La Turquie face à la question kurde

Drapeau du PKK, (Tous droits réservés).

Drapeau du PKK, (Tous droits réservés).

Ce samedi 16 novembre, le dirigeant des kurdes d’Irak (Massoud Barzani) s’est rendu dans le Sud-Est de la Turquie afin d’y retrouver le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Les deux hommes se sont rencontrés afin de favoriser le processus de paix entre les autorités turques et le mouvement PKK ( Parti des Travailleurs du Kurdistan). Cette rencontre historique, symbolise-t-elle une réelle avancée dans les relations entre les turcs et les kurdes ou une simple manœuvre politique ?

Depuis octobre 2012, les autorités turques avaient entamé des pourparlers avec le chef du groupe PKK, Abdullah Ocalan, enfermé depuis 1999 à Imrali, en Turquie. Ces négociations avaient pour but de mettre fin à 35 années d’affrontements ayant causé la mort de plus de 40 000 personnes. En mars dernier, l’organisation armée avait même retiré ses troupes vers le Nord de l’Irak après avoir décrété un cessez-le-feu. Cependant, depuis cette date, aucune avancée n’a été réalisée en vue d’une paix durable.
C’est à travers l’invitation de Massoud Barzani que le gouvernement turc souhaite affirmer sa bonne volonté envers le peuple kurde et envoyer un message pacifiste au PKK. Le président du gouvernement régional du Kurdistan en Irak est, en effet, une personnalité respecté par la communauté majoritaire du Sud-Est de la Turquie et représente un atout politique non-négligeable.

Erdogan choisit donc la voie de la séduction en invitant Massoud Barzani et en organisant cette rencontre à Diyarbakir. Cette ville, située en Anatolie du Sud-Est, est considérée comme la capitale du Kurdistan turc. Lors de cette rencontre, il va également prononcer le mot « Kurdistan », une première pour un chef de gouvernement turc. De plus, Ankara s’est assuré de la présence de personnalités comme les chanteurs Şivan Perwer et Ibrahim Tatlises mais aussi de la députée Leyla Zana du parti BDP, tous favorables à la cause kurde. Le gouvernement tente donc de renouveler son image sur le sujet le plus problématique de la vie politique turque.
Cependant, au-delà de l’aspect symbolique, la Turquie doit aussi illustrer sa volonté par des actions politiques concrètes et pas seulement par des promesses en période préélectorale (élections municipales en mars 2014 et présidentielles en août 2014). Pour cela, le gouvernement doit prendre en compte les revendications kurdes qui sont principalement : la reconnaissance de l’identité kurde et le droit à l’enseignement de la langue y compris dans les écoles publiques.

Enfin, même si les kurdes sont majoritairement installé en Turquie, la politique extérieure du pays face aux communautés installées en Irak ou en Syrie n’est pas toujours claire. Si l’État turc soutient les kurdes du nord de l’Irak représentés par Massoud Barzani en passant des accords pétroliers et en soutenant leur médiation face au pouvoir central, la politique concernant les kurdes de Syrie est diamétralement opposée. Ce vendredi, Abdullah Gül, le président turc s’est même déclaré contre l’établissement d’une administration kurde en Syrie pourtant à l’image du Kurdistan irakien.

Ronan Hélou

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République de Centrafrique : quelques notions pour comprendre le conflit

CopyrightDepuis plusieurs mois l’opinion publique a été principalement mobilisée autour de la crise Syrienne et de l’opération Serval au Mali ; et pourtant d’autres zones auraient mérité une réaction de la communauté internationale, voire même une intervention rapide.  La situation de « pré-génocide » que connait la République Centrafricaine en est un exemple. La sagesse populaire répète souvent « mieux vaut prévenir que guérir » mais pour ce pays il semble qu’il faut attendre une situation de guerre civile, religieuse et ethnique pour que l’idée d’intervenir prenne forme ; en un mot il aura fallu attendre près de dix mois pour commencer à s’inquiéter. Dix mois de perdus durant lesquels la situation a empiré, augmentant ainsi  les difficultés de résolutions, les risques, et les fractures sociales.  Le Conseil de Sécurité de l’ONU, poussé par la France depuis plusieurs mois, se prépare à intervenir. il devient donc nécessaire de faire un rappel sur les origines de ce conflit, son évolution ainsi que sur les différentes problématiques qu’il soulève.

La République de Centrafrique est un territoire de 622 984 kilomètres carré. Entouré par le Cameroun, le Tchad, le Soudan et la République du Congo il présente donc la particularité de posséder une grande diversité géographique, et sociale avec des populations provenant du Nord-Sahélien, des régions du fleuve et de la forêt méridionale, et bien sûr des savanes du centre. Cette diversité au sein d’un Etat créé de toutes pièces après la Colonisation et au sein duquel il n’y a jamais eu de véritable Etat Nation (il faut laisser le temps au temps) explique en partie les conflits actuels. Il est intéressant de noter aussi qu’il y a peu de voies de chemin de fer, les axes de commerce sont donc principalement des routes ou des voies aériennes. Indépendante en août 1960, la République Centrafricaine connait régulièrement des coups d’Etat. Le principal est celui de  « l’Empereur » Bokassa, soutenu par la Lybie, en 1977. Il est renversé avec l’aide de l’armée française en 1979. En 1981 c’est au tour du général Kolimba de prendre le pouvoir jusqu’aux premières élections démocratiques de 1993. Le répit est de courte durée puisque de nouveaux troubles obligent la MIINURCA des Nations Unis à intervenir en mars 2003. L’homme fort du moment devient donc le général Bozizé. Originaire de l’Ouest du pays, général sous Bokassa, il s’exile sous Kolimba, revient avec le nouveau président Patassé en 1994, et après un second exil mène le coup d’état de 2003. Mettant en place des élections, il est élu président en février 2005 et sera réélu en 2011. Il arrive dans un contexte difficile puisque la région nord est régulièrement traversée par des rebelles tchadiens voulant contournés les forces du président du Tchad, Idriss Déby Itno. La zone devient rapidement incontrôlable.

C’est de là que part en décembre 2012, les premiers troubles de pilleurs. Rapidement ceux-ci se politisent avec le ralliement de plusieurs anciens partis et deviennent une véritable rébellion connue sous le nom de « Sélaka » (coalition). Le 24 mars dernier, après  la prise de la capitale Bangui, Michel Am Nondroko Djotodia, chef du Sélaka s’autoproclame président. La situation s’empire, avec la multiplication des conflits et l’absence de véritable leader. Milices locales, anciennes forces de l’ordre, pilleurs, et combattants ralliés à un parti s’opposent tout en profitant du pillage de la population civile. Comme très vite dans un pays où la conscience d’une identité nationale est particulièrement faible, le conflit se radicalise de plus en plus avec l’apparition de luttes inter-religieuses s’ajoutant aux luttes ethniques. Le 25 novembre 2013, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius et le premier ministre Centrafricain ont déclaré que la France était prête à envoyer 800 hommes en appui  d’une force africaine et sous mandat de l’ONU. Le rôle de l’armée française ne devrait pas dépasser celui de contrôler les grands axes, indispensables pour relancer l’économie, et donner une certaine stabilité.

Si nous devions résumer l’ensemble de ces points, il faudrait dire que la Centrafrique, depuis son indépendance, n’a connu qu’un ensemble de prises de pouvoir plus ou moins légales avec une lutte politique ou armée entre populations du Nord et du Sud. De plus, si l’alliance entre Am Nondroko Djotodia, actuel président autoproclamé, et les rebelles tchadiens a permis l’arrivée au pouvoir du Sélaka ; il n’en demeure pas moins que l’anarchie régnante empêche non seulement ce président de rétablir l’ordre mais encore de tenir ses engagements  vis-à-vis des « mercenaires-rebelles » tchadiens qui se retrouvent à se payer sur place au mépris de la population civile. Le conflit centrafricain pose de nombreuses questions. Les forces d’une « coalition africaine » envoyées par l’ONU seront-elles capables de rétablir l’ordre sur un long terme (on sait combien il est difficile de mettre fin à des groupes armés dans une zone ou les frontières sont perméables…)? L’armée française ayant pour unique mission de protéger les grands axes, ne risque-t-elle pas de voir se dérouler sous ses yeux un nouveau Rwanda ou au contraire de se lancer dans un nouveau Mali (malgré les dires des responsables de l’opération) ? Enfin, que prévoit-on pour la fin du conflit, les traditionnelles élections démocratiques tentées depuis la fin de la colonisation ? Les résultats n’empêcheront pas les rebelles de repasser la frontière une fois les forces onusiennes reparties et l’Histoire Africaine nous présente de nombreux cas semblables…

La situation en Centrafrique résulte donc de problèmes récurrents qui semblent s’amplifier par une radicalisation ethnique ou/et religieuse des différents groupes armés. La manière dont l’ONU va intervenir, les méthodes qui seront mises en place ne peuvent aboutir à une paix définitive qu’avec une vision à long terme basée sur l’expérience de l’Histoire des rivalités centrafricaines.

Thibault Dewynter

Sources :

http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/exl-php/cadcgp.php?CMD=CHERCHE&QUERY=1&MODELE=vues/mae_internet___recherche_avancee/home.html&VUE=mae_internet___recherche_avancee&NOM=cadic__anonyme&FROM_LOGIN=1

http://www.franceinfo.fr/monde/centrafrique-que-sait-on-de-la-future-intervention-francaise-1227439-2013-11-26

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20131127091635/

http://www.afriquinfos.com/articles/2013/11/26/libye-appels-desobeissance-civile-benghazi-apres-violences-meurtrieres-237239.asp

L’acquisition de l’énergie nucléaire par la Bolivie, nouvel axe des relations franco-boliviennes ?

Alors que la question du développement des énergies renouvelables est devenue depuis quelques années un enjeu majeur pour nombre de territoires, le Président bolivien Evo Morales vient d’annoncer sa volonté de doter son pays de l’énergie nucléaire. Après le développement des énergies solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique, le projet

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nucléaire a-t-il des chances de se concrétiser ou restera-t-il un doux rêve présidentiel?

Tout d’abord, il convient de souligner que cette volonté est basée sur des éléments concrets. En effet, des études menées par la Comisión Boliviana de Energía Nuclear (Commission Bolivienne de l’Énergie Nucléaire) ont démontré dès les années 1970 la présence d’uranium en Bolivie. Ces études avaient même été suivies de projets de développement, signe de l’intérêt déjà ancien porté à cette ressource. Morales déclarait d’ailleurs à ce propos : « la Bolivie remplit toutes les conditions pour exploiter cette énergie, il y a la matière première, il y a des études ». Il ajoutait même que des pourparlers gardés secrets jusque là étaient en cours avec l’Argentine et la France.

Cette déclaration fut immédiatement suivie d’une rectification de la part de Michel Pinard, ambassadeur de France en Bolivie. Ce dernier considère en effet que le terme de « pourparlers » n’est pas approprié, précisant que la France, loin d’être dans une période de négociations, se contente actuellement d’écouter et de comprendre les désirs de ce pays d’Amérique du Sud et d’évaluer la manière dont elle pourrait l’accompagner. La révision de l’agenda bilatéral lors d’une réunion entre Laurent Fabius et David Choquehuanca, respectivement Ministres des Affaires Étrangères français et bolivien le 13 novembre dernier a ainsi été l’occasion d’évoquer, entre autres sujets, la participation française à ce projet.

Toutefois, cet objectif ne pourra être réalisé à court terme tant les pré-requis sont nombreux : formation d’ingénieurs hautement qualifiés dans les domaines du nucléaire, de la physique et de la chimie notamment, installation d’infrastructures dans des zones géologiquement stables et avec un approvisionnement en eau suffisant, mise en vigueur de politiques clairement définies, etc.

Enfin, les récents propos de Morales insistant sur le fait qu’il n’y ait « rien à cacher » et que le développement de cette énergie soit « à des fins pacifiques » pourraient alimenter les craintes de certains États et les pousser à freiner l’ambition bolivienne…

Hélène DUPUIS

Turquie, une laïcité de plus en plus remise en question

Recep Tayyip Erdogan

Le 1er ministre Turc Recep Tayyip Erdoğan.
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Début Novembre, la Turquie faisait parler d’elle suite à la séance du parlement Turc le jeudi 31 Octobre. Fait marquant, quatre députées se sont présentées à la séance en portant le voile Islamique, une première depuis 1999. Cet évènement nous permet de rappeler brièvement la situation de la Turquie, un pays Musulman mais laïque où l’on peut se demander s’il ne s’opère pas une Islamisation progressive et silencieuse ?

« Ce n’est pas l’endroit pour défier l’état. Informez cette femme qu’il y a des limites »; c’est ce que le premier ministre Turc Bülent Ecevit avait déclaré en 1999 lorsqu’une élue du parti de la vertu Islamique avait été expulsée du parlement après s’y être rendue voilée.

Aujourd’hui, la situation a changé et les quatre élues du parti de la justice et du développement (AKP) issu de la mouvance Islamiste n’ont pas eu à craindre la situation de 1999. En effet le premier ministre actuel Recep Tayyip Erdogan à l’origine de l’AKP a aboli l’interdiction de porter le voile Islamique dans la fonction publique début Octobre. Cet évènement autour du voile peut sembler d’importance mineure cependant il soulève en réalité l’opposition et le clivage Turc entre les laïcs et les partisans de l’Islam invoquant la liberté des cultes. En effet suite à cet évènement au parlement le parti Républicain du peuple (CHP) pro laïc a fermement condamné cette initiative (bien qu’aucun article de la constitution n’interdise le port du voile) en invoquant une exploitation de la religion en vue des élections municipales prévues en Mars 2014. De plus pour le CHP cela équivaut à une atteinte à la laïcité de l’état Turc ou encore pour d’autres à une sorte de revanche concernant l’affaire de 1999. Finalement, on remarque que chacun reste sur sa position et que l’on a un réel affrontement autour de la symbolique du voile avec notamment la réponse du premier ministre Erdogan répliquant à l’opposition qu’ils sont « ignorants, qu’ils ne savent même pas que le foulard est une obligation de notre religion ». Cette nouvelle polémique représente bien la progression d’une « politique d’islamisation » menée par l’AKP. En effet le parti a déjà engagé certaines réformes depuis son succès aux législatives de Juin 2011 comme par exemple la mise en place d’une surtaxe de l’alcool restreignant sa vente et sa consommation.
Bien que certaines réformes aient fait descendre dans la rue quelques contestataires notamment durant les grandes manifestations de Juin dernier, les Turcs semblent tout de même adhérer au conservatisme social du pouvoir AKP et de la place grandissante que l’Islam prend dans l’espace public, les sondages montrent par exemple que 2/3 des femmes Turcs portent le voile.

Dans ce cas peut-on parler d’une islamisation de la Turquie ? Ou encore d’atteintes à la laïcité de la part du parti d’Erdogan ? Il s’agit d’aborder la question avec prudence, une question d’autant plus intéressante que ce mois dernier on a eu une sorte de relance des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Si l’on cherche à voir les choses du mauvais côté, on peut penser que le gouvernement Turc devient de plus en plus autoritaire depuis à peu près trois ans, date à laquelle l’AKP a obtenu environ 50% des voix. De plus, depuis un an le gouvernement d’Erdogan mène une politique d’épuration des officiers de l’armée ce qui dans l’opinion de beaucoup de Turcs revient à la disparition d’un rempart à une dérive Islamique du gouvernement. En effet on peut rappeler le putsch de 1997 où l’armée avait poussée à la démission le gouvernement Islamiste de Necmettin Erbakan. De plus cette même armée avait fait votée en 1997 une loi instaurant un cursus scolaire obligatoire de 8 ans dans des établissements laïques pour contrer l’éducation religieuse formant à la profession d’Imam. Pour les pros laïcs il apparait une peur de voir des élites formées par d’autres institutions que les écoles laïques. Cette armée pouvant être vue comme « garante de la laïcité » subit actuellement de grands procès lors desquelles certains officiers sont emprisonnés car soupçonnés de vouloir déstabiliser ou renverser le pouvoir en place.
De plus les opposants à Erdogan soulignent le fait qu’il a commencé sa carrière politique dans des formations Islamistes et qu’il avait notamment été condamné à 4 mois de prisons pour incitation à la haine religieuse suite à certains propos. On parle de la hantise de « l’agenda caché » c’est-à-dire un projet secret dont le but est d’instaurer un Islam hégémonique appuyé par des réseaux politiques puissants. Cependant il apparait subjectif et impossible d’avoir un avis tranché sur la question d’une Islamisation radicale. On peut rappeler qu’en Septembre de l’année dernière Erdogan avait promu la laïcité de l’état Turc lors de ses voyages diplomatiques en Egypte, Libye et Tunisie en affirmant que toutes les religions sont au même niveau. Il chercherait donc à gérer une pluralité religieuse et ainsi, la politique d’Erdogan peut être analysée, de ce point de vue là, comme l’affirmation du conservatisme de la société Turque dont l’identité se différencie notamment de l’Occident. Nous verrons ce que 2014 changera avec les élections municipales et surtout au moment de la première élection présidentielle au suffrage universelle à la fin de cette même année.

Géry Bailliard

Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan

Source : Khaamapress

Source : Khaamapress

Les Etats unis envisagent un retrait progressif de leurs troupes en Afghanistan, soit un passage de 63 000 soldats à seulement 34 000 en février 2014. Mais la question d’un retour des talibans, une fois les troupes américaines parties, inquiète.

La tentative américaine de règlement avec le président afghan Hamid Karzaï a échoué, lorsque celui-ci s’est vu exclu des négociations que les américains tentaient de mener avec les talibans à Doha au Qatar. D’autre part, Hamid Karzaï en tant que président n’arrive pas à réaliser son programme de réconciliation nationale, crée en 2010 dans le cadre du haut conseil de la paix. Ce conseil est une instance chargée d’établir des contacts avec les insurgés talibans. Il a pour objectif de mettre fin à la guerre civile qui a découlé de la guerre américaine contre le terrorisme de 2001. Ce conseil fonctionne mal dans le sens ou ses membres sont sans cesse victimes d’attentats. Pour preuve, l’ancien président du conseil était Burhanuddin Rabbani, jusqu’à son assassinat le 20 septembre 2011.

Une solution a été envisagée pendant un temps par les américains, qui voyait d’un bon œil la possibilité d’une coopération avec le Pakistan. Mais les autorités afghanes étaient contre un tel partenariat. De plus Hamid Karzaï n’est lui même pas d’accord pour des raisons ethniques cette fois-ci. Et le Pakistan, comme nous avons pu le voir récemment, reste de toute façon très proche des talibans, dans le sens où le gouvernement négocie avec le TTP (Mouvement des Talibans du Pakistan).

Le second pays proche de l’Afghanistan est l’Inde. Ce pays est lui très hostile aux talibans. Rappelons les attentats de Bombay de 2008. Les deux pays entretiennent de bonnes relations, notamment des relations économiques. L’Inde investit au niveau du développement des infrastructures en Afghanistan par exemple. Mais l’aide et la protection indienne pourraient ne pas suffire. Une défense face au retour des forces talibanes passe par la formation d’une armée capable de répondre à ce retour. Ainsi le président afghan a signé des accords stratégiques avec le premier ministre indien Manmohan Singh,  en octobre 2011 à New Delhi. C’est une grande première entre les deux pays. La coopération propose une aide dans le domaine de la sécurité. L’Inde formera des officiers d’une armée de Kaboul sur son territoire, et approvisionnera le pays en armes légères.

Mais tout cela suffira t-il à contrer le retour des forces des talibans en Afghanistan ? Finalement le départ des troupes américaines semble peu, ou mal préparé et pose problème. Ce départ américain signifierait-il alors un retour en arrière pour l’Afghanistan ?

Salomé CORBIN

Genève 2, la conférence internationale de la paix sur la Syrie aura-t-elle lieu ?

Genève-2-400x233Washington, Moscou et l’Organisation des Nations unies (ONU) se joignent afin de mettre en place une conférence pour la paix sur la Syrie à Genève. Cette conférence était prévue pour la fin du mois de novembre. L’objectif de cette conférence est de rassembler le régime syrien de Bachar Al-Assad et l’opposition pour trouver une solution politique au conflit ayant causé plus de 110 000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

La question qui se pose est de savoir qui sera présent à Genève pour cette conférence de la paix, si elle a lieu ?

En effet, mettre en place cette conférence n’est pas sans difficulté. L’opposition veut imposer le départ de Bachar Al-Assad et par conséquent, menace de ne pas venir à Genève si elle n’a pas de réponse positive à sa demande. Le lundi 4 novembre, le régime syrien a alors refusé de manière catégorique. Selon Omran Ahed Zohbi, ministre de l’information syrien, rapporté par le journal Le Monde : « Ce qui se passera à Genève est une opération politique, il ne s’agit pas de céder le pouvoir ou de former une autorité transitoire. A ceux qui pensent autrement, nous leur conseillons de ne pas y assister pour qu’ils ne soient pas ridiculisés ».

Omran Ahed Zohbi s’attaque d’ailleurs au rôle de l’Arabie Saoudite dans son soutien aux insurgés, en accusant le ministre des affaires étrangères saoudien, Saoud Al-Fayçal. En faisant cela, et en utilisant le terme de « terrorisme », il met en lumière l’intégrisme religieux de l’opposition afin d’appuyer la position du gouvernement syrien en vue de la conférence de Genève.

La demande expresse de l’opposition du départ de Bachar Al-Assad risque donc de poser une grande difficulté à la tenue de Genève 2. En effet, le dimanche 3 novembre, Ahmed Jarba, qui est le chef de l’opposition syrienne, a informé que la Coalition nationale syrienne ne serait pas présente à Genève pour deux raisons : D’une part, comme il a été précédemment évoqué, il veut un « calendrier pour le départ de Bachar Al-Assad ». D’autre part, la Coalition nationale syrienne ne participera pas à Genève 2 si l’Iran n’y est pas présente.

La volonté de Ahmed Jarba va plus loin. Il a rappelé aux ministres des affaires étrangères arabes, qui étaient réunis au Caire, que l’opposition irait à Genève que si elle est unie. En effet, la priorité pour lui est donc de pouvoir exercer un maximum de pression. De plus, il réitère la condition voulue par l’opposition qui est  le cessez-le-feu pendant les négociations lors de la conférence de la paix.

Tous les opposants au gouvernement syrien ne sont pas du même avis. Un chef rebelle a d’ailleurs démissionné le dimanche 3 novembre. Mais une interview du Figaro questionnant Qadri Jamil, ex-vice premier ministre syrien voulant aller à Genève en étant dans l’opposition, montre clairement les divergences qu’il y a au sein de l’opposition. Qadri Jamil a été démis de ses fonctions et affirme avoir été opposant au régime avant, en étant et après avoir été ministre. Étant membre du Front pour le Changement et la Libération, il est dans l’opposition et veut aller à Genève, en insistant sur l’importance d’avoir différentes délégations dans la Coalition nationale. Sa volonté de dialogue est donc en contradiction avec l’opposition qui ne souhaite aller à Genève que si le départ de Bachar Al-Assad est assuré. Et en voulant la présence des différentes délégations de la Coalition, il va à l’encontre de la volonté d’unification de Ahmed Jarba.

A l’heure actuelle, force est de constater que la conférence pour la paix en Syrie, qui était censée se tenir fin novembre, n’est toujours pas assurée. Le dialogue pour régler diplomatiquement et trouver une solution politique au conflit syrien, voulu par Washington, Moscou et l’ONU, serait certainement la solution pour arriver à un consensus. Selon l’ONU, la conférence serait désormais fixée au 22 janvier 2014 donc son accomplissement pourrait apporter un espoir pour le peuple syrien et un apaisement dans cette région du monde.

Amélie RIPOCHE

La guerre de la communication : exemple du conflit Serbo-Croate.

Copiright« Tout l’art de la guerre est fondé sur la duperie » Sun Tzu, L’art de la guerre.

« Un mensonge répété mille fois reste mensonge, un mensonge répété un million de fois devient vérité » Goebbels.

Ces quelques citations de politiciens et stratèges d’origines, d’époques, et de régimes différents nous font toucher du doigt l’importance de la maitrise de l’information pour la guerre. Jean-François Tacheau[1] définit cette guerre comme étant « l’usage offensif et défensif de l’information et des systèmes d’information pour exploiter, corrompre et détruire les informations et les systèmes d’information d’un adversaire, tout en protégeant nos informations et nos systèmes ». Alors que les principaux pays « gendarmes du monde » sont des démocraties et défendent la « liberté de presse » et le « droit de savoir », il est intéressant de noter que lors de conflits récents (guerre du Kosovo, guerre d’Irak…), ces mêmes pays ont soit utilisé, soit subi, la guerre de l’information. Nous présenterons le cas Bosniaque.

La mort de Tito en 1980 a entraîné la dislocation de la Yougoslavie. En juin 1991, la Slovénie déclare son indépendance, et la Croatie fait de même. Les premiers conflits armés entre Serbes et Croates démarrent à ce moment. La Bosnie ne voulant pas participer au conflit décide de déclarer sa souveraineté en octobre 1991. Malgré de nombreuses tentatives de paix et l’intervention de 38 000 militaires de l’ONU en 1992 la guerre s’accentue avec l’apparition de luttes inter-religieuses au sein des Etats. Sous la pression des Etats-Unis, un accord est signé entre les dirigeants  croates et musulmans de Bosnie en 1994. La prise de Srebrenica par les forces Serbes entraînant la disparition de 8 000 personnes le 16 juillet 1995 pousse les forces de l’OTAN à intervenir massivement. Les Balkans étant une zone carrefour, la communauté internationale s’est très vite intéressée aux enjeux géopolitiques du conflit.

Depuis la fin de la Guerre Froide, le marché de la communication de guerre est effectué par des sociétés privées connues. Ce fut l’agence Ruder Finn dirigée par James Harff qui servit « d’avocat » à la cause croate. L’enjeu était double : discréditer l’adversaire et empêcher la divulgation d’informations pouvant condamner la cause croate, notamment le fait qu’avec les Nazis ils avaient massacré entre 300 000 et 750 000 personnes (le nombre exact varie en fonction des sources), sans compter certains ouvrages de dirigeants Croates et Musulmans de Bosnie en faveur de l’antisémitisme[2] ou d’un état islamique[3]. Les propos de James Harff résument les principes de communication de guerre : « notre travail n’est pas de vérifier l’information (…) mais d’accélérer la circulation d’informations qui nous sont favorables », « Nous n’avons pas affirmé qu’il y avait des camps de la mort en Bosnie, nous avons fait savoir que Newsday l’affirmait ».

Quelques exemples permettront d’illustrer l’idée de diabolisation de l’adversaire pour justifier une cause. D’abord faire « coïncider dans l’opinion publique, Serbes et nazis » (James Harff) en divulguant l’idée que les Serbes avaient des « camps » de prisonniers et de concentration et en oubliant que durant la guerre ils avaient souffert des mêmes discriminations que les juifs : le port du brassard bleu, par exemple, pour les Orthodoxes. La désinformation par l’image fut employée : le musulman prisonnier dans un camp de concentration serbe filmé par la BBC en 1992 était Branko Velec, officier serbe prisonnier dans un camp musulman[4]. La falsification de photos est aussi utilisée : celle d’un supplicié ayant trois doigts coupés présenté comme musulman mais portant une alliance orthodoxe…; l’image des « Musulmans morts », que la CNN a diffusée à maintes reprises, fut une photo de Serbes tués par les Musulmans en mars et mai 1993[5]; ou l’autre, présentant des miliciens serbes alors que leur insigne est le damier croate (le Nouvel Observateur publia une rectification : n°14470 et n°1473). La guerre du langage fut aussi fréquente : les sources bosniaque et occidentales ont accusé les Serbes d’avoir utilisé des gaz (Le soir 10 avril 1995 ; NBC Handelsblad 28 juillet 1995), mais ils précisent plus loin que ce sont des « gaz irritants (du genre de ceux qui sont employés pour le maintient de l’ordre) ».

La liste est particulièrement longue mais ces quelques exemples suffisent à souligner la nécessité de la communication de guerre pour diaboliser l’ennemi, justifier sa propre cause et s’attirer les faveurs de l’opinion publique. La maîtrise de l’information et de la communication est donc un atout lors d’un conflit armé. Le cas Bosniaque l’illustre bien ; ces techniques ont permis de créer un courant favorable à la cause musulmane bosniaque, sans qu’il n’y ait de véritable opposition.

Thibault Dewynter

  • Besson : Coup de gueule contre les calomniateurs de la Serbie ; éditions Ramsay ; 1995.
  • Dérens : Balkans : la mosaïque brisée ; Reportages ; édition du Cygne ; 2008.
  • Fondation pour les études de défense ; Les manipulations de l’image et du son ; Hachette ; 1996
  • Mudry : Guerre de religions dans les Balkans ; référence Géopolitique ; Ellipses ; 2005.
  • Volkoff : Petite histoire de la désinformation ; édition du Rocher ; 1999.

[1] TACHEAU, Guerre économique et guerre d’information, 1996.

[2] TUDJMAN, Déroute de la vérité historique,, (réédité en 1989 sous le titre : Les horreurs de la guerre).

[3] IZETBEGOVITCH, Déclaration islamique, 1990.

[4] SAVARY, LaSerbie aux outrages, 2001.

[5] SCHINDLER, Unholy Terror,, 2007.