L’opération Sangaris : Un impossible retour de la paix en Centrafrique ?

L’opération Sangaris (provient du nom d’un papillon africain éphémère) des forces militaires françaises a officiellement pris fin le 31 octobre 2016. Toutefois, plusieurs centaines de soldats français, équipés de drones, resteront pour former l’armée centrafricaine et servir de réserve de mobilisation rapide en cas de besoin, alors que l’ONU a déployé 12.000 hommes dans le cadre de sa Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). La fin de cette mission ne signifie pas un retour complet du calme en Centrafrique puisque son territoire est toujours très instable et que des régions échappent toujours à l’administration centrale et restent aux mains de milices de différentes factions.

Contexte et déclenchement des troubles

La Centrafrique, comme son nom l’indique, est un pays de carrefour qui se situe au centre du continent africain. Pays très pauvre et enclavé depuis son indépendance en 1960, il est en proie à de multiples tensions confessionnelles (chrétiens et musulmans) et économique avec les tentatives de captations par des factions armées de richesses de son sous-sol ; notamment des mines de diamant dans l’Est ou des puits de pétrole dans le Nord. Fin 2012, la réélection du président Bozizé déclenche un soulèvement contestataire de multiples factions qui se regroupent pour former l’union des Selekas (coalition). Cette faction s’empare de Bangui, la capitale de Centrafrique, et chasse le nouveau président pour installer son leader à la tête du pays, Michel Djotodia. Les exactions, les massacres et les pillages des Selekas, à forte dominance musulmans, contre les populations entraînent la formation de milices d’auto-défense chrétiennes – d’appellation anti-Balaka, ce qui fait référence, selon certains médias, aux gris-gris que leurs membres portent pour se protéger des balles (anti-Balaka = anti-balles AK-47). Ces milices deviennent bientôt aussi corrompues et violentes que leurs homologues Selekas en s’en prenant aux populations musulmanes et en instaurant des systèmes de rackets et de terreur vis-à-vis des populations qu’ils étaient sensés protéger. Le maintien du cycle de violence dans un contexte de déliquescence de l’État a entraîné une réaction internationale.

Déclenchement de Sangaris et déroulement des opérations

A partir de décembre 2013, voyant le pays s’enfoncer dans la guerre civile et pressentant des risque de véritable génocide confessionnelles, l’ONU autorise les forces françaises à se déployer en aide à la force de la Mission Internationale de Soutien à la Centre Afrique (MISCA). À la suite de l’adoption à l’unanimité de la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies, Sangaris commence officiellement dans la nuit du 5 au 6 décembre avec l’arrivée à Bangui. Le 9 décembre es troupes françaises reprennent Bangui aux Selekas alors que des massacres se déroulent dans la ville faisant plus d’un millier de morts. Les troupes françaises arrivent pour faire cesser ces massacres et repoussent progressivement les Selekas en périphérie de la ville tout en tentant d’empêcher, au côté de la MISCA, les milices anti-Balaka de s’en prendre aux populations musulmanes tenues pour responsable des sévices des Selekas. Les objectifs principaux de la mission Sangaris étaient avant tout humanitaires d’aides aux populations, de rétablir les routes et la libre circulation des biens et des hommes dans toute la Centrafrique. Mais aussi de sécuriser le territoire et de désarmer les multiples milices et factions armées pour favoriser le retour de la paix et de l’autorité de l’État du gouvernement de transition. Après avoir sécurisé la région de la capitale, les forces internationales et françaises ont dû sécuriser les régions Ouest et Nord-Est du pays, notamment reprendre aux groupes armés les mines de diamant pour aider le gouvernement de transition. Les soldats français devaient favoriser le retour des administrations et des forces municipales pour que les populations, livrées à elle-mêmes, puissent revenir dans une société réglementée par le Droit et un État central.

Les difficultés de cette opération et un départ entaché par de multiples problèmes

Contrairement au Mali où la cible était claire (djihadistes), la situation est plus complexe en Centrafrique. Les soldats français ne doivent pas prendre parti contre les Selekas et pour les anti-Balaka puisque ces groupes armés très hétéroclite rançonnent et terrorisent également la population. Les groupes  »rebelles » ne prennent pas les armes dans une logique de guerre confessionnelle ou pour s’insurger contre un régime corrompu mais profitent plutôt de l’absence de l’État pour s’emparer de villages et de localités en asservissant les populations et en recherchant seulement des profits. Une opération de pacification et de désarmement qui, au départ passait pour simple et rapide, c’est transformée en  »bourbier » pour l’armée française qui est régulièrement accusée de n’avoir pas su, ou voulu, s’interposer dans les conflits locaux. Au départ effectif de la mission Sangaris, malgré de nombreux succès, la Centrafrique est toujours en proie à de fortes tensions communautaires, à des troubles et des conflits armés localisés. Le départ des soldats français a, de plus, été entaché par des accusations de viols et d’abus sexuels de certains d’entre eux sur des femmes et des enfants réfugiés aux abords des camps français. Ces accusations n’ont toujours pas, à ce jour, été complètement infirmée ou rejetée par la justice française, mais des mesures disciplinaires ont été engagées contre certains soldats. Ce bilan en demi-teinte confirme que le retour de la paix est encore un objectif lointain en Centrafrique.

Benoit GRELIER

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s