Zéro carbone au Costa Rica en 2021, un défi réalisable?

La côte costaricaine - Tous droits réservésEn 2007, Oscar Arias, Prix Nobel de la Paix (1987) et alors Président du Costa Rica affichait sa volonté de faire de son pays un exemple en matière de lutte contre le réchauffement climatique et annonçait qu’en 2021, ce petit territoire d’Amérique Centrale serait « neutre en carbone ». Mais, à mi-parcours, l’objectif costaricain semble-t-il toujours réalisable ?

Après la déforestation massive des années 1970-1980 qui a réduit les zones boisées à moins de 20% en 1984, le Costa Rica s’est engagé dans une politique écologique à long terme. Celle-ci se traduit par diverses mesures allant de la création de l’Institut National de la Biodiversité (INBio) en 1989 au « Pacte avec la nature » de 2007 dont l’objectif « zéro carbone » est l’emblème. Cet engagement consiste non seulement à réduire peu à peu les émissions de gaz à effet de serre, notamment avec le développement des énergies renouvelables, mais surtout à les compenser en reboisant le territoire.

Pour ce faire, divers moyens ont été mis en œuvre, à commencer par l’édition d’un manuel d’une centaine de pages afin d’expliquer en détails les mesures envisagées et d’insister sur la participation de chacun, à tous les niveaux de la société. On y apprend par exemple que les pouvoirs publics prévoient de remplacer progressivement les carburants à base de pétrole par des agro-carburants et de développer les pistes cyclables et les transports en commun électriques. Chaque habitant est également invité à recycler davantage ses déchets et à participer à la protection des ressources en eau.
Cependant, ces mesures n’étant que des recommandations et en aucun cas des obligations, un système d’allocations a été institué par le Gouvernement dans le but de récompenser les efforts des propriétaires de domaines forestiers qui gèrent de manière durable leurs terres, allocations qui sont en partie financées par le prélèvement d’une taxe sur les carburants fossiles semblable à notre « taxe carbone ». Enfin, le pays a décidé de s’engager également sur le plan institutionnel à travers la création, en 2008, d’un Tribunal Administratif pour l’Environnement chargé de contrôler les projets soupçonnés de porter préjudice à la biodiversité du pays.

Cependant, bien que sur le papier le projet semble idyllique, il n’a pas été exempt de critiques, surtout à ses débuts. En effet, certains écologistes ont accusé l’ancien Président d’user d’un double-discours en faisant la promotion de la politique environnementale de son pays d’une part et d’autre part en la freinant parfois par l’usage de son droit de veto. Ainsi, en novembre 2008, M. Arias avait opposé son veto à une loi obligeant à consulter les populations par referendum avant d’accepter un projet susceptible d’affecter leur environnement.
L’accord qui avait été signé par le précédent Gouvernement avec le groupe chinois CNPC (China National Petroleum Corporation) en mai dernier concernant un projet de raffinerie avait également beaucoup inquiété les défenseurs de la nature. Néanmoins, une irrégularité dans le dossier a provoqué l’arrêt de ce projet en juin dernier.

Six ans après l’annonce du projet « zéro carbone en 2021 », on constate que le Gouvernement de Laura Chinchilla continue le travail de son prédécesseur dans le domaine environnemental et des changements sont d’ores et déjà observables. Concernant les zones boisées par exemple,  elles ont plus que doublé depuis 1986, passant de 21% du territoire à plus de 50%. De plus, 25% du pays a désormais le statut de zone protégée. Toutefois, il reste du chemin à parcourir car cette image de pays respectueux de la biodiversité qui attire tant de touristes chaque année est parfois à double tranchant et l’afflux massif de navires de croisière notamment menace d’endommager certaines parties du littoral s’il n’est pas mieux régulé.

Hélène DUPUIS

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Victimes de leur religion : La minorité chrétienne au Pakistan

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Dimanche 22 septembre 2013 a eu lieu un évènement dramatique à Peshawar, au nord ouest du Pakistan. Une église chrétienne a été prise pour cible d’un double attentat suicide revendiqué par une faction du Mouvement des Talibans Pakistanais (Tehrik-e-Taliban Pakistan). L’attaque a été réalisée au moment même où les fidèles sortaient de la messe dominicale. Les derniers bilans indiquaient 82 morts et des centaines de blessés. La population pakistanaise est à plus de 95% de confession musulmane, les chrétiens représentent à peine 2%. Les minorités religieuses, dans un pays comme le Pakistan, sont victimes de discriminations sociales et de violences. Ils sont majoritairement pauvres du fait de l’impossibilité d’accéder à de nombreux postes qualificatifs. Ils vivent dans des conditions de vie difficiles et sont régulièrement la cible d’attaques.

Le Pakistan est un état relativement jeune puisqu’il a été fondé en 1947. C’est un état exceptionnel car à l’époque il ne s’inscrit ni dans le modèle communiste soviétique ni dans la modèle libéral américain, ce pays appuie sa fondation sur des références religieuses.

En effet le futur Pakistan fait à l’origine parti des Indes qui appartiennent-elles même à l’Empire britannique. On trouve sur ce territoire quatre grandes confessions religieuses, dont notamment les hindous et les musulmans. Le parti élitiste indien du Congrès souhaite tôt l’autonomie du pays face aux britanniques. La minorité musulmane demande dans le cadre du pacte de Lucknow un certain nombre de droits vis-à-vis de la majorité indou. L’entente entre les deux confessions est très délicate. C’est en 1906 qu’est crée la ligue musulmane contre le parti du Congrès afin de servir les propres intérêts de la minorité musulmane. Puis pendant la seconde guerre mondiale l’idée de la partition fait son chemin. Lors de la résolution de Lahore la ligue musulmane réclame un état indépendant avec une continuité territoriale en fonction de l’appartenance religieuse. Une Inde pour les musulmans, une autre pour les hindous. Finalement en 1947 les britanniques et les hindous qui étaient contre la partition des Indes sont contraints de l’accepter sous la pression de la minorité musulmane.

La mésentente religieuse est donc à l’origine même de la fondation du Pakistan. Et cet état fut crée spécifiquement pour le peuple musulman. On comprend alors davantage que la vie des minorités religieuses dans une république islamique soit si difficile. Pourtant Nawaz Sharif, le premier ministre pakistanais à sévèrement condamné l’attentat. Le lendemain du drame, la communauté chrétienne protestait pour demander une protection de la part de son propre gouvernement contre de telles attaques.

Salomé CORBIN

La Russie reprend du service

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A l’heure où la Russie transmet le plan de contrôle des armes chimiques aux Etats Unis, elle reprend du terrain au niveau diplomatique et redevient un centre d’intérêt majeur  au niveau des relations internationales.  Fervent défenseur du régime de Bachar Al Assad depuis le début de la crise syrienne en 2011, la Russie de Poutine se placerait comme protecteur des droits de l’Homme sur la scène internationale. Paradoxalement, Poutine refusa ce même contrôle sur les armes chimiques en 2011.

Concernant la défense des droits de l’Homme, Poutine n’est pas vraiment un bon élève si l’on s’en réfère aux différents évènements passés de sa politique intérieure et internationale. On se souviendra surtout de la guerre en Tchétchénie en 1999, de la crise géorgienne de 2008, de l’arrestation musclée des « Pussys Riots » en 2012 et on en passe et des meilleures. Evidemment ce n’est probablement pas le droit international qui préoccupa le président Russe pendant toutes ces années et il serait difficile de croire que cela ait changé.

Ce changement brutal de cap du régime Russe positionne son leader en position de force vis-à-vis de son rival Barack Obama qui était à deux doigts de perdre la bataille contre le Sénat américain non favorable à une lutte armée en Syrie. Ceci dans un contexte de délaissement du Moyen Orient par la politique américaine. Etats Unis  qui auraient stocké assez d’énergie pour une durée conséquente.

Et la France de son côté ? Paris a proposé ce mercredi 11 septembre une résolution au conseil de sécurité qui vient contraindre le plan russe en forçant le régime syrien a ouvrir ses arsenaux contenant des armes chimiques sur le champs et autoriser les inspecteurs de l’ONU a inspecter ces dernières dans un délais de quinze jours. Ce qui naturellement n’a pas plû à nos amis de Moscou qui ont sût réaffirmer leur positions par rapport à l’hexagone.

Que peut-on en retenir ? Et bien la Russie qui était pointée du doigt pendant toute la crise syrienne est désormais qualifiée d’alliée des Etats Unis depuis que les deux pays ont sût s’entendre sur une résolution concernant le contrôle des armes chimiques en Syrie et soutiennent l’adoption d’une résolution onusiennes. Damas se dit d’ailleurs satisfait de cet accord entre les deux puissances. La crise syrienne a permis à Poutine de replacer son pays au devant de la scène diplomatique et de réaffirmer sa puissance face aux américains et au yeux du reste du monde. La France de son côté se dit assez sceptique. Laurent Fabius qualifie cet accord « d’étape » qui soulève de nombreuses questions et que bien que cela soit « une avancée importante », la France attend le rapport de l’ONU « pour arrêter sa décision ».

David Bourdoiseau

L’Égypte fait entendre sa voix : une fermeture ambiguë du canal de Suez

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Une question se pose actuellement sur la fermeture du canal de Suez par l’Égypte. Cette question rappelle la crise du canal de Suez de 1956 par Nasser qui avait transféré le patrimoine du canal à la Suez Canal Authority. Nasser voulait ainsi « nationaliser » le canal. Aujourd’hui, la question de la fermeture du canal émane d’une double conséquence : la guerre en Syrie et la situation instable de l’Égypte.

En effet, suite à la passation du contrôle du canal à l’armée égyptienne par le gouvernement, en janvier, le Général Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé la fermeture du canal de Suez aux navires de guerre cherchant à attaquer la Syrie, le 28 août 2013. Étant considéré comme le nouvel homme fort de l’Égypte, il rappelle l’accord de défense commun avec la Syrie.Ce commandant en chef des armées ajoute que l’Égypte ne répétera « pas les erreurs commises lors de la guerre en Irak », par conséquent, l’Égypte ne sera « pas un passage pour attaquer un pays arabe ».

Le lendemain, le ministre égyptien des affaires étrangères, Nabil Fahmy confirme cette position, en s’opposant aux interventions possibles contre la Syrie. Déchu le 3 juillet, le président Morsi avait rompu les relations diplomatiques avec la Syrie, Nabil Fahmy avait alors promis de les réexaminer.

Le même jour (29 août), Hassan Chachine, porte parole du mouvement Tamarrod, (à la base de la chute du régime des frères musulmans et du président Morsi), a réclamé la fermeture de ce même canal. Le mouvement Tamarrod appelle l’Égypte à prendre une position ferme contre une intervention américaine en Syrie. C’est intéressant de voir que le lendemain de l’annonce de fermeture du canal de Suez par le Général Abdel Fattah al-Sissi, le mouvement Tamarrod en réclame aussi sa fermeture.

La question se pose donc de savoir si le canal de Suez est réellement fermé actuellement? D’autant plus que le 31 août dernier, l’Égypte a affirmé avoir déjoué une attaque « terroriste ». Selon l’amiral Mamich, l’attaque a totalement échoué. « L’armée a donné l’ordre de renforcer les mesures de sécurité autour de cet axe stratégique et a agi « avec fermeté face à cette tentative visant à interrompre le trafic sur le canal »

La fermeture de ce canal pourrait engendrer de nombreuses difficultés. Depuis la Convention de Constantinople de 1888, il s’agit d’un canal international. En effet, il est nécessaire de rappeler qu’il s’agit de la troisième source en devises pour l’Égypte et qu’avec le droit de passage, en 2012, il a rapporté 5,13 milliards de dollars. De plus, ce canal garantit pour 8 % du commerce international, la liberté du transit des navires et l’égalité de traitement. Enfin, il est certain que l’augmentation du baril de pétrole se fera rapidement ressentir.

Par conséquent, malgré l’instabilité interne de l’Égypte, l’on peut constater sa volonté de conserver sa voix en tant que pays arabe comme acteur déterminant dans cette région du globe. En menaçant de fermer le canal de Suez, l’Égypte affirme ainsi sa souveraineté et rappelle « la nationalisation » du canal mise en place par Nasser en 1956. Enfin, il est certain que la fermeture du canal provoquerait de nombreux problèmes géopolitiques et économiques. La question reste en suspens car aucune véritable réponse n’a été exprimée jusque-là, le canal n’est donc peut être pas réellement fermé. Il s’agit là d’une question importante à ne pas prendre à la légère.

Amélie RIPOCHE

La géo-ingénierie, entre rationnalisme et fantasmes

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Le terme de géo-ingénierie désigne toute action humaine visant à ralentir le processus du réchauffement climatique. De par ses méthodes et ses éventuelles conséquences, il parait intéressant d’analyser cette science, dont l’absence de données empiriques divise profondément la communauté scientifique.

Science relativement récente, la géo-ingénierie est apparue en réponse à l’augmentation de la concentration de gaz carboniques présents dans la couche de la basse atmosphère. Certains scientifiques, conscients du fait que les prises de décision tardives des gouvernements et des industriels sur la question du réchauffement climatique risquent de compromettre la pérennité de l’écosystème, ont donc imaginé un moyen de contrer, de manière artificielle, les effets indésirables de l’activité humaine. Divers postulats ont été posés, parmi lesquels l’envoi sur orbite de miroirs réfléchissant (censés intercepter une partie du rayonnement solaire) ou encore le projet des « volcans artificiels », ceux-ci ayant pour fonction l’expédition de particules de soufre dans la stratosphère, particules supposées « capter » les gaz carboniques afin de limiter leur faculté d’absorption des rayons solaires.

Le danger principal se situe dans l’incapacité des scientifiques à évaluer à la fois l’efficacité du processus mais surtout ses conséquences. Les effets secondaires restent pour l’instant hypothétiques, et les quelques simulations qui ont été expérimentées n’ont pas donné de résultats encourageants. D’après le centre de recherche, une émission de particules soufrées dans l’hémisphère Nord conduirait à une absence de pluies dans la région du Sahel, tandis qu’une émission de soufre dans le Sud aurait pour résultat un asséchement du Nordeste brésilien. De plus, une multitude d’effets indésirables ne peuvent être anticipés, car modifier un paramètre climatique comporte le risque d’entrainer des changements trop brutaux, voire irréversibles, pour l’écosystème.

Diverses personnalités tel Bill Gates ont rejoint le mouvement et comptent subventionner des initiatives soutenant la cause de la géo-ingénierie. C’est ainsi qu’un ballon rempli de soufre, ayant trouvé un généreux donateur, devra d’ici quelques mois répandre ses molécules au sein de la haute atmosphère. D’autres lui emboîteront le pas.

L’aspect économique n’est pas à négliger lorsque l’on sait que le grand nombre de particules de soufre, rassemblées sous forme d’aérosols et semblables à celles qui composent les volcans terrestres, sont produites par des firmes industrielles. Des chercheurs s’intéressent d’ailleurs au sujet en recherchant les liens possibles entre les scientifiques « pragmatiques », favorables à la géo-ingénierie, et les industriels.

Déborah GUIDEZ

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/04/climat-géo-ingéniérie-risquée.html

http://www.larecherche.fr/actualite/terre/geoingenierie-manipuler-climat-au-nord-assecherait-sahel-01-06-2013-102797

http://www.reporterre.net/spip.php?article4030

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Les chutes Victoria - David Livingstone

Alors que se tenait en août dernier l’assemblée générale de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) aux chutes Victoria, le ministre du Tourisme zimbabwéen Walter Mzembi a dévoilé le projet assez surprenant du gouvernement…

Après la Floride, la Californie ou encore Paris, Mickey devrait s’installer au Zimbabwe. C’est en tout cas ce qu’a annoncé W.Mzembi soutenu par le Président Mugabe qui pour ce projet devrait investir 300 millions de dollars. La création de ce premier « Disney del’Afrique » redorerait l’image du pays, dévasté par les conflits, les contestations dues aux multiples réélections de Mugabe ou encore l’hyperinflation.

En prévision du futur Disney, des projets d’extension de l’aéroport international sont en cours. Le plan du gouvernement Mugabe ne consiste pas seulement à créer un parc d’attraction mais tout un centre économique. Outre le parc, les 12 000 hectares dédiés à ce projet devraient accueillir des hôtels, des centres commerciaux, des casinos et plus spectaculaire encore, une zone de libre échange bancaire. Une entreprise bien pensée pour continuer d’augmenter les 17% de hausse de la fréquentation touristique durant le premier trimestre de l’année mais également pour reconstruire l’économie du pays.

Cependant, toute cette agitation autour du futur parc et de sa périphérie fait débat. En effet, les professionnels du tourisme de l’Afrique s’insurgent contre l’idée de bâtir la maison de Mickey à deux pas des chutes Victoria, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO et principale activité du pays “ Les gens vont au Zimbabwe car ce pays offre vraiment quelque chose d’authentiquement africain : ils n’iront pas pour vivre l’expérience Mickey Mouse. Cela serait totalement inapproprié. ».

Charline Stevens

http://www.telegraph.co.uk/travel/travelnews/10269108/Zimbabwes-Disneyland-plans-inappropriate.html

hydrocarbures de schiste français, entre principes et réalisme économique.

Plateforme d'extraction d'huile de schiste utilisant la technique de fracturation hydraulique, Texas (©2011)

Plateforme d’extraction d’huile de schiste utilisant la technique de fracturation hydraulique, Texas (©2011)

Au matin du dimanche 22 Septembre, des militants opposés à l’exploitation des hydrocarbures de schiste se sont enchaînés aux installation de forage de l’entreprise américaine Hess Oil, à Jouarre (à une cinquantaine de kilomètres de Paris). Une énième action symbolique ayant pour but de maintenir la pression sur les groupes, nombreux, ayant des intérêts dans un éventuel revirement législatif en France concernant l’autorisation de la technique de fracturation hydraulique.  

La fracturation hydraulique est actuellement la seule méthode viable permettant l’exploitation des hydrocarbures (gaz et pétrole) de schiste (ou de « roche-mère »). Or cette méthode est largement dénoncée partout dans la monde comme étant polluante, notamment pour les nappes phréatiques.  En France la question a été une première fois tranchée en 2011 avec la « Loi Jacob », qui proscrit l’utilisation de cette technique de forage. Il est a noter que la Bulgarie est le seul autre pays au monde à avoir adopté une telle mesure. Et pour cause, les enjeux économiques liés à l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels sont brûlants, et tout particulièrement en Europe, qui importe la quasi-totalité de sa consommation annuelle et qui commence tout juste à sortir de la crise économique.

De très nombreux experts estiment que la production massive de gaz de schiste aux Etats-Unis (34% de leur production en 2011) a été l’un des facteurs déterminants du redressement de leur économie après la crise. En effet, cela permet l’accès de leur industrie à une source d’énergie très peu chère comparée aux hydrocarbures d’importation. Or, la France possède de larges réserves de gaz et de pétrole de schiste. Pour le seul bassin parisien, on les estime entre 3,3 et 4,9 millions de tonnes exploitables par an pendant au moins vingt-cinq ans (rapport rendu au ministère de l’environnement en 2012), que l’on peut comparer aux 900 000 tonnes produites annuellement sur le territoire en hydrocarbures conventionnels.

Il n’est donc pas étonnant de constater que l’on compte pas moins de 2000 forages miniers dans la seule région parisienne, dont la plupart sont « exploratoires » (comme celui de Hess Oil qui en possède ainsi 9 dans le bassin). Il s’agit d’un véritable enjeu économique, et deux visions s’affrontent pour le moment autour de cette question.

La première, tenante de ce que l’on pourrait appeler un « réalisme économique », considère que la France doit au minimum autoriser l’exploration pour connaitre précisément l’étendue de ses réserves, ce qui implique l’autorisation ponctuelle de la fracturation. Une fois ces réserves connues, il faudrait alors un consensus européen pour renégocier à la baisse le prix des hydrocarbures des pays exportateurs, tout en entamant une production qui permettrait, en théorie, de créer de l’emploi et d’améliorer fortement la balance commerciale du pays. C’est la vision défendue, entre autres, par l’union française des industries pétrolières, pour qui « personne n’avait vu venir l’explosion des gaz de schiste ces dernières années et ses conséquences économiques sur l’économie mondiale. Ce constat doit nous rendre humbles dans nos projections sur l’évolution à venir du marché de l’énergie, et il justifie que chaque pays possédant des ressources se pose la question de leur exploitation. »

La seconde vision, défendue notamment par Thomas Porcher (économiste, auteur du « Mirage du gaz de schiste »), insiste sur le fait qu’il faut penser d’abord et avant tout à une transition énergétique qui réduise fortement notre consommation d’hydrocarbures. Il s’appuie sur le fait que les réserves françaises ne « disparaîtront »  pas, et « qu’il sera toujours temps de les exploiter dans vingt ans ou plus si on ‘rate’ la transition énergétique. D’ici là, on peut supposer que des quotas auront été instaurés ; et la France pourra alors bénéficier des techniques d’exploitation plus sûres qui auront été développées entre-temps par d’autres pays ».

Ce second point de vue est pour le moment défendu également par une grande partie de la classe politique française. La loi Jacob a en effet été adopté sous le précédent gouvernement de droite, et le gouvernement actuel de gauche défend le principe de précaution en la matière. De plus l’alliance entre le PS et les écologistes au gouvernement ne survivrait probablement pas à un éventuel revirement sur ce sujet. Cela n’empêche pas l’industrie pétrolière d’essayer de faire bouger les lignes. Ainsi, la société américaine Schuepbach a récemment saisi le conseil constitutionnel pour examiner la loi Jacob. Ce dernier se prononcera le 11 Octobre prochain.

Lou Vignane-Gonzalez