Quand le Grand-prince Vladimir Ier défraie la chronique

Moscou, le 4 novembre 2016, jour de l’Unité nationale de la Fédération de Russie.

Le 4 novembre dernier, à l’occasion des cérémonies commémorant le jour de l’Unité nationale de la Fédération de Russie, le Président russe Vladimir Poutine et le Patriarche Cyrille ont inauguré une statue du Grand-prince de la Rus’ de Kiev Vladimir Ier, située place Borovitskaïa, au pied des murs du Kremlin.

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Le Patriarche de Moscou et de Toute la Russie Cyrille et Vladimir Poutine sur la place rouge le 4 novembre 2016. Source: kremlin.ru

Vladimir Ier, également appelé Vladimir le Grand est une des figures majeures de l’histoire de la Russie kiévienne qu’il christianisa en 988. En effet, en 988 se tint un évènement aux conséquences géopolitiques considérables, le baptême de la Rus’, lors duquel Vladimir et ses sujets furent baptisés dans les eaux du Dniepr. Suite au baptême, l’Empereur de Constantinople accorda le titre de Grand-prince à Vladimir et ce dernier reçu une princesse princesse byzantine pour épouse.

L’installation d’un monument à l’effigie de Vladimir Ier fut l’objet de longues péripéties, notamment par rapport à son emplacement et à sa hauteur. Suite aux protestations des moscovites quant à l’installation d’un tel monument à côté de l’Université Lomonossov, dont le terrain, trop fragile ne pouvait accueillir un monument de 300 milles tonnes, les autorités proposèrent différents emplacements, soumis au vote des habitants de la capitale russe sur la plateforme gouvernementale en ligne « Citoyen actif ». La place Borovitskaïa recueillit la majorité des suffrages exprimés, au détriment du quai de la Moskova et de la place de la Loubianka. L’inauguration, initialement prévue le 4 novembre 2015, à l’occasion du millénaire de la mort de Vladimir Ier fut retardée à la suite de toutes ces dissensions.

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Le monument de la discorde, situé place Borovitskaïa, au pied des murs du Kremlin. Source: kremlin.ru

Tout comme à Kiev, le monument moscovite devait se situer sur une colline surplombant la ville. Des similitudes loin d’être de simples coïncidences. Bien qu’édifié en plein centre de la capitale russe et non sur une colline, la construction de ce monument constitue un acte politique fort qu’il convient de replacer dans le contexte actuel de tensions entre Moscou et Kiev…

L’édification d’un tel monument relève de la société historique et militaire de Russie présidée par le Ministre de la culture, Vladimir Medinski. Outre son emplacement, ce monument constitua une véritable pomme de discorde, à l’origine de heurts entre pro et anti-kremlin. En outre, l’opposition russe voit à travers ce monument un hommage à un des personnages les plus sanglants de l’histoire du pays et une figure symbolique du nationalisme russe. De plus, les historiens mettent en évidence le fait que la ville de Moscou apparaît pour la première fois dans les sources au début du XIIème siècle, près d’un siècle après la mort du Prince. En effet, d’un point de vue historique, le berceau de la Russie ne situe en aucun cas à Moscou, mais à Kiev. Cet imposant monument rappelle les liens étroits unissant la Russie et l’Ukraine. Toutefois, selon l’historien Nikita Sokolov, interrogé par Libération: «Plus que de marquer l’unité nationale, il s’agit d’une tentative de voler à l’Ukraine la palme de l’unification de la Rus, une manière de dire que la véritable Russie, c’est la Moscovie et non pas Kiev».

L’incarnation d’un discours et d’ambitions politiques…

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Vladimir Poutine lors de l’inauguration du monument dédié à Vladimir Ier. Source: kremlin.ru.

« И сегодня наш долг – вместе противостоять современным вызовам и угрозам, опираясь на духовные заветы, на бесценные традиции единства и согласия, идти вперёд, обеспечивая преемственность нашей тысячелетней истории. »

« Aujourd’hui il est de notre devoir de rester unis contre les défis et menaces actuels en nous appuyant sur notre héritage spirituel, nos inestimables traditions de l’unité et de l’entente, aller de l’avant, tout en garantissant la continuité de notre histoire millénaire »

Vladimir Poutine, le 4/11/2016. Moscou

Dans le contexte actuel de tensions entre  Moscou et Kiev, les discours des autorités insistent sur les racines chrétiennes de la Russie, comme symbole du nationalisme de la nation russe. La figure du Grand-prince Vladimir Ier, sanctifié par l’Eglise orthodoxe s’avère une référence de choix lorsqu’il s’agit de mettre en exergue les racines chrétiennes de la Russie et à l’unification du territoire. De plus, un tel monument d’une vingtaine de mètres de haut existe déjà à Kiev… Maigre victoire pour les opposants au projet, la hauteur du monument moscovite réalisé par le sculpteur Salavat Chtcherbakov  fut rabaissée d’une trentaine à 17,75m, n’atténuant pas la portée hautement symbolique de ce monument. Cependant, malgré l’édification de ce symbole du nationalisme russe, la politique de Vladimir Poutine suscite de vifs mécontentements dans les rangs grandissant de l’extrême droite russe, aspirant à une posture beaucoup plus ferme de la part du chef du Kremlin, notamment vis-à-vis de l’Ukraine…

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