Bachar Al- Assad « strikes back »?

Image

Après plus de deux ans de guerre civile et de multiples tentatives de médiations quelle est réellement la situation syrienne et surtout comment le régime résiste-t-il encore aux insurgés ?

                Avec un bilan estimé entre 70 000 et 100 000 morts, deux millions de déplacés et 1.1 millions de réfugiés, la Syrie semble toujours paralysée dans une inertie macabre. Comment Al-Assad  peut-il encore être au pouvoir alors qu’il ne contrôle quasiment plus son pays, que les insurgés sont soutenus financièrement et militairement, qu’il est totalement isolé politiquement et  qu’il doit faire face à un sévère embargo économique, en ce qui concerne ses exportations, source principale de revenu du pays ?

                Selon Fabrice Balanche[1] « il (le régime) est bien plus solide que ne l’étaient ceux de Ben Ali en Tunisie, de Moubarak en Egypte ou d’Ali Abdallah Saleh au Yémen. Il reste persuadé de gagner la guerre à défaut de gagner la paix »[2]. Le régime se base sur la communauté alaouite, véritable pilier du pouvoir « qui noyaute l’armée et les services de sécurité »[3]. Al-Assad se sert de la peur de l’extrémisme (notamment des attentats et de la radicalisation de certaines franges de l’opposition) pour enrôler en masse, notamment chez les druzes et les chrétiens, « contre une kalachnikov, un petit salaire et le droit de piller à volonté, le régime s’attache de jeunes désœuvrés qui auraient tout aussi bien pu rejoindre la rébellion »[4]. Ainsi, avec le soutien économique russe et iranien un semblant de régime politique continu de fonctionner, le baasisme continu d’être utilisé comme élément cohésion. De même, le contrôle sur les hauts fonctionnaires est extrême, le régime n’hésite pas à prendre en otage leur famille pour s’assurer de leur loyauté. Al-Assad peut donc compter sur une armée fidèle, une opposition floue ; aux revendications dissonantes sujettes à de véritables divisions, notamment entre Arabes et Kurdes, laïques et islamistes, frère musulmans  et marxiste. Finalement, les alaouites profitent d’une zone d’ombre régnant à l’intérieur de leurs frontières se gardant de prise de position et faisant tout pour les entretenir. En témoigne, l’absence de réaction du régime face au PYD (partie de l’union démocratique) qui s’impose sur les territoires kurdes du Nord. Le PYD est soutenu par le PKK (Partie kurde en Turquie), qui luttent tous deux pour la création d’un Etat kurde. Al-Assad y est gagnant puisqu’il entretient les divisions de l’opposition et porte atteinte, par la même, à son ennemi turc.

                Le régime syrien se maintient par tous les moyens possibles en exploitant toutes les failles à sa disposition. Le temps est en sa faveur et des coups d’éclats sont à souligner comme la récente prise de la ville stratégique d’Al-Quasyr près d’Homs[5], bastion des insurgés. Du moins, c’est le régime qui le prétend, une chose est sure les combats font rage[6]. Bachar Al-Assad est toujours en action et son abnégation semble porter atteinte aux tentatives de l’ONU pour imposer ne serait-ce qu’un cessez le feu.

 

J.RETIF


[1] Enseignant chercheur à l’Université Lyon II et membre du groupe de recherches et d’études sur la méditerranée et le Moyen-Orient.

[2] F.Balanche, La Région alaouite et le pouvoir syrien. Karthala. 2006. 313p.

[3] ibid

[4] ibid

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s