Les chrétiens victimes de persécution en Syrie. Quel avenir pour la minorité ?

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La crise humanitaire en Syrie est l’une des plus importantes de notre siècle. Principalement Chrétiens et Sunnites, on dénombre depuis 2011, près de 2 millions de personnes déplacées à l’extérieur du pays. Sur le terrain, les organisations humanitaires se débattent pour porter assistance aux réfugiés syriens. En plus de pourvoir aux besoins primaires, les organisations telles que Caritas Internationalis Liban reçoivent de plus en plus de chrétiens, victimes de persécutions religieuses, qui ne souhaitent pas rentrer chez eux lorsque le conflit aura cessé et demandent à quitter le Moyen Orient.

Il y a quelques semaines, la communauté chrétienne a été fortement ébranlée par les cas de persécutions religieuses commises à leur encontre. Les djihadistes EIIL ont sévi en Syrie, dans la ville de Raqa. Sept chrétiens ont été exécutés, durant la période de Pâques, dont deux ont été crucifiés.  Selon les autorités religieuses chrétiennes, il ne s’agit malheureusement pas d’acte isolé. Des groupes islamistes ultra-radicaux exigent des chrétiens qu’ils se convertissent. S’ils essuient des refus, ces derniers n’hésitent pas à appliquer « La Loi de Dieu » et donc, de « tuer la personne qui n’est pas d’accord avec toi. »

Selon le rapport de l’Index Mondial de Persécution, la Syrie serait le troisième pays, derrière la Corée du Nord et la Somalie, où les communautés chrétiennes sont le plus sujettes aux violences.

Jusque là, la minorité chrétienne en Syrie a été tolérée. Le régime laïc de Bachar Al-Assad a permis à la communauté de vivre en paix avant que la guerre civile n’explose. Les chrétiens étaient libres d’exercés leur culte, tant que ces derniers ne perturbent pas l’équilibre du pays et la cohabitation entre les différentes confessions. Bien que les chrétiens bénéficiaient de certaines libertés, ils étaient tout de même sous surveillance des services secrets. Pourtant, les communautés chrétiennes de Syrie ne sont pas les premières cibles de la révolte populaire mais elles en font tout de même les frais. Déjà, la minorité a apporté son soutien au régime alaouite. Non pour des raisons d’accord politique mais plutôt par intérêt pour la communauté. Le gouvernement de Bachar Al Assad leur garantissait une relative tranquillité en échange de ne pas se faire trop remarquer.  Face au phénomène d’islamisation qui guette les pays du golf arabe, les minorités religieuses, à l’image des chrétiens, sont les premiers être invités à trouver refuge sur un territoire où ils seront en majorité. Par exemple, lors de manifestations anti-régime, nous pouvions lire sur les banderoles, en tête de cortège : « Chrétiens retournez au Liban ». Le message est clair.

Aujourd’hui, les chrétiens de Syrie vivent dans la peur de re-vivre ce qu’appel le Service des Chrétiens Persécutés : « un scénario à l’Irakienne ». À savoir qu’une grande partie des chrétiens d’Irak avait trouvé asile en Syrie après avoir connu l’exode.

Quoiqu’il en soit, le stage que j’effectue auprès des réfugiés syriens m’a permis de me questionner sur l’avenir des communautés chrétiennes au Moyen Orient. Seront-elles forcées à l’exode et devront elles compter sur les programmes de visas humanitaires  pour  leur permettre de quitter leur pays afin de vivre en paix ?

En 2013, une organisation composée d’intellectuels et hommes politiques chrétiens, a décidé d’adopter le « Pacte de foi et d’Honneur » que ces derniers considèrent comme étant une preuve d’allégeance à la Nation Syrienne. Cependant, cette initiative relayée et soutenue par une grande majorité de chrétiens à l’intérieur du pays, a fortement déplue au chef de l’État Syrien. Il a tout simplement tenté de faire échouer cette entreprise, en utilisant la force de dissuasion lorsqu’il le fallait.

La communauté chrétienne de Syrie qui, en échange de son silence et da sa discrétion, avait soutenu le régime alaouite, se retrouve seule face aux groupes islamiques radicaux qui usent et abusent de cette faiblesse pour pousser les derniers chrétiens de Syrie hors du pays.

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La communauté arménienne du Liban : « on se souvient »…

Tag Arménien Rue Haret Sader, Bourj Hammoud

Du 24 avril au 30 mai 2014, la communauté arménienne installée au Liban a fêté successivement le début du génocide arménien pratiqué par les turcs ainsi que le début de la lutte pour l’indépendance. Le quartier du Bourj Hammoud, appelé aussi la « Petite Arménie » s’habille aux couleurs de cette dernière. Bien que les arméniens se soient, par la force des choses, déplacés vers d’autres contrées, ils n’en n’oublient pas pour autant leur origine et leur Patrie.

 

 

« Ce n’est pas l’arabe qu’il faut apprendre. Ici, on parle arménien. C’est un morceau de notre pays. » me dit Léon, un bijoutier de la rue Arax, dans le Bourj Hammoud.

Le 24 avril 1915 marquait le début du génocide arménien pratiqué par les turcs.  La communauté arménienne représente aujourd’hui, au Liban, 5% de la population. La communauté fait parti intégrante de puzzle confessionnel qui fait la fierté du pays. Ici, la place des arméniens n’est plus à discuter. Leur réputation en terme d’artisanat et de joaillerie n’est plus à faire. Les guides touristiques les plus connus n’hésitent pas à les citer en exemple lorsqu’il s’agit de faire des affaires en matière de métaux précieux. Parfaitement intégrer au Liban, les arméniens n’en oublient pas d’où ils viennent et qui sont ils : les héritiers d’une diaspora malheureuse et menacée.

Bien que les arméniens fêtent le 99ème anniversaire du génocide de leurs ancêtres, la douleur de ce passé violent est toujours présente. En me promenant dans le chef lieu de la communauté, où je vis pour les besoins de mon stage, il est impossible d’ignorer les centaines de tags qui ornent les murs du quartier : « Fuck Turkey » ou encore  « Turkey guilty of genocide ». L’heure n’est donc pas à la réconciliation. Le jour de mon installation dans le quartier du Bourj Hammoud, le boulanger arménien le plus célèbre de la zone ne manque pas de me prévenir sur les thèmes sensibles à ne pas aborder ici, à savoir la Turquie qu’ils jugent, encore aujourd’hui, responsable des atrocités commises envers le peuple arménien installé dans le pays. Pourtant, cela fait presque 100 ans que les faits ce sont produits mais la communauté n’a jamais pu l’oublier ou même vivre avec, ce qui entretient de fait, une mémoire collective.

La solidarité entre arméniens est aussi le fruit d’un certain communautarisme. Bien que la communauté arménienne a choisi, entre autre, le Liban comme terre d’accueil et qu’elle y est parfaitement intégrée et attachée, cette dernière conserve le goût de ses pratiques culturelles et le quotidien s’organise autour d’elles. Intégration oui mais pas assimilation culturelle ! L’exemple le plus courant des traditions fortement ancrées dans l’esprit de la diaspora arménienne : le mariage qui ne doit se faire qu’entre arméniens.

« Si mon père apprend que je veux me marier avec un libanais, même s’il est chrétien, il me tuera! » me confie Nina Kosojian, étudiante en Droit à l’Université libanaise

Quoique le Liban soit tourné vers une certaine occidentalisation et modernisme, emmenant alors dans son sillage sa jeunesse, les traditions résistent et restent les garantes d’une identité que l’on conserve comme un joyau et qui, parfois font l’objet de tensions. Tensions qui persistent actuellement entre différentes communautés qui fragmentent le territoire et entretenues par les migrations intensives côté syrien. Tout cela ne favorise malheureusement pas une ouverture mais plutôt un repli communautaire. Ce repli communautaire constitue aussi une défense supplémentaire pour légitimer, par le poids démographique, une présence sur un territoire qui n’est pas le leur. La mémoire collective constitue évidemment le socle de cette communauté arménienne. C’est la raison pour laquelle, il me semble, que les commémorations sont aussi nombreuses en cette période.

La mémoire du génocide rappelle aussi les racines et l’identité chères aux arméniens qui n’ont pas hésité à créer leur propre monde, hors de leur territoire. La Turquie est aussi l’ennemi qui rassemble. L’entretien de cette haine ancestrale renforce la communauté autour d’un même combat: celui de la reconnaissance du génocide par les turcs. Les arméniens accusent encore les turcs de nier le génocide et comptent poursuivre le combat en quête de reconnaissance …

  » Le « catholicos » a rappelé que « le peuple arménien dans son ensemble et là où il se trouve réclame justice avec détermination et fermeté, suite au premier génocide du XXe siècle qui a été perpétré contre lui « .

Un grand merci à Léon Karagoshian, Nina Kosojian et Pépé Arsalian pour m’avoir fait partager des morceaux de leurs histoires et m’avoir permis de connaître l’histoire du peuple arménien.

La diplomatie spatiale à l’aube du IIIème millénaire.

Tous droits réservés.

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Le contexte de Guerre Froide, en évoquant des relations internationales basées sur l’espace, a tendance à évoquer en nous  l’image d’une « Guerre des étoiles ». A l’aube du IIIème millénaire, satellites civiles,  institutions spatiales régionales, hausse des problèmes transnationaux liés aux activités spatiales ne nous permettent pas de garder une telle image d’Epinal. Bien sûr, l’héritage de la Guerre Froide se fait toujours sentir, et comme partout, le Hard power côtoie le Soft power ; mais le développement d’un monde multipolaire et la privatisation de ce domaine de haute technologie transforme peu à peu la diplomatie spatiale jusqu’à l’émergence d’un « Droit spatial ».

Il est vrai que la conquête de l’espace est indissociable d’une bipolarité. Concrètement, elle servait à la fois une propagande pour montrer l’efficacité d’un système sur l’autre, et à la fois un besoin de dépasser technologiquement et militairement (espionnage et force de frappe) l’autre. Les années 1990-2000 ont permis une redistribution de ces cartes. Néanmoins, plusieurs grandes puissances gardent à l’esprit cet exemple de passif ainsi que l’idéal d’un leadership spatial. Les Etats-Unis sont  les meilleurs représentants de ce point de vue. Il suffit d’évoquer l’ajout, dans leur politique spatiale de 2006, d’éléments de « space dominance » leur permettant « d’interdire l’utilisation de capacités spatiales hostiles aux intérêts nationaux », pour s’en faire une idée. Ce Hard power a été atténué en 2010 avec l’émergence d’une diplomatie spatiale. La Chine peut être aussi évoquée notamment avec la destruction, en janvier 2007, d’un ancien satellite météorologique (FY-1C) montrant ainsi sa capacité technologique et lui permettant, en 2010 de contester les monopoles américains et européens. Mais cette continuation de la diplomatie spatiale de puissance, basée sur la « sécurité nationale maximum » doit faire face aux nouveaux acteurs de la mondialisation.

L’explosion du système libéral dans les années 1990-2000 et le développement des technologies informatiques ont transformé la politique spatiale. Les technologies actuelles permettent de nouvelles perspectives pour les applications spatiales aussi bien en matière d’observation de la terre qu’en matière de navigation satellitaire. La libéralisation et le développement d’un monde complexe, multipolaire et interdépendant a fait émerger de nouveaux acteurs étatiques (Iran, Corée, Indes, Brésil…) et non-étatiques (SpaceX, Boeing…). Concrètement, de nombreux pays émergents mettent en place une diplomatie spatiale en contractant des liens plus ou moins forts avec des puissances. L’acquisition de satellites ou de services de lancement, la création de laboratoires de recherche et de centres de recherche spatiaux se multiplient au travers d’accords bilatéraux et complètent souvent une aide au développement. La diminution, à la suite de la Guerre Froide, de la part des budgets des états consacrés à l’espace, entraîne indirectement une privatisation de ce secteur. L’influence des Etats, sur ces entreprises, reste essentielle mais celle-ci n’est plus dans une volonté de diplomatie de puissance mais plutôt dans une diplomatie économique. Le spatial est une vitrine technologique, selon Christophe Venet il « contribue au solde de la balance commerciale (…) et peut servir de différenciateur dans le cadre d’accords commerciaux plus globaux »[1]. La diplomatie spatiale des puissances vers les pays émergents permet  une politique d’influence (exemple de la Chine en Amérique latine).

Ce multilatéralisme est complémentaire d’un second mouvement. Alors que les puissances spatiales voient leur monopole infiltré par les nouveaux acteurs de la mondialisation et tentent de le préserver plus ou moins (politique spatiale des Etats-Unis en 2006), les pays émergents  développent une double politique. Tout d’abord ils augmentent les accords/associations régionaux ; on trouve ainsi ARMC en Afrique, des institutions spatiales régionales comme APSCO et APRSAF pour l’Asie ou même ESA pour l’Europe. Ensuite, la revendication d’un accès et d’une utilisation équitable de l’espace (cf. déclaration de Bogota en 1976) s’exprime dans la volonté d’élaborer des normes. L’Union Européenne pèse lourdement, sur ce dernier point, depuis qu’elle a lancé le projet de code de conduite sur les activités spatiales. La revendication d’une ouverture du spatial pour les pays émergents et l’accroissement d’alliances régionales contribuent à la multipolarité du spatial et à cette nouvelle diplomatie spatiale. Cette revendication du domaine spatial n’est pas seulement liée à une ambition de puissance, les limites de certaines ressources spatiales (orbites géostationnaires et fréquences associées) et les problèmes transnationaux (changement climatique, surveillance des catastrophes naturelles etc.) contribuent à ce qu’on pourrait appeler l’émergence de l’idée d’une Organisation des Nations Unis pour l’espace.

A l’aube du IIIème millénaire, il est évident que l’importance du spatial ne cessera de s’accroître. Les problèmes environnementaux et supranationaux du même type me paraissent déterminants dans l’aboutissement d’un Droit de l’espace plus égalitaire. La montée des pays émergeants et des acteurs transnationaux ne peut qu’aller dans ce sens. Bien sûr, en raison du coût et des moyens que nécessites une telle activité, les puissances spatiales traditionnelles gardent un avantage et une avance, mais le monopole ou la bipolarité ne semblent plus à l’ordre du jour. Dans ce contexte la diplomatie de puissance sous forme de Hard power doit faire place peu à peu à une diplomatie d’influence et d’économie.

Thibault Dewynter

[1] VENET Christophe, « L’espace, un outil de politique étrangère », Penser les ailes françaises, n°30, mai 2014.

Sources :

 

Renforcement de la société civile au Burkina Faso, premier bilan

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

 Comme certains d’entre vous, chers lecteurs, le savez déjà (ou l’avez deviné en parcourant certains des derniers articles de ce blog), votre serviteur et Déborah Guidez sommes actuellement en stage au Burkina-Faso, au sein de l’association burkinabé ATAD, dont nous avons déjà parlé. Nous suivons donc le processus de renforcement de la société civile, en cours dans le pays depuis une dizaine d’années maintenant. Dans ce cadre, nous nous intéressons de façon plus précise au fonctionnement  de structures appelées «comités de suivi à la base » (CSB), qui constituent les premiers maillons de cette chaîne d’information, de sensibilisation et de plaidoyer, puisqu’elles agissent directement au niveau villageois et communal. Après un peu plus d’un mois, l’heure est donc venue d’un premier bilan.

Pour rappel, un CSB est une structure agissant comme une interface entre les pouvoirs politiques locaux et la population dont elle est directement issue. Chacun de ces comités est constitué de 12 membres volontaires et bénévoles, élus par consensus lors d’une assemblée villageoise après une session d’information de tous les acteurs (services municipaux compris) organisée par l’association qui servira de « point focal » (à l’échelle régionale). Une fois élu, le comité dispose d’un mandat de 3 ans, renouvelable une fois, et bien entendu strictement non cumulable avec un poste politique quel qu’il soit. L’association focale sert ensuite uniquement de point de formation et d’information pour les comités qu’elle suit, mais n’intervient plus non plus dans les actions menées localement.

La composition du comité est toujours la même,  3 membres issus des communautés religieuses (un catholique, un protestant et un musulman), 3 membres issues de groupements féminins, 2 membres issus d’associations pour la jeunesse (18-35 ans), 2 membres issus d’associations diverses (aide au développement ou autre), un représentant issu d’une association d’handicapés, et enfin un représentant de la chefferie coutumière. Cette composition garanti en principe que toutes les composantes de la population locale aient au moins un représentant au sein du comité de suivi. En ce qui concerne le représentant de la chefferie coutumière, elle a un double intérêt. D’une part, il s’agit d’une autorité encore influente et respectée au sein des populations (même si elle ne dispose plus d’aucun pouvoir légal), mais elle permet aussi de se prémunir contre les éventuelles tentatives d’instrumentalisation des comités par les municipalités.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à la mise en place de deux de ces CSB (à Latoden et à Arbolé), et j’en ai tiré un premier constat. Tout d’abord, la population se saisit facilement et avec intérêt de ce système, dont elle apprécie l’équilibre représentatif et les objectifs. Ensuite, l’idée forte est de permettre la mise en contact des « forces vives » de la société civile locale, trop souvent dispersées, et de leur permettre de travailler ensemble à la réalisation d’objectifs communs. De ce point de vue, il s’agit d’une réussite incontestable.

Nous avons ensuite pu nous entretenir avec d’autres comités, notamment celui de Kaya, dont Déborah Guidez a parlé ici, déjà en fonctionnement depuis un an ou plus, afin de pouvoir dresser un bilan de leur action. Sans grande surprise, plusieurs difficultés sont apparues.

Tout d’abord, même si les responsables politiques locaux ont toujours été informés de la mise en place d’un comité dans leur commune et du fonctionnement de celui-ci, les premiers mois ont toujours été marqués par une certaine incompréhension.  Ainsi, il a fallu du temps aux municipalités pour voir les comités non pas comme des « enquêteurs » ou des concurrents potentiellement gênants mais comme de véritables partenaires. Il faut ici rappeler que le rôle de ces derniers est bien d’agir comme une interface, et donc dans les deux sens, ce dont les services municipaux se sont la plupart du temps rendu compte au bout de quelques mois. De fait, en parallèle de leurs actions de plaidoyer pour l’amélioration de tel ou tel problème local (accès aux soins, à l’eau, recueil et diffusion d’informations sur le budget de la commune, etc.), les comités font aussi un travail de responsabilisation des populations, notamment en ce qui concerne le paiement des impôts (souvent très problématique). Cette double action effective a pu rassurer les mairies, qui finissent donc par collaborer plus facilement.

Mais le problème central, qui revient inlassablement partout où nous nous sommes rendus, concerne les moyens dont disposent les comités. Leurs membres sont, comme nous l’avons précisé, bénévoles, et prennent donc sur leur temps personnel pour agir. Mais ils ne disposent d’aucune source de financement, et il est exclu que les municipalités s’en charge pour des raisons évidentes d’indépendance. Cet état de fait freine considérablement leur efficacité. D’abord, il faut noter la question des moyens de transport, qui coûtent très cher compte tenu du niveau de vie moyen dans le pays (le plein d’une moto coûte en gros 10 000 FCFA, soit l’équivalent de près de 20 jours de nourriture pour une personne…). Chaque commune rurale pouvant compter jusqu’à une quarantaine de villages éloignés de plus de 5 km chacun, on peut comprendre que sans moyens pour se déplacer, le travail d’information soit bien moins efficace. Pour la même raison les déplacements pour assister à des réunions régionales ou nationales de formation sont souvent difficiles. Enfin, la mise en place de certaines activités est rendue impossible. Pour inviter des responsables locaux et des acteurs de la société civile à des discutions par exemple, il faut pouvoir fournir à boire et à manger, tout bêtement… Les moyens nécessaires ne sont donc pas extraordinaires puisqu’il s’agirait seulement de doter les CSB d’un budget fixe leur permettant d’être remboursés de leurs frais de transports et de bouche lors de leurs déplacements ou de leurs réunions, mais aucun partenaire ne s’est pour le moment manifesté pour les soutenir financièrement.

De fait, les CSB ne doivent leur survie qu’à l’acharnement de leurs premiers élus, qui ont pu voir certaines actions couronnées de succès : plus grande transparence dans les budgets communaux, évolution positives dans les pratiques de mariage forcés et dans le domaine du respect des droits humains en général, confiance établie avec les municipalités etc. Les populations commencent également à s’adresser de plus en plus souvent à eux pour agir comme médiateurs dans leurs problèmes avec les pouvoirs locaux, mais à cause du manque de moyens leur tâche est de plus en plus difficile et les volontaires pour prendre la suite sont de plus en plus rares. A moins de trouver des solutions pérennes dans ce domaine donc, le risque est grand que ces structures « à la base », issus directement de populations qui ne demandent qu’à être les acteurs de leur propre développement, ne puissent durer, ce qui serait un formidable gâchis…

Vignane-Gonzalez Lou

Le pape François confronté à l’éternel conflit israélo-palestinien

Vue de Jérusalem

Vue de Jérusalem

Le pape François a mené une visite symbolique ce dimanche 25 mai à Jérusalem, après être allé en territoire palestinien plus tôt dans la journée. Il s’y était recueilli au pied du mur de séparation qui traverse Bethléem, accueilli par le président Mahmoud Abbas et appelant à mettre fin à une « situation inacceptable, pour le bien de tous ».

Le pape en a profité pour inviter M. Abbas et le président israélien Shimon Pérès à prier pour la paix en Terre Sainte, les enjoignant de se rendre au Vatican. M. Abbas a accepté l’invitation dès dimanche, tandis que S. Pérès a déclaré le lendemain : « nous serons heureux de faire une prière dans notre maison ou la vôtre, à votre invitation et selon votre choix ». La date du 6 juin prochain est avancée. Le pape avait déjà souligné le droit pour le peuple palestinien d’« avoir une patrie souveraine et indépendante », provoquant ainsi la colère de l’extrême-droite israélienne. 26 activistes ont par ailleurs été placés en garde à vue lors d’une manifestation contre la venue du pape à Jérusalem, censé dispenser une messe sur le mont Sion le lundi 26 mai.

La réponse positive de Pérès ne convient pas aux positions intransigeantes affichées par le premier ministre de l’État, Benyamin Nétanyahou. Il ne serait pas étonnant de voir que la proposition ait été perçue comme une forme d’ingérence politique, comme cela a été le cas le 15 mai dernier, lorsque la ministre de la justice, Tzipi Livni, a rencontré M. Abbas à Londres, en présence de John Kerry. Il avait été rappelé que les négociations avaient pris fin en avril, après le rapprochement effectué par l’Autorité palestinienne avec le Hamas, et qu’Israël « ne négociera pas avec un gouvernement palestinien qui est soutenu par le Hamas ». Selon le quotidien Maariv, Mme Livni aurait même été proche d’un limogeage suite à la rencontre.

Dans la situation présente, il ne faut pas négliger les divergences apparues entre Nétanyahou et Pérès, qui se montre plus conciliant à l’égard des Palestiniens, étant même accusé de mener une diplomatie parallèle et de s’emparer du rôle normalement dévolu au premier ministre. Ces divergences se sont accrues récemment lorsque le Président a déclaré, sur une chaine de la télévision israélienne, qu’il y a trois ans, un accord aurait été presque conclu avec l’Autorité palestinienne, mais que la dernière réunion censée finaliser les négociations aurait été annulée par Nétanyahou. L’accord de paix, recherché depuis si longtemps maintenant, aurait ainsi été entravé par l’entremise du Premier ministre. Pérès se montre plus ouvert sur la question palestinienne, mais en dépit de sa venue prochaine à Rome, il ne faut pas oublier que son mandat présidentiel arrive à terme en juillet prochain.

La question d’un accord de paix israélo-palestinien reste d’actualité et le sera sans doute longtemps encore. Depuis le rapprochement réalisé entre l’Autorité palestinienne et le Hamas de Gaza, Israël a stoppé net le processus de négociations, refusant de traiter avec ceux qu’ils considèrent comme des terroristes. Les constructions illégales en Cisjordanie se poursuivent (l’organisation « La Paix Maintenant » a constaté une hausse dans les implantations de 70% pour le premier semestre 2013 !) et un dernier élément est à noter : la récente nouvelle de Nétanyahou concernant sa volonté d’inscrire le terme d’État juif dans la Constitution israélienne. Il a déclaré : « j’ai l’intention de soumettre une loi à la Knesset, qui constituera un ancrage constitutionnel pour le statut d’Israël comme Etat national pour le peuple juif », statut que rejetteraient immanquablement les Palestiniens sous peine de devoir renoncer au droit de retour des réfugiés. La prière à Rome ne modifiera pas la donne malgré sa portée symbolique, tant que le gouvernement israélien restera campé sur ses positions, qui de toute évidence sont défavorables à l’apparition d’un État palestinien voisin.

Déborah GUIDEZ

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/05/01/netanyahou-veut-ancrer-l-etat-juif-dans-la-loi-israelienne_4410342_3218.html

http://www.leparisien.fr/international/le-pape-francois-a-bethleem-vives-tensions-a-jerusalem-25-05-2014-3869501.php

http://www.lepoint.fr/monde/shimon-peres-accepte-l-invitation-du-pape-a-une-priere-commune-pour-la-paix-26-05-2014-1827970_24.php

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/05/26/le-pape-francois-court-circuite-benyamin-netanyahou-dans-le-processus-de-paix_4426024_3218.html

Crise syrienne: Le Liban suffoque et se débat.

Photo: HCR/S. Baldwin

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Le cap des un million de réfugiés syriens au Liban a été largement dépassé en début d’année. Alors que le pays porte encore les séquelles d’une guerre civile dévastatrice dont il peine à se remettre, l’arrivée massive des réfugiés syriens dans le pays remue le couteau dans la plaie.

« Ce n’est pas aux syriens à qui il faut s’en prendre, c’est au gouvernement libanais qui n’a pas su protéger son peuple! » s’exclame Georgette Khalil.

L’incident du Bourj Hammoud, à Beyrouth, révélateur des tensions communautaires ?

Le samedi 17 mai, une violente dispute éclate dans le quartier du Bourj Hammoud, banlieue Nord de Beyrouth où s’entasse près de 350 000 habitants. Majoritairement, le quartier abrite des migrants arméniens, palestiniens, irakiens et, plus récemment des réfugiés kurdes  et syriens. La querelle a opposé un groupe de libano-arméniens à un clan kurde, ressortissant syrien. La raison de l’altercation reste encore floue, une semaine après les faits. Mais il pourrait s’agir, selon les forces de l’ordre, d’un conflit résultant de tensions préexistantes entre les deux communautés. En effet, la communauté libano-amérnienne accuse la communauté syrienne de « faire une concurrence déloyale au niveau de l’emploi. »Cela n’aurait pu rester que des grossièretés échangées entre voisins mais la dispute a, très vite, tourné au drame. Un homme d’une cinquantaine d’années est décédé après avoir reçu, sur la tête, une bonbonne de gaz. Le coupable a été arrêté par la police, présente tout au long de la rixe.

Cet évènement a donné l’occasion aux libanais de dénoncer une certaine insécurité dans le quartier, voire le pays qui, selon ces derniers, serait due à la présence importante des ressortissants syriens. Les forces de sécurité ont alors pris la décision de verrouiller entièrement la zone et d’interdire l’accès du quartier, aux syriens, de 20h jusqu’à 6h du matin. Les forces de l’ordre sont déployées dans chaque rue et procèdent à des contrôles d’identité rigoureux. La fermeture des magasins, considérés comme illégaux, tenus par des syriens a été ordonnée.

« Quand il y a eu la guerre chez nous, est-ce que les syriens nous ont aidé comme nous, nous le faisons ? Non! Ils ont fermé les frontières pour s’assurer qu’on resterait mourir chez nous ! » me confie Mariam, habitante du quartier.

 Le réveil de blessures profondes ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet accueil massif des réfugiés font ressurgir des mauvais souvenirs. La communauté internationale appelle à plus de solidarité et demande d’intensifier l’aide humanitaire. Le gouvernement libanais a fait le choix de laisser l’entrée libre aux réfugiés sur le territoire.

Mais comment un pays d’à peine 10 000 kilomètres carrés, de plus de 4 million d’habitants, croulant sous les problèmes socio-économiques, a pu faire le choix de laisser entrer plus d’un million d’étrangers sur son espace ? La réponse est claire : le gouvernement met en application le Droit International Coutumier du « non refoulement ». Cependant, il est important de noter que le gouvernement libanais ne reconnaît pas les ressortissants syriens comme réfugiés. Les autorités libanaises leur confèrent un statut d’étranger ou plus simplement, de « visiteur ». Pour obtenir le statut de réfugiés, le Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies a étroitement collaboré avec le gouvernement libanais.

« Le gouvernement a peur que la situation se répète avec les Syriens et qu’elle perdure, que les réfugiés ne repartent pas », a dit à IRIN Simon Faddoul, président de Caritas Liban.

La crainte que l’histoire se répète est dans tous les esprits. L’incident du Borj Hammoud confirme que certains « réfugiés » s’installent au Liban et offre au pays une main d’oeuvre bon marché.  La présence des syriens a considérablement aggravé le cas libanais. Le pays est surendetté et s’appauvrit, un gouvernement fantôme, la gestion des structures publiques sombre dans le chaos, les prix ne cessent d’augmenter et le taux de chômage a battu des records chez les 18 – 27 ans. Le rapport de la Banque Mondiale, commandé par les autorités libanaises, dresse un constat catastrophique, à horizon 2015. Le pays suffoque considérablement et les esprits s’échauffent. L’ONU demande à ce que les élections présidentielles aient lieu le plus rapidement possible pour tenter de rétablir la situation et négocier, de nouveau, avec le gouvernement syrien pour la protection des civils. La reprise des hostilités à Homs et les déclarations qui suivirent confirme que les tentatives de retour à la paix espérées après la Conférence de Genève II ont lamentablement échoué. Le Liban peut-il être ou, sera t’il, considéré comme un dommage collatéral de la crise syrienne ?

Le constat est accablant et la pilule est dure à avaler pour les libanais, qui réagissent parfois avec violence. La discrimination voire, le racisme d’une communauté envers une autre est malheureusement le lot quotidien. Le Liban pourra t’il retrouvé la paix ? Les communautés et les multiples confessions qui ont fait la fierté de cette nation retrouvera t’elle le goût de vivre ensemble ? Du côté de l’aide humanitaire et de la communauté internationale, est-il acceptable de venir en aide à une population au détriment d’une autre ?

F.Luca

L’importance du plaidoyer pour la société civile burkinabé

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

Un exemple de CSB : celui de la commune de Pissila, effectif depuis 2011

La société civile du Burkina Faso s’organise. Dans un État qui n’a pas vu l’alternance politique depuis presque trois décennies, les OSC (organisations de la société civile) sont considérées comme un contre-pouvoir nécessaire et efficace. Leur pluralité leur permet de couvrir un grand nombre de causes et d’actions diverses ; toutes ont en commun de vouloir militer en faveur de la population, qui, rappelons-le, constitue l’une des plus démunies au monde.

Certaines des OSC burkinabés ont pris l’initiative, il y a quelques années, de créer des Comités de Suivi à la Base (communément appelés CSB). Ces structures ont pour objectif le suivi et l’évaluation des politiques publiques nationales, mais également le plaidoyer auprès des acteurs locaux, et ce afin de répondre aux besoins de la population, de mener des projets de développement ou de favoriser l’égalité entre les citoyens. C’est ainsi que le CSB de Kaya, chef-lieu de la région Centre-Nord, se mobilise actuellement afin de favoriser l’accès des personnes handicapées dans les lieux publics. Une quarantaine de services ont ainsi été ciblés, tels le gouvernorat, la mairie, le haut-commissariat etc. Une fois le recensement effectué, il s’agissait donc de contacter les endroits retenus afin de leur communiquer un questionnaire portant sur l’existence de trames d’accès au sein de leur service. Les membres du CSB, au nombre de douze, s’y sont ensuite rendus afin de discuter de la problématique avec les autorités concernées.

Il s’avère qu’une grande partie de ces lieux n’est pas suffisamment équipée pour pouvoir accueillir les personnes en situation de handicap physique. Plusieurs raisons ont été avancées : les plus communes concernent le manque de budget, mais aussi, comme c’est le cas à la direction générale des sports et loisirs, l’impossibilité de prendre soi-même une décision. En effet, étant un service délocalisé et étant sous la tutelle du Ministère concerné, les actions effectuées doivent être en accord avec les directives envoyées par celui-ci et une déviation dans le budget est impossible. Autre cas de figure : le refus délibéré de coopérer, de peur de laisser filtrer des informations pouvant être confidentielles.

La mise en commun des données recensées devrait permettre de définir la stratégie à adopter par la suite pour le CSB, qu’il s’agisse d’inciter les services en question à mettre en place des trames d’accès (cette obligation s’inscrivant dans une loi sur la protection et la promotion des droits des personnes handicapées promulguée en 2010) ou de mettre en pratique une forme de plaidoyer au niveau régional, voire national, à l’aide des partenaires qui opèrent à ces échelons : ceux-ci pourraient mobiliser en amont, là où les décisions de certains services décentralisés sont prises. Le processus est en cours, il reste des progrès à faire et à espérer que les efforts déployés seront récompensés : un geste en faveur des personnes handicapées constituerait en effet un pas dans la lutte pour l’égalité entre les citoyens.

Déborah GUIDEZ