L’arc syro-irakien (2/2)

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Un F 15 américain au décollage                                                                         Crédits photo: Europe 1

 

A l’heure où les caméras du monde entier suivent les opérations de la coalition internationale près de Mossoul, il convient de faire le point sur la situation du Levant. L’arc syro-irakien correspond au centre du Croissant Fertile, un arc qui va de l’actuel Etat d’Israël à la bordure ouest de l’Iran en passant par la Jordanie, la Syrie, la frontière sud de la Turquie et l’Irak. Les frontières syriennes et irakiennes viennent des accords de Sykes-Picot signés en 1916 entre la France et l’Angleterre sur les cendres de l’Empire Ottoman. Le Liban apparaît en 1943 à l’ouest de la région syrienne du Qalamoun, entre la vallée des chrétiens au nord et Israël au sud. Une région désertique s’étend entre la Syrie et l’Irak, dans laquelle gazoducs et oléoducs serpentent jusqu’à la Méditerranée. Au vu de l’enchevêtrement des événements, nous allons considérer ici cet arc syro-irakien comme un seul bloc. Trois dates sont à retenir qui sont autant d’étapes dans la déstabilisation de la région : 2001 et l’opération « Iraqi Freedom », 2011 et le début de la guerre civile en Syrie puis 2014 et la proclamation de l’Etat Islamique en Irak et au Levant. Nous allons tout d’abord présenter les acteurs en présence avant de s’intéresser aux enjeux

  • Les enjeux

 

Si un enjeu apparaît aujourd’hui plus clairement que les autres, il en est d’autres qui détermineront à moyen ou long terme, le futur de ce croissant irako-syrien.

Le premier et le plus visible de ces enjeux est l’anéantissement sinon l’envoi dans la clandestinité de l’organisation « Etat Islamique ». Depuis 2014, une soixantaine de pays forment la plus grande coalition ayant jamais existé afin d’atteindre cet objectif. En regroupant expertise, matériels, formation, soutien logistique et financier ainsi que des combattants, elle attend beaucoup de la reprise de Mossoul qui serait sa première vraie victoire depuis sa création. La Russie participe également à la lutte contre l’EI aux côtés de la Syrie où elle est officiellement présente depuis le 29 septembre 2015.

En Syrie, la question de la gouvernance se pose toujours. Alors que les politiques étrangères occidentales se prononcent toujours en faveur du départ de Bachar el-Assad, le président syrien a été réélu en juin 2014 à l’occasion des premières élections présidentielles depuis la réforme constitutionnelle de 2012. Une victoire sur la rébellion et les éléments djihadistes tels que Fatah al-Sham, Ahrar al-Sham ou l’EI renforcerait sa légitimité et sa popularité.

La place des kurdes de Syrie est un enjeu important du fait de leur situation géographique. Concentrés aux frontières irakiennes et turques, ils ont le contrôle pratique de nombreux puits de pétrole syriens. Si le gouvernement syrien voit d’un mauvais œil les velléités répétées d’autonomie de cette région de la Djezireh (Rojavah pour les kurdes) il est hors de question pour la Turquie de laisser se créer un Etat kurde à sa frontière, d’autant plus que la région turque bordant la Djezireh est peuplée de nombreux kurdes et est une base importante du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. A ce jour, la région est administrée en grande partie par les kurdes qui effacent les symboles syriens pour les remplacer par des drapeaux kurdes. De même, la langue de l’administration est souvent le kurde et les permis de conduire syriens n’y sont pas reconnus. En Irak, le Kurdistan étant déjà autonome, il souhaiterait voir son autonomie progresser, sans pour autant accéder à l’indépendance au risque de subir directement les foudres de la Turquie.

En Irak, la gestion des déplacés représente un défi énorme du fait des effectifs concernés. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR), plus de deux millions de personnes sont concernées alors que les combats de Mossoul ont déjà fait fuir plus de 55 000 personnes. La libération de la plaine de Ninive serait la première étape d’une longue période de réhabilitation des infrastructures avant le retour de la population. De plus, de nombreux chrétiens de prévoient pas de revenir vivre au milieu d’une population sunnite par qui ils se sentent trahis depuis la chute de la plaine de Ninive.

Le contrôle du pétrole reste un enjeu majeur de ce conflit. En effet, la concurrence des projets qataris et iraniens de gazoducs est régulièrement désignée comme une des principales causes de la guerre en Syrie. Cette thématique introduit de nouveaux acteurs pour qui l’Irak et la Syrie sont des routes obligées pour qui veut faire parvenir ses hydrocarbures jusqu’à la Méditerranée et fournir ainsi le marché européen.

 

Au vu de tous ces éléments, il paraît difficile d’assister à une sortie de crise nette de cet arc syro-irakien. Après des années de violence et d’instabilité, il ne peut y avoir de résolution sans une forte volonté politique et une collaboration inter-étatique intense, qui se fasse dans le respect des souverainetés nationales et des particularismes communautaires. La prolifération des armes et l’accoutumance à une violence extrême sont une menace pour la paix dans cette région riche en Histoire, en culture, en ressources et en problématiques…

 

 

Pierre-Augustin Guillermet

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