La Nouvelle Histoire-bataille : Pour un renouveau de l’Histoire militaire (Partie 2/2)

Les différents courants de la Nouvelle Histoire-Bataille

La traduction de certains grands ouvrages d’histoire militaire anglo-saxons en France permet de renouveler notre vision de la bataille et inciter les historiens français à rompre avec l’histoire militaire traditionnelle. Nous pouvons diviser en plusieurs approches la nouvelle histoire-bataille.

– Héritiers de la Pensée de Charles Ardent Du Picq (officier français du XIXe étudiant le comportement des soldats au combat et comment encadrer les troupes), des historiens s’intéressent à l’environnement des combattants, leurs matériels, … Le récit des combats ne sera plus réservé aux techniciens, représentant la guerre comme une succession d’actions et de descriptions qui ne prennent pas du tout en compte les sentiments humains et la dureté du combat, mais comme un récit proche du soldat (de ses peurs et de ses doutes …) ; c’est l’histoire-bataille au ras du sol. La traduction de certains grands ouvrages d’histoire militaire anglo-saxons ont permis de faire traverser la Manche à ces nouvelles idées. Nous pouvons citer l’ouvrage de John Keegan, The Face of the battle, traduit en 1993, et celui de Victor David Hanson , Le modèle occidental de la Guerre : La bataille d’infanterie dans la Grèce classique traduit en 2001. Ces auteurs engagent l’histoire-bataille dans une approche anthropologique. Ils étudient le fait militaire pour en déduire la  »mentalité » des soldats et leurs réactions face à des situations qui auront des conséquences sur le déroulement de la bataille voire de la campagne militaire. L’attention portée au simple combattant provient des travaux militaires sur les deux Guerres mondiales dans lesquelles les historiens étudient les lettres de soldats écrivant à leurs familles sur la réalité des combats (peur, conditions de vie, habitude des combats …).

D’autres historiens étudieront plutôt les combats en définissant les tactiques utilisées lors des batailles. Ils s’intéresseront aux différentes manières et techniques de combat de la troupe. Ils décrivent une bataille puis rentrent en son cœur, avec des lettres ou des témoignages d’officiers. Nous pouvons citer plusieurs ouvrages utilisant cette approche comme celui de Hervé Drévillon dans Bataille : Scènes de Guerre, de la Table Ronde aux tranchées, ou John Lynn, The Bayonets of the Republic.

– La dernière approche regroupe les travaux qui se penchent sur une ou plusieurs batailles. Les historiens s’intéressent à la bataille comme objet d’Histoire. Ils étudient une bataille en lui appliquant des problématiques particulières : Yann Lagadec, dans son livre La Bataille de Saint Cast, examine la construction de la bataille en tant qu’événement et le souvenir que ce combat à laisser dans les esprits en Bretagne. L’un des premiers grands ouvrages français paru sur cette nouvelle histoire-bataille est le livre d’Olivier Chaline sur la bataille de La Montagne Blanche en 1999. Celui-ci tente de comprendre ce que l’homme a pu endurer au cours de la bataille. « Une guerre en première personne dans laquelle je tue, je suis tué, je risque de rester un mort inconnu ou sans sépulture. » mais aussi les motivations idéologiques et religieuses des participants.

Limites et points forts de ce concept de la nouvelle histoire-bataille

Le concept de nouvelle histoire-bataille, cherchant à rentrer au cœur des combats et de la guerre selon la vision de l’homme de troupe et non du général, se heurte d’emblée à la nature des sources à disposition de l’historien pour l’étude des opérations militaires. L’historien moderne aura plus de difficulté à saisir et à comprendre toute la violence des opérations militaires bien qu’elle soit l’essence même de la vie du soldat, car celui-ci reste silencieux ; les soldats n’écrivent pas avant la Première Guerre mondiale car la plupart sont illettrés. Les historiens s’intéressent de fait très peu au vécu des soldats, considérant peut être que les armées de l’Ancien Régime ou celles de la Révolution ne voyaient en la guerre qu’une  » noble affaire d’honneur et de courage » ou encore une devoir citoyen de défense de la Patrie. Une étude approfondie d’un engagement ou d’une campagne militaire amène d’autres conclusions : Les soldats sont tous confrontés à l’horreur et la violence du champ de bataille et cherchent, comme tout êtres humains qui craint la mort, à s’y soustraire. L’historien va devoir prendre en compte les non-dits ; ce n’est pas parce que les soldats français et encore moins les officiers ne parlent pas des souffrances et de la peur induites par la guerre, qu’il n’y en a pas. Toute la difficulté de la nouvelle histoire-bataille est liée à ce double objectif de faire une histoire militaire proche du soldat qui, sans tomber dans la simple dénonciation de la guerre et de ses horreurs, relaterait tout de même de façon objective l’épreuve du soldat.

Malgré toutes ces difficultés un renouvellement de l’Histoire militaire est nécessaire car les récits des guerres et des conflits du passé doivent prendre en compte l’humain. La violence de guerre et la peur de la mort sont vécues de la même façon par tous les hommes et les différences entre un conscrit républicain de 1794 qu’un poilus de la Première Guerre Mondiale ne sont finalement pas si grandes.

Benoit GRELIER

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