Compte rendu du Side event organisé par le CIRID, à l’ONU (3/3)

Intervention d’Aziz S.Fall sur la situation géopolitique africaine.

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            Lors de ce side event, une vidéo conférence a été établie avec un professeur de l’Université de Montréal. En effet, Aziz S.Fall est géopolitologue il présente l’Afrique comme ayant un paradoxe, il pense que ce continent est une interface avec des ressources énormes mais qu’il est enfermé dans une « division du travail international » ce qui est sous entendu, à mon sens, est un manque de contrôle  évident des états africains sur leurs propres ressources naturelles. Aziz S.Fall résume cette situation en disant : « l’ordre mondial préférerait l’Afrique sans les africains ». A partir de ce constat, il appuie son propos sur le Congo, en disant que ce pays est le premier à avoir signé un traité de libre échange avec l’Europe. Il poursuit en disant que le Congo n’a jamais eu la pleine maîtrise de sa souveraineté, notamment à cause des FMN (Firmes multinationales) et des « juniors » qui sont voraces et semblent vouloir affaiblir le pays plus que le renforcer car ces entreprises ont plus à y gagner. D’autres acteurs sont aussi sources de déstabilisation en opérant un travail de sape, où en brouillant les pistes comme certains Etats et leurs interventions qui augmentent plus les tensions qu’ils ne les résorbent. Ainsi le développement du Congo est paralysé par des préoccupations autant internes que régionales, car rappelons le depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la région a connu six à huit millions de morts. Fall souligne l’échec de la diplomatie multilatérale onusienne, et l’instrumentalisation des interventions notamment de la part des Etats-Unis, il souligne également l’absence d’un « driving system contraignant ». De même, l’UA (Union Africaine) n’arrive pas du tout à faire respecter les traités (Arusha ou Addis-Abeba), ce qui montre l’ampleur du travail en ce qui concerne des voies de sorties de crises qui sont à trouver et à instaurer.

            Fall poursuit sur l’internationalisme qu’il qualifie de «  valeur noble », mais qui subit une réelle complexification du à la transnationalité qui vient brouiller la visibilité de la justice internationale. De même, un autre point est mis en exergue, en l’occurrence l’absence de contrôle de ce système internationale (FMN, dirigeant étatique, organisation internationale) et c’est à cause de ça que l’impunité est élevée, car il faudrait commencer par sanctionner des acteurs qui ne le veulent pas et qui contrôlent plus ou moins le système.

            Pour conclure, Fall propose de réfléchir sur la mise en place d’un système de solidarité des biens communs (marchandisables). En parallèle, il faudrait adopter une approche citoyenne « homéomorphe »[1] mondiale qui serait un internationalisme revisité en y adjoignant des valeurs.

J.RETIF

Compte rendu du Side event organisé par le CIRID, à l’ONU (2/3)

Débat sur la gouvernance et les droits humains en Afrique post-conflits.

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            Ce side event est axé en plusieurs objectifs de discussions, surtout en ce qui concerne la région des grands lacs pour donner une précision géographique (Burundi, Rwanda, RDC). Le premier concerne le concept d’impunité et que faire pour le comprendre et l’endiguer car selon les termes de Déo Hakizimana « c’est elle (l’impunité) qui règne dans cette région (des grands lacs) ». Le second axe réside dans le dialogue et que faire pour qu’il s’enracine. En effet, une réflexion est portée sur des cas concrets des différents espaces africains.

            L’allocution commence par évoquer la RDC et notamment la présence de 19 000 casques bleus, mais ce n’est pas suffisant. En effet, Déo Hakzimana insiste sur le fait que la RDC doit profiter des actions du CIRID et de l’expérience burundaise pour trouver et construire processus de stabilisation de la paix et de la reconstruction. Le Burundi fait un exemple parfait de la réussite de ce processus qui a lieu entre 1963 et 1969. Un problème est cependant évoqué, celui de la « victimisation », car les victimes ne se manifestent pas ou rarement, ce qui implique qu’il n’y a pas de recherches des criminels. Ainsi, il faut créer un système permettant la victimisation car s’il y a des victimes, il y des criminels. De même, il faut absolument un travail interne sous la forme de tribunaux ou de conseils de vérité sur les modèles des CVR (Commission de la Vérité et de  la Réconciliation) initiés en Afrique du Sud par Desmond Tutu ou des gacaca rwandais. Cependant, il manque encore des acteurs efficaces et moteurs pour instaurer un dialogue performant dans la région des grands lacs et dans toute l’Afrique d’ailleurs. Déo Hakizimana prend l’exemple du Mali, et parle des français en disant qu’ils « vont gagner la guerre mais que maintenant ils vont devoir gagner la paix », ce qui va nécessiter une cohésion des maliens et pas de velléités séparatistes comme ce fut le cas au Soudan.

            En ce qui concerne l’impunité, Marc Morel est intervenu, juriste en Droit international pénal et Droit international humanitaire, son discours permet de comprendre certains mécanismes. Le premier point sur lequel il insiste est la nécessité d’être sur place pour comprendre les enjeux locaux tout autant que les réalités du terrain. Le deuxième point est la tentative de jugement avec le TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), qui s’est révélée beaucoup trop rigide dans son mode de saisi des crimes, tandis que la CPI (Cour Pénale Internationale) est à l’inverse trop large. Pour lui la solution à l’impunité réside dans un fort lobbyisme et dans la création d’une forme de « justice hybride » collant à la réalité culturelle locale mais aussi aux grands principes du droit international.

            Le but du CIRID est « d’allumer une chandelle » de sensibiliser les ambassades présentent à Genève. De même le CIRID veut arriver à un consensus pour faire respecter le droit international, trop bafoué ou ignoré à cause de son caractère supranational; d’où sa volonté d’instaurer un dialogue efficace.

J.RETIF

Compte rendu du Side event organisé par le CIRID, à l’ONU (1/3)

Présentation du CIRID.

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Le CIRID (Centre Indépendant de Recherches et d’Initiatives pour le Dialogue), a convoqué un side event le 15 mars 2013 (Salle XXV du Palais de Nations) sur la gouvernance et le développement humain en Afrique[1]. Ce centre de recherche est basé à Genève et dirigé par Déo Hakizimana qui était notre principal interlocuteur lors de cette réunion ayant lieu en parallèle de la 22ème session du Conseil des Droits de l’Homme. Le directeur du CIRID est burundais et pour comprendre l’action de l’ONG il faut d’abord comprendre l’homme qu’il l’a fondé en 1996[2]. Déo Hakizimana est enseignant, journaliste et diplomate de formation. Il a été très actif dans la vie politique burundaise et a notamment fait parti de la délégation burundaise auprès de l’ONU. Il est l’initiateur du concept de « déminage des esprits », c’est également un défenseur convaincu des dynamiques volontaristes internes qui a d’ailleurs déjà porté ses fruits. Il organise désormais les « Journées de dialogue Suisse-Afrique » axées sur la création de ponts inter communautaires en vue d’une coopération « new look » dans des rapports Nord-Sud plus sains. Cette ONG bénéficie d’un statut particulier auprès de l’ECOSOC (Conseil économique et sociale des Nations-Unies).

Les principes du CIRID militent pour une Afrique Unie (« Etats-Unis d’Afrique), un engagement profondément anti-guerre et surtout pour un dialogue permanent, qui se veut inclusif, transparent, empathique et basé sur les réalités du terrain. Le CIRID sait que les résultats ne sont pas immédiats mais il veut à terme construire un pool solidaire autour du dialogue, d’où le choix du siège de l’ONG qui est le pôle international et l’archétype par excellence du dialogue.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire », cette citation d’Albert Einstein résume bien le mode de pensée du CIRID.

J.RETIF

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme,ou le paradoxe de l’information en temps de guerre

Drapeau révolutionnaire syrien

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L’observatoire Syrien des Droits de l’Homme est la seule institution qui communique actuellement sur le nombre de morts en Syrie. La plupart des médias occidentaux citent l’OSDH comme source pour rapporter des attentats ou bien des morts suite à des combats en Syrie. Cependant qui est véritablement derrière l’OSDH ? Comment cette organisation parvient elle à récupérer autant de données en plein milieu d’une guerre civile. La plupart des observateurs étrangers ne comprennent pas grand-chose au conflit, il ne reste que très peu d’ONG sur place (et celles qui le sont restent à Damas ou ne sortent pas de la capitale sans escorte massive) et les journalistes tombent régulièrement dans les feux croisés.

Londres accueille le siège de l’OSDH, cette organisation communique très peu sur elle-même car elle se consacre au recueil d’informations en provenance de Syrie. Son réseau serait constitué principalement de médecins, d’humanitaires syriens ou étrangers, de commerçants…

Le site internet de l’OSDH fournit d’ailleurs très peu d’éléments sur la constitution de l’organisme ou bien ses différentes ramifications. Elle souligne néanmoins que sa création remonte à Mai 2006 et que “The Syrian Observatory for Human Rights is not associated or linked to any political body”[1]. Cette indépendance est cependant contestée, que ce soit en interne comme par divers acteurs internationaux.

Alain Chouet, ancien directeur de la Délégation Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) qui a passé une partie de sa vie à Damas et à travaillé sur le cas syrien. Selon lui, l’OSDH est une émanation des Frères musulmans qui soutiennent la lutte contre Bachar Al Assad. De plus, la question du financement est importante, Alain Chouet précise qu’il serait d’origine saoudienne ou qatarie[2].

Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo)  et spécialiste de la Syrie (il y a vécu dix ans), est du même avis. Dans un article du journal La Croix[3] , Fabrice Balanche décrit l’OSDH comme une institution largement inspirée des Frères Musulmans et financée par les médias arabes (Al Jazzera). L’objectivité du média cité en source par Reuters ou bien l’AFP est donc très sérieusement mise en cause.

D’autant plus que l’histoire de sa création par Oussama Suleiman connu initialement sous le pseudonyme d’Rami Abdel Rahmane, réfugié syrien exilé à Coventry. Cet homme tient une des agences de presse les plus lues au monde dans un bureau de 4m², à des centaines de kilomètres du front syrien, sans aucune formation juridique ou journalistique, quand il n’est pas occupé à tenir la caisse du magasin de vêtements où il travaille.

L’histoire de l’OSDH aurait pu passer inaperçue et rester un réseau d’activiste comme il en existe des dizaines sur la Syrie. Cependant cet organisme est aujourd’hui la seule source pour la majorité des médias occidentaux sur le conflit syrien. Ses informations sont relayées quotidiennement par les journaux et chaines TV sans véritable recoupement des données.