L’Arabie Saoudite dans la guerre syrienne : une stratégie dangereuse

L’Arabie Saoudite dans la guerre syrienne : une stratégie dangereuse

 

Une crainte iranienne, fruit d’une géopolitique risquée.

 La géopolitique saoudienne a pour caractéristique d’être surdéterminée par la menace iranienne et par extension par le péril chiite. Il s’agit pour l’Arabie Saoudite de déstabiliser par tous les moyens possibles ce que le roi jordanien Abdallah a appelé en 2004, « l’Arc chiite ».                                                                                                                                   Aussi, le gouvernement saoudien tente d’influer dans les régions de cet « arc chiite » afin d’orienter les politiques de ces dernières pour quelles lui soient favorables.                         Il soutient et finance par exemple la famille Hariri, de confession sunnite, et le courant du 14 mars au Liban afin de déstabiliser le Hezbollah et la RIL (Résistance islamique au Liban) qu’elle considère comme un satellite de Téhéran. Le but est donc d’endiguer par tous les moyens possibles l’influence chiite iranienne.

C’est à travers ce prisme que nous pouvons comprendre le rôle saoudien dans le conflit syrien.

 

Les raisons d’une intervention saoudienne.                                          

Bachar Al Assad, appartient à la minorité des alaouites, d’obédience chiite et entretient des rapports de coopération avec l’Iran et le Hezbollah auxquels il permet l’acheminement d’armes à destination du Liban. De même, le régime de Bachar Al Assad se fonde sur le baasisme, doctrine mêlant socialisme et nationalisme panarabe et faisant de la laïcité l’un des piliers de cette doctrine. Enfin troisième point qui peut être mentionné, la question énergétique. Des projets de pipelines à destination de l’Europe étaient en effet en cours de négociation avant le conflit opposant au projet qatari, lequel passait par l’Arabie Saoudite pour arriver en Syrie, le projet Iranien qui devait partir de ce dernier pour traverser l’Irak et s’arrêter en Syrie. Celui-ci n’aurait pu que renforcer les liens d’un arc chiite.

 

Le soutien aux milices rebelles.

 L’Arabie Saoudite au regard de toutes ces raisons décide de soutenir dès janvier 2012 les rebelles syriens en accord avec les Etats-Unis dans l’opération « Timber Sycamore »[1] ( Bois de platane). Cette entente vise à soutenir les milices rebelles par le biais de matériels militaires américains financés par l’Arabie Saoudite.

En 2013, lorsque le Qatar se retire du groupe de soutien aux rebelles, l’Arabie Saoudite décide de noyauter la coalition et de placer à sa tête l’un des ses proches, Ahmad Jarba. Elle accélère la formation de 50 000 mercenaires en Jordanie avec l’aide d’instructeurs américains et pakistanais.

Fin de l’été 2013, lorsque survint l’attaque chimique à Damas, l’Arabie Saoudite espère voir les forces américaines bombarder le régime syrien. Cependant, le Président Obama craignant l’escalade recule, et les mercenaires qui étaient près à se rendre sur Damas, faute d’appui aérien sont dispersés dans les différents groupes rebelles dont Jabhat Al Nosra et Ahrar al Cham. Entre l’automne 2013 et l’automne 2014, l’Arabie Saoudite intensifie son soutien aux milices rebelles dont Jabhat al Nosra, Ahrar al Cham, qui enfonce l’armée syrienne sur toute la partie nord du territoire. Cette avancée est caractérisée par l’utilisation de missiles français Milan et américain TOW, payés par l’Arabie Saoudite. Au premier semestre 2015, une nouvelle coalition est créée Jaish al Fatah « l’Armée de la conquête » soutenue financièrement par l’Arabie Saoudite.

 

Daesh, une menace trop longtemps négligée.

 Concernant Daesh, l’Arabie Saoudite soutient financièrement l’Etat Islamique dans la région orientale syrienne entre 2011 et 2013. Toutefois, on observe un revirement de jurisprudence à l’été 2014 lorsqu’Abu Bakr Al Baghdadi proclame le Califat à Mossoul et menace par la même occasion les prétentions saoudiennes. L’Arabie Saoudite accélère alors la construction du mur de 900 km sur la frontière irakienne, et le grand mufti du royaume prononce une fatwa contre Daesh dénonçant ce dernier comme non-islamique. Enfin, l’Arabie Saoudite accélère sa course à l’armement commencée depuis 2010. Elle passe un contrat d’armement en octobre 2010  avec les Etats Unis de 60 milliards de dollars sur vingt ans[2], faisant l’acquisition de 84 chasseurs bombardiers F15/SA, 70 hélicoptères Apache, 72 hélicoptères de transport Black Hawk, 36 hélicoptères Little Bird AH-6, des radars, des missiles air-sol Hellfire et bien d’autres[3].

Entre 2010 et 2014, elle voit ses dépenses augmentées de 115%, devenant le premier importateur mondial d’équipements militaires.

 

On constate donc qu’au nom d’une politique de déstabilisation chiite, l’Arabie Saoudite a joué un jeu dangereux sur le théâtre irako-syrien, se voyant désormais obligée de s’armer contre ceux qu’elle armait hier.

Le théatre militaire n’est pas le seul terrain d’opération de l’Arabie Saoudite. En effet, elle mène aux puissances occidentales et au régime iranien une véritable guerre du pétrole, prenant ici encore beaucoup de risques pour la stabilité de la région et sa sureté personnelle.

 

 

 

 

[1] http://www.nytimes.com/2016/06/27/world/middleeast/cia-arms-for-syrian-rebels-supplied-black-market-officials-say.html

[2] http://rue89.nouvelobs.com/2010/09/14/60-milliards-de-dollars-darmes-americaines-pour-lallie-saoudien-166537

[3]http://rue89.nouvelobs.com/2010/09/14/60-milliards-de-dollars-darmes-americaines-pour-lallie-saoudien-166537

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