Madagascar, un rare exemple de bon fonctionnement dans un pays où tout reste à faire

Les élèves du collège du CDA, Andohatapenaka, AntananarivoAprès la crise politique de 2009, un gouvernement de transition, et des élections présidentielles longues à mettre en place, Madagascar reste, en 2014, un pays qui fonctionne toujours mal. L’enjeu du président Hery Rajaonarimampianina et de son gouvernement est énorme, car dans cet Etat, tout reste à faire. La population délaissée par les politiciens depuis trop longtemps a appris à se débrouiller sans. Ainsi de véritables systèmes parallèles se sont mis en place et le tableau reste des plus sombres. Pauvreté, chômage, précarité nutritionnelle, difficultés d’accès aux services de santé, à l’éducation, économies parallèles, mauvaise répartition des richesses, corruption, violences… Au milieu de cette population qui s’efforce de survivre, multiples associations et ONG tentent de les aider.

Parmi elles, l’ONG CDA « Conseil de Développement d’Andohatapenaka ». Le programme des activités du CDA, semblent reflétés parfaitement la volonté du gouvernement malgache récemment formé de reprendre le pays en main. Les objectifs des différents axes du CDA appliqués à l’échelle de six quartiers de la capitale, montrent avec espoir, que des évolutions sont possibles.

L’ONG a débuté ses actions en 1982, et a été fondée par le Révérend Père Jacques Couture, suite à sa constatation de l’état des lieux et des problèmes sociaux de la population malgache. Aujourd’hui, le CDA est un organisme qui fonctionne toujours et qui œuvre auprès de plusieurs quartiers populaires d’Antananarivo, soit auprès d’environ 50 000 personnes. L’ONG a mis en place cinq pôles d’activités prioritaires qui semblent se recouper avec les récents objectifs du gouvernement. Il s’agit tout d’abord d’un pôle santé, constitué d’un corps médical et d’assistantes sociales. L’axe santé donne accès à divers soins, sensibilisations et traitements comme la vaccination, les dépistages, le suivi nutritionnel, etc… Le second pôle est réservé à l’éducation. Il s’agit de permettre à des enfants issus de familles nécessiteuses d’accéder à l’éducation de la primaire jusqu’à la classe de 5ème, sous toutes ses formes (prise en charge des frais scolaires, des fournitures et de la cantine). Enfin l’axe droit, justice et solidarité travaille à l’amélioration des conditions de vie des familles du quartier, à la promotion de la citoyenneté, de l’éducation civique, et de la défense des droits humains. Ce pôle se fait aussi le médiateur des conflits communautaires. Le quatrième pôle est basé sur la recherche d’emploi et des activités génératrices de revenus. Cet axe s’emploi à offrir des formations professionnelles aux jeunes du quartier : Couture, coiffure, cuisine, ouvrage du bois, ouvrage métallique, et mécanique automobile. Afin de leur assurer une insertion professionnelle stable. Le pôle est sans cesse en recherche d’emploi pour les familles bénéficiaires du programme, et offre même la possibilité de contracter des micro-crédits. De sorte que les familles suivies retrouvent une autonomie économique. Enfin le dernier secteur, est celui de la production, qui permet principalement à l’ONG de se financer. Il s’agit des productions des différents pôles de formations professionnelles évoqués précédemment.

Le travail du CDA est une réelle bouffé d’oxygène pour les habitants des quartiers concernés. Il est aussi un rare exemple de bon fonctionnement à Madagascar. Il donne également le mince espoir, que ce genre de programme, appliqué à l’échelle du pays par les autorités en place,  pourra mettre en lumière des perspectives futures meilleures pour le pays.

Salomé CORBIN

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Les nouveaux défis de la CAME

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   Ces 14 et 15 juin s’est tenue l’Assemblée Générale de la section française de Médecins Sans Frontières. Parmi les sujets évoqués le rôle et l’action de la CAME.

La fondation de la CAME, Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels, remonte en 1999, alors que l’association était devant une impasse thérapeutique face à des maladies telles que le VIH/Sida, la tuberculose ou le paludisme, pourtant parmi les premières causes de mortalité à l’échelle mondiale.

En effet, le milieu médical rencontrait à l’époque une pénurie de médicaments pour de nombreuses raisons selon les régions: -lenteur d’une administration nationale à enregistrer les nouveaux médicaments ; -médicaments trop chers, tels que les anti-rétroviraux, traitement à 10 000$ par an par personne ; -l’absence de recherche contre certaines maladies faute de marché rentable pour les laboratoire comme pour le cas de la maladie du sommeil (alors traitée avec de l’arsenic) ou l’ulcère du Buruli (contre lequel il n’y avait pas vraiment de traitements à l’époque).

Après avoir établi une liste de maladies infectieuses prioritaires, la CAME/MSF s’est alors lancée dans une grande campagne à échelle internationale afin de rendre plus accessibles et à plus bas coûts les médicaments nécessaires. Appels aux laboratoires pour l’abandon de certains brevets permettant l’émergence de génériques, pression pour la réduction des marges à la vente, pression sur les autorités publiques et politiques afin de soutenir la recherche et accélérer les processus de reconnaissance des nouveaux médicaments.

À en croire les représentants de la CAME et de MSF lors de ce week-end, l’action menée fut globalement couronnée de succès. Tirée par la locomotive qu’était le Sida et la peur de voir les grandes épidémies africaines se reproduire en Europe, en Asie et en Amérique, la mobilisation publique suivit ainsi que les concessions politiques et économiques par les États comme les grandes entreprises pharmaceutiques.

Toutefois, et malgré ce que certains ont pu annoncer, les maladies infectieuses seraient certes en net recul, mais n’auraient pas disparu. Au contraire, certaines formes tendraient à devenir plus résistantes et de nouveaux problèmes seraient apparus.

Les problèmes de coûts et de rentabilités de la recherche contre les maladies rares ou nouvelles sont pour la CAME toujours d’actualité, notamment pour les fameuses espèces résistantes si on espère éviter leur propagation (pour les pneumocoques par exemple). Par ailleurs, le prix des médicaments dans un pays étant indexés sur la richesse de celui-ci, il peut paraître absurde de voir les prix s’envoler dans certaines pays en développement, notamment quand le développement social et celui du système de santé ne suivent pas la hausse du PIB. Se pose enfin la question de l’accessibilité et de l’adaptabilité des traitements. Aujourd’hui, une campagne de MSF au Sénégal portant sur 17 000 vaccins exige la présence de 17 congélateurs, avec l’énergie pour les alimenter et la place pour les recevoir. Cela limite l’extension de telle opération.

Il s’agit donc pour la CAME de trouver un moyen de relancer la mobilisation. Même si MSF reste une trop petite ONG pour tenter de changer le système de brevet qui assure l’exclusivité d’une molécule au laboratoire qui l’a inventée pendant une certaine période, elle peut, comme par le passé, pousser certains laboratoires à abandonner leurs brevets afin de favoriser l’émergence de génériques et donc la production et la baisse des prix. Il existe également souvent des moyens légaux d’obliger les groupes pharmaceutiques à diminuer leurs prix comme par exemple pour les vaccins contre l’hépatite C en France. Encore faut-il que l’État les utilise, la CAME pourrait l’y pousser. Enfin pour revenir au vaccin dans les pays chauds, toujours selon les intervenants, il serait tout à fait possible pour les laboratoires de créer des vaccins thermostables qui permettraient de vacciner les 20% d’enfants dans le monde qui n’en reçoivent aucun.

Ainsi, malgré des laboratoires pharmaceutiques semble-t-il particulièrement de plus en plus avides, cupides et cyniques à en croire le Monde Diplomatique, pouvant s’imposer des taux de rentabilité de 20% par an, MSF estime pouvoir poursuivre ses actions avec succès pour une meilleure accessibilité des médicaments dans le monde.

Encore faudrait-il pouvoir, comme à la fondation de la CAME, réussir à remobiliser un large public pour cette cause.

Vincent Houdou

L’humanitaire et la tyrannie des subventions : la répartition arbitraire des fonds

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(c) DR

     Si par hasard vous veniez à taper « association humanitaire » sur le moteur de recherche Google, vous verriez en premier lieu une liste d’adresse d’associations nationalement voire mondialement reconnues telles que l’UNICEF, Emmaüs, le Secours Catholique (Caritas) ou encore nos french doctors de Médecins Sans Frontières (MSF).
Toutefois, ces quelques noms qui vous sont très certainement familiers, et à qui vous avez déjà peut-être fait spontanément des dons, cachent une forêt de plusieurs milliers d’associations françaises, de taille très diverses, œuvrant pour la solidarité internationale.

Mais si une structure telle que MSF peut se targuer de son indépendance et de son efficacité grâce à plus de 236 millions d’euros récoltés pour l’exercice 2012 dont 88% par la collecte de dons de particuliers, quand est-il de cette majorité de petites associations dont la notoriété s’arrête aux frontières d’un canton, d’une commune, voire d’un quartier?

Depuis le mois d’avril, pour une durée de 4 mois, j’effectue un stage auprès du service coordination de l’association AlterSanté dont les bureaux se situent au sein du Centre Hospitalier de Bligny, à Briis-Sous-Forges, dans la campagne essonnienne. AlterSanté est reconnue d’utilité publique et a été fondée en 2006 par d’anciens médecins de MSF à la suite d’une mission exploratrice au Togo dont ils tirèrent deux constats.
Tout d’abord l’avancée indéniable des maladies infectieuses tropicales et du sida dans le pays en explosion démographique mais contre lesquels Médecins Sans Frontières ne s’engageait pas. En effet, les soins requis par les séropositifs demandant un suivi à vie, cela ne pouvait attirer l’attention des « urgentistes » de MSF.
Deuxièmement, la concentration des ONG dans le sud du pays. C’est-à-dire les côtes et la capitale, Lomé, avec son aéroport international, au détriment du reste du pays s’enfonçant au cœur de l’Afrique occidentale.
Depuis, AlterSanté lutte sans relâche contre les maladies infectieuses, et en premier lieu le VIH au Togo, dans la Région des Plateaux en partenariat avec une trentaine de centres de soins locaux et le programme de santé national togolais (PNLS), que ce soit par la prévention, l’envoi de matériel, de médicaments ou la formation du personnel soignant. A cela s’ajoute également des activités en France, notamment de la prévention auprès de la jeunesse et un soutien psychologique aux patients du service d’infectiologie, le MISSR, dont la chef de service, le Dr Elise Klement n’est autre que la Présidente de l’association.

AlterSanté n’est pas une « petite » association en soit. Reconnue comme une association des plus sérieuse et compétente par Sidaction, on y trouve près d’une centaine d’adhérents, de nombreux bénévoles de bonne volonté en France, un budget ayant pu dépasser les 250 000 € à la fin des années 2000, lui donnant ainsi les moyens de ses ambitions. Si les nombreux succès d’AlterSanté sont parfois difficilement quantifiables, on peut tout de même affirmer que grâce à l’association, plus de 1000 enfants togolais sont nés séronégatifs, bien que de mères séropositives.

Cependant, loin d’égaler la célébrité de la maison mère, AlterSanté n’a bien une notoriété auprès du grand public que très locale en Essonne, dans les communes autour de l’hôpital où elle réside et ne reçoit de fait que très peu de dons de particuliers. Ainsi, inversant totalement le cas du géant MSF, près des deux tiers des fonds récoltés sont issus de subventions, soit de fondations privées ou groupes privés, soit d’organismes publics, et près du quart tient des donations des fondations ou groupes privés.
Une situation qu’on retrouve dans l’essentiel des associations de tailles similaires.

Mais quelle est la différence entre les subventions et les donations qui constituent donc l’écrasante majorité des fonds desdites associations?
C’est très simple, les donations sont en tout point comparables aux dons des particuliers. Le donateur verse, l’association reçoit, puis elle utilise ces fonds comme bon lui semble, au même titre que ses fonds propres. Les subventions, par contre, sont codifiées. L’organisme qui apporte la subvention peut imposer la destination des fonds, y compris au sein d’un projet, exiger un suivi des dépenses voire une évaluation du résultat qualitatif du dispositif financé. Enfin si les objectifs n’ont pas été atteints ou que les fonds n’ont pas été utilisés comme ils auraient du, le bailleur peut aller jusqu’à réclamer le remboursement de la totalité de la subvention. Un dossier de subvention tient donc davantage du contrat avec ses clauses et ses exigences précisément déterminées.

Et c’est là tout le problème…

Certes, on peut tout à fait comprendre la volonté de bailleurs de contrôler l’utilisation des fonds qu’ils ont apportés. Cela peut éviter les dépenses abusives, les gaspillages, déterminer la réelle utilité d’une association, de ses actions ou prévenir les détournements de fonds. Mais ce n’est pas sans conséquence négative pour les associations sans mauvaises intentions.

En effet, les bailleurs ont souvent soit eux-mêmes des comptes à rendre sur les fonds qu’ils ont alloués, soit cherchent un intérêt aux versements des subventions. Par exemple certaines fondations d’entreprise peuvent considérer leurs subventions comme un investissement publicitaire pour l’entreprise mère. On peut comprendre là encore qu’il peut être intéressant ou prestigieux pour certaines entreprises ou certaines collectivités territoriales d’annoncer qu’elles sauvent des vies à travers leurs fondations ou leurs services internationaux en permettant, par exemple, l’achat de médicaments pour des population du tiers-monde.
C’est par contre beaucoup moins vendeur pour ces mêmes organisations d’annoncer à leurs citoyens, électeurs ou clients qu’ils financent les frais de fonctionnement internes d’une association, le salaire d’un comptable ou d’un coordinateur de projet. Ainsi, ces bailleurs tentent d’éviter ce genre de dépenses.
Or ces dépenses en question, ces frais de gestion et de fonctionnement, sont pourtant indispensables à la mise en place des programmes humanitaires des associations.

Dans les faits, les subventions prennent généralement leurs sources dans les réponses aux appels à projets des fondations et collectivités territoriales. C’est-à-dire que ces organismes appellent les associations à leurs soumettre leur projet à financer avec généralement toute une série de critères éliminatoires préalablement annoncée. Les associations soumettent alors au bailleur un budget prévisionnel présentant le projet et dans le cas de co-financement, quelle part du projet le bailleur va-t-il soutenir, le tout avec le détail des dépenses.
Si on prend un cas concret réel passé, un bailleur (dont nous tairons le nom faute d’autorisation) annonce en début d’année qu’il soutient tout projet de santé en Île-de-France, à conditions que sa participation ne dépasse pas 45% dudit projet (le co-financement est davantage la règle que l’exception, les co-financeurs connus sont une source de sécurité pour un nouveau bailleur) avec un montant maximum de 60 000 € euros. AlterSanté répond, nous leur avons donc présenté le budget prévisionnel détaillé de notre projet. Celui-ci porte sur le suivi et le coaching des séropositifs psychologiquement très fragiles hospitalisés à Bligny du fait de l’abandon de leur traitement ; l’objectif est qu’ils ne cessent plus les soins une fois sortis du milieu hospitalier. Sur les 60 000 € sur un an que coûte le projet, AlterSanté demande 12 000 € au bailleur soit 1/5ème des sommes nécessaires. Parmi ces 12 000€, 2 000 € de frais de fonctionnement et de gestion, essentiellement le paiement de fournitures et de transports.

Face aux très nombreuses demandes il est rare que l’intégralité des sommes demandées soit acquise pour les associations, même pour les meilleurs projets. En l’occurrence, AlterSanté se voit accorder 9 000 €. Parmi les 3 000€ demandés mais non acquis, 1 000 € perdus tiennent des frais de fonctionnement et de gestions. Soit le tiers de la somme perdue, mais la moitié des sommes demandées pour cette part du budget.
Le bailleur a ainsi sacrifié ce qui ne l’intéressait pas, ou même si bien intentionné, il a tout du moins supprimé ce qui lui semblait non essentiel, mais sans que l’association ne soit en mesure de négocier. Il n’y a pas de schéma standardisé, mais le plus souvent, les subventions sont attribuées par un comité ne se réunissant que quelques rares fois dans l’année, il n’est donc pas question pour l’organisme de tergiverser pour l’attribution de quelques centaines d’euros au sein d’un même projet.

Pour quel résultat ?
Et bien nous arrivons ainsi à des situations ubuesques où l’association à les moyens de son action, mais pas les moyens d’agir. Pour reprendre l’exemple précédent, AlterSanté aura les moyens de payer les prestataires extérieurs (psychologues, ethnopsychologues, art-thérapeutes, musicothérapeutes), elle aura ses outils de prévention (flyer, préservatifs, outils de communications divers) mais elle n’aura pas les moyens de payer de coordinateurs pour suivre la mise en application du projet. Sans coordinateur de projet, pas de projet. Elle devra donc soutenir cette dépense sur ses fonds propres. Or ils sont bien plus maigres et trop sollicités…

J’aurai pu en effet également traiter le cas du véhicule tout terrain qu’utilise AlterSanté au Togo (les routes ne sont pas goudronnées dans la région où exercent les équipes togolaises), véhicule vieillissant et qu’on ne peut remplacer faute de financement suffisant pour ce registre de dépense en particulier. Ou bien l’affreux constat que la gestion française de l’association repose essentiellement sur des stagiaires et des bénévoles tandis que le coordinateur togolais fut mis à mi-temps pendant plusieurs mois faute de pouvoir pleinement le rémunérer. On pourrait également parler des cartons qui s’amassent devant les bureaux d’AlterSanté: des dons en nature (masque médicaux ou teste de paludisme) mais pour lesquels l’associations ne peut payer le fret jusqu’au Togo et qui passe donc petit à petit dans les valises personnelles des membres se rendant au Togo dans le cadre de certaines missions – le système D en somme. Et pire, s’il est vrai qu’AlterSanté connaît une véritable baisse générale de ses subventions (et donc de ses ambitions) depuis quelques années, la question de la cessation d’activité semble avoir déjà été entendu en conseil d’administration au début des années 2010 pour les raisons évoquées.

AlterSanté n’est pourtant pas un cas unique, elle serait même assez révélatrice, la plupart de ses partenaires semble rencontrer exactement le même genre de problème.

Ainsi, quand bien même une association recevrait de nombreux financements, dans la mesure où ceux-ci tiennent dans le cadre de subventions, cela ne pourrait garantir l’action de l’association et donc encore moins la pérennité du projet mis en place…

Vincent Houdou

Qatar 2022 : Des pots-de-vin et des jeux

élection du Qatar pour la Coupe du monde 2022

élection du Qatar pour la Coupe du monde

Alors qu’aujourd’hui débute la vingtième Coupe du monde de football au Brésil, sur fond de manifestations et de critiques, une autre échéance est au cœur du débat : celle du Qatar 2022. Choisi en décembre 2010 comme futur organisateur de la compétition, l’émirat ne fait pas l’unanimité, loin de là. L’épreuve qui doit se dérouler dans 8 ans est déjà entachée d’affaires de corruption.

Comme beaucoup d’autres rendez-vous sportifs, la Coupe du monde de football a un aspect politique. C’est sans doute l’un des événements les plus suivis au monde (avec les Jeux Olympiques) et sa médiatisation en fait un moyen de communication hors-norme. Souvent « instrumentalisée » par les Etats pour promouvoir un régime (Allemagne et Italie 1934), cette compétition a également pu servir à porter des messages d’espoir (Allemagne 1954, Mexique 1986) et l’association avec l’UNICEF en 2006 paraissait confirmer cette tendance.

Or, il semblerait que les instances sportives mondiales aient d’autres priorités que de prôner les valeurs qu’elles représentent. Après la stupéfaction du choix, par le Comité International Olympique, de Sotchi 2014 tant pour des raisons de Droits de l’Homme que des raisons sportives, c’est maintenant au tour de la FIFA d’être sur le devant de la scène.  Entre conditions de travail, écologie, corruption, rivalités internes et pressions politiques l’organisation du Mondial 2022 n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’attribution de la Coupe du monde 2022 avait déjà suscité des réactions. Les Etats-Unis étant candidats, Barack Obama avait déclaré : « Ce choix est une mauvaise décision ». D’autre part, au sein même du monde du football, les conditions de jeu ne faisaient pas l’unanimité. Il semble, en effet, que pour le bien-être des footballeurs professionnels, la participation à une compétition durant l’été au Qatar ne soit pas idéale. Mais au-delà des  joueurs, souvent considérés comme trop protégés, la situation des travailleurs sur les chantiers qataris est également source de critiques. L’Organisation internationale du travail, certains syndicats et des ONG comme Human Rights Watch ou Amnesty International ont déjà fait part des conditions de travail déplorables et des violations des droits humains. Plus de 1200 ouvriers seraient morts sur les chantiers qataris depuis 2010.

Cela dit, depuis une dizaine de jours, d’autres éléments viennent ternir l’image du projet Qatar 2022. Déjà avancées en Janvier 2011 par France Football, les suspicions de corruption semblent se confirmer. A l’époque, le magazine révélait que la Confédération Africaine de Football aurait reçu de l’argent pour son soutien, divulguait un mail de Jérome Valcke (Secrétaire Général de la FIFA), dans lequel on pouvait lire : « le Qatar a acheté le Mondial » et nous dévoilait qu’une rencontre avait eu lieu à l’Elysée avant l’élection. Celle-ci se serait déroulée le 23 Novembre 2010, peu de temps avant le vote, en la présence du Président de la République Nicolas Sarkozy, du Président de l’UEFA Michel Platini, de Sébastien Bazin qui représentait le groupe détenant le PSG à l’époque et du Prince du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani. Il aurait été question selon France Football de la création d’une chaine de télévision sportive pour concurrencer Canal +, du Rachat du PSG par le Qatar et d’un investissement financier plus important dans le groupe Lagardère. En contrepartie, Michel Platini n’aurait pas donné sa voix aux Etats-Unis comme prévu, mais bien au Qatar.

Ce 1er Juin, c’est le journal britannique le Sunday Times qui a consacré sa Une au « complot pour acheter la Coupe du monde » et qui déclare être en possession de documents prouvant les versements d’argent effectués (3,7 millions d’euros au total) par Mohamed Bin Hammam, ancien membre du comité exécutif de la FIFA et Président de la Fédération Asiatique de Football. Ce dernier avait été radié pour corruption électorale suite à une affaire en lien avec la présidentielle de l’organisation. Outre-Manche toujours, le Daily Telegraph accuse directement la France et Michel Platini suite à la rencontre ayant eu lieu à l’Elysée et met en avant le fait que le fils de Michel Platini travaille désormais pour Qatar Sports Investments. Le président de l’UEFA, également soupçonné d’avoir reçu de l’argent de la part de Mohamed Bin Hammam a immédiatement démenti.

Si jusque-là, la FIFA et son président suisse Sepp Blatter avaient bien reconnu « une erreur », il ne semble pas vraisemblable que l’enquête menée depuis 2 ans apporte beaucoup d’éléments déterminants. Les dirigeants du Football se sont contentés de se rejeter la faute du « Qatargate » en attendant les prochaines élections de la FIFA. Par ailleurs, jusqu’au 3 juin dernier, l’enquêteur M. Michael Garcia (procureur chargé des questions d’éthique de la FIFA) avait refusé de consulter les preuves du Sunday Times souhaitant rendre son rapport le 9 juin.

Cependant, les accusations de corruption à l’encontre de la FIFA nuisent également à ses partenaires comme Adidas, Visa, Sony. Ces trois  sponsors ont, de ce fait, mis la pression sur la FIFA dimanche dernier en réclamant une enquête rapide et appropriée. Le même jour, le Qatar a déclaré ne vouloir faire aucun commentaire sur l’enquête en cours. Selon le comité d’organisation le choix du mondial 2022 est « mérité » et le droit du Qatar va « être confirmé ». De plus, les accusations concernant Mohamed Bin Hammam ont une nouvelle fois été repoussées en déclarant que celui-ci n’avait joué aucun rôle « officiel ou non-officiel » dans cette candidature.

Sous le feu des projecteurs et fustigée par la presse internationale ainsi que par ses partenaires, la FIFA a finalement décidé de mener une enquête afin de déterminer les conditions d’attribution du Mondial-2022. M. Garcia, l’enquêteur de la FIFA dispose de 6 semaines pour étudier les documents à disposition de la presse et rendre ses conclusions à la chambre de jugement de la FIFA qui pourra se prononcer en faveur d’un non-lieu, ouvrir une procédure disciplinaire ou prendre des sanctions. M. Garcia a également affirmé que son équipe d’enquêteurs avait d’ores-et-déjà interrogé les membres du comité exécutif présents lors de l’attribution du mondial de 2018 à la Russie et de 2022 au Qatar.

Si ce mardi, Monsieur Blatter a sans doute essayé de détourner l’attention en déclarant : «Il y a une sorte de déchaînement contre la Fifa concernant la Coupe du monde au Qatar. Malheureusement, c’est beaucoup lié à la discrimination et au racisme, et ça me rend triste», il n’a visiblement pas réussi. Il a tout de même souligné que le sujet prendrait fin en septembre ou octobre suite à l’enquête de Monsieur Garcia. Toutefois il faut préciser que, quel que soit le contenu du rapport, c’est le comité exécutif qui devra prendre une décision et retirer la Coupe du monde au Qatar pourrait engendrer de fâcheuses conséquences. Le plus simple serait, bien entendu, que le Qatar se retire en cas de confirmation de corruption. Le retrait de l’émirat pourrait satisfaire d’autres pays comme l’Angleterre qui s’est déjà déclarée prête à accueillir le Mondial en cas de retrait du Qatar.

Ronan Hélou

Intégration européenne: les défis communs de la République Tchèque et de l’Albanie

All rights reserverd EUIC C.STEVENS

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C.STEVENS

Le 29 Mai dernier, en coopération avec l’Ambassade tchèque d’Albanie, le Centre d’Information pour l’Union Européenne de Shkodra a organisé une session d’informations intitulée « Intégration Européenne : les défis communs de la République Tchèque et de l’Albanie». Étaient présents à la conférence, Mme Broňislava Tomášová, Ambassadrice tchèque à Tirana, des élèves des lycées 28 Nentori et Scutari, des étudiants de l’université “Luigj Gurakuqi” ainsi que des représentants de l’association IRSH (Intelektualet e Rinj Shprese) que nous pourrions traduire par « La jeunesse intellectuelle de l’espoir ».

La conférence a commencé par une présentation des points essentiels relevant de la politique et de l’économie du pays par la responsable du Centre d’Information pour l’Union Européenne  de Shkodra ayant elle-même étudié à Prague au cours de son cursus universitaire.

C’est ensuite Mme Tomášová qui a pris la parole pour le reste de la conférence. Elle mentionna aux étudiants ainsi qu’aux journalistes présents l’importance que revêtent les critères de Copenhague (1) pour les pays désireux de rentrer dans l’Union Européenne. Les critères de Copenhague se caractérisent par une liste de conditions à respecter pour pouvoir remplir les conditions d’intégration à l’Union Européenne.

«L’adhésion aura lieu dès qu’un pays sera en mesure de remplir les obligations qui en découlent, en remplissant les conditions économiques et politiques requises.

L’adhésion requiert de la part du pays candidat: qu’il ait des institutions stables garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection; qu’il soit doté d’une économie de marché viable et qu’il ait la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union; qu’il ait la capacité d’en assumer les obligations, et notamment de souscrire aux objectifs de l’union politique, économique et monétaire».   

Puis elle expliqua aux participants l’importance capitale de mettre à niveau les critères politiques et économiques pour s’aligner sur les pays déjà présents dans l’Union.

Pour cela, l’Ambassadrice Tomášová a choisi de s’appuyer sur l’exemple du parcours de la société Tchèque, de la chute du mur de Berlin en 1989 aux transitions des démocraties populaires pour enfin arriver aux défis auxquels la République Tchèque a dû faire face, comme la corruption, la réforme du système judiciaire ou encore la protection de l’environnement.

Ces défis mentionnés ci-dessus font également partie de ceux que l’Albanie doit relever, selon le Progress Report (2), l’Albanie est en bonne voie et évolue dans le bon sens. Le processus de transition est long et difficile, cependant il est important d’apprendre des erreurs des autres pays, afin de les éviter à son tour. En d’autre terme, l’Albanie devrait prendre exemple sur la République Tchèque.

L’implication de la société dans le processus de transformation de la démocratie est également une donnée importante à prendre en compte. L’Ambassadrice a suggéré que les différentes forces politiques doivent, malgré leur divergence, collaborer afin de surmonter les barrières et de travailler sur des points d’intérêts communs. Selon l’Ambassadrice Tchèque « les politiciens devraient représenter les intérêts de leur pays plus que leurs intérêts personnels, pour cela il y a vraiment besoin d’un fort sentiment de coopération au sein même de la société ».

«Chaque société démocratique a un parti politique dominant et les autres forment l’opposition, même s’il est vrai qu’entre le gouvernement et l’opposition il y a de nombreux points de discorde, tous doivent apprendre à coopérer afin d’agir ensemble dans des domaines qui le permettent »

 C’est ce dont l’Albanie a besoin, une forte collaboration entre les partis politiques pour progresser vers le but final recherché : l’intégration dans l’Union Européenne.

A la fin de la conférence, l’Ambassadrice a répondu aux questions des participants et des médias. Les sujets suivant ont été abordés : le processus d’intégration de l’Albanie, les opportunités de bourses pour étudier en République Tchèque etc. L’épineuse question des minorités a également été posée à l’Ambassadrice, en effet, afin d’intégrer l’Union Européenne, il faut également que des politiques sur le respect des minorités soient mis en place et appliquées. Pour le cas albanais, ce sont les populations Rom qui posent question. Sur les 2 821 977 habitants que compte l’Albanie, 3,18% (3) sont des Rom. Il suffit de traverser l’Albanie pour se rendre compte que malheureusement, la grande partie de cette population est toujours marginalisée, malgré les efforts fournis par le gouvernement ou bien les préoccupations de la société civile.

Charline STEVENS

http://ec.europa.eu/enlargement/pdf/key_documents/2013/package/al_rapport_2013.pdf

http://ec.europa.eu/enlargement/pdf/key_documents/2010/package/al_opinion_2010_fr.pdf

http://balkans.courriers.info/article18893.html

 

InterFaith Tour, le tour du monde inter-religieux des jeunes

Victor, Ilan, Ismaël, Samuel et Josselin

Victor, Ilan, Ismaël, Samuel et Josselin

Ce mardi 3 juin,  le groupe angevin de l’association Coexister accueillera l’InterFaith Tour afin de mettre en avant l’initiative de cinq jeunes autour du monde. Une conférence aura lieu à 20h30 à l’Université d’Angers, dans l’amphithéâtre Bodin (Campus Saint-Serge) pour présenter leur projet au public dans le cadre de leur tour de France de l’inter-religieux.

Entre les mois de juin 2013 et avril 2014, cinq jeunes (un agnostique, un athée, un chrétien, un juif et un musulman) ont réalisé un tour du monde nommé « InterFaith Tour ». Ce projet leur a permis d’aller à la rencontre d’actions inter-religieuses sur tous les continents et de promouvoir le concept de coexistence active.

Tout part d’un constat : aujourd’hui , les religions sont souvent présentées comme étant en conflit. En France comme dans le reste du monde, les minorités qui se radicalisent sont souvent mises en avant par des médias au détriment de celles qui coopèrent et vivent ensemble. Les cinq jeunes de l’InterFaith Tour ont choisi de montrer qu’il est possible d’aller à la rencontre de l’autre, de coexister dans le respect et  la compréhension. L’idée  est donc de montrer qu’un échange actif et réel est possible entre les différentes cultures et religions en allant à la rencontre des acteurs qui œuvrent dans ce sens à travers le monde.

Ce projet s’est construit avec une vision internationale, afin de porter un message fort. Alliant mobilité et approfondissement, les cinq jeunes de l’InterFaith Tour ont choisi de cibler cinq lieux clés dans lesquels ils sont restés un mois (à Jérusalem, en Turquie, en Inde, à Singapour et aux Etats-Unis). Entre ces déplacements, ils ont traversé les continents et sont allés à la rencontre d’initiatives locales en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Cela dit, l’équipe d’InterFaith Tour s’est aussi appuyée sur des organisations inter-religieuses plus importantes comme la Tony Blair Faith Foundation, Religions for Peace ou encore World Faith.

Suite à ce tour du Monde, Samuel, Josselin, Victor, Ismaël et Ilan ont choisi de prolonger leur périple afin de partager leur expérience en réalisant un tour de France de l’inter-religieux. Ils parcourent donc les routes de France afin d’aller à la rencontre des Français depuis le 5 mai. Leur souhait, au-delà de la restitution du voyage, est de venir à la rencontre des initiatives inter-religieuses et de promouvoir, en France, le travail de l’association Coexister, le mouvement inter-religieux des jeunes. Il faut en effet souligner qu’au-delà de l’aspect religieux, ces cinq jeunes portent un message d’espoir qui peut servir d’exemple pour la jeunesse.

Ayant déjà réalisé plusieurs conférences à travers la France depuis le 5 mai et rencontré des acteurs locaux, des personnalités politiques (comme Laurent Fabius au Ministère des Affaires étrangères) ou divers médias (RTL, Ouest France, … ), ils poursuivent leur aventure jusqu’au 3 juillet. Ainsi, nous pourrons les retrouver dans l’Ouest à Angers le 3 juin, à Nantes le 4 et dans le reste de la France pour des rencontres enrichissantes.

Ronan Hélou

Le bal des sanctions

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Alors que la présence russe s’intensifiait en Crimée et sur les frontières ukrainiennes aux mois d’avril et mars, les menaces de sanctions occidentales s’accumulaient devant les portes du Kremlin. L’Union Européenne et les Etats-Unis avaient ainsi conclu un plan de sanction commun en trois phases dont la phase 1, débutée dès mars, comprenait avec les protestations diplomatiques la suspension des négociations sur la libéralisation des visas et l’annulation du G8 de Sotchi et du sommet UE-Russie en marge du précédent. Avec l’annexion de la Crimée officialisée par la ratification du Parlement russe et la signature du Président Vladimir Poutine le 21 mars, la phase 2 fut enclenchée, impliquant le gel des avoirs en occident de dignitaires russes ou ukrainiens pro-russes, progressivement montés au nombre de 62 aujourd’hui, auxquels se sont ajoutées deux entreprises criméennes accusées de tirer partie de l’annexion russe ainsi que d’autres sanctions propres aux Etats-Unis sur 17 entreprises russes proche du pouvoir.

Toutefois rien de bien impressionnant pour la Russie selon les dires d’Arnaud Dubien, directeur de l’observatoire franco-russe et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), propos rapportés par Libération. L’essentielle des sommes en jeu ayant très certainement été déplacées avant le gel. « On se donne l’illusion de faire quelque chose, mais ce type de sanctions n’a aucun effet sur la politique russe vis-à-vis de l’Ukraine. Ça a juste pour conséquence d’irriter un peu plus la Russie».

La crise en Ukraine s’est prolongée en mai avec des affrontements violents entre miliciens séparatistes et troupes gouvernementales dans l’Est du pays malgré les accords de Genève prévoyant le désarmement de toute milice illégale. Kiev accuse toujours le Kremlin de soutenir ceux qu’elle nomme « les terroristes » et appelle les occidentaux à agir.

La question de mettre en place la troisième phase du plan se pose. Elle serait alors probablement prise bien plus au sérieux par la Russie puisqu’elle consisterait en des interdictions économiques qui toucheraient directement le pays.

Mais si les Etats-Unis y semblent des plus favorables, des diplomates européens se plaignaient dès avril de l’empressement américain.« Pour Washington, c’est plus facile de monter au créneau car la Russie est loin » déclarait l’un d’eux au Monde pour dénoncer « la « sanctionnite aigüe » des Etats-Unis. En effet, difficile pour l’Union Européenne de sanctionner la Russie alors que 6 pays membres dépendent à 100% à du gaz russe et douze autres à plus de 50%. Enfin si on peut parler de la fragilité de l’économie russe et sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures à l’occident, la plupart des pays de l’UE ne peuvent s’enorgueillir de leur propre économie, les investissements russes étant dès lors les bienvenus.

Après tout, la Fédération de Russie pâtit déjà de la crise ukrainienne. Près de 50 milliards de capitaux étrangers ont déjà fui le pays, le rouble menacerait de s’écrouler et Standard and Poor’s a d’ors et déjà baissé la note russe à BBB. Dès lors, pourquoi agiter davantage une Russie qui dénonce une logique de « rideau de fer » ?

 Et en effet, les Russes réagissent à la menace et se défendent : Sergueï Glaziev, conseiller économique de Vladimir Poutine, aurait transmis au ministère des finances, dès avril, un plan censé amoindrir la dépendance du pays au reste du monde, tout particulièrement de l’occident. Entre autre, nul n’ignore que la Russie négocie actuellement avec la Chine pour ses exportations d’hydrocarbures, un client capable de remplacer les Européens comme le laissait entendre le premier ministre Medvedev à l’agence Bloomberg. De même que des accords avec l’Iran, contournant les sanctions occidentales contre ce pays, pourrait voir le jour au grand dam des États-Unis et de l’Union Européenne.

En mai, la Russie menaçait de couper le gaz à l’Ukraine à partir du 3 juin si la société publique Naftogaz ne pré-payait pas à Gazprom les 1,66 milliard de dollars dus pour juin alors que l’Ukraine a déjà accumulé 3,5 milliard de dette gazière pouvant s’expliquer par l’augmentation punitive en avril de 80% du prix du gaz russe à l’Ukraine : de 268 dollars par millier de m3 à 485 dollars. Soit près de 100 dollars de plus que le prix fait par Gazprom à certains pays européens.

La banque russe Rossiya ayant été touchée par des sanctions américaines, Visa et MasterCard ont alors suspendu les services de paiement pour le compte des clients de cet établissement. Une décision qui, par ricochet, a touché d’autres banques, les deux émetteurs américains contrôlant 85 % des transactions par carte de crédit et de débit effectuées en Russie. Les représailles ne se sont pas fait attendre de la part d’un Kremlin rendu furieux. En réponse, la Douma a voté en avril la création d’un système de paiement national visant à remplacer les systèmes américains : PRO 100, suivant ainsi les modèles japonais et chinois. 4 banques russes auraient déjà les moyens d’utiliser ce système selon RussiaToday. Une catastrophe pour les deux géants américains, la Russie représenterait 40% des transactions mondiales. Plutôt que de risquer de se faire exclure de la Fédération, Visa et MasterCard ont réduit leur entrave sur la seule banque Rossiya sans que cela ne suffise à calmer les ardeurs d’un Président Poutine jugeant les deux groupes trop capricieux.

L’Occident et la Russie s’échangent ainsi sanctions contre sanctions derrière la crise ukrainienne et les deux protagonistes seraient loin d’avoir abattu toutes leurs cartes. Le spectre de la troisième phase de sanctions contre la Russie plane toujours et toute tentative d’annexion de l’Est ukrainien similaire à la Crimée en serait le déclencheur selon les diplomates occidentaux. Mais ce ne serait que se tirer une nouvelle balle dans le pied explique le célèbre trader Jim Sinclair, célèbre pour l’exactitude de ses prévisions, la Russie ayant selon lui les moyens de faire tomber le pétrodollar, un des piliers de l’économie américaine.

Vincent Houdou

Sources:
http://lesmoutonsenrages.fr/2014/04/26/le-parlement-russe-adopte-un-nouveau-systeme-national-de-paiement-mastercard-tremble/
http://www.france24.com/fr/20140327-mastercard-visa-poutine-systeme-paiement-russie-ukraine-sanction-crimee-unipay-carte-credit/
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/05/20/crise-du-gaz-l-europe-la-russie-et-l-ukraine-cherchent-un-terrain-d-entente_4422320_3234.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/12/moscou-appelle-au-dialogue-entre-kiev-et-les-separatistes_4415117_3214.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/04/28/ukraine-les-sanctions-contre-la-russie-divisent-les-occidentaux_4408329_3210.html
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/04/28/la-russie-s-organise-pour-vivre-avec-les-sanctions_4408352_3234.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/28/les-occidentaux-prets-a-de-nouvelles-sanctions-contre-la-russie_4408183_3214.html