Le marché de l’armement, secteur qui ne connait pas la crise

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Ventes d’ALPC aux particuliers

Malgré un effort de l’ONU en matière d’opérations de maintien de la paix et de lutte contre la prolifération des armes à feu, comment les ventes d’armes peuvent-elle être en constante augmentation ? ? Afin d’éclairer ce point, nous allons maintenant aborder le marché mondial de l’armement aujourd’hui et les dangers inhérents à ce marché.

Avant de développer les informations sur le marché mondial de l’armement aujourd’hui, donnons quelques définitions. Il y a trois formes d’exportations d’armes. La forme Victor Bouts, alias « Lord of War ». Le modèle Bouts consiste en un trafic illégal d’armes légères. Cette forme cause des ravages dans certaines régions du monde comme l’Afrique mais il n’y a pas un but d’influer sur la géopolitique. Nous avons ensuite le modèle Zaharoff, celui-ci consiste en des ventes légales d’armes basées sur les situations régionales, il s’agit ici d’une forme d’opportunisme. Dans ce cas de figure, ce n’est pas l’Etat qui vend les armes, ce dernier se contente de ne rien faire contre la vente par des entreprise, l’objectif ici est purement financier. Nous avons enfin le modèle Wilson dont l’objectif est clairement politique. Il s’agit ici d’une stratégie d’influence géopolitique sur une région. Ce modèle ne se contente pas de ventes d’armes mais aussi un entrainement et une formation des destinataires. Cela implique de mettre en place une relation durable entre le pays exportateur et le pays importateur comme entre la France et les pays du Golfe. C’est l’Etat qui impulse ce mouvement même si les ventes sont réalisées par les entreprises. Coupler ce que l’on appelle le « système d’armes » avec le « système d’hommes » permet une certaine acculturation du pays importateur, ce dernier aura plus de mal à changer de modèle, de fournisseur ou de se retourner contre le pays exportateur. Un changement serait extrêmement coûteux. Cependant, ce modèle peut aboutir à des critiques contre le pays fournisseur s’il entretient ce genre de relations avec des pays corrompus comme les critiques adressées à la France quant à son partenariat en armement avec l’Arabie Saoudite. Enfin, ce modèle peut aussi avoir pour effet de changer de façon quasiment irrémédiable les équilibres d’une région particulière.

En ce qui concerne le marché mondial de l’armement actuellement, nous pouvons remarquer que les ventes d’armes ne connaissent pas la crise, les chiffres concernant ce sujet sont en constante augmentation. Nous pouvons prendre comme exemple que les dépenses militaires mondiales s’élèvent à 1 739 milliards de dollars US en 2012, chiffre avancé par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). De plus, le SIPRI remarque que les plus fortes augmentations en matière de dépenses militaires se situent en Asie de l’Est en particulier avec la montée en puissance de la Chine, le Moyen-Orient avec la montée en puissance des tensions interconfessionnelles et des conflits. La plus forte hausse se situe quant à elle en Afrique. Nous pouvons donc remarquer que ces hausses se situent majoritairement dans les régions où les forces onusiennes sont présentes pour des opérations de maintien de la paix. Cela témoigne donc de la grande difficulté pour l’ONU d’assurer le succès de ces missions sur des terrains où les armes, notamment les armes légères et de petit calibre (ALPC), prolifèrent. Il parait également pertinent d’ajouter que les 6 plus gros exportateurs d’armes dans le monde sont les Etats-Unis, la Fédération de Russie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et la Chine, Israël s’invite parfois dans ce classement. Cela illustre bien le paradoxe exprimé plus haut car nous pouvons remarquer que sont présentes dans ce classement les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Cette prolifération des armes, notamment des ALPC, qui ne cesse de croître – il y aurait 875 millions d’ALPC en circulation dans le monde selon Small Arms Survey – représente un réel danger. En effet, nous pouvons remarquer que le nombre d’acteurs impliqués dans des livraisons d’armes a considérablement augmenté (producteurs, exportateurs, transports, assurances, …) et cela joue un rôle important dans l’opacité de ce marché, en plus cela favorise le trafic illégal et défavorise le contrôle. Ajoutons à cela que les moyens gouvernementaux pour assurer la gestion des stocks et arsenaux est très insuffisante et cela crée de l’insécurité comme lors de l’explosion de la caserne M’Pila à Brazzaville en mars 2012 qui a coûté la vie à au moins 300 personnes et fait 2 500 blessés. Ce manque de contrôle de stocks ne permet pas non plus de protéger ces derniers des vols, c’est la principale source du marché noir, on parle de trafic fourmi. Enfin, l’opacité du marché est une source d’illégalités diverses mais une des plus graves consiste en le contournement des embargos. Un Etat importateur se retrouve souvent être un fournisseur d’un autre pays, nous pouvons prendre en exemple le bateau ukrainien MV Faina détourné par des pirates somaliens. La cargaison de ce bateau était constituée d’une trentaine de chars d’assaut T-72 un d’un important nombre d’ALPC. Une fois libéré, le cargo dépose sa cargaison au Kenya comme il était indiqué sur les bons délivrés pour ce chargement. Cependant, le gouvernement de Nairobi n’a pas utilisé cet armement pour lui mais l’a exporté au Soudan par voie terrestre à l’Armée de Libération du Sud-Soudan, violant délibérément l’embargo mis en place par la communauté internationale sur le Soudan.

Les Etats exportateurs semblent donc peu près à mettre en place une réelle politique coercitive en ce qui concerne les flux d’armements. De plus, l’opacité de ces flux ajoute aussi à la complexité de mener à bien de réelles politiques de médiations dans les régions ravagées par la guerre et les tensions. Il semble difficile de continuer sur le modèle que nous avons actuellement pour régler le problème de la prolifération des armes à feu et les dangers inhérents à ces trafics. Une solution qui pourrait peut-être être envisageable serait la création d’une véritable entité indépendante chargée de contraindre les Etats à ralentir et faire la lumière sur les ventes d’armes et technologies militaires cependant les moyens alloués pour cette mission seraient dérisoires vis-à-vis des milliards de dollars que génère ce marché. De plus, le champ de bataille ne semble pas se rétrécir, au contraire. Maintenant, un groupe de hackers peut déstabiliser n’importe quelle entité en lançant une attaque. Le cyber d’ailleurs, pour certains militaires, constitue le 5e champ de bataille après la terre, les airs, la mer et l’espace. Alors comment faire face à une technologie toujours en avance sur les moyens d’y répondre, à un champ de bataille qui s’étend maintenant à l’infini ? Les responsables et penseurs pour la paix ont encore beaucoup de travail qui les attend.

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