Les événements en Corse (2/2)

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Les pompiers d’Ajaccio appellent la population au calme, et à éviter les amalgames

Suite à l’arrêté préfectoral interdisant les manifestations, d’autres rassemblement ont eu lieu à d’autre endroits de la ville, de manière totalement pacifique cette fois-ci.

« On continuera d’intervenir »

Mardi, un autre rassemblement a eu lieu, cette fois-ci dans la cour de la caserne d’Ajaccio. En présence des officiels de la ville et de l’île, l’adjudant-chef Jean-François Suzini a lancé un appel au calme, rappelant la mission première des pompiers qui est d’aider les populations en toute circonstance, quelles que soient les origines, la religion, les idées politiques et le statut social. L’adjudant-chef a aussi affirmé que les pompiers se sentaient en sécurité sur l’île de beauté. Ces propos rejoignent ceux d’un des pompiers agressé, Nicolas Loca, qui déclarait lundi : « On continuera d’intervenir, on ne va pas avoir peur ».

Premières interpellations

En marge de ces rassemblements, une enquête policière a été ouverte et des premiers résultats commencent à intervenir. Dans le cadre de l’enquête sur les violences à l’encontre des pompiers, deux personnes ont d’ores et déjà été interpellées. Il s’agit de deux jeunes hommes de 19 et 20 ans, connus des services de polices pour des fait mineurs. Ils sont tous les deux soupçonnés d’avoir tenté de brûler un arbre de Noël dans une cour d’école. Si leur implication dans l’agression des pompiers n’a pas encore été prouvée, ils devraient être mis en examen pour ces faits de dégradation.

La Corse, plus raciste que les autres ?

La Corse est particulièrement montrée du doigt depuis ces événements pour son prétendu racisme plus fort que partout ailleurs en France. C’est le constat qui est fait par beaucoup d’intervenants, qu’ils soient politiques ou de simples personnes « lambda ». Le fait que les dernières élections aient donné la victoire à la liste autonomiste, qui elle-même avait fusionné avec la liste indépendantiste, renforce cette impression. C’est de cette image que tentent pourtant de s’éloigner le leader nationaliste Gilles Simeoni et le président de l’assemblée de Corse fraîchement élu et chef du parti autonomiste, Jean-Guy Talamoni. Ce dernier répond aux accusations de racisme par des chiffres, déclarant que statistiquement, la Corse serait moins raciste que les autres régions. Et il est vrai que les chiffres plaident en sa faveur. La population immigrée et étrangère de Corse représente 10 % de la population totale de l’île, contre 5 % par exemple pour la Picardie. Or on recense un plus grand nombre de menaces à caractère raciste en Picardie qu’en Corse, que ce soit de façon quantitative ou proportionnelle, selon une étude reprise par France Info. Il est donc difficile de dire que les Corses seraient plus racistes que les autres. Il s’agit plutôt d’une image renforcée par la victoire de la liste autonomiste-nationaliste aux dernières élections, ainsi qu’au premier discours de Jean-Guy Talamoni à l’assemblée Corse, déclamé totalement dans la langue locale. Mais tous ces éléments ne signifie que la Corse est plus raciste, seulement qu’elle est attachée à son identité. Les événements des derniers jours seraient plutôt la conséquence et la réaction à chaud de l’agression de la nuit de Noël.

Guilhem Brachet

Les événements en Corse (1/2)

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Un cordon de sécurité aux alentours du quartier des jardins de l’empereur

Le calme semble revenu sur l’île après plusieurs jours de tensions inter-communautaires résultant de l’agression de pompiers dans un quartier d’Ajaccio.

A Ajaccio, la vie à repris son cours naturel. La situation est redevenue calme après les événement qu’a connu la ville. Tout a débuté la nuit du 24 décembre dans le quartier des jardins de l’empereur, constitué en majorité de logements sociaux. Les pompiers de la ville reçoivent une demande d’intervention d’habitants de la cité. Deux soldats du feu se rendent alors sur place, sans savoir ce qui les attend. L’appel n’était en fait qu’un moyen d’attirer les pompiers. Ceux-ci, en arrivant dans le quartier, tombent dans un véritable guet-apens. Plusieurs jeunes les attendent et les attaquent aussitôt. Alors qu’ils essayent de s’enfuir, les deux pompiers sont pris à revers par d’autres assaillants. Ils sont visés à plusieurs reprises par des jets de projectiles (pierres, parpaings, barres de fer, battes de baseball), mais ils parviennent toutefois à s’échapper de justesse. Les individus qui les attaquent brisent les vitres du camion d’intervention. Dans un témoignage rapporté samedi, un des deux pompiers explique qu’ils ont « vraiment frôlé la catastrophe », et qu’il y aurait pu « avoir des morts ». Les assaillants ont en effet essayé d’entrer dans le camion, ce qu’il n’ont pas réussi à faire. Dans l’attaque, les deux soldats du feu ont été blessés, ainsi qu’un policier qui tentait de rétablir l’ordre.

Une telle attaque, si elle n’est pas totalement inédite en France, reste tout de même peu courante, du moins par son ampleur, le nombre de personnes impliquées (le témoignage évoque « des dizaines d’individus cagoulés »), et la violence dont les assaillants ont fait preuve. Pour ces raisons, et aussi parce qu’elle a eu lieu en Corse, l’attaque a été très médiatisée et a suscité des réactions fortes.

« Arabi fora »

Dès le lendemain, environ 600 manifestants pacifiques ont défilés dans les rues d’Ajaccio pour dénoncer cette agression contre une institution qui n’a pour but que pour venir en aide à chacun sans distinction de statut social, de race, d’idées politique ou d’appartenance religieuse comme le rappelait l’adjudant-chef des pompiers d’Ajaccio. Cependant, à la fin du rassemblement, la situation a dégénéré quand environ 300 personnes se sont rendues dans le quartier des jardins de l’empereur aux cris d’Arabi fora (les arabes dehors), dans l’optique de retrouver les coupables de l’agression. Une salle de prière musulmane à été ainsi vandalisée. Le lendemain, les mêmes manifestations ont eu lieu au même endroit, avec les mêmes slogans et les mêmes objectifs. Le préfet de Corse a donc pris la décision d’interdire jusqu’au 4 janvier les manifestations aux alentours des jardins de l’empereur. Dans le même temps, les réactions des politiques ne se sont pas fait attendre, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en tête, ces dernier condamnant respectivement les faits de la nuit du 24 au 25 décembre et les actes « xénophobes » des manifestants.

Guilhem Brachet

Un journaliste syrien opposant à l’Etat Islamique assassiné en Turquie.

Le dimanche 27 décembre 2015, un journaliste syrien opposant aux actions de l’Etat Islamique dans son pays. Il a été assassiné d’une balle dans la tête en pleine rue, dans une ville Turque, Gaziantep, proche de la frontière syrienne.

 Un pacifiste anti-daech.

 Le journaliste en question était marié et père de deux filles, il s’agit de Naji Jerf, il avait 38 ans et menait son propre combat contre l’Etat Islamique, non pas avec des armes mais avec sa culture. Un de ses proches qui a préférait taire son nom par sécurité parle de lui comme quelqu’un qui «représentait à lui seul la révolution pacifique. C’est le symbole qui doit faire jubiler le régime et Daech. En quelque sorte une nouvelle excellente pour les monstres».

Il était par ailleurs le producteur du groupe « Raqqa se fait massacrer en silence », une ONG créé depuis avril 2014 dont le but est de dénoncer secrètement les abus de l’Etat Islamique dans la ville de Raqqa, une des capitales autoproclamée des djihadistes. Le reporter venait par ailleurs de terminer un film sur les exactions de l’Etat Islamique à Alep. D’après le Committee to Protect Journalists (une ONG américaine spécialisée dans la défense des journalistes), ce collectif est « l’une des dernières sources d’information fiable et indépendante au sein du bastion de l’organisation Etat islamique ». Naji Jerf est le quatrième membre de ce collectif à être assassiné après Bachir Abduladhim Al-Saado, Faisal Hussain Al-Habib et Ibrahim Abdel-Qader.

Un autre de ses proches qui a préféré garder l’anonymat également a décrit la scène de l’assassinat. Naji Jerf a été ciblé en pleine journée alors qu’il se trouvait dans un restaurant D’après le témoignage de ce proche, le journaliste « était en train d’acheter à manger pour sa famille quand un homme masqué est sorti de sa voiture pour lui tirer dessus, avant de prendre la fuite ». Même si ce crime n’a pas encore été revendiqué par l’Etat Islamique, il a tout l’air d’une mise en garde envers les médias qui s’intéressent d’un peu trop près au fonctionnement interne de Daech en Syrie.

Demande d’asile politique pour la France.

Naji Jerf était un journaliste très respecté, il était également le rédacteur en chef du magazine syrien Hentah. Nour Hemici, une consultante qui connaissait bien le journaliste a annoncé qu’il travaillait sur un projet pour lutter contre le recrutement extrémiste. Il était également très apprécié des jeunes qu’il formait. Ceux-ci lui avaient même attribué le surnom de « Khal » qui veut dire tonton.

D’après cette même consultante, Naji Jerf devait prendre l’avion avec sa famille le lundi 28 décembre pour la France « afin d’y recevoir l’asile politique ». Une enquête a été ouverte par les autorités turques sur cet assassinat. Cependant, même si les partisans de l’Etat Islamiques se sont réjouis de la mort du journaliste sur les réseaux sociaux, cet assassinat n’a pas encore été revendiqué.

Arthur Belin.

La lutte contre l’évasion fiscale : enjeu international et difficultés nationales

Le 16 décembre dernier a été voté à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la loi de finances rectificative de 2015, un amendement annulant la l’obligation pour les grandes entreprises de rendre publiques des informations concernant leurs activités, leur chiffre d’affaires, mais surtout leurs impôts, et ceci pour tous les pays où elles sont implantées. Ce dispositif aurait permis d’avoir des informations plus claires pour lutter contre l’optimisation fiscale agressive, c’est-à-dire l’évasion fiscale, ainsi que de pouvoir partager ces informations avec d’autres pays européens.

Une décision surprenante

Cette disposition avait pourtant été votée par les députés lors de la séance de la nuit du mardi au mercredi. Mais, fait rare, la séance a été suspendue pendant plus d’une heure. Après la suspension, un amendement destiné à supprimer cette disposition a été voté avec le soutien du Gouvernement, représenté alors par Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget. Le caractère exceptionnel de ce procédé, et la contradiction apparente de la position du Gouvernement par rapport aux précédentes déclarations de la majorité, notamment de notre Président de la République, « ennemi de la Finance ». La majorité était traditionnellement positionnée franchement en faveur d’une lutte contre l’évasion fiscale.

Au-delà des polémiques nationales

Au-delà des polémiques se déroulant dans le théâtre national, la question de la lutte contre l’évasion fiscale fait l’objet de l’attention de la communauté internationale, notamment par l’intermédiaire de l’OCDE. En accord avec le G20, l’OCDE a décidé d’un plan appelé Base Erosion and Profit Shifting (BEPS) de 15 mesures pour lutter de façon internationale et coordonnée contre l’évasion fiscale des multinationales. L’Union européenne avance également dans ce domaine, comme en témoigne par exemple l’accord conclut avec le Liechtenstein pour davantage de transparence dans le cadre de la lutte contre l’évasion fiscale, prévoyant notamment l’échange automatique de renseignements sur les résidents.

Les ministres des Finances du G20 ont adopté le plan d'action prévu par l'OCDE à Lima - AFP

Les ministres des Finances du G20 ont adopté le plan d’action prévu par l’OCDE à Lima – AFP.

La question de la lutte contre l’optimisation fiscale agressive était soulevée depuis plusieurs années déjà, et elle est aujourd’hui investie par les différentes instances internationales. Les avancées sont difficiles en raison de l’obligation de coopération internationale. La position récente du Gouvernement français, justifiée par la nécessité d’avancer au rythme européen, en est une preuve.

Mathilde Revert.

Vers un recul de l’Etat Islamique ?

Carte de Ramadi, source: AFP.

Carte de Ramadi, source: AFP.

L’entrée dans Ramadi, le 22 décembre 2015, par les forces armées irakienne marque un recul pour le groupe Etat Islamique sur la province d’al-anbar qui est une de leurs bases stratégiques depuis mai 2015.

 Une grande victoire pour l’armée Irakienne.

L’armée Irakienne a annoncé le lundi 28 décembre, la reconquête de la ville de Ramadi (capitale de la province d’al-anbar) situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad. La ville de Ramadi était tombée entre les mains de l’Etat Islamique en mai 2015, et suite à cette conquête l’Etat Islamique a pu avoir le contrôle du chef-lieu de la plus grande province d’Irak.

Le dimanche 27 décembre 2015, les forces Irakiennes avaient réussi une grande avancée dans leur objectif de reconquête de la ville en arrivant à chasser toute résistance des soldats de l’Etat Islamique dans le siège du gouvernement de la province d’al-anbar. Le porte-parole des unités antiterroristes, Sabah al-Numan, a déclaré ce même jour « Le complexe est sous notre contrôle complet, il n’y a plus de présence des combattants de l’EI dans le complexe ». Il a cependant précisé que la zone doit être nettoyée des mines et des pièges explosifs de l’Etat Islamique et que ces hommes vont « nettoyer les poches qui pourraient encore exister ici et là ». Le contrôle de ce bâtiment était crucial pour récupérer la ville car environ 400 djihadistes s’y étaient retranchés.

Le porte-parole de la coalition internationale Steve Warren s’est félicité de cette grande victoire sur l’Etat Islamique et a tenu à saluer le « dur travail de l’armée irakienne ».

Les troupes irakiennes ralenties dans Ramadi.

Cependant cette reprise de la ville, même si elle est une réussite, a coûté de nombreux efforts aux troupes irakiennes. Les forces armées irakiennes espéraient une reconquête plus rapide. En effet, celle-ci aura duré un peu moins d’une semaine, et cela à cause de la résistance organisée depuis le mois de mai 2015 par les soldats de l’Etat Islamique.

Depuis leur entrée dans la ville le 22 décembre 2015, les forces armées irakiennes n’ont cessé d’être ralenti. Les djihadistes ne cessent les attaques que ce soit par des engins explosifs ou par des attaques suicides. L’avancée des troupes irakiennes se voit aussi ralentie par les mines posées dans toute la ville. Le colonel et porte-parole de la coalition internationale, Steve Warren a déclaré « L’EI a eu des mois pour préparer ses défenses et le combat urbain est ce qu’il y a de plus difficile ».

Dernier recours pour les djihadistes, utilisé des boucliers humains. Ils empêchent les familles de partir pour s’en servir de protection à l’arrivée des troupes irakiennes.
Cette opération a coûté la vie à une cinquantaine de djihadiste, le bilan du côté des forces armées irakiennes n’est pas communiqué.

Est-ce un grand coup porté à l’EI ?

Après la libération de Tikrit (au nord de Bagdad) en avril dernier, la prise de Ramadi est une nouvelle victoire pour les forces armées irakiennes et son Premier ministre Haïder Al-Abadi. C’est aussi la première victoire sans l’aide des milices chiites soutenues par l’Iran. Cependant même si cette opération est un succès, l’Etat Islamique reste encore fortement implanté sur le territoire irakien.

D’après Patrick Martin de l’ISW (Institut for the Study of War), la perte de Ramadi n’est pas un coup décisif pour l’Etat islamique qui a contrôlé jusqu’à un tiers de l’Irak, « La ville lui servait surtout à maintenir les forces irakiennes occupées loin d’autres zones plus stratégiques, comme Mossoul et le nord de l’Irak ».

 

Arthur Belin.

17 parlementaires français à Moscou

Dans le cadre des activités de l’Association Dialogue Franco-Russe, 17 parlementaires français étaient à Moscou en fin de semaine dernière : les 17 et 18 décembre 2015. Par leur présence ils ont répondu à l’invitation de la Fondation Russe pour la Paix.

L’association Dialogue Franco-Russe (co-présidée par Thierry Mariani – Député des Français de l’étranger), a pour vocation à « contribuer à l’approfondissement des relations stratégiques et du partenariat privilégié entre la France et la Russie. Elle encourage un dialogue efficace tant au niveau officiel que dans les milieux d’affaires et au sein des sociétés civiles ». Cette association tente par ses actions, de réanimer les échanges entre les deux pays afin de promouvoir et d’intensifier le dialogue politique. Les deux Etats ont traditionnellement l’habitude de se réunir à travers la Grande Commission parlementaire France-Russie. Ces rassemblements sont réguliers depuis la création de la commission en 1995. Le dernier en date remonte cependant au 6 février 2013.

Les parlementaires français ont donc rencontré leurs homologues russes au cours de cette visite. Ils ont échangé sur les points de l’actualité internationale et sur les relations bilatérales.

Thierry Mariani, rejoint par Vladimir Iakounine (Président des chemins de fer russes) a d’ailleurs précisé que l’objectif de cette visite était de « réactiver les échanges entre parlementaires, afin de promouvoir le dialogue politique entre la France et la Russie ». Objectif qui s’inscrit directement dans les activités de l’association.

Ils ont également rencontré Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires Etrangères, Sergueï Narychkine, Président de la Douma et Leonid Sloutsky, Président du groupe d’amitié Russie-France. Ces deux derniers, sous le joug des sanctions européennes, ne peuvent se rendre sur le territoire de l’Union européenne.

Mardi 15 décembre, M. Sloutski s’exprimait ainsi : « Nous voulons nous pencher en profondeur sur toutes les questions à l’ordre du jour international et bilatéral, surtout dans le contexte actuel où la session de la Grande commission parlementaire France-Russie est annulée pour la deuxième année consécutive« . Il a également précisé que les parlementaires français prendraient part au colloque interparlementaire du 17 décembre. Colloque dont les sujets principaux étaient la situation en Syrie et la crise ukrainienne.

Plusieurs délégations françaises ont déjà fait le déplacement en Russie. Ces actions intensifient selon les souhaits de l’association, les relations franco-russes. En Avril, à l’initiative de M. Mariani, des parlementaires (dont deux députés de gauche) étaient à Moscou. En septembre 2014, quatorze parlementaires ont également apporté leur soutien concernant la crise en Ukraine au Gouvernement Russe. Ils avaient alors rencontré le Président de la Douma.

 

Parmi cette délégation et accompagnant M. Thierry Mariani (LR) Député des Français de l’étranger figurent les députés Guillaume Chevrollier (LR), Claude De Ganay (LR), Nicolas Dhuicq (LR), Sauveur Gandolfi Scheit (LR), Denis Jacquat (LR), Dominique Tian (LR), Michel Voisin (LR), Maurice Leroy (UDI), Alain Marleix (LR), Olivier   Marleix (LR), Alain Marsaud (LR), Patrice  Martin-Lalande (LR) et Yannick Moreau (LR). Ainsi que les Sénateurs René Danesi (LR), Eric Dolige (LR) et Yves Pozzo Di Borgo (UDI).

Coline CHARPY

Le Hajj (2/2) : la bousculade crée des tensions internationales

Le 24 septembre 2015, un nombre considérable de pèlerins trouvèrent la mort à Mina au cours du pèlerinage à la Mecque. Les raisons de ce drame sont encore obscures et l’Arabie communique peu autour. Mouvements de foules, simple bousculade ou tension intercommunautaire ? Nul ne le sait. Et pourtant cet événement est loin d’être oublié dans le monde musulman. Nous tenterons donc ici de comprendre les tenants et aboutissants internationaux d’une telle bousculade.

Déclarations officielles et guerres des chiffres

Le jour même du drame, Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-Unis, s’est montré “attristé d’apprendre que plus de 700 pèlerins du Hajj [aient] trouvé la mort”. Le gouvernement saoudien semble tenter de mettre sous le boisseau l’événement et ses vrais chiffres, tant et si bien que le site internet du ministère du Hajj ne mentionne même pas l’événement. Néanmoins, il y a fort à parier que Riyad remette en cause sa façon d’accueillir les pèlerins, car le gouvernement ne cesse de se justifier en mettant en avant ses efforts pour moderniser les infrastructures du Hajj. Les jours qui suivirent, le gouvernement promit de faire une enquête transparente sur le drame dont nous n’avons encore aucune nouvelle. Les seuls chiffres officiels délivrés par l’Arabie saoudite sont les suivants : de 769 morts et 934 blessés. Ils n’ont pas été renouvelés par le gouvernement depuis le lendemain du drame. En revanche, les informations collectées auprès de plus de 34 États infirment et réhaussent ces chiffres, déclarant que 2.097 musulmans seraient décédés. Des organes de presse iraniens affichent le chiffre de 4.700 morts voire 7.000. Cette liste par nationalité bien que non-officielle mérite d’être consultée pour avoir au moins une idée des nations les plus touchées.

Sentiments sur la toile

Les réactions furent vives sur la toile. Nombreux sont ceux qui dénoncent l’incompétence du gouvernement saoudien qui se contenterait de profiter des retombées économiques du pèlerinage. Mais toutes les théories sont possibles. Quelques uns accusent l’Iran d’avoir volontairement tué les pèlerins. Des dirigeants et imams saoudiens mettent la faute sur le dos de l’indiscipline des africains, et des blogs expliquent que la foule se serait amassée à cause d’un barrage de police protégeant le passage d’un prince saoudien. Pour finir, des complotistes accusent l’Arabie saoudite et Israël d’avoir délibérément orchestré la bousculade. Le silence du royaume saoudien permet en réalité toutes les interprétations puisque l’on ne sait même pas si des saoudiens sont morts. Sur Facebook des membres de différents pays africains se partagent photos et listes afin d’identifier les corps et les survivants.

Des pays africains endeuillés et lésés

Après l’Iran, le Mali est le pays le plus touché avec près de 300 morts puis le Nigeria et l’Égypte avec 200 morts chacun. Certains pays, pourtant moins touchés par les événements, ont mis en place des cellules de crise (comme le Sénégal) ou un numéro vert pour informer les citoyens (comme en France). De nombreuses familles africaines témoignent. Certaines ont perdu des membres de leur famille sans parvenir à obtenir aucune nouvelle, d’autres remercient Dieu d’avoir été seulement piétinés. Malgré la présence de ces témoins sur place, ils ne peuvent pas nous expliquer les causes du drame. Les familles des victimes se sont rapprochées pour former un front unis face au mutisme des gouvernements en panne d’informations. Les procédures d’identification furent très longues et les États impuissants. Plus longues encore et probablement vaines furent les démarches visant à recevoir une indemnisation de la part de Riyad. Le Niger s’est déjà engagé à indemniser les familles des 101 morts et disparus lors du Hajj, face à l’absence de mouvement du côté saoudien.

La colère de l’Iran

Les citoyens de la République Islamique d’Iran sont de loin ceux qui périrent en plus grand nombre. PressTV (un organe anglophone de la presse iranienne) déclarait, deux mois après les faits, que 465 iraniens y perdirent la vie. On sait déjà combien les relations sont tendues entre l’illégitime pétromonarchie sunnite et le régime issu de la révolution islamique. Les deux États  se disputent l’influence régionale. Déjà, lors du drame du 31 juillet 1987 où des pèlerins iraniens décédèrent, l’Iran proposa que le roi Al-Saoud soit démis de son titre de gardien des lieux saints de l’Islam. Aujourd’hui, sur fond de guerre au Yémen, l’État iranien souhaiterait que la face néfaste et cachée de l’Arabie saoudite éclate au grand jour. Les déclarations du président et du guide suprême commencèrent par accuser l’incompétence saoudienne notamment auprès des Nations-Unies. Les Iraniens demandèrent aussi auprès de Riyad le droit de participer à l’enquête sur la tragédie. Lorsque les corps des iraniens revinrent sur le sol de la RII, le président Rouhani tint un discours éloquent qui en dit long sur l’inimitié cultivée entre les deux pays : “Nous n’oublions pas le sang de nos bien-aimés compatriotes […] Nous avons été suffisamment longtemps polis et fraternels, à partir de maintenant nous utiliserons un langage autoritaire si cela nous paraît nécessaire”. L’ambassadeur iranien auprès du Liban mourut lors du pèlerinage. L’opinion publique iranienne en fit une figure nationale du martyre. N’oublions pas qu’une part de l’identité chiite se fonde sur la persécution par les sunnites qui est représentée dans les rites d’Ashura. Le guide suprême se scandalise du silence occidentale sur le drame, dénonçant ainsi des droits de l’homme à deux vitesses.

DR – Des iraniens portent le cercueil de Ghazanfar Roknabadi, ambassadeur de l’Iran auprès du Liban, à Téhéran le 27 novembre 2015.

Hypothèse

Pour finir, il faudrait avancer une hypothétique cause du drame. Il semble que certaines foules ne se mélangent pas. Les iraniens et autres chiites restent sans doute entre eux pour vivre le pèlerinage selon d’autres horaires de déplacements que les sunnites (qui eux-mêmes se divisent sans doute par continent et nationalité). La rencontre de deux cortèges denses partageants des différends idéologiques, put aisément déboucher sur un heurt qui dégénéra. Telle est la cause la plus probable pour expliquer les impressionnants chiffres d’une simple “bousculade”.

LOBIT Marc