La Guerre du Bush en Rhodésie du Sud (1972-1979) : Un exemple de guerre contre-insurrectionnelle

Anciennement connu sous le nom de Rhodésie du Sud, le Zimbabwe a connu une guerre de décolonisation. La population d’ascendance européenne y formait une minorité dominante qui possédait non seulement le pouvoir politique mas aussi une majeure parie de terre arable et citadine. Refusant le principe décolonisation démocratique proposée par Londres, arc-boutée sur ses privilèges, la minorité blanche et son gouvernement (leader et Premier ministre Ian Smith) déclarent unilatéralement leur indépendance en 1965. Cette décision, combattue par une majorité de la population noire, enfonce peu à peu le pays dans les affres de la guerre civile.

Déclenchement du conflit

Les partis nationalistes noirs qui sont sévèrement réprimés par le gouvernement entrent peu à peu dans l’illégalité et le conflit armé. La ZAPU (Zimbabwe African’s People Union) de Josuha Nkomo et La ZANU (Zimbabwe African National Union) de Robert Mugabe s’organisent en guérilla (marxisante au début) soutenu financièrement et logistiquement par des pays du bloc Est comme la Chine et l’URSS (total approximatif d’une dizaine de milliers de guérilleros). A partir de 1966 les différents groupes insurgés forment des bandes de guérilleros et font régner la terreur et l’insécurité dans la campagne en se repliant dans les forêts lorsque les troupes régulières arrivent. Ces groupes sont d’abord des proies faciles pour les troupes légères rhodésiennes (la Fire Force revendique un  »kill ratio » de 35 pour 1). Toutefois, la résistance se durcit et à partir de 1974 les troupes régulières sont peu à peu débordées, car les insurgés les accrochent régulièrement dans des escarmouches et des embuscades. Toute cette  »petite guerre » atteint économiquement le pays qui tourne au ralenti.

Définition du principe de la Contre-insurrection et parallèles avec la Guerre du  »Bush »

David Galula, grand prophète de la guerre de contre-insurrection, définit la guerre révolutionnaire comme un conflit tout d’abord intérieur. Le camp des insurgés affronte le camp loyaliste, c’est-à-dire les forces gouvernementales et cherche à s’emparer du pouvoir par la force (guerre révolutionnaire) en se substituant à l’administration étatique des loyalistes. Ce objectif doit être rempli en plusieurs phases et par différentes opérations. Tout d’abord, le camp des insurgés doit se développer dans la clandestinité tout en définissant sa politique et ses objectifs (pour la Rhodésie du Sud l’objectif clair est de se libérer de la tutelle  »impérialiste » de la minorité blanche et de proposer des élections libres et démocratiques). Ensuite, l’insurrection, ne pouvant pas atteindre le pouvoir politique par des moyens légaux, va devoir rentrer dans l’action violente avec la mise en place d’actions terroristes pour faire basculer le pays dans une situation d’insécurité grandissante. Les guérillas de la ZANU et de la ZAPRU ciblent la population. Dans les régions de fermage européen, la terreur vise à obliger les Blancs à quitter leur exploitation, mais aussi à interdire aux africains locaux ou immigrés de fournir la main-d’œuvre indispensable. Dans les réserves indigènes, des opérations visent à détruire l’administration officielle (affaires indigènes, écoles, postes de police) et à imposer les structures clandestines développées par les guérilleros. L’Armée rhodésienne répond à cette menace en développant des stratégies de contre-insurrection comme la mise en place de régiments légers (Rhodesian African Rifle, Rhodesian Light Infantry, Fire Force) qui se déplacent très vite grâce à des moyens aériens (hélicoptères légers Alouette III) et qui opèrent des  »battues » et des raids en profondeur à la recherche de l’ennemi. Le rôle de la Fire Force est de servir de  »pompiers » dans les escarmouches avec les insurgés et la destruction des unités de guérillas à chaque accrochage.

Impossibilité militaire, sortie politique de la Guerre

Peu à peu, les forces disponibles se restreignent et elles sont de plus en plus sollicitées. La minorité blanche étant déjà quasiment engagées dans sa grande majorité dans l’armée ou les forces de police elle ne peut plus fournir de nouvelles recrues quand le conflit se durcit. De plus, le Zambie et le Mozambique ayant déclaré leur indépendance, ces pays (et leurs vastes frontières mitoyennes avec la Rhodésie du Sud) deviennent des bases arrières pour les insurgés qui peuvent passer les frontières pour se réorganiser et former des camps d’entraînement dans ces pays. Malgré la tenue de puissants raids par la Fire Force rhodésienne pour détruire ces camps les troupes gouvernementales se retrouvent dans une impossibilité stratégique. Incapable de détruire réellement l’insurrection, elle ne peuvent que retarder l’inévitable, car la position du gouvernement est de plus en plus intenable. En 1979, le gouvernement de Ian Smith acceptent de faire des concessions et organise les premières élections multiraciales, les blancs conservant toutefois un tiers des sièges au Parlement. C’est finalement Robert Mugabe qui remporte les élections de mars 1980, il installe au Zimbabwe un gouvernement brutal, corrompu et répressif. Ses opposants de la ZAPU sont écrasés et les populations blanches sont forcées à émigrer. Robert Mugabe est encore aujourd’hui à la tête de ce pays qui s’est enfoncé dans la misère et la violence. En 2014, le Zimbabwe pointait à la 157ème place (sur 188) pour l’indice de développement humain avec 0,509 d’IDH.

Benoit GRELIER

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