« Un djihad de troisième génération, à bas coût »

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Meurtre d’un militaire en pleine rue à Londres (22 mai 2013), attentats de Boston (15 avril 2013) et tuerie de Toulouse (mars 2012)… Ces attaques terroristes récentes témoignent manifestement d’un nouveau mode d’opération. Certains spécialistes avancent la thèse d’un nouveau type de terrorisme. Contrairement aux attentats du World Trade Center (2001), de Madrid (2004) et de Londres (2007), les attaques de cette nouvelle décennie ont « pour point commun d’avoir été commis par des individus isolés, a priori non rattachés à des organisations islamistes au moment de leurs actes. »

 « Un djihad de troisième génération »

Gilles Kepel interprète ce phénomène comme une réponse à « l’appel à la résistance islamique mondiale » de Abou Moussab al-Souri*, visant principalement, les militaires et les juifs dans les pays occidentaux, « la force occupante en terre d’Islam ». Même si son nom reste peu connu, ses idées se sont répandues. Ce qui frappant est « le retentissement incommensurable avec les misérables moyens mis en œuvre ». Dans le cas du meurtre de Londres, un couteau, un hachoir et la caméra d’un passant ont suffi pour faire un maximum de pub. Le mode opératoire, particulièrement barbare serait lui aussi significatif : celui qui est visé, « le passant », est animalisé par les coups de hachoirs (« instrument de boucherie ») qui lui sont portés, « ce qui suscite la terreur chez l’adversaire ». L’acte  terroriste prend ici tout son sens. Selon Kepel, le but de ces attaques serait particulièrement pervers : en provoquant les autorités et en les poussant à adopter des lois répressives et liberticides, ces terroristes cherchent de nouvelles recrues pour le djihad parmi les populations musulmanes qui se sentiraient ainsi agressées par les Etats.

 Une traque antiterroriste adaptée

L’isolement de ces individus complique sérieusement la traque antiterroriste. Pour le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, à défaut de ne pouvoir surveiller tout le monde, il faut « être très vigilant sur les signes de basse intensité ». Cela passe aussi par un renforcement de la « cybertraque », internet étant souvent le lieu de radicalisation de ces individus, et une meilleure communication entre les différentes cellules antiterroristes internationales. D’autres experts comme Gilles Képel, mettent en avant la « mobilisation de ceux qui sont [les] premières victimes intellectuelles, c’est-à-dire la majorité de nos concitoyens ». L’enquête sur le cas de Mohammed Merah, par exemple, a démontré que son entourage avait pris conscience des signes de radicalisation. La dénonciation au sein de la famille ou de la communauté reste cependant une affaire sensible.

L’Echec des politiques d’intégration

Ces actes ne peuvent être imputés à l’Islam. Le parcours de ces individus démontre que la religion a servi de refuge et de réconfort alors que leur situation familiale et personnelle déchirée et déracinée, augmentait leur sentiment d’exclusion. De plus, souvent issus de l’immigration, au premier ou second degré, leurs rapports à la société d’accueil sont dominés par la méfiance ou le rejet. C’est en s’appuyant sur la solidarité entre « désintégrés » et le rejet d’une « société impie », que s’opère un basculement, et que se forment des groupes s’enfermant dans une logique fantasmée de rédemption de l’humanité. Cette solidarité prend souvent forme de cybercommunautés augmentant ainsi le caractère « déconnecté » du phénomène. On peut certes s’interroger sur le désir propre d’intégration de ces individus mais aussi sur l’ « efficacité » réelle et la volonté sincère des gouvernements. La situation est urgente, toute l’attention doit être portée sur les banlieues, premier lieu de résidence des personnes issues de l’immigration. Souvent délaissées, elles sont devenues, pour certaines, des lieux de ghettoïsation. Les récentes journées de violence dans les banlieues suédoises questionnent, elles aussi, un modèle social jusque récemment épargné par les problèmes d’immigration. L’intégration, et de manière plus générale le rétablissement de l’esprit du  « contrat social », sont un des grands enjeux sociaux actuels.

*Arrêté au Pakistan en 2005, Abou Moussab al-Souri est passé entre les mains des Américains puis  a été emprisonné en Syrie. Al-Assad le libère en 2011. Toujours selon Gilles Kepel, sa libération et son retour à Alep, sa ville natale, peut être interprétée comme une tactique du régime syrien afin de faire passer la rébellion pour un soulèvement djihadiste. De cette manière, aucun gouvernement ne prendrait le risque de soutenir le mouvement de résistance.

Laurent Tessier

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