La montée en puissance des forces armées indiennes

« La défense de chaque centimètre carré de notre patrie vient avant toute autre chose », cette déclaration du ministre indien des Finances Arun Jaitley, lors de la présentation du budget militaire indien pour l’année 2015 illustre bien la volonté manifeste de l’État indien de moderniser et d’étoffer ces forces militaires depuis quelques années.

armee-indienne

Des chars T90 de l’armée indienne lors de la parade du Jour de la République, en janvier 2015. Source : SAUL LOEB / AFP.

Lutte d’influence en Asie et stratégie de  »contre collier de perles »

La Chine et l’Inde, les deux grandes puissances régionales en Asie du Sud-Est, rivalisent pour contrôler la région et, dans leurs voisinages respectifs, chacun se rapproche des voisins de l’autre afin de faire contrepoids à ses ambitions (jeux d’alliance et de facilités maritimes). Depuis plusieurs années, la flotte chinoise déplace progressivement son centre de gravité vers l’Océan Indien (pourtant considérée comme Mare Nostrum par la flotte indienne) pour lui permettre de faire le lien entre les continents asiatique, européen et africain. La création et la négociation de concessions maritimes par la marine chinoise lui permettent d’investir dans des infrastructures portuaires comme à Chitagong (Bangladesh) ou à Hambantotz (Sri Lanka). New Delhi s’inquiète de cette stratégie  »du collier de perles » (formule à relativiser) et se sent encerclée par les forces chinoises et enfermée dans le Continent indien sans possibilité de se développer. La Marine indienne développe donc, elle aussi, des bases navales (base de Andaman, de Karwar, Chabahar) et des relations avec des États ayant un différend maritimes avec la Chine (Corée du Sud, Taîwan, Japon, Singapour, …). Cette nouvelle stratégie maritime peut être définie comme un  »contre-collier de perles ».

Modernisation des forces armées indiennes et leur montée en puissance

Pour équiper ses forces armées, l’Inde a longtemps compté sur l’Union soviétique (puis la Russie) et, dans une moindre mesure, sur la France. Depuis les années 2000, les choses ont commencé à changer et le pays s’est tourné vers Israël pour la défense antimissile et les États-Unis, auprès desquels il a commandé des avions de transport ainsi que des appareils de surveillance maritime P-8 Poseidon et des hélicoptères. L’armée de Terre indienne augmente, en outre, le nombre de ses chars de combat et cherche à moderniser son artillerie en acquérant des obusiers aux États-Unis, des pièces tractées et des dispositifs de visée en Russie et en Israël. Le gouvernement indien continue à acheter massivement des équipements ou des composants à l’étranger plaçant l’Inde à la première place mondiale dans importation d’armes. Ce processus d’acquisition concerne près de 70% des équipements qui, malgré la lenteur de ces réformes, permettront à l’armée indienne de devenir un outil militaire de premier ordre.

Les missiles Agni une menace tournée vers la Chine ?

Depuis 2012, New Delhi compte parmi les six nations disposant de missiles balistiques longue portée. Le développement de missiles à longue portée de type  »Agni » permet maintenant à l’Inde de pouvoir riposter et de frapper dans toute la région de l’Asie du Sud. Le 19 avril 2012, le missile Agni V (Agni III et IV avait une portée inférieure de 3500 à 4000 kilomètres) a frappé une cible après un vol de 5000 kilomètres. Les essais de cette fusée Agni, capable de porter une ogive nucléaire (nucléaire simplement civil pour l’instant), ont été couronnés de succès en Inde. Ses missiles peuvent atteindre n’importe quelle cible au Pakistan et sur la majeure partie du territoire chinois. Au niveau international, la Chine est justement en tête des préoccupations des autorités indiennes.

Les relations entre les États de la Chine et de l’Inde ont toujours été conflictuelles au cours des siècles, mais elles s’accompagnent de liens économiques (commerciaux) entre ces deux pays qui ne peuvent pas vivre en autarcie l’un par rapport à l’autre. Certains experts voit plus dans les conflits sur la frontière sino-indienne des  »gesticulations politiques » plutôt que de réelles tentatives de déclencher un conflit que ne veut aucun des deux pays. Dans l’augmentation de la puissance de la flotte chinoise par exemple, il n’est pas question d’une confrontation directe avec la Chine, mais d’une lutte pour l’influence en Asie du Sud. Toutefois, l’Inde dispose d’un outil militaire important qui lui est indispensable pour résoudre au mieux l’équation stratégique qui s’offre à elle.

Benoit GRELIER

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