Mexique et narcotrafiquants : une guerre déjà perdue ?

Confronté à la menace chaque jour plus sérieuse du narcotrafic, le Mexique est accusé de tolérer de graves dérives dans sa lutte contre les cartels de drogue. Assassinats et tortures par les forces de l’ordre, accusations de corruption vis-à-vis de certains cartels, échecs d’agents américains infiltrés dans les réseaux de narcotrafic … La terrible lutte entre l’État mexicain et les mafias de la drogue qui gangrènent ce pays s’accompagne en effet de nombreux abus. Selon la Agencia de los derechos humanos : « Au lieu de réduire la violence, la guerre contre les narcotrafiquants du Mexique a provoqué un accroissement dramatique de la quantité d’assassinats, de tortures et autres abus de la part des forces de sécurité. »

 

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Forces mexicaines dans l’Etat de Michoacan, 2007. Crédit photo : wikipedia.org

 

Les techniques de contrôle des territoires aux mains des narcos ne sont pas sans rappeler celles de Daesh dans ses territoires conquis, en Irak et en Syrie. Mais, depuis l’intervention massive des forces armées mexicaines, décidée en 2006 par le président Felipe Calderón, on constate une tendance nette à la fragmentation, voire à l’atomisation de certains des cartels, au prix de règlements de comptes sanglants entre bandes et chefs rivaux. Cette politique de sécurité très agressive de la part du gouvernement mexicain laisse un bilan plus que mitigé tant ses résultats sont négatifs.

Les critiques sont principalement adressées aux comportements de la police et de l’armée notamment en ce qui concerne la corruption : effectivement, selon l’agence de transparence internationale, le taux de corruption aurait explosé au Mexique depuis la fin des années 2000. Il existe d’ailleurs de nombreux cas dans lesquels la police est accusée d’avoir aidé les narcos, ou du moins fermé les yeux sur leurs activités.

 

En plus de ces suspicions de corruption, ce sont de nombreux abus qui sont montrés du doigt par la population et les associations des droits de l’homme.

HRW assure d’ailleurs avoir « des preuves qui suggèrent fortement que les membres des forces de sécurité mexicaines auraient participé à plus de 170 cas de torture, 39 disparitions et 24 exécutions extrajudiciaires » de 2006 à 2010. Le ministère de la Justice reconnaît, selon HRW, que sur les quelques 80 000 homicides enregistrés depuis le début de l’offensive déclenchée en 2006 par le président Calderon, seuls 1500 ont été l’objet d’une enquête, et 40 cas seulement ont abouti à des condamnations.

 

Cette incapacité judiciaire et politique à régler le problème se traduit également par la difficulté de gérer les prisons. Le président actuel Enrique Peña Nieto a d’ailleurs choisi de faire extrader « El Chapo » chef du cartel de Sinaloa aux États-Unis, prouvant ainsi l’incapacité du Mexique à sécuriser ses prisons et à conserver ses prisonniers.

Face à toutes ces erreurs, et bavures maladroites, c’est la société civile qui a décidé de réagir, et ce par des propositions politiques, des manifestations et parfois même des actions virulentes.

La première solution envisageable se trouve être la légalisation de la drogue. On a pendant longtemps parlé de cette alternative afin de détruire le marché du trafic. Cet argument est d’autant plus fort pour les mexicains que la législation actuelle, dans laquelle la consommation de drogue et strictement interdite (même les douces), dépend de la législation des États-Unis. Cette solution est évidemment remise en cause par de nombreux spécialistes, qui mettent en avant le problème de la santé publique, ou bien soulignent l’absurdité qu’elle revêt : les cartels trouveraient d’autres moyens de survivre par des activités déjà existantes telles que les trafics d’organes, la prostitution ou encore le trafic d’armes. Cette solution de la légalisation, souvent re-débattue, est une réponse politique proposée, mais elle s’accompagne d’autres alternatives très concrètes, et qui existent déjà.

Les milices paramilitaires citoyennes ont pour objectif de défendre elles-mêmes leurs quartiers et leurs familles. Elles se sont en effet créées en réaction directe à la corruption qui touche la police. Le risque étant évidemment l’augmentation de la violence, elles peuvent être détournées de leur but, faisant fi de l’état de droit.

Les solutions à envisager dans un avenir proche et dans un souci d’efficacité et de protection de la population, pourraient s’ancrer dans des alternatives davantage drastiques et stratégiques : en interne, réformer profondément le système judiciaire et carcéral pourrait ainsi se traduire par une plus grande fermeté et une meilleure professionnalisation de la police.

De même, une coopération externe accrue avec les États-Unis pourrait s’envisager : les flux migratoires mexicains, qui ne retiennent bien évidemment pas le passage de certains trafiquants, sont critiqués. Ainsi, l’immigration mexicaine pourrait être limitée en contrepartie de prêt et formation des forces de police par les institutions américaines.

Alix de La Laurencie

 

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