La crise politique au Guatemala

3489_bDans un article précédent, nous avions déjà abordé le problème de la corruption en Amérique latine et centrale. Aujourd’hui c’est au tour du Guatemala de faire face à ce problème, le pays traversant actuellement une importante crise politique.

Les révélations de la CICIG
La corruption est une pratique courante au Guatemala. C’est pour la combattre qu’en 2006 la Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala (CICIG), une institution de l’ONU, a été mise en place dans le pays. Financée par l’aide internationale et incorporée au système judiciaire national, son but est de lutter contre les agissements de groupes criminels au Guatemala.

C’est le 16 avril dernier que la CICIG a dévoilé les résultats d’une enquête de 8 mois dénonçant l’existence de « La Línea », un réseau de fraude douanière permettant aux entreprises importatrices de ne pas payer de taxe à la frontière. A la place les industriels payaient en pot de vin les membres du réseau illégal. La CICIG a estimé qu’en moyenne, La Línea détournait la somme de 2 millions de Quetzals par semaine –environ 230 000 euros[i]. Le jour de l’annonce de la fraude, une vingtaine de personnes sont arrêtés, jugés comme étant complices de l’affaire; et c’est Juan Carlos Monzon, secrétaire privé de la Vice-Présidente Roxana Baldetti, qui est accusé d’être à la tête de ce réseau de corruption. En déplacement en Corée du Sud au moment du scandale, Juan Carlos Monzon s’est enfuit et il reste encore à ce jour considéré comme fugitif. Plus tard, le 8 mai, la CICIG a dévoilé une nouvelle affaire de corruption nommée par le président de la CICIG comme le « buffet de l’impunité ». LA CICIG a expliqué comment les membres de La Línea, au moment d’être accusés avaient mis en place un bureau d’avocats corrompus pour que ces derniers étudient leurs cas et les laissent en liberté.

Enfin, le 20 mai, à nouveau plus d’une quinzaine de coupables sont arrêtés pour une nouvelle affaire de corruption concernant cette fois le bureau des dirigeants de l’Institut Guatémaltèque de Sécurité Sociale (IGSS). Ces derniers auraient attribué un contrat d’une valeur de 117 millions de Quetzals –environ 13 millions d’euros[ii]-, à une entreprise mexicaine, PISA, pour le traitement de la dialyse péritonéale. Les membres du bureau des dirigeants de l’IGSS sont accusés par la CICIG d’avoir encaissé 15% de la valeur du contrat en pots-de-vin. L’affaire prend une autre dimension quand on apprend que le contrat a été attribué à l’entreprise PISA qui ne remplissait pas toutes les caractéristiques demandées par l’IGSS, et ne disposait pas de l’infrastructure nécessaire pour soigner la maladie. Le 13 mai l’IGSS avait ainsi décidé de rompre le contrat avec l’entreprise PISA alors que plus d’une dizaine de malades étaient décédés de la maladie et que plusieurs dizaines de patients se trouvaient toujours dans l’attente d’un traitement.

Le déroulement de la crise

La réaction du peuple
Suite aux révélations de la CICIG, les guatémaltèques ont décidé d’agir, étant pourtant, de manière générale, peu réactifs face aux questions de politique publique[iii]. Cette fois-ci, le haut niveau de la corruption ainsi que le haut rang des personnes accusées ont fait réagir le peuple. C’est d’abord le 25 avril que les guatémaltèques se sont réunis  pour manifester à la ville de Guatemala mais aussi dans de nombreuses autres villes de provinces. Le pays n’avait pas connu de telles démonstrations depuis la fin de la guerre civile en 1996. Lors de cette manifestation les citoyens guatémaltèques ont demandé de mettre un terme à la corruption et la démission de la Vice-Présidente Roxana Baldetti ainsi que celle du Président Otto Perez Molina lui-même. Depuis fin avril les guatémaltèques continuent d’organiser des manifestations chaque semaine via les réseaux sociaux. Il existe ainsi des groupes pour organiser les manifestations, le mot-dièse du rassemblement étant « RenunciaYa » -soit « Démissionne Maintenant ».

Réactions gouvernementales
Au moment du scandale, le président Otto Perez Molina s’est empressé de limoger trois de ses ministres, dont le ministre de l’intérieur: Mauricio Lopez, son bras droit. Le dévoilement de l’affaire de corruption a été un réel coup dur pour le Parti Patriote du président. Trois jours après le scandale, Alejandro Sinibaldi, candidat du parti à la présidence pour les prochaines élections, se déroulant en septembre 2015, a décidé de démissionner du parti. Pour apaiser le mécontentement de la population ainsi que pour montrer sa volonté de coopérer dans la lutte de la corruption, Otto Perez Molina a aussi décidé de demander au Secrétaire Général de l’ONU, le 23 avril, de prolonger le mandat de la CICIG jusqu’en 2017. La demande a été acceptée mais comme nous l’avons évoqué précédemment, cela n’a pas suffi à calmer les citoyens.
Enfin, suite aux nombreuses manifestations de mécontentements, la Vice-Présidente, Roxana Baldetti a démissionné de son poste le 8 mai.

La communication de crise du gouvernement
Deux évènements dévoilent une défaillance dans la communication de crise du gouvernement. D’abord lors de la conférence de presse du 21 avril, réalisé après le retour de la Vice-Présidente lors de son voyage en Corée Sud. Alors qu’officiellement Roxana Baldetti serait rentrée de son voyage le 18 avril, face aux accusations de plusieurs journalistes annonçant qu’elle serait rentrée le 17 avril, accompagnée de son secrétaire personnel le fugitif Monzon, cette dernière n’a su que répondre de façon confuse aux journalistes, justifiant ces différences de dates et ses confusions par le décalage horaire.
Aussi au cours d’une audience du mois d’avril, alors que des écoutes de la CICIG sont dévoilées, plusieurs surnoms sont répétés dont « Le Président », « La dame », « la 2 » et « La R ». Accusée par les membres de la CICIG d’être la « R » et la « 2 », la Vice-Présidente a alors porté son accusation sur la femme du président (Rosa Maria Leal de Perez), qui, pourrait selon elle être « La 2 » évoquée dans les écoutes. Le président Otto Perez Molina s’est empressé de réfuter ces accusations.

Il faut ici entendre par défaillance de la communication de crise le fait qu’avec ces deux situations, Roxana Baldetti n’a pas su convaincre de son innocence mais a plutôt fait pencher la balance de l’opinion publique contre elle.


La Cour Suprême de Justice accuse le Président
Plus récemment, la Cour Suprême de Justice du Guatemala a lancé une procédure à l’encontre du président Otto Perez Molina, accusé d’avoir été directement impliqué dans les affaires de corruption de La Línea et de l’IGSS. Début juin la Cour Suprême a décidé de demander au Parlement de retirer l’immunité du Président afin de le juger pour ses actes, mais les problèmes de corruption persistent, plusieurs membres de cette la Commission parlementaire devant juger de la levée ou non de l’immunité ayant reçu des menaces des morts.

Que penser de la situation actuelle au Guatemala ?[iv]
Nous pouvons retirer certains points positifs de la situation. D’abord l’œuvre de la CICIG a permis de faire évoluer l’idée selon laquelle il est impossible de lutter contre la corruption. La CICIG illustre comment la communauté internationale peut aider à la lutte et la prévention de la corruption et de l’impunité à l’échelle d’un pays. Aussi nous pouvons noter l’importante mobilisation des guatémaltèque, et rappeler que tout s’est organisé via les réseaux sociaux.

Les points négatifs que l’on remarque est cette quantité toujours plus élevée de corruption. Le buffet de l’impunité en est l’illustration parfaite.  Aussi, par rapport au rôle de la CICIG, il faut noter qu’un pays étant souverain, l’aide internationale ne devrait être qu’optionnelle et accessoire et donc, le Guatemala devrait apprendre à s’en passer, soit réussir à construire un pays sans corruption.

Pour terminer il faut rappeler que des élections présidentielles ont lieu au Guatemala en septembre 2015.La CICIG pourrait encadrer le processus électoral, aidant ainsi à apaiser la crise politique au Guatemala.

[i] Les chiffres donnés dans cet article viennent des éditions papier du journal guatémaltèque PrensaLibre.

[ii] Ibid.

[iii] Nous nous basons ici sur les conclusions du dernier rapport du Baromètre des Amériques sur le Guatemala

[iv] Voir article de Crisis group par Arturo Matute : Ending corruption in Guatemala, du 30 avril 2015

Escalade diplomatique entre l’Espagne et le Venezuela

Source : EFE

Source : EFE

Dans les prochains jours va être envoyé au Venezuela le secrétaire d’Etat espagnol, Jésus Garcia, en charge des relations avec l’Ibéro-Amérique.

Il s’agit d’un geste de bonne volonté du gouvernement espagnol, puisque la crise entre les deux pays date de plusieurs mois.

En effet le mercredi 22 avril le ministre des affaires étrangère espagnol, Jose Manuel Garcia-Margallo, avait décidé de rappeler son ambassadeur au Venezuela pour consultation. Il s’agissait d’un nouvel épisode dans les relations très tendues entre les deux pays. Cette décision du ministre espagnol intervient suite « à l’escalade d’insultes, calomnies et menaces dirigées contre l’Espagne et ses institutions » proférées par le président du Venezuela Nicolas Maduro. En effet ce dernier dans son programme télévisuel hebdomadaire intitulé « en contact avec Maduro » a accusé le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, d’être « derrière une conspiration internationale visant à renverser le gouvernement vénézuélien », de « soutenir le terrorisme au Venezuela » avant d’ajouter qu’il appartenait « à un groupe de bandits, de corrompus, et de voleurs ».

Ces différentes accusations de la part de Nicolas Maduro contre le gouvernement espagnol viennent du fait que le 14 avril dernier une proposition de loi a été déposée afin de libérer les opposants politiques du président vénézuélien, Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma notamment. Aussi, durant le mois de mars l’ex-chef du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez avait proposé d’assurer la défense de ces deux prisonniers politiques (le parlement vénézuélien a d’ailleurs réagit mercredi 22 avril en déclarant que M. Gonzalez était persona non grata dans le pays). Leopoldo Lopez, leader du parti politique Volonté Populaire, est enfermé à Caracas depuis plus d’un an et est soupçonné d’avoir provoqué de violentes manifestations étudiantes contre le gouvernement. En ce qui concerne l’autre opposant politique, Antonio Ledezma, il est accusé d’avoir voulu organiser un coup d’état contre Nicolas Maduro et est emprisonné depuis le mois de février dernier.

Cet épisode de brouilles diplomatiques entre les deux pays n’est pas le premier puisqu’il dure depuis un moment déjà. Le 28 octobre 2014 il s’agissait du Venezuela qui cette fois-ci avait rappelé son ambassadeur en Espagne pour consultation. Le Venezuela se situe dans une position difficile et les élections législatives prévues à la fin de l’année 2015 s’annoncent incertaines pour le président Maduro. Ce dernier depuis le dimanche 15 mars 2015 a obtenu de l’Assemblée nationale des pouvoirs spéciaux. Ce vote permet au chef d’État vénézuélien de gouverner par décret jusqu’à la fin de l’année. Il s’agit de la 2ème fois que Nicolas Maduro a recours à ce procédé pour administrer son pays pour ne plus avoir à solliciter le parlement vénézuélien. De plus le Venezuela est plongé dans une crise économique du fait de la baisse des prix du pétrole. En tant que pays rentier, le budget de la république bolivarienne est de fait complètement dépendant des revenus de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, un véritable État dans l’État Cette stratégie de défi employée par Caracas vis-à-vis de l’Espagne peut s’annoncer extrêmement risquée pour ce pays déjà esseulé, d’autant plus que le conseil des affaires étrangères de l’Union Européenne après cette affaire avait fait un point spécial à propos du Venezuela lorsqu’il a traité des affaires concernant l’Amérique latine. Il est également intéressant de rappeler que 45% des investissements étrangers au Venezuela sont d’origine européenne.

Nicolas MORISSET

Le « silence complice » face à la persécution des chrétiens d’Orient

D’après l’association Portes ouvertes, un chrétien dans le monde est tué toutes les cinq minutes en raison de sa croyance. Le 4 avril dernier, veille du dimanche de Pâques, le pape François dénonçait « le silence complice » et « l’indifférence » devant la « furie djihadiste » qui frappe les chrétiens. Le soutien de l’évêque de Rome pour les chrétiens du monde est annoncé deux jours après le massacre de 148 croyants à l’université de Garissa au Kenya, tués par des Shebabs somaliens.

Qui sont ces « chrétiens d’Orient » ?

On recense aujourd’hui environ 200 millions de chrétiens dits « d’Orient », très majoritairement catholiques ou orthodoxes. Cette appellation englobe finalement de nos jours les chrétiens non latins. Les chrétiens repris sous ces appellations représentent des minorités plus ou moins importantes présentes en Iran, Turquie, Inde, Pakistan, Indonésie, Éthiopie, Érythrée, Égypte, Arménie, Syrie et au Liban, mais aussi à travers leurs diasporas européenne, nord et sud-américaine ou encore australienne.

C’est particulièrement en Syrie et en Irak que les familles sont la cible privilégiée des mouvements djihadistes qui ont émergé à la faveur de la chute des régimes. Ils sont persécutés, expulsés de chez eux, forcés d’abjurer leur foi ou encore soumis à des impôts spécifiques.

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Selon Bernard Heyberger, historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, lors d’un entretien pour le journal La Croix le 17 février dernier : « (…) je ne crois pas à un plan d’éradication concertée des chrétiens d’Orient : ils sont davantage victimes des rivalités entre sunnites et chiites, entre factions islamistes rivales. Il est toujours plus facile de prendre leurs ressources aux populations minoritaires – en l’occurrence les chrétiens, mais aussi les yézidis, etc. – qu’aux musulmans, surtout lorsque l’on se présente comme de « bons musulmans » ! Les violences contre les chrétiens donnent même de la légitimité à ceux qui les commettent, de même que les actes de brigandage à leur égard peuvent être présentés par leurs auteurs comme des actes islamiques conformes à la charia. Ce discours passe d’autant mieux auprès de la population que c’est celui qui est enseigné à l’école dans de nombreux pays musulmans… »

Aujourd’hui la situation de ces familles est critique. Le gouvernement français se dit favorable à l’accueil des chrétiens d’Orient quand d’autres acteurs, dont notamment les évêques français et plusieurs acteurs humanitaires, estiment qu’il faut au contraire les aider à rester sur place.

Lors du débat du conseil de sécurité des Nations unies sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, présidé par Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international le 27 mars à New York, ce dernier a eu ces mots : « Je vais parler clair : au Moyen-Orient, nous faisons face à une entreprise barbare et systématique d’éradication ethnique et religieuse. Les musulmans sont par leur nombre les premières victimes des djihado-terroristes mais les communautés non musulmanes constituent des cibles privilégiées. Elles incarnent cette diversité que Daech veut faire disparaître. Les Chrétiens, les Yézidis, les Turkmènes, les Kurdes, les Shabaks – tous sont menacés par ce que j’appellerai le triangle de l’horreur : l’exil forcé, l’asservissement, la mort. « . Le ministre a en effet organisé cette réunion dans le but d’ériger une charte d’action, sous l’égide des Nations unies, avec pour objectif de mettre un terme à l’entreprise d’éradication et d’extermination conduite par Daech et préserver la diversité du Moyen-Orient. Le souhait de Laurent Fabius de mobiliser d’urgence la communauté internationale face aux persécutions a permis l’intervention du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, ainsi que des représentants religieux et de la société civile, lors de l’ouverture de ce débat public, auquel l’ensemble des Etats membres des Nations unies ont pu participer.

Par ailleurs, le 23 juin sera organisé à Paris un « un grand rassemblement de mobilisation et de soutien aux chrétiens d’Orient ». Il s’agit d’une initiative de François Fillon et Valérie Pécresse (Les Républicains), tous deux engagés pour cette cause depuis des mois. Le but de se rassemblement est d’accroître la pression sur les gouvernements français et européens pour qu’ils aident ces « minorités persécutées ». Il se déroulera au Cirque d’Hiver, 110 rue Amelot, Paris XIe, à partir de 19 heures.  Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient, association française entièrement consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient, et Patrick Karam, président de la Chredo (Coordination chrétiens d’Orient en danger) se sont associées à cette initiative.

Malgré ces mobilisations, le silence autour du sujet de ces persécutions n’en demeure pas moins complice. La prise de conscience grandit cependant, comme le témoigne la semaine de polémique suite à la décision de la RATP en mars dernier de retirer des 250 affiches promotionnelles d’un concert la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient » (au nom du « principe de neutralité du service publique »). Cet épisode aura fait couler beaucoup d’encre, jusqu’à ce que le tribunal de grande instance de Paris soit même saisi, et aura finalement abouti au rétablissement de la mention.

Les Philippines dans le conflit des massifs de Scarborough

En conflit avec Taïwan, la République populaire de Chine et la Malaisie à propos des îles Spratleys, les Philippines ont également de lourds désaccords avec la Malaisie à propos de l’État de Sabah. Ici nous nous proposons de nous arrêter sur une autre zone de tension : celle du récif de Scarborough.

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Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que les Philippines sont un pays en plein développement économique. Avec un taux de croissance de 6% en 2012, les philippins comptent désormais parmi les nouveaux tigres de l’Asie. Cet archipel de 7107 îles est bordé à l’est par la mer des Philippines, à l’ouest par la Mer de Chine méridionale et au sud par la mer de Célèbes.

Le secteur touristique est florissant dans cette région, faisant des Philippines une destination prisée, malgré la présence perpétuelle de menaces climatiques (catastrophes naturelles ou cyclones). Le climat social actuel est clame et optimiste ce qui favorise la croissance. Cependant, même si l’hyperprésidence donne une image de confiance et de stabilité à l’économie (auquel s’ajoute un effort considérable dans les discours et dans la pratique d’une politique contre la corruption), la corruption, la prostitution, les révoltes armées préoccupent encore très largement le pays. Le système économique reste encore très inégal, creusant un fossé énorme entre les riches et les pauvres.

Le récif de Scarborough est situé dans le centre-est de la mer de Chine méridionale, au large de l’île philippine de Luçon. Il s’agit d’un atoll, de forme triangulaire, qui possède un lagon d’une superficie d’environ 150 km². Il est presque intégralement recouvert à marée haute. Il est aujourd’hui revendiqué par la République populaire de Chine, les Philippines et Taïwan. Ce sont les eaux environnantes qui les intéressent. Elles sont des voies de passage pour plusieurs routes commerciales et abritent d’importantes zone de pêche.

Pour Manille, l’argumentaire est simple : situées à 220 kilomètres des côtes philippines, elles font, de fait, l’objet d’une exploitation par le pays depuis son indépendance. Mais Pékin n’est pas en reste, et exhume des textes historiques pour soutenir que des Chinois ont exploité la zone depuis le 13ème siècle. En 1935 justement, la première République de Chine en prend officiellement possession, l’atoll faisant partie de sa sphère d’influence et étant utilisée depuis des siècles par des pêcheurs chinois. Avec la proclamation de la République populaire de Chine sur le continent et le maintien de la République de Chine sur Taïwan en 1949, ces deux pays poursuivent leurs revendications sur l’atoll. Et le bras de fer s’est considérablement tendu depuis 2012. Des navires chinois interdisent désormais aux bateaux de pêcheurs philippins d’accéder à la zone. Depuis 2012 donc, suite à une opération militaire de sa marine, l’armée chinoise occupe ce récif.

Malgré plusieurs décennie de consultations, de contestations et de débats au sujet d’un atoll inhabité, Manille et Pékin continuent à se disputer autour de la question. Les Philippines ont tenté toutes les formes de médiations, qu’elles soient politique ou diplomatique, dans un objectif de négociation pacifique. Son différend avec la chine ne semble pas se calmer. Le ministre philippin des affaires étrangères, Albert del Rosario, avait annoncé à la presse la décision de son pays de faire appel à un tribunal arbitral dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). « A plusieurs reprises, depuis 1995, les Philippines ont échangé avec la Chine pour régler pacifiquement ces différends. A ce jour, une solution est encore loin. Nous espérons que la procédure d’arbitrage aboutira à une solution durable », a-t-il ajouté. La procédure s’applique également à une partie de l’archipel des Spratleys, au sud-est. Manille demande notamment au tribunal de déclarer « que les revendications maritimes en mer de Chine méridionale (…) sont contraires à la CNUDM et nulles », et de demander à la Chine « de cesser les activités qui violent les droits des Philippines dans son domaine…

De nos jours, les pêcheurs chinois servent souvent de pions sur l’échiquier des mers de Chine. Les autorités chinoises continuent en effet de revendiquer la souveraineté de l’intégralité de la mer de Chine méridionale tandis que pour Manille, nous sommes là dans la « mer de l’ouest des Philippines » et ces hauts fonds font partie de la zone exclusive maritime des Philippines puisque le récif de Scarborough se trouve à 140 milles nautiques à l’ouest de Luçon, la principale île de l’archipel philippin. L’histoire n’est en réalité pas nouvelle. Les mers de Chine et particulièrement la mer de chine méridionale ont toujours été agitées ; ces îlots dépeuplés de civils mais truffés de bases militaires faisant l’objet d’escarmouches depuis des années entre les marines et les pêcheurs des pays voisins -Philippines, Vietnam, Malaisie et surtout la Chine. Le poids militaire de la RDPC est largement supérieur aux trois autres. Du coup, les pays du sud-est asiatique se rapprochent des Etats-Unis. Des exercices conjoints aux marines américaines et philippines ont eu lieu et Manille a demandé l’aide de Washington.

Comprenons avant tout que les Philippines entretiennent des relations privilégiées avec les Etats-Unis, où réside la plus importante communauté philippine expatriée (près de trois millions de personnes). 400 000 ressortissants américains, dont une majorité de binationaux, résident dans l’archipel. Les deux pays sont liés par un accord de défense mutuelle en cas d’agression militaire, signé en 1951. Les relations avec Pékin sont contrastées. La Chine est le troisième partenaire commercial des Philippines, après les États-Unis donc et le Japon. Manille souhaiterait établir un dialogue stratégique avec la Chine, mais cette évolution est compromise par la préoccupation qu’inspirent les ambitions chinoises dans la région et la question récurrente des différends territoriaux (îles Spratleys et le massif des Scarborough). Manille a demandé en janvier 2013 la constitution d’un tribunal arbitral, en mettant à profit des dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, afin qu’il se prononce sur le droit des Philippines à disposer d’une ZEE en mer de Chine du Sud.

Au vu de cette situation, nous pouvons affirmer que le récif de Scarborough constitue un véritable enjeu aux yeux des trois puissances qui le revendiquent. Le butin n’est pas négligeable : des eaux très poissonneuses et surtout riches en hydrocarbures. L’énergie est un prérequis au fonctionnement de l’activité économique de la société de consommation. La rivalité autour du massif des Scarborough n’est donc pas anodine. Par ailleurs le sursaut de fierté nationale des philippins, suite à la polémique, est également un élément très profitable pour le gouvernement.

India-France Relations: a promising alliance

AP Photo/Ian Langsdon, Pool All Rights Reserved

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Prime Minister since 2014, Narendra Modi has impressed many observers with his pro-active foreign policy. Main news media mainly focus on the Modi administration’s diplomatic engagement with great powers, such as the United States, or with fast developping powers, as China. Whereas when the relations with European powers are under the journalistic spotlights, almost only economic and trade issues are discussed.

Since 1998, the Franco-Indian relationship has become increasingly strategic. After years of cordial relations, even throughout the Cold War, the strategic dialogue between India and France is now well developed, with the annual joint naval military exercises, named Varuna, as an example. Prime Minister Modi and French President Hollande met earlier this spring, and succeeded in reaffirming Franco-Indian security, energy and economic partnership. Both leaders should now recognize that their countries have somewhat close strategic interests in the Indian Ocean region, and thus it is in this region that their cooperation has the best chances of reaching its full potential.

France is an Indian Ocean power, with a medium military presence but a vast exclusive economic zone, as well as an important influence in the southwestern Indian Ocean. La Reunion and Mayotte make for about one million French citizens, and its combined EEZ in the Indian Ocean represents more than 2.6 million km². This could be easily forgotten by foreign observers, but has its importance to understand France’s position in the zone.

Taking part to the region’s stability

France reaffirmed its interest in helping to preserve stability in the Indian Ocean in the 2013 White Paper, which qualifies the Indian Ocean as a major region for international trade, “at the heart of world strategic challenges.”, and thus willing to help India in its economic growth. A help from » industrialized democraties » that India seeks to « pursue India’s economic interests ». France maintains air, ground and naval military forces in the Persian Gulf region, in Abu Dhabi and Djibouti. Paris recognizes that the equilibrium of the region could only be effectively maintained once India has revealed itself as a more powerful naval actor, with greater ability of projection and exterior operations. The annual naval exercises between the two countries are not only made to sustain military diplomacy, but also to help India to build its regional military capacity.

These regular training exercises have gained in complexity, involving nuclear powered submarines and aircraft carriers. Through such joint exercises, both countries have increased their interoperability and proficiency. French weapons sales to India are also proficient. India bought Scorpene class submarines, naval surface-to-air missile systems and, more recently, 36 Rafale fighters that could play an important maritime strike role. This can clearly improve India’s naval capacity. If their cooperation keeps going this way, we can expect joint maritime and littoral surveillance, amphibious Special Forces training, and maybe in intelligence and coordinate regional strategies for the years to come.

The future of the cooperation

“The Persian Gulf is likely to become a region of increased military competition in the future”, explains Iskander Rehman. With the mutating situation In the Middle East, Paris and New Delhi have growing doubts over the ability of the Washington to regulate the increasing violence ravaging the region. In that situation, France and India could coordinate their policies to watch over the region. Developing a more institutionalized strategic dialogue between India and France to help insure Persian Gulf security might be a good intent.

Paris and New Delhi should seek to enhance their cooperation in maritime domain and intelligence gathering. In the Indo-Pacific region, with the territorial and influence disputes in the Sea of China, in which the two great powers of China and the U.S. confronts, among others, the India-France partnership could play a role. The disputes for Southeast archipelagic region are fought by “earning” islands and gathering intelligence. China is progressively spreading its influence and surveillance ability through the whole region, and even the Indian Ocean, with many means, and notably with the String of Pearls, increasing its power and control over regional activities. In that case, France and India have to counter China from spreading too far, develop their own littoral intelligence and security devices, and provide the surrounding countries with them, thus establishing a secure maritime perimeter.

France and India’s diplomacy and intelligence services have the clear objective to achieve stronger cooperation on the challenging “dual-use infrastructure” in Eastern Africa and the Southwestern Indian Ocean. In order to win this “competition”, they will have to use Modi government’s approach in the Indian Ocean. By using different economic and developmental tools, India could continue to win over small seaside states and isles. However, Modi’s government must stay aware that these states can also play with greater powers against one another.

Flavien Gouabault

Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux: comment ça fonctionne?

En 1964, le pape Paul VI instaure le Secrétariat pour les Non-Chrétiens. Il est chargé notamment des relations avec l’Hindouisme, le Bouddhisme et l’Islam. Ce secrétariat trouve sa légitimité dans le Concile Vatican II et sa volonté d’ouvrir l’Eglise. Jean-Paul II demandera à ce dicastère spécial de participer à la préparation de la rencontre interreligieuse d’Assisse (le 27 octobre 1986). Le succès de cette journée amena le Saint-Siège a considérer avec plus d’attention le dialogue entre les religions et, le 28 juin 1988, le Secrétariat pour les Non-Chrétiens devient le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (CPDI). Cette nomination élargie la mission de l’ex-secrétariat et en fait aussi le reflet de l’ouverture de l’Eglise au monde. Comment fonctionne donc le CPDI ?

Structure et objectifs.

Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux est composé de trois organes.

L’organe de direction est lui-même composé d’une trentaine de personnes (tous cardinaux ou évêques) qui sont membres du CPDI. Il leur appartient de réunir une Assemblée plénière à intervalle régulier (2 à 3 ans) afin de fixer les orientations pour le conseil pontifical et discuter de sujets présentés comme importants.

L’organe exécutif regroupe le personnel travaillant en permanence au CPDI. Ce qui comprend le président (actuellement, le cardinal français Jean-Louis Tauran), le secrétaire, le sous-secrétaire, des assistants administratifs et techniques. On y retrouve aussi divers responsables notamment pour l’Islam, les religions orientales et traditionnelles. L’organe exécutif a pour mission d’appliquer et de mettre en œuvre les directives prises par l’organe directif.

Cardinal Jean-Louis Tauran c(DR)

Cardinal Jean-Louis Tauran
c(DR)

L’organe consultatif est à disposition du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. Il est constitué de trente « Consulteurs », spécialistes de l’étude des religions, qui se réunissent régulièrement, souvent selon la zone continentale de résidence. Par leurs travaux, ils conseillent, informent ou font des propositions au CPDI.

Ainsi structurée, le conseil pontifical a pour objectif de :

  • Promouvoir le dialogue, la collaboration et un respect réciproque entre catholiques et croyants non-chrétiens[1].
  • Favoriser et encourager l’étude des religions.
  • Favoriser la formation des personnes souhaitant se consacrer au dialogue (interreligieux ou non).

Méthodologie du Dialogue.

Pour le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, la méthodologie du dialogue se divise en quatre points.

Le premier point est une définition du dialogue. Ce mot implique parole et écoute, don et réception, pour un enrichissement mutuel en partageant sa Foi tout en restant ouvert à celle de l’autre. Ici, le CPDI se défend d’un quelconque prosélytisme. Son but n’est pas de convertir mais d’apprendre à connaitre la religion d’autrui tout en lui présentant la sienne. On est dans un échange entre adeptes et non entre religion. Ce qui suppose de connaitre les points communs et les différences.

Le second point du Dialogue Interreligieux, pour le CPDI, est relationnel. On parle ici d’une relation interne entre le Conseil Pontifical et les différentes commissions instituées par les Eglises locales. Ce sont ses dernières qui sont les principaux relais du CPDI. Elles sont chargées de mettre en place le dialogue au niveau local.

Le troisième point méthodologique du CPDI est la dimension œcuménique du dialogue. En effet, le dicastère est en relation permanente avec le Conseil Mondial des Eglises afin de mettre en place des initiatives. On voit ici la volonté de lier l’ensemble des communautés chrétiennes à la démarche du dialogue interreligieux. Le CPDI et le Saint-Siège considèrent que les catholiques ne sont pas les seuls concernés par cette question.

Quatrième et dernier point, le CPDI se défend de tout acte ou action politique. Il limite ses activités au religieux.

Les activités du Conseil.

Les actions du CPDI se séparent en cinq niveaux.

Premier niveau : la réception de visiteurs. De nombreux représentants des différentes religions se déplacent régulièrement au Vatican. Le Conseil se charge de les accueillir, de les aider dans les différentes démarches que les visiteurs peuvent entreprendre (comme en autre assister à des Audiences générales ou privées avec le pape). Cet accueil est aussi mis à la disposition des évêques catholiques lors de leurs visites « ad limina apostolorum »[2].

Second niveau : les visites. Tout comme des représentants des autres religions viennent à Rome, des responsables du CPDI sont régulièrement amenés à se déplacer pour rencontrer les représentants des religions non-chrétiennes. Le but est double :

  • Favoriser le dialogue interreligieux ;
  • Rencontrer les évêques catholiques du pays visités afin d’obtenir un compte rendu complet de la situation sur place et de promouvoir les échanges avec les autres religions.

Troisième niveau : Les réunions. Ces dernières sont aussi bien internes qu’externes. En effet, le CPDI participe le plus souvent à des rencontres organisées par d’autres organisations, aussi bien au niveau régional qu’international.

Quatrième niveau : les publications. Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux publie de nombreux livres, bulletins, et brochures sur le dialogue entre les religions. Ceci a pour but de promouvoir son action, mais aussi de proposer une méthodologie des rencontres interreligieux. De plus, le CPDI donne une liste d’organisation pour le dialogue interreligieux.

Cinquième et dernier niveau : Favoriser le dialogue par les jeunes. C’est dans cette optique que le CPDI est en lien avec la fondation Nostra aetate. Cette dernière accorde une bourse à des jeunes non-catholiques qui souhaitent approfondir leur connaissance du christianisme auprès des institutions académiques pontificales, en vue d’un enseignement sur le christianisme ou d’un engagement dans le dialogue interreligieux.

Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux est donc le bureau central du Saint-Siège pour le dialogue avec les religions non-chrétiennes. Il doit promouvoir un dialogue respectueux dans un esprit d’ouverture issu du concile de Vatican II. Il définit une méthodologie reposant sur l’échange entre adeptes et non entre religion, reconnaissant qu’il y a « des parcelles de vérité » dans les autres confessions[3].

François VOUTIER

[1] A noter que les relations avec le Judaïsme ne fait pas parti des missions du CPDI, mais de la Commission pour les Rapports religieux avec le Judaïsme, organe lié au Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

[2] Visite quinquennale obligatoire à Rome pour les évêques catholiques.

[3] Déclaration « Nostra aetate ».

21 après le Génocide : quelle réconciliation au Rwanda ?

 

United Nations Assistance Mission for Rwanda (UNAMIR) - (c) DR

United Nations Assistance Mission for Rwanda (UNAMIR) – (c) DR

Mardi 7 avril dernier, jour du 21ème anniversaire du déclanchement du Génocide au Rwanda, la présidence française a déclassifié les archives sur le Rwanda pour les périodes 1990 – 1995. C’est ce qui nous fait nous interroger sur la question de la Réconciliation au Rwanda après le génocide.
Une réconciliation institutionnelle
C’est d’abord la justice qui va aider le pays et ses habitants à se réconcilier. Au niveau international, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, crée en 1994 va avoir pour rôle de  poursuivre et juger les hauts responsables du génocide.  Au niveau national, ce sont des tribunaux nationaux qui sont mis en place pour juger ceux ayant aidé à la planification du génocide, ainsi que ceux ayant commis des atrocités pendant ce génocide. Au dernier niveau: communautaire, ce sont les Gaçaça -d’anciens tribunaux villageois- qui ont été réinstaurés, pour permettre aux communautés elles-mêmes de juger les coupable. Leur mandat s’est achevé le 4 mai 2012.

Mais c’est la Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation qui a le plus œuvré dans le sens de la réconciliation. Crée en 1999 dans le but de créer un « Rwanda pour tous les rwandais » elle s’est chargée  de concevoir et coordonner le programme d’unité et réconciliation nationale, en développant divers outils de réconciliation comme des festivals de la communauté et des sommets nationaux pour rassembler le peuple; des programmes de formation à la paix et à la réconciliation, ou encore en publiant des rapports d’étude sur des thèmes tels que la construction de la paix au Rwanda ou le rôle de la femme dans la réconciliation, entre autres.

Une réconciliation personnelle
Mais la réconciliation est avant tout un processus psychologique individuel. Se réconcilier c’est, d’une certaine façon, faire le deuil.

A la fin du génocide bourreaux et victimes se sont retrouvés à cohabiter ensemble. Alors que certains se retrouvaient seuls et sans aucune famille, ces mêmes-là se sont retrouvés à vivre côte à côte avec ceux ayant massacré les leurs, eux avec toute leur famille encore présente. Alors qu’il y a eu un nombre très important de femmes violées, ces dernières n’ont pas pu recevoir de trithérapie, contrairement à leurs violeurs, en prison. Enfin, de nombreux rwandais n’ont pas pu retrouver les corps de leur proches, et donc les enterrer, ce qui a empêché de faire le deuil des évènements passés.

Comprenons que la réconciliation individuelle passa avant tout par un travail de mémoire et, souvent, se fait à travers un effort de pardon. Or il n’a pas été permis aux victimes de connaitre la vérité sur les évènements génocidaires. En effet, une vérité sociale est apparue au Rwanda, les coupables en prisons se « partageant » les crimes lors des procès pour réduire leurs peines. Précisons qu’il était difficile pour certaines victimes de témoigner, lors des Gaçaça, face à leurs bourreaux. Aussi, la vague d’allègement des peines de 2007 a été perçue par certains comme une amnistie libérée et a laissé une sensation d’impunité. Sans sanction et réparation, la réconciliation, vue comme un processus imposé institutionnellement, a été compromise. Le pardon a aussi été corrompu: pour certains les demandes de pardon semblaient fausses. Aussi, alors que pour certains il paraissait comme libérateur, pour d’autres le pardon a été perçu comme processus imposé par les appels au pardon publics lancés par le président du Rwanda depuis 2000, Paul Kagame. On peut ici récuser l’usage collectif du pardon, qui est en réalité  une démarche individuelle.

Esther Mujawayo[i], une survivante, nous livre :  » «  Je ne sais pas pourquoi les étrangers tiennent tant à ce qu’on se réunisse. C’est peut-être leur culpabilité d’avoir laissé faire sans réagir qui produit, chez eux, ce fantasme de nous apporter des solutions miracles? Pfffff, comme de la magie! On serait tous bons après avoir été si odieux, et, grâce à eux, on se rapprocherait pour tenter de revivre ensemble… »

Pour conclure, si le but de la réconciliation institutionnelle était de rétablir un ordre social, les initiatives prises ont eu un effet certain. Mais malgré tous les dispositifs mis en place, il apparaît que la réconciliation personnelle est à apprécier avec beaucoup de prudence.

 

[i] Dans son ouvrage : Esther Mujawayo, Souad Belhaddad; SurVivantes; Editions de l’Aube; 2004; 208p.

 

Romina REBOIS