La stratégie de Vietnam en mer de Chine

Revendications dans la mer de Chine (c) dombosco.fr

Depuis longtemps, et surtout après la construction d’un site off shore de la Chine en mai 2014, le Vietnam veut assurer sa souveraineté en mer de Chine avec la revendication des Hoang Sa qui ont selon Hanoï une importance économique et historique.  Pour conserver cette souveraineté, le Vietnam exerce trois stratégies:

  • amélioration de ses forces militaires défensives avec ses partenariats internationaux,
  • l’utilisation du droit international et la communauté internationale pour renforcer ses revendications,
  • renforcement le sentiment de souveraineté des territoires maritimes de son peuple.

Hanoï comprend qu’elle ne peut pas lancer une attaque directe contre la Chine en mer de Chine, mais elle assure sa capacité à se défendre face à une menace de la Chine dans les alentours des Hoang Sa. Le Vietnam a également fait des manœuvres conjointes avec la marine étatsunienne en mer de Chine[1].  En renforçant sa capacité militaire, avec l’amélioration de sa protection contre les sous-marins chinois et  de l’augmentation de ses moyens de surveillance militaire, le Vietnam peut s’assurer qu’il ne subira pas un autre désastre face aux chinois et il envoie un message à la Chine que le Vietnam ne peut pas être ignoré.

Le Vietnam utilise les accords internationaux et le dialogue entre Etats comme base de légitimité pour sa prétention aux Paracels comme deuxième stratégie.  Il publie également des rapports, comme son livre blanc en 2009, ou crée ses propres lois dans son Assemblée nationale à propos de sa souveraineté pour faire voir ses intentions au niveau international[2].

Puis pour continuer d’affirmer l’importance historique de sa souveraineté, le Vietnam a mis en place plusieurs programmes pour rappeler au peuple l’importance de ces îles dans l’histoire de la nation.  Ces programmes sont par exemple un concours d’essai sur la signification de la mer et des îles pour la nation ou un festival de la mer en 2012[3].

Contexte

Le Vietnam a choisi ces trois stratégies face à la Chine parce qu’il veut garder les bonnes relations avec son voisin et partenaire d’échanges.  Le Vietnam préfère le dialogue multilatéral quand il s’agit des îles, mais il comprend également que la Chine peut ignorer les consignes de la communauté internationale et sent que la Chine se comporte comme une puissance qui a le pouvoir sur toutes les économies dans la région.  Depuis le XIXème siècle et surtout pendant le XXème siècle on a vu la tension monter entre la Chine et le Vietnam au sujet de ces îles.  Les deux pays revendiquent ces îles et depuis des siècles ont occupé une partie ou l’ensemble de ce territoire.  Le Vietnam déclare qu’il a conquit ces îles sous l’empereur Gia Long en 1816. Les chinois disent qu’ils ont fait la même chose sous la dynastie de Qing, mais le Vietnam explique qu’aucune carte de cette dynastie ne dépeint les îles.  Ces problèmes d’histoire sont fréquents et difficiles pour le dialogue entre pays.  Vietnam réclame les îles grâce aux accords de l’UNCLOS en 1982 et suite à la Conférence de San Francisco de 1951.  La Chine revendique ces îles pour des enjeux de voie de passage maritime et pour des intérêts pétroliers en citant leur présence historique sur les îles.   Dans tous les cas, les deux côtés ne s’entendent pas et souvent cela devient violent comme avec la bataille en 1974, l’altercation en 1988 ou de mai 2014, et chaque fois il y a des manifestations violentes qui suivent et qui arrêtent le dialogue entre les deux pays.

 

Enjeux

L’enjeu principal pour le Vietnam dans sa conquête des îles Paracels est la capacité de montrer son pouvoir et sa puissance contre les grands Etats comme la Chine.  Pour Hanoï, c’est protégé ses arrérages et sa capacité dans l’avenir d’assurer ses exportations de pétrole.  Le Vietnam veut trouver une solution sans utiliser la force en espérant trouver un système de coopération entre les deux pays au niveau économique, mais le rapprochement de Vietnam avec la Russie, les Etats-Unis et l’Inde monte leur volonté de limiter l’expansionnisme chinois sur son territoire.  Si le Vietnam veut assurer sa voix dans les affaires de la mer de Chine et dans la région en générale, il faut qu’il limite l’expansion de la Chine, affirme sa souveraineté sur ses îles et augmente sa capacité militaire.  S’il peut se lier avec les bons partenaires, comme les Etats-Unis, sa stratégie peut mener à plus de pouvoir dans la région, quelque chose que la Chine ne veut pas.

[1] BOUNY, André, « Mer de l’Est pour les Vietnamiens ; mer de Chine méridionale pour les Chinois », Mondialisation.ca

[2] LE TRAN, Anh, « Viêt-Nam Résistant », Outre-Terre n°25-26, 2010/2 p. 354

[3] LE TRAN, Anh, « Viêt-Nam Résistant », Outre-Terre n°25-26, 2010/2 p. 355

Annika GODEFROY

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La « face cachée » de la crise grecque

La crise grecque continue de secouer l’Union Européenne (UE), la zone euro, et occasionnellement la presse. Le récent déplacement du premier ministre grec à Berlin (le 23 mars 2015) en est l’illustration. Les résultats des dernières élections en Grèce ont fait couler beaucoup d’encre, notamment avec l’idée d’un « Grexit » c’est-à-dire une sortie de la Grèce de la zone euro, voire pour certains de l’UE. Un risque sous-estimé en Europe mais qui aurait des répercutions géopolitiques importantes pour l’UE, mais aussi plus largement pour l’Occident définit par Huntington.

Pourquoi la Grèce est-elle géopolitiquement importante pour l’Occident ?

La Grèce est membre de l’OTAN et abrite une de ses bases en Crète à Souda, à l’est de Chania en Crète. Cette ville est à 1719 kilomètres de Mosul (Irak) à vol d’oiseau. Sachant que le rayon d’action d’un Rafale français est de 1850 kilomètres à haute-altitude, Souda est une des bases qui peuvent servir au lancement d’avions de chasse pour attaquer les positions de l’État Islamique. La Grèce a une situation géographique stratégique pour l’Occident vis-à-vis d’une zone déstabilisée avec le conflit syrien, irakien, et même libyen. De plus, la politique floue de la Turquie dans cette région fait de la Grèce la dernière base sûre pour l’OTAN.

Quel est le risque ?

Avec la crise grecque, le risque, pour l’UE et l’Occident, est que la Grèce fasse le choix de se détourner de Bruxelles au profit de Moscou, au moment où Poutine cherche à connaitre les limites et la détermination de l’UE et de l’OTAN, notamment en Ukraine. La possibilité d’une aide financière russe a clairement été évoquée par Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe : « Si le gouvernement grec s’adresse à nous, cet appel sera examiné ». Même minime, puisqu’Athènes a assuré qu’une telle demande ne serait pas effectuée, le risque existe.

Les conséquences d’un choix de Moscou par la Grèce 

Si Athènes venait à choisir la Russie, plusieurs conséquences sont envisageables. Tout d’abord, on pourrait avoir une sortie complète de la Grèce de l’UE, ce qui réduirait à néant les espoirs de Bruxelles d’être un interlocuteur politique crédible au niveau international : Comment l’UE, incapable de régler une crise interne, pourrait intervenir dans une crise internationale ? Ensuite, il faut envisager une sortie de l’OTAN par Athènes. En effet, il apparait peu probable que Moscou accepte que l’un des nouveaux alliés reste dans une organisation que la Russie juge comme étant son principal ennemi. Ceci qui signifierai la fermeture de la base de Souda pour l’OTAN, et donc une limite dans le plan d’action occidentale au Moyen-Orient et contre l’État Islamique. Certes cette zone de conflit serait un peu plus éloignée pour l’UE, mais la Russie aurait plus de contrôle sur la question. Enfin, le « Grexit » au profit de la Russie empêcherait les tentatives occidentales d’amoindrir la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Ce serait l’échec d’une tentative d’acheminement de l’énergie via la Turquie et le Caucase. Il faut aussi envisager une possible renaissance des tensions ancestrales entre la Grèce et la Turquie, jusque-là relativement canalisées par l’Occident, ce qui pourrait déstabiliser la région.

Le risque géopolitique de la crise grecque n’est donc pas à ignorer, pour l’UE et l’Occident. Il explique aussi en partie les raisons de l’attachement de l’UE à régler cette crise interne. Même si les critères économiques imposés par Berlin sont critiqués, il apparait capital pour l’Occident que la Grèce sorte de sa crise économique sans l’aide de la Russie.

François VOUTIER