exemples de  l’importance pour certains pays, de cette politique maritime plus de trente ans après la conférence de Montego Bay (1982), dernière conférence sur le droit de la mer.

Sans doute une des opérations les plus innovantes et les plus symboliques est celle effectuée entre les Marines japonaises et indiennes dans le Golfe du Bengale. C’est le premier exercice conjoint de ces deux forces dans cette zone. Il est principalement orienté dans la lutte contre la piraterie. Les grands principes de cette alliance stratégique ont été forgés en 2006, développés lors d’un exercice naval en janvier 2012 dans l’Océan Indien et relancés en novembre 2011 lors de la visite du Ministre de la Défense indienne au Japon. En dehors de l’intérêt économique de la lutte contre la piraterie, il ne faut pas oublier que ces accords stratégiques bilatéraux se concrétisent au moment où le pouvoir naval chinois augmente ses capacités, grâce à ses porte-avions, et entre de plus en plus en tension avec le Japon sur la Mer de Chine Orientale.

Un autre exercice naval au cours desquelles de nouvelles alliances se développent nous touche plus particulièrement en tant que français. En effet, depuis le 6 décembre la force européenne, de lutte contre la piraterie maritime, nommée « opération Atalante », a pour commandant de cette force la France. Cette force navale compte quatre navires : français, italien, allemand et espagnol. Ils sont bien sûr renforcés par des forces aériennes de différents pays. La nouveauté de cette fin d’année réside dans la présence future (le 3 janvier prochain) de la frégate ukrainienne Hetman Sagaidachny au sein de la coalition « Atalante ». En plus du cadre de lutte contre la piraterie, il est nécessaire de rappeler la volonté française de faire entrer au sein de l’Union Européenne un processus d’européanisation de la Défense et de la Sécurité. Il semble donc que si d’un point de vue terrestre ce soit l’échec, le bilan maritime soit plus positif puisque des forces européennes navales augmentent doucement mais avec des opérations concrètes.

Ces deux exemples avaient pour but de montrer l’importance de la mer au sein  des relations internationales. Ces exercices permettent de lutter contre tous types de trafics, de sécuriser les routes commerciales, de tisser de nouvelles alliances, d’échanger des compétences en matière de surveillance maritime. En même temps, ils servent des géopolitiques précises, les exemples de l’Inde-Japon face à la Chine ou d’Europe de la Défense dans la mentalité française sont intéressants de ce point de vue. Ils nous montrent l’intérêt croissant, par les Etats, du contrôle des mers alors que le contrôle des terres est contesté (cf tensions territoriales Chine-Japon pour les îles de la Mer de Chine) ou de plus en plus incontrôlable (cf les difficultés françaises au Mali, en Centrafrique et les conflits d’Afrique). L’année 2014 nous réserve bien des surprises non seulement en matière de lutte contre la piraterie maritime autour de l’Afrique mais aussi en matière de démonstration de force en Mer de Chine, d’autant plus que les Etats-Unis y orientent de plus en plus leurs forces navales.

Thibault Dewynter

 Sources :

http://www.indiatvnews.com/news/india/indian-and-japanese-navies-to-train-together-for-the-first-time-31621.html

http://www.scoop.it/t/newsletter-navale

http://www.defense.gouv.fr/operations/piraterie/actualites/piraterie-rencontre-franco-ukrainienne-en-mer

http://www.defense.gouv.fr/operations/piraterie/actualites/ffdj-soutien-au-deploiement-de-l-epe-serbe-en-atalante

http://www.corlobe.tk/spip.php?article33573

http://www.bruxelles2.eu/tag/ocean-shield

Chine : Des réformes majeures en cette fin d’année 2013

Tous droits réservés : Goh Chai Hin/AFP/Getty Images. Copyright of epochtimes.fr

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L’Etat chinois avait mis en place une « politique de contrôle des naissances » à  partir des années 1970 et « la politique de l’enfant unique » en 1979. Ces politiques sont démographiques et visent à contrôler les naissances chinoises. Elles ont pour but de faire baisser le taux de natalité afin d’éviter un surpeuplement de la Chine. Enfin ces politiques ont pour objectif d’assurer un meilleur niveau de vie à la population chinoise. Avec cette politique démographique l’Etat chinois peut se consacrer pleinement à la croissance économique du pays. Ainsi en 1979 la politique limite à un, le nombre d’enfant par couple.

En 2002, cette politique est modifiée pour la première fois. Il est possible d’avoir légalement un second enfant dans certaines conditions et contre le versement d’une somme d’argent. Les conditions sont les suivantes : Il faut que le couple vive à la campagne et que leur premier enfant soit une fille. Ou bien que le couple, les deux parents donc, soient chacun fils et fille unique. Il existe également des exceptions pour les ethnies minoritaires (soit 9,44% de la population). Des amendes sont mises en place pour les enfants nés de façon illégales. Mais la loi n’est pas infaillible puisque par exemple, les couples aisés peuvent payer ces amendes. Durant la même période l’Etat retarde l’âge du mariage des hommes et des femmes, toujours en suivant le même objectif : Réduire la fécondité et donc le taux de natalité.

Cette politique démographique a « fonctionné » dans le sens ou la croissance démographique a été limitée, on parle de 400 millions de naissances évitées depuis 1979. Mais la loi à aussi, évidemment induit un nombre important de sérieux problèmes. Tout d’abord les couples sont souvent frustrés de ne pouvoir donner naissance qu’à un seul enfant ou bien sont contraints de vivre dans l’illégalité. La politique a donné lieu à de nombreux avortements contraints, ou forcés, ainsi qu’à des stérilisations. De plus le pays doit faire face à de sérieux déséquilibres entre le nombre d’homme et le nombre de femme. A force de favoriser les enfants de sexes masculins, beaucoup d’hommes se retrouvent célibataires à l’âge adulte. Ce qui a augmenté le trafic d’êtres humains.

Le 15 novembre 2013, soit onze ans après la dernière modification de la loi, un « assouplissement progressif » de la politique est annoncé. Ainsi entre le 23 et le 28 décembre, 150 membres du comité permanent de l’Assemblé nationale populaire chinoise se sont réunis, pour qu’enfin les prémices de réformes tant attendues soient appliquées au premier trimestre de l’année 2014. Cet assouplissement de la loi, adopté le 28 décembre 2013, vise à contrer le vieillissement de la population, en effet le taux de fécondité du pays qui est désormais très bas, ne garantissait pas suffisamment le renouvellement des générations.

Ainsi l’assouplissement de la loi autorise désormais les couples où un seul des deux parents est un enfant unique à avoir un second enfant. Mais cette autorisation ne sera pour le moment, seulement valable que dans certaines provinces. Cette nouvelle règle ne concerne en fait qu’environ 10 millions de couples chinois sur un total d’environ 1,4 milliard d’habitants… Mais il faut tout de même rappeler que la politique de l’enfant unique ne s’applique pas à tous, soit environ 37% des couples ne seraient pas concernés. De plus comme nous le disions auparavant les couples ayant les ressources nécessaires pour payer les amendes n’hésitent pas à enfreindre la loi.

Notons que le 28 décembre 2013 ont également été abolit les très critiqués camps de rééducation par le travail, et l’Etat s’est également engagé à réduire l’usage de la peine de mort. Ainsi ces assouplissements font figures de réformes importantes pour la Chine, celles-ci devraient d’ailleurs s’étendre et se développer davantage à l’avenir.

Salomé CORBIN

 

Afrique : vers le fin de l’intégrité des frontières

Sommet de l'OUA 1964 Copiright

Sommet de l’OUA 1964
Copiright

A l’heure où la Centrafrique est en plein conflit, où le Mali est loin d’être apaisé, où le Soudan du Sud explose ; il est peut- être nécessaire de se demander si le point commun de tous ces conflits n’est pas l’abolition progressive  du principe de 1964, promulgué par l’Organisation de l’Unité Africaine, sur « le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de chaque Etat et de son droit inaliénable à une existence indépendante »[1]. En effet, ce principe a été promulgué dans un contexte très particulier de décolonisation et de Guerre Froide, ses faiblesses sont apparues dans les années 90  avec la fin d’un monde bipolaire et le développement de régimes autocratiques imités des systèmes coloniaux.

Les différents traités coloniaux entre les puissances européennes, France, Grande-Bretagne et Allemagne ont entraîné la partition de l’Afrique, notamment centrale, et l’abolition des anciens royaumes. Le congrès de Berlin de 1884-1885, à titre d’exemple, a entraîné pour l’Afrique Centrale la création de trois espaces dirigés par trois puissances coloniales. Le royaume du Kongo, à l’Ouest est divisé entre l’Angola, l’actuel RDC et le Congo Brazzaville. Le territoire des Bami, à l’est, est réparti entre la RDC, le Rwanda, et le Burundi dispersant ses populations au-delà des frontières coloniales imposées. Bien sûr, l’empire du Sud, Lunda éclate entre la RDC, l’Angola et le Zambie. Finalement, seuls le Rwanda et le Burundi ont pu garder des frontières plus ou moins historiques. Cette présentation a pour but de montrer qu’en s’implantant en Afrique, les puissances européennes ont voulu appliquer à la fois le modèle européen de frontières rationnelles, découpées, et celui d’équilibre des puissances en se divisant les territoires de manière plus ou moins équitable. Cette superposition de l’esprit occidental sur le monde africain a permis la création de frontières artificielles, décalées de la réalité et destructrices des territoires aux limtes floues mais établies par le temps.

On peut se demander ce que ces notions historiques viennent faire dans les conflits actuels du Mali, de la Centrafrique et du Sud Soudan. En réalité, ils sont brûlants d’actualité comme nous allons le constater. Que s’est-il passé à la suite de la période coloniale ? Les jeunes Etats ont voulu éviter tout conflit extérieur et revendication territoriale en raison de leur faiblesse. Un conflit aurait aussitôt entraîné leur disparition ou leur affaiblissement. Néanmoins, ces frontières artificielles, ce « melting pot » ethnique, culturel et même religieux demeure. Leur seule unité résidait dans le fait qu’ils dépendaient d’une puissance coloniale forte. La décolonisation a entraîné la fin de cette unité et le retour des anciennes revendications. Les frontières artificielles fonctionnent dans le cadre d’un empire colonial mais ne correspondent à rien pour ces différents peuples voulant créer un Etat. Poussés par la volonté d’éviter tout conflit, ces jeunes Etats sont entrés dans un double processus de stabilité intérieure et extérieure. La stabilité intérieure s’établit avec des gouvernements forts, autocratiques, stables, empêchant, quitte à utiliser la force, toutes revendications des minorités. Kadhafi fut l’un des derniers de cette ère, mais on peut citer aussi Bokassa. Ceux-ci sont souvent soutenus par un des blocs de la Guerre Froide leur conférant ainsi à la fois une force mais une faiblesse. Ils tomberont d’ailleurs les uns après les autres dans les années 90.  Le travail sur la stabilité extérieure se fait dès 1964, donc dès les indépendances avec la création de l’Organisation pour l’Unité Africaine qui établit l’intégrité territoriale de tous les pays issus de la décolonisation. Au total 53 pays en feront partie.

Ainsi, en Afrique Centrale on peut constater trois temps : tout d’abord l’apparition durant la colonisation de frontières artificielles qui cassent les anciens territoires historiques ; puis la création d’Etats post-coloniaux dont la durée de vie dépend d’un gouvernement fort, imité de l’époque coloniale, et dépendant d’un des blocs de la Guerre Froide. Ces Etats sont toujours contre-nature car ils ne répondent pas aux réalités historiques, linguistiques, culturelles et ethniques. La fin de la Guerre Froide entraîne automatiquement la chute de ces régimes autoritaires et donc l’affaiblissement de ces Etats et l’ouverture d’une troisième période. Suite à cet affaiblissement, si les gouvernements se démocratisent, il n’en demeure pas moins que dans ces états non unifiés, cette démocratisation, permet à nouveau l’apparition de partis ethnicos-religieux dans lesquels se mêlent des intérêts économiques et politiques. La découverte du pétrole dans le Soudan du sud, par exemple, a poussé ses populations à prendre leur indépendance en 2011, en se repliant sur une identité culturelle religieuse différente de celle du Nord (majoritairement musulmane). Mais nous avons aussi l’exemple de l’Erythrée qui prend son indépendance en 1993.

Les indépendances de l’Erythrée et du Soudan du Sud inaugurent donc un troisième temps dans l’histoire des frontières africaines. En effet, elles vont à l’encontre du principe de 1964. Cette violation de ce qui a permis l’établissement des Etats postcoloniaux est la conséquence de la fin des régimes autocrates de moins en moins soutenus par les puissances occidentales. Les jeunes Etats ne peuvent pas garantir leur stabilité intérieure puisqu’ils ne répondent à aucun critère naturel. Les régimes forts, sans doute irrespectueux des Droits de l’Homme, les obligeaient à l’unité. Le système démocratique appliqué à des états dont l’unité nationale n’est pas effectuée (cf des frontières artificielles divisant les peuples) est de plus en plus difficile à appliquer. Les luttes actuelles montrent combien ces frontières sont de plus en plus inexistantes ; l’idée de régionalisation et de fédéralisme apparaissent de plus en plus. La fin du principe d’intégrité des frontières coloniales promet donc, dans les années à venir, un re-découpement de l’Afrique.

Thibault Dewynter

Sources :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/afdi_0066-3085_1964_num_10_1_1782

http://com.revues.org/870

http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=17&rub=pistes&item=23

http://www.rfi.fr/actufr/articles/029/article_15289.asp

http://ddc.arte.tv/emission/sud-soudan-un-nouvel-etat-en-afrique-1-2

http://ddc.arte.tv/emission/soudan-petrole-et-darfour

http://www.arte.tv/fr/les-frontieres-en-afrique/3712890,CmC=3716764.html