Yémen, la guerre silencieuse

 

Lance-roquettes multiple saoudien de conception brésilienne.    Crédits photo: wikipedia.org

 

Alors que les médias du monde entier se font régulièrement l’écho des avancées de la coalition internationale à Mossoul, de la reprise d’Alep par l’armée arabe syrienne et des difficultés de l’armée turque devant Al-Bab, on ne peut qu’être frappé par la manière dont ils traitent le conflit yéménite. Un silence quasi total.

Alors qu’en 2011, le Maghreb et le Proche-Orient vivent le désormais fameux « Printemps arabe », le Yémen, situé au sud du golfe arabo-persique, n’échappe pas à cet élan et voit sa population descendre dans la rue. Président de la République yéménite depuis 1978 (dans sa forme actuelle depuis 1990 et la chute de l’URSS), Ali Abdallah Saleh est contraint de quitter le pouvoir en février 2012. Abd Rabo Mansour, un sunnite, est nommé à la tête d’un pouvoir de transition. En septembre 2014, les rebelles Houthis arrivent aux portes de la capitale, Sanaa, et provoquent la fuite du président à Riyad en janvier 2015. S’ensuit alors le déclenchement d’une opération militaire d’initiative saoudienne destinée à mater la rébellion et à réinstaller le président. Une coalition est alors formée qui réunit une dizaine de pays arabes et bénéficie de l’expertise américaine en matière de renseignement.

Actifs depuis 2004 à travers le parti « Ansar Allah » (les partisans de Dieu), les Houthis sont à l’origine une tribu du nord du Yémen, qui se sent traditionnellement délaissée par le pouvoir central. Si le mouvement n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, exclusivement chiite, la raison religieuse peut se trouver pour partie dans leurs motivations, à partir du moment où le voisin saoudien sunnite est vu comme l’instigateur de la révolution de 2011 et comme le véritable maître du président Mansour. En tous les cas, l’Iran chiite est l’allié déclaré de la rébellion Houthi et appuie les combattants, notamment en leur fournissant des systèmes d’armes antichars et antiaériens. Cet armement a permis notamment la destruction de chars Abrams saoudiens et de chasseurs de la coalition.

Alors que la quasi totalité des médias occidentaux s’est unie pour dénoncer sans preuves la supposée barbarie russo-syrienne à Alep, rares sont ceux qui mettent l’accent sur les « bavures » de la coalition arabe au Yémen. « Bavures » qui sont à ce point systématiques qu’elles sont la cause de 60% des 3 800 morts civils entre mars 2015 et septembre 2016 selon les Nations Unies.

Image illustrative de l'article Houthis

Drapeau des Houthis                                     Crédits photo: wikipedia.org

Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR), le Yémen fait aujourd’hui face à une crise humanitaire majeure aggravée par la prolifération de groupes « interdits » dans le pays. L’absence de flux de réfugiés en direction de l’Ouest ne permet pas la prise de conscience que les pays d’Europe ont eu avec l’arrivée des réfugiés libyens, érythréens et syriens. La crise yéménite étant mal connue et peu médiatisée, elle ne bénéficie donc pas du même élan d’aide que connaissent la Libye et le Proche-Orient.

 De plus, la situation est favorable au développement d’Al-Qaida et du groupe « Etat Islamique » qui n’ont pas hésité à collaborer à plusieurs reprises, par exemple à l’occasion d’une défaite du premier contre l’armée loyaliste et les qataris en avril 2016. En effet, si les deux organisations sont devenues rivales en Irak et en Syrie, elles se serrent les coudes contre les « chiites » Houthis et les « croisés » américains de la coalition.

En supposant que la coalition parvienne à régler la crise yéménite et à réinstaller Abd Rabo Mansour à la présidence, cela ne réglera pas les problèmes de fond qui sont la situation des populations du nord, le maillage territorial de l’administration publique, l’extension du conflit sunnite-chiite et le renforcement des cellules terroristes. La présence d’une région instable au sud du Golfe persique et à proximité des champs de pétrole est cependant un problème que les pays voisins qui vivent de la manne pétrolière ne peuvent supporter.

Pierre-Augustin Guillermet

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