Syrie : Quels futurs ?

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Prospections sur les scénarios les plus plausibles d’un après-Assad.

Selon Joseph Bahout, enseignant à Science-Po, il existe trois scénarios possibles ; le premier d’entre eux est l’hypothèse du « réduit alaouite »[1]. Dans celle-ci, les alaouites garderaient le contrôle sur les villes de l’ouest et sur les montagnes, se refermant sur un éthos ethnico-religieux. Ainsi, les insurgés administreraient le reste du pays, ce qui conduit à terme à la partition évidente du pays. Ce scénario rappelle le contexte du Liban durant la guerre civile. Néanmoins, il faudrait l’aval des Nations-Unies, ce qui risque de poser un réel problème, notamment vis-à-vis des velléités d’indépendance kurdes. Une telle issue déboucherait inévitablement sur un démembrement de toute la région, déjà hautement instable.

                Le deuxième scénario est, selon Joseph Bahout, le plus plausible. Prévoyant la chute du pouvoir syrien sous la pression des insurgés et la prise de Damas. Dans ce cas, le climat de vengeance est à craindre, tout autant que des jugements extrajudiciaires et des exécutions sommaires des forces loyalistes par les rebelles. Bahout voit cette hypothèse comme une « ambiance d’anarchie et de chaos […] où la Syrie deviendrait l’Afghanistan du Moyen-Orient, un Etat failli déstabilisant tous ses voisins »[2].

                Un troisième scénario semble possible pour Joseph Bahout et c’est le seul qui serait positif, passant par la mise en place d’un « modèle de transition alléchant pour les Syriens, en particulier les alaouites, afin qu’ils se détachent du régime. Et cela passe par un vrai soutien à l’opposition, qui a désormais la tâche d’administrer les zones libérées, comme la province de Rakka »[3]. Néanmoins, l’après Al-Assad ne semble pas être d’actualité, car il se cramponne au pouvoir.

                Une autre hypothèse semble être plausible, étant donné que l’opposition est largement contrôlée par les frères musulmans. L’imposition de la charia et l’ombre d’un autre Etat tombant sous la houlette des islamistes ne sont pas impossible, notamment lorsque l’on voit ce qu’a donné le vote par les urnes en Tunisie et en Egypte. L’inquiétude, vient également du flou existant dans les relations entre les franges radicales de l’opposition syrienne et la mouvance des frères musulmans. Les groupes islamistes comme Ahrar Al-Cham ou Jabhat Al-Nosra opérant en Syrie, sont la preuve de la présence du militantisme islamique mais aussi et probablement, des ramifications terroristes. Ce qui projette un sentiment de crainte chez les non-sunnites, mais aussi chez les Etats occidentaux qui craignent la création d’une base arrière terroriste. Les précédents ne sont pas rares, en témoigne les actions menées contre les FATA pakistanaise ou l’Azawad, pour éviter la sanctuarisation d’un espace à vocation terroriste.

                Quoi qu’il en soit il semble difficile de s’avancer sur un scénario plutôt qu’un autre. La Syrie semble piégée dans un jeu international qui dépasse largement les acteurs locaux.

 

J.RETIF


[1] C.AYAD, « les scénarios du pire pour l’après-Assad ».Bilan géostratégique, hors série le Monde, p34

[2] ibid

[3] ibid

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