Les îles Kouriles : Berceau historique de tensions Russo-Japonaises.

Les îles Kouriles sont, aujourd’hui, un archipel très disputé entre la Russie et le Japon. C’est un territoire qui regroupe à la fois des enjeux politiques, économiques et diplomatiques.

 Les Iles Kouriles sont un archipel d’îles volcaniques s’étalant sur près de 1 200 kilomètres dans le prolongement de l’île Japonaise d’Hokkaido et jusqu’au Kamtchatka en Russie. Cet archipel établit une frontière naturelle entre l’Océan pacifique et la Mer d’Okhotsk. Quatre îles : Iturup, Kunashiri, Shikotan et Habomaï sont particulièrement disputées entre les deux grandes puissances.

Ces îles sont soumises depuis des siècles à des revendications territoriales de la part de la Russie et du Japon. Ce conflit, qui est encore d’actualité, s’est ancré dans les conflits internationaux. Il est important de faire un retour en arrière pour comprendre comment les îles Kouriles sont devenues un des conflits frontaliers les plus importants entre les deux protagonistes.

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Géographie des îles Kouriles (crédit photo : Wikimédia.commons)

En 1600, les îles Kouriles où vit une population d’Aïnous, natifs locaux, sont annexées par l’Empire japonais. C’est à partir du XVIIIème siècle, que les Russes, suite à des expéditions de recherche et de chasse, s’intéressent à cet archipel et y installent une base militaire en 1795. Les Japonais qui, souhaitent garder un contrôle de la région y place également un campement militaire afin de contrer les incursions russes.

Dès cette époque, le conflit, s’intensifiant, nécessite un écrit entre les deux puissances, qui sera concrétisé en 1855, par le traité de Paix de Shimoda. Ce dernier définit les frontières entre les deux pays au sein de l’archipel, en établissant un partage des îles, entre îles du Nord et îles du Sud, et acte par écrit l’amitié russo-japonaise.

Cependant, la guerre russo-japonaise de 1905 et la seconde guerre mondiale, modifieront les appartenances des îles. C’est pourquoi depuis 1946, la totalité des îles sont sous la domination russe.

Depuis, le Japon ne cesse de revendiquer ces droits et son souhait de rétablir les frontières, comme elles avaient été définies lors du Traité de Shimoda.

Cela fait 71 ans, que les deux pays s’affrontent sur ce litige frontalier.

Dans les années 1990, un assouplissement semble voir le jour entre les deux puissances par la visite historique du président Gorbatchev à Tokyo. Mais la disparition de l’URSS, en 1991, laisse la situation sous tension.

Depuis les années 2000, une succession d’évènements, de décisions prises par les gouvernements russes ou japonais montrent la fragilité des relations et les préoccupations entre les deux antagonistes.

Ainsi en 2006, un événement va provoquer de nouvelles tensions. Un navire de pêche japonais est entré dans les eaux territoriales russes au large des îles Kouriles. Suite à cette intrusion, les gardes côtes russes, ont ouvert le feu causant la mort d’un des pêcheurs.

De son côté, la société japonaise, en 2008, suite à de nouvelles directives du gouvernement japonais, modifie les manuels scolaires de géographie et affirme la « souveraineté japonaise sur les territoires du Nord ». Il y a ici une volonté de montrer son pouvoir sur cet archipel des îles Kouriles par l’enseignement.

A partir de 2011, les tensions prennent une tournure militaire puisque le gouvernement russe, sous l’égide du premier ministre Dimitri Medvedev, a annoncé sa volonté d’installer sur ces îles, un système de défense pour ses côtes.

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Rencontre, en décembre 2016, entre le président Russe, Vladimir Poutine, et le premier ministre japonais, Shinzo Abe (crédit Photo : Kremlin.ru)

Le contentieux a repris en 2016, suite à des discussions commerciales entre les deux pays. La question de ce litige frontalier est remise sur le devant de la scène.

En juin 2016, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré que « La Russie n’a nullement l’intention de céder les îles Kouriles au Japon. Nous ne céderons pas les îles Kouriles et nous ne supplierons pas le Japon pour un accord de paix. Pas question pour Moscou de céder le contrôle des îles Kouriles à Tokyo ».

Ce litige ne porte pas que sur des questions d’ordre géographique, mais est également lié à des facteurs politiques et économiques.

Tout d’abord, du point de vue politique, la main mise de la Russie sur ces îles, lui permet une ouverture sur l’océan pacifique favorable à un déploiement militaire. C’est un moyen pour la Russie de s’ouvrir sur le Pacifique par la Mer d’Okhotsk d’y avoir des infrastructures militaires et d’y développer sa flotte et son aviation. Aujourd’hui, la présence militaire russe est importante sur l’île d’Iturup.

Sur le plan économique, la Russie n’est pas insensible aux richesses qu’offrent les Kouriles pour le commerce du poisson et des ressources minières tels que le pétrole ou le gaz.

Pour le Japon, ce sont principalement des revendications économiques et démographiques qui renforcent son souhait de légitimité sur certaines îles.

En effet, ces îles étaient peuplées de Japonais, qui ont été contraints de revenir au Japon, suite à la domination russe et aux délocalisations que cette dernière à provoquer. Récupérer ces îles Kouriles, donnerait la possibilité au gouvernement japonais de réinstaller ses populations sur ce territoire.

C’est aussi pour les Japonais, une revendication économique car ces îles sont un vivier important pour la pêche. Avoir la main mise économique sur ces îles permettrait au Japon, d’exploiter cette réserve de pêche.

Enfin pour les deux pays, cet archipel d’îles possède un intérêt important pour ses enjeux en hydrocarbures. En effet, les îles Kouriles possèdent des minerais stratégiques et rares que sont le rhénium utilisé par exemple pour l’aéronautique.

Gouverner les îles Kouriles permet donc de posséder ces ressources et ainsi les exploiter économiquement.
Mais il est possible qu’une négociation soit ouverte puisqu’actuellement le gouvernement japonais, et son premier ministre Shinzo Abe, mènent une politique volontariste envers la Russie.

En effet, pour les Japonais, renouer des relations stables avec la Russie serait un premier pas dans le règlement de ce conflit frontalier. Les négociations signées, d’aujourd’hui, sur des accords commerciaux ne pourraient-elles pas aboutir sur un traité de Paix qui redéfinirait les frontières. « Il s’agit de chercher une solution qui permette à chaque partie de ne subir aucun préjudice, de ne se sentir ni gagnante, ni perdante », a souligné, le président russe, Vladimir Poutine.

 

Pierre Bréhu

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