Des Tu-160 « Blackjack » à proximité des cieux européens…

Le 28 septembre 2016, deux bombardiers stratégiques russes Tu-160, nom de code OTAN Blackjack, furent repérés dans le ciel européen: 10 chasseurs de 4 nations différentes furent successivement dépêchés pour les intercepter…

Le Tupolev Tu-160, appelé également en russe « cygne blanc » (Белый лебедь) en raison de la forme de ses ailes est un bombardier stratégique lourd conçu pendant la guerre froide en réponse au bombardier américain B1-A. Pouvant atteindre les 2000 km/h et embarquer près de 45 tonnes d’armements, le Tu-160 est un des aéronefs les plus performants de sa catégorie. Modernisés dans les années 2000, des Blackjack de nouvelle génération devraient entrer en service dès 2019, suite à l’annonce en 2015 du ministre russe de la défense Sergeï Choïgou de la reprise de leur production.

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Le bombardier stratégique Tu-160. Source: sputniknews.com

« Panique à bord ! » Les armées de l’air norvégienne, britannique, française et espagnole en alerte…

D’après un communiqué de l’armée de l’air, les deux appareils furent tout d’abord repérés par la Norvège qui fit alors décoller deux F16 pour les escorter, jusqu’à ce que deux Eurofighter Typhoon de la Royal Air Force prirent le relais, alors que les bombardiers se dirigeaient vers le Nord de l’Ecosse, puis contournèrent l’Irlande par l’Ouest avant de mettre le cap sur la Bretagne. Quatre Rafale, successivement deux appareils de la permanence opérationnelle de Tours puis deux autres basés à Mont-de-Marsan escortèrent les Blackjack jusqu’aux côtes ibériques, où ils furent rejoints par deux F-18 de l’armée de l’air espagnole. Les bombardiers russes auraient alors mis le cap vers l’Ouest de l’Irlande. Selon les différentes autorités impliquées, aucune incursion dans les espaces aériens ne serait à déplorer.

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Les deux Tu-160 interceptés le 28 septembre 2016. Crédit: Armée de l’air

Quel seraient les objectifs de ces vols ?

Patrouilles, exercices ou provocation, plusieurs hypothèses sont avancées afin de déterminer la nature de ces vols. Dans une interview accordée au Telegraph le Lieutenant Général Evgueni Boujinski, aujourd’hui à la retraite et à la tête du think-tank PIR, se prononce en faveur d’exercices, dépourvus de toute intention belliqueuse :

« La détection des systèmes de défense aériens est un exercice classique pour n’importe quelle armée de l’air, qu’elle soit russe, américaine ou britannique. Bien sûr lorsqu’un chasseur ou un bombardier effectue une patrouille, il surveille les systèmes de défense anti-aérien et les radars. Je ne vois rien de provocant en cela. » Lt Gen. E. Boujinski – (Telegraph).

Un parfum de guerre froide

Par ailleurs, depuis la crise de 2014 en Crimée on constate un changement d’attitude de la part de l’OTAN et de ses membres vis-à-vis de ces vols, qui auparavant n’étaient pas assimilés à une menace. Comme le fait également remarquer le Lieutenant Général Boujinski lors de son interview au Telegraph, ces exercices étaient « monnaie courante » lors de la Guerre Froide, aussi bien du côté soviétique, qu’américain. Toutefois, avec la chute de l’URSS et les difficultés économiques que rencontra la Russie au début des années 1990, de tels déploiements des forces stratégiques ne purent avoir lieu. On constate néanmoins depuis les années 2000 un regain d’activité (à mettre en parallèle avec le développement économique de la Russie), entre autres caractérisé par la reprise de ces vols vers l’Europe de l’Ouest.

Bien qu’évoluant à proximité des espaces aériens nationaux, aucune incursion ne fut constatée selon les dires des différentes autorités impliquées. Ainsi, ces exercices ne constitueraient-ils pas un moyen de tester la réactivité des « polices de l’air » européennes et des moyens de défense de l’OTAN ?

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Le Tu-160 « Alexandre Novikov » nommé ainsi en référence au Maréchal A. Novikov, commandant de l’armée de l’air soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Crédit: Armée de l’air.

Certes, les relations actuelles entre l’OTAN et la Russie laissent planer un parfum de Guerre froide. Sans toutefois rebasculer dans une telle situation, le retour de la Russie sur la scène internationale est indéniable. En effet, elle est devenue un des interlocuteurs incontournables sur de nombreux dossiers, dont le conflit syrien. Ainsi, les vols des bombardiers russes vers l’Ouest ne seraient-ils pas un des moyens concrets permettant à la Russie de montrer et d’affirmer sa présence sur l’échiquier politique international face à l’OTAN… et les Etats-Unis ?

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Les FARC : 52 ans de conflits (2/2) Relations entre la population et les forces armées révolutionnaires

ivan-marquez-demande-pardonIvan Marquez, commandant des Farc, avec une des victimes du massacre de Chinita, à Apartado, après que le mouvement de guérilla ait demandé pardon aux Colombiens pour ses crimes. Reuters/Fredy Builes (L’Express)

 

Un mouvement qui se veut défenseur des populations paysannes

L’origine des FARC provient de mouvements paysans contestant la main-mise des grands propriétaires sur les terres agricoles. Ce mouvement trouve écho auprès des communistes présents dans le pays et forment ensemble les Forces Armées Révolutionnaires Colombienne. Cela explique pourquoi les FARC sont principalement une guérilla du milieu rural.

Si les FARC sont connus pour leurs exactions contre les populations, il n’en est pas moins vrai que certaines de leurs actions sont bénéfiques pour les populations dont ils ont la charge. En effet, dans certaines régions les FARC remplacent l’Etat et principalement dans les régions délaissées par celui-ci.

En 1964 les FARC annoncent la mise en place d’un ‘‘Programme agraire de guérilla’’. Ce programme prévoit de redistribuer les terres des grands propriétaires aux petits paysans. Toutefois les FARC s’engagent à ne pas toucher aux terres des grands propriétaires qui les cultivent personnellement.

Il faut aussi noter que les revendications du groupe armé révolutionnaire portent principalement sur l’amélioration des conditions de vie paysanne dont voici quelques points :

  • Modernisation de l’économie et renforcement du secteur public (Energie, transport, télécommunications)
  • Renforcement du marché intérieur et stimulation de la production
  • Participation des acteurs sociaux à la gestion de l’économie
  • Affectation de 50 % du budget national aux dépenses sociales, 10 % pour la recherche scientifique
  • Accès facilité au crédit pour les agriculteurs

De plus, les guérillos construisent et entretiennent les routes dans les régions dont ils ont la charge afin de faciliter la vie des paysans.

Et chose notable, ils dispensent gratuitement des soins médicaux à toute personne venant jusqu’à eux. Cela permet à bon nombre de personnes d’avoir accès à des soins tandis que le système de soin du pays est très vivement critiqué. En effet, bien que la couverture sociale soit présente pour 96% de la population, certaines personnes sont rejetées par les hôpitaux, ne remplissant pas les critères financiers. Parfois ces personnes reçoivent des refus successifs, ce que les colombiens appellent ‘‘Le Tour de la Mort’’.

 

Les exactions contre les populations civiles

Dans leurs actions contre l’armée et la police les FARC touchent aussi les populations civiles, notamment à cause des voitures piégées et des bombes artisanales. Ces bombes fabriquées avec des bonbonnes de gaz, sont très peu précises et sont pourtant utilisées par les FARC pour viser les militaires en milieu urbain. Ainsi le 2 Mai 2002, un obus explose accidentellement sur une église à Bojayà faisant 119 morts dont 45 enfants.

Ce conflit entraîne également d’importants déplacements de population. Ainsi 6 millions de personnes auraient été déplacées soit 13% de la population colombienne. A titre d’exemple, des attaques à la bonbonne de gaz dans la ville de Toribió en Avril 2005 force le déplacement de plus de 2 000 habitants.

Ces déplacements conduisent à une baisse du niveau de vie des populations : sous-nutrition, logements précaires, pas d’accès aux services de soins, ce qui favorise le retour des maladies comme la malaria, la fièvre jaune ou la tuberculose.

Beaucoup d’enfants sont enrôlés de force dans la guérilla, notamment les populations indigènes dont le peuple Awà, qui se voit obligé de quitter ses terres pour protéger ses enfants. Cette migration menace d’extinction de nombreuses populations indigènes.

Conséquence la plus dramatique de ce conflit : les mines anti-personnelles posées par l’Etat jusqu’à la signature de la Convention d’Ottawa en 1997 et par les FARC accusés de continuer à poser des mines jusqu’à la tentative d’Accord de Paix de 2016. La Colombie est devenue le deuxième pays où les mines font le plus de victimes après l’Afghanistan. Sur 1 120 municipalités 688 seraient potentiellement minées. Sur les 25 dernières années les mines anti-personnelles auraient fait 11 000 victimes. La plupart de ces victimes ont été touchées près des zones où vivaient les FARC ainsi que l’Armée de libération Nationale (ELN), deuxième guérilla de Colombie. Suite aux négociations de paix, les FARC se sont engagés à aider les autorités au déminage du pays. Le coût de ce déminage est estimé à 300 millions de dollars.

 

Justine LAUNAY

La disparition des chrétiens d’Orient

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Combattant du Hezbollah saluant une statue de Jésus. Seidnaya; Syrie; 2014.

 

A l’heure où l’actualité internationale traite quotidiennement de l’Orient, il convient de jeter un regard averti sur ce monde si éloigné des contraintes et du confort occidental. Pour ce faire, une étude circonstanciée des Hommes et de leur Histoire permet d’entrer quelque-peu dans cet Orient où la guerre et l’Histoire se mélangent depuis toujours. En tant qu’occidentaux, c’est le prisme des chrétiens d’Orient qui nous donnera la vision la moins opaque. Si le XXème siècle a vu leur place reculer dans les sociétés orientales, le XXIème siècle commence tellement mal pour cette population que, de plus en plus, le terme de « disparition » leur est appliqué.

Tout d’abord, quelques rappels de base. Par « Orient », on désigne la région du Moyen-Orient qui s’étend de l’Egypte à L’Iran. En arabe et dans le Coran, le terme « Sham » signifie « Levant ». Il s’agit d’une zone comprise entre la Grande Syrie et l’Irak, soit à peu près le Proche-Orient français.

Présents en Orient depuis la naissance du christianisme, les chrétiens s’y sont étendus au fur et à mesure que les apôtres évangélisaient. Saint Pierre s’est ainsi rendu à Antioche où il a fondé le premier patriarcat avant de partir à Rome.

Il n’a jamais s’agit d’un bloc uni mais de plusieurs communautés que le temps et les influences diverses ont façonné. C’est ainsi que l’on retrouve aujourd’hui les groupes suivants :

  • Grecs-catholiques (appelés également melkites)
  • Grecs-orthodoxes
  • Syriaques-catholiques
  • Syriaques orthodoxes
  • Maronites
  • Chaldéens (surtout en Irak)
  • Arméniens
  • Coptes (Egypte)
  • Ethiopiens

Le terme de disparition regroupe les facteurs physiques et culturels :

  • Physique : disparition due d’abord à l’émigration de masse ainsi qu’aux massacres
  • Culturel : disparition des églises, des rites et de l’art chrétien

L’Irak comptait 2 millions de chrétiens en 1977 et moins de 500 000 en 2014 avant la prise de Mossoul en juin de la même année.

En Syrie, 32% de la population l’était au début XXème siècle contre seulement 8 à 10% en janvier 2011.

Le Liban est une exception avec 40% de chrétiens. Cependant, cette donnée est à relativiser étant donné que le pays ne compte que 3 millions d’habitants et accueille maintenant 3 millions de réfugiés (palestiniens, syriens, irakiens…) dont les chrétiens ne représenteraient que 10%.

En 2003, l’opération « Iraqi Freedom » démet le président Saddam Hussein. Loin d’être un modèle de démocratie, il permettait cependant aux communautés de coexister en paix et assurait la sécurité de sa population. Depuis, les luttes intestines entre les chiites mis au pouvoir par les Etats-Unis et la population sunnite créent un climat de violence et de chaos qui ne prend fin qu’avec l’apparition de l’Etat Islamique en Irak et au Levant proclamé califat le 29 juin 2014 à Mossoul. Assimilés aux américains et vus comme des agents occidentaux (notamment suite à une phrase de George W. Bush sur la « croisade » menée par les Etats-Unis contre le terrorisme), les chrétiens sont pris en étau dans un conflit sur lequel ils n’ont aucune prise mais dont ils sont des victimes directes.

Dans la continuité des dits « printemps arabes », la Syrie s’embrase en mars 2011. Le président, Bachar Al Assad est issu du parti Baas. Un parti panarabique à sensibilité socialiste qui promeut la laïcité de l’Etat et favorise l’égalité de citoyenneté par-delà les religions. C’est la raison pour laquelle les chrétiens de Syrie sont dans leur majorité inquiets dès 2011, de voir le gouvernement remis en cause. Aujourd’hui, alors que la Syrie est déchirée par des combats qui opposent gouvernement, milices sunnites (plus d’une centaine tels que Jahbat-Al-Nosra (récemment renommé Fatah-Al-Sham), Jaysh-Al-Islam, Ahrar-Al-Sham, etc…), restes de l’Armée Syrienne libre, groupe Etat Islamique et kurdes, les chrétiens ainsi que la majorité de la population vivent dans des zones contrôlées par le gouvernement.

L’émigration est sans cesse dénoncée par les plus vieux qui y voient la disparition de leur culture et la fin sans retour après 20 siècles de présence, des communautés chrétiennes au Proche-Orient. En Syrie, les jeunes, chrétiens ou non, voient l’avenir en Occident et se pressent pour obtenir des visas pour les Etats-Unis (regroupement familial), le Canada, l’Europe de l’Ouest ou la Russie. En Irak, une étape supérieure a été franchie avec la prise de la plaine de Ninive par l’Etat Islamique puisqu’à l’inverse de leurs coreligionnaires syriens, les chrétiens irakiens n’imaginent plus dans leur majorité de coexistence avec des musulmans.

L’église Notre-Dame de l’Heure de Mossoul a été détruite le 24 avril 2016. Elle représentait le lien entre la France et les chrétiens d’Orient car son horloge avait été offerte par l’impératrice Eugénie. Elle est l’exemple des destructions perpétrées par le groupe Etat Islamique ; des actions ciblées et bien mises en scène.

L’araméen est une langue sémitique utilisée en Palestine il y a 2000 ans. On l’appelle la langue de Jésus. Elle n’a que très peu évolué depuis et est encore parlée dans quelques villages dans le monde tels que Maaloula et Sednaya en Syrie. Maaloula a été prise par le Front Al-Nosra à la fin 2013 avant d’être libérée par l’armée arabe syrienne en avril 2014. Un habitant sur deux seulement est revenu s’y installer. C’est une langue qui disparaît faute de pratique. La tradition orale et le chant sont pratiquement tout ce qui reste à ce village qui a vu ses icônes volées ou brûlées. L’Eglise de Mar Bacchus atteste de cette tradition multiséculaire. En effet, son autel paléo-chrétien permet de la dater d’avant 325. Date à laquelle se tient le premier concile de Nicée qui interdit ce type d’autel à cause de son aspect sacrificiel païen.

Eléments constitutifs du paysage oriental, les populations chrétiennes d’Orient voient leur futur menacé par des conflits récurrents. Qu’il s’agisse de l’Etat d’Israël, de la guerre islamique ou du panarabisme, ils n’ont en outre jamais leur mot à dire en tant qu’entité. Cependant, il existe d’autres communautés qui voient leur existence menacée encore plus violemment tels que les yézidis dont le groupe Etat Islamique a entamé le génocide…

Sud-Soudan : Un état jeune et instable

Depuis Juillet dernier, le Sud-Soudan est confronté à d’importants combats pour une lutte de pouvoir. Entre naufrage démocratique et problèmes humanitaires, la situation du plus jeune pays d’Afrique devient très inquiétante.

Indépendant en 2011, le Sud-Soudan est depuis plongé dans une longue guerre de pouvoir. En 2013, un conflit éclate entre le président Salva Kiir et son vice-président, qu’il soupçonne de vouloir prendre le pouvoir, Riek Machar. Ce dernier se vera dans l’obligation de s’exiler en Ethiopie. Durant 30 mois les anciens alliés de l’Armée Populaire de Libération du Sud-Soudan vont se livrer un combat qui provoquera d’importants déplacements de population et où plusieurs crimes de guerre seront commis.

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Riek Machar (à gauche) et Salva Kiir (à droite)

Crédit Photo : Reuters

Pourtant, en Avril 2015, l’espoir renaît lorsque les deux partis signent un accord de Paix à Addis-Abeba, qui implique le retour au gouvernement de Machar. Une cohabitation difficile, en juillet dernier des tirs sont échangés entre les forces gouvernementales et les forces loyales à Marchar, qui l’oblige à retourner en exile à Khartoum au Soudan.

Une guerre de pouvoir qui fragilise encore une zone déjà instable

Depuis, Juba, capitale du Sud Soudan est marqué par d’importants combats. Ce conflit de pouvoir intervient non seulement dans un pays encore instable depuis son indépendance en 2011, mais aussi dans un espace géographique et géopolitique tendu dans la région avec des zones pétrolières contestées par son voisin Soudanais. Outre l’important conflit, désormais triste et célèbre du Darfour (400 000 déplacés en 2014 selon l’UNHCR) qui s’étend du sud-ouest Soudan au nord-ouest Sud Soudan, la région fait face à une cohabitation ethnique difficile entre musulmans, chrétiens et animistes.

unmiss_wau_2016_28046229102Crédit Photo : un.org

La peur d’un conflit ethnique généralisé émerge et ce n’est pas les 12 000 casques bleus de l’opération MINUSS de l’ONU qui l’empêcheront. En effet, la mission de l’ONU au Sud Soudan qui devaient maintenir la paix et stabiliser un pays encore jeune, semble un échec, en témoigne le viol en juillet dernier de plusieurs humanitaires dans un hôtel de la capitale où plusieurs soldats ont refusé d’intervenir. Au-delà de l’échec de l’ONU c’est aussi l’échec de la chine désireuse de se distinguer dans cette mission et qui n’arrive pas à contenir les combats dans la capitale.

Des répercutions du conflit sur le plan humanitaire

Le conflit au Sud-Soudan est aujourd’hui dans l’impasse et nul doute que la situation dans le pays est très préoccupante. D’abord sur le plan humanitaire, avec un taux de réfugié de plus d’un million (4ème derrière la Syrie ; l’Afghanistan et la Somalie selon UNHCR), les pays voisins comme l’Ouganda ; le Kenya ; l’Ethiopie ; le Soudan ou encore la République Démocratique du Congo, tirent la sonnette d’alarme sur leur capacité à accueillir tout ces réfugiés. Mais le facteur le plus accablant, est la famine qui risque d’atteindre près de 4,8 millions de personnes dans les prochains mois, soit 40% de la population Sud-Soudanaise.

Alexis Vellayoudom Conéricaondin

Une nouvelle capacité de l’Etat islamique : le drone

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Le drone piégé par l’EI, le 2 octobre 2016 (isis.liveuamap.com)

L’Etat islamique du Soleil et du Levant connaît les nouvelles technologies et sait s’en servir. En passant de l’informatique (propagande, recrutement), la vidéo (propagande), bioterrorisme (attaques au gaz moutarde et sarin principalement sur leur zone de guerre) et les aéronefs comme les drones, l’organisation terroriste est un fin connaisseur en la matière d’utiliser pleinement des technologies à des fins terroristes.

Le drone est un aéronef téléguidé à distance par un humain c’est à dire qu’il n’y pas de personne à bord du drone. De plus, il existe aussi bien dans le secteur civil que militaire. Avec des modèles allant du Parrot pour le domaine civil et du MALE (projet européen de construction de drone opérationnelle d’ici 2025) ou du Predator (modèle américain de reconnaissance aérienne) pour le domaine militaire. Il existe plusieurs sortes de drones, et chacune à ses fonctions particulières : comme la reconnaissance de terrain, le combat, le sauvetage, la livraison pour les drones civiles notamment.

L’Etat islamique utilise des drones avant tout pour faire des reconnaissances de bases militaires. Comme le montre une vidéo de propagande de Daech du 23 août 2014 dans lequel, ils ont utilisé un drone civil de la marque Parrot plus précisément le modèle DJI Phantom FC40 (au prix d’environ 439 €) afin de prendre une base militaire. Ce genre de drone est équipé de quatre hélices, d’une caméra et est pilotable avec un smartphone sur l’application de la marque ou par une télécommande, le tout pour une durée d’une dizaine de minutes d’utilisation.

Récemment, l’Etat Islamique utilise les drones non plus pour faire de la reconnaissance de terrain mais désormais pour tuer. Comme le montre le dernier exemple vérifié en date, du 2 octobre 2016. Deux militaires pershmergas ont trouvé la mort et deux parachutistes militaires français ont été gravement blessés par un drone piégé. Ce mode d’action par l’EI contre les forces militaires françaises n’a pas encore vu. Là ici, ce n’était pas un simple civil. Mais rapport le journal Le point : « Le drone employé par les attaquants n’était pas un petit engin anodin mais un aéronef de grande taille dont l’envergure atteint deux mètres. Le confondant avec un drone d’observation, les deux membres des forces spéciales ont cherché à l’ouvrir ce qui a déclenché une explosion ». Vraisemblablement, le piège était tendu au niveau de la batterie avec une surcharge. Ainsi, c’est une confirmation que l’EI utilise des drones armés de bombes à l’encontre de leurs ennemis.

Toutefois, des informations non confirmées avaient montrées que l’Etat Islamique utilisait déjà ce mode opératoire.

Temps et politique : le règne irrésistible de l’instant ?

Jamais le sentiment d’être soumis mais surtout débordé par le temps n’a été aussi fort. Le XXIème siècle consacre le triomphe de l’urgence, que Gilles Finchelstein décrit comme la somme du « culte de la vitesse » et du « règne de l’instant ». La quantité et la fréquence explosent. L’annonce chasse l’information mais cède à la nouvelle. Puis, la nouvelle fane et le cycle reprend. Toujours plus vite. La submersion se propage sans que personne ne la saisisse ni ne la contrôle. L’Homme lutte et se noie. Mais à quoi bon ? À quoi bon régler un problème nouveau déjà passé ? Et, en sommes-nous capables ? Le temps de l’Homme n’est pas celui des choses. Elles l’assujettissent, fatalement.

Pour autant, « le désespoir est toujours une soumission » écrivait Romain Gary.

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« De l’insignifiance du politique à long terme » – Contrepoints.org

Gilles Finchelstein, dans ces ouvrages « Le monde d’après » et « La dictature de l’urgence », considère la source du mal comme étant bicéphale, résultant de la corrélation de deux phénomènes.

Le premier est, comme abordé précédemment, la puissance du réseau. La croissance exponentielle de l’internet influe sur « la vitesse du récit ». L’information de la nano-seconde envahit l’espace et contraint l’action publique. Son temps y est compressé.

Le second est, repris de l’analyse de Joseph Stiglitz, le « triomphe de la cupidité », dans lequel « le dérèglement de l’échelle des valeurs implique le dérèglement des horloges ». Ce second point restreint néanmoins l’idée globale, fondamentale, de disparition d’« Homme d’Etat », dans la définition aristotélicienne du terme, et de son apanage : la vision. La déstabilisation libyenne, désastre humanitaire et une des causes du phénomène migratoire intense, sous le mandat Sarkozy, ainsi que l’opposition acharnée au gouvernement Assad, sous le mandat Hollande, alors que le dialogue nouveau entre Damas, Moscou, les puissances turcophones du Caucase et la normalisation avec l’Iran créent un bloc d’intérêts qui semble ouvrir sur la perspective d’une résolution du conflit syrien, ne tendent pas vers cet idéal.

L’Histoire consacre aux ministres, illustres, des règnes de Louis XIII et de Louis XIV, Richelieu, Mazarin et Colbert, ce titre d’Hommes d’Etat. Jean-Baptiste Colbert, fort d’une « vision », prévoyait, dès le XVIIème siècle, l’organisation de la marine de guerre sur cent cinquante ans, c’est-à-dire trois à cinq vies d’hommes, à cette époque. Politique du temps long. Plus récemment, durant les jeunes années de la Vème République, se distinguait une « idée de la France » : « Un alerte et réactif Président de la République [actuel] estime avoir rempli sa mission de politique étrangère quand il a passé quatre heures au sommet francophone de Kinshasa, trois au Liban et deux en Haïti. À l’automne 1964, le vieux Président De Gaulle consacra près de quatre semaines d’affilée à séjourner en Amérique Latine, pays par pays. Il inquiéta fort le State Department et marqua sur place tous les esprits. Un successeur s’absente deux jours : personne, dans le pays visité, n’a rien vu passer et, à domicile, « la France n’est plus gouvernée», écrivait Régis Debray dans « Le bel âge ».

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Jean-Baptiste Colbert – Wikipedia.org

 

Par nature, l’action d’Etat est plus lente que l’évolution de la société et cet écart croît proportionnellement au développement technologique. N’est-ce donc pas justement parce que la compression du temps est irrésistible qu’elle implique, d’autant plus, par contrepied, de se munir d’une vision politique sur le long terme ? La résolution, l’adaptation a posteriori nous échappant naturellement, ne faut-il pas reconsidérer le paradigme et se donner les moyens de devancer ? Émile de Girardin soulignait que « Gouverner c’est prévoir ». Régis Debray notait quant à lui qu’« il n’est de patrie qu’au passé et au futur, le présent faisant office de purgatoire », ce sur quoi, Maurice Vaïsse, dans « La politique étrangère du général de Gaulle », précisait que : « Chaque problème qui nous apparaît lié à l’actualité se situe pour lui dans la longue durée, (…) il faut y voir la conviction que le passé influence profondément le présent et l’avenir ».

Il semble ainsi que la mémoire, l’endurance et la projection soient mères de toutes les vertus, comme le dépeignent les expériences colbertiste et gaullienne. Cela implique une vision et des Hommes, détachés des prétentions et satisfactions instantanées, précaires, et habités d’un dessein. Mitterand voulait « donner du temps au temps ». Regrettable serait de confondre l’inéluctabilité de la vitesse avec une incapacité à s’y ajuster voire, à la gouverner. Régis Debray regrettait que « Dans ce maelström quotidien, survivre, c’est aller au plus court ». « Survivre ». Changeons donc d’ambition.

Jules Boiteau

L’ouragan Matthew à Haïti : un contre-la-montre humanitaire

 

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Photo AFP

Le 29 septembre 2016, s’est formé un ouragan au Sud des Caraïbes. Appelé Matthew par les scientifiques, il a traversé l’île d’Haiti au plus fort de sa puissance, les 5 et 6 octobre 2016.

Ravageant tout sur son passage, l’ouragan Matthew a été classé dans la catégorie 5, puis 4 supérieur, soit une des plus hautes catégories qu’il est possible d’atteindre.

Les vents, allant jusqu’à 220 km/h voire 270 km/h à certaines heures, ont provoqué, avec la pluie, des inondations et des destructions de nombreuses villes en Haiti. Selon les chiffres de la protection civile, le nombre de morts en Haiti est d’environ 1 000 personnes et 61 000 sans-abri. En réalité, ce sont 1, 3 millions de personnes qui sont touchées par ce sinistre.

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Photo de Carlos Garcia Rawlins / Reuters

Ainsi, par exemple la ville de Jérémie a été meurtrie. Les habitants déplorent à l’heure actuelle la disparition de proches, mais aussi la destruction des maisons, des magasins et des infrastructures. C’est donc toute la ville qui a été détruite.

Selon certains habitants, « la vie s’est arrêtée ». Les habitations se sont écroulées sous la force des vents et de l’eau. Les systèmes d’électricités et de téléphones sont coupés. De plus les plantations et les récoltes sont anéanties.

Un pays à reconstruire

Mais le principal défi pour Haiti et les organisations internationales est la reconstruction. Pour cela, l’aide humanitaire s’organise. La France et les Etats-Unis, ont annoncé Vendredi, l’envoi de « tous les moyens disponibles ». Le Bureau des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estime que ce sont environ 750 000 personnes qui ont besoin d’aide humanitaire d’urgence.

L’urgence de la mission humanitaire, est de faire venir de l’eau potable, mais aussi de la nourriture pour palier au manque d’Haiti. Il est aussi urgent de reconstruire des abris pour protéger la population. Les ONG déployées sur le terrain, comme la Croix-Rouge ou encore Handicap International, appellent aujourd’hui aux dons.

Une crainte d’un nouveau désastre humanitaire

Mais l’autre défi auquel les autorités doivent faire face, est la coordination des secours et la coordination de l’aide humanitaire.

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Photo AFP

En effet, en 2010, Haiti a déjà été victime d’une catastrophe naturelle de grande ampleur. Le tremblement de terre qui avait frappé la région de Port-au-Prince, avait considérablement affaibli le pays, qui peine aujourd’hui à se reconstruire. Lors de cette catastrophe, l’apport humanitaire, alors important, avait connu des difficultés d’organisation et ainsi pris du retard pour l’aide à la population.

Le défi d’Octobre 2016 est donc de gérer cette coordination pour augmenter l’efficacité de cette aide humanitaire, précieuse à la reconstruction du pays.

Mais à l’heure actuelle, les ONG craignent une recrudescence d’une épidémie de choléra. Le pays ayant déjà été touché en 2010, il est possible que cette maladie revienne avec la non potabilité de l’eau. Les dégâts sur les installations d’eau ont provoqué des remontées de bactéries qui favorisent le développement de ce fléau.

L’urgence pour les Organisations Non Gouvernementales et pour la communauté internationale est donc la purification de l’eau et l’envoi de matériel pour sa réalisation. Les ONG essayent donc de rétablir l’eau potable et ainsi éviter toute propagation du choléra. A l’heure actuelle, les autorités parlent de 500 cas suspect qui auraient contracté cette maladie. Ce sinistre nécessite donc une aide humanitaire importante et coordonnée.

Après son passage sur Haiti, l’ouragan Matthew s’est déplacé, vers les Etats-Unis et la Floride, perdant de sa puissance mais causant de nombreux dégâts.

 

Pierre Bréhu