Les pérégrinations de la flotte russe

 

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Porte avion Amiral Kouznetsov – crédit photo : Wikipedia.org

Le vendredi 21 octobre, l’Occident découvre par le biais de la surveillance norvégienne des côtes, une importante armada russe croisant dans la Mer du Nord. En effet, une flotte composée de huit bâtiments dont notamment le porte-avion Amiral Kouznetsov, se dirige vers la Méditerranée orientale, conformément aux déclarations récentes du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. Ce dernier, qui a prévenu la communauté internationale de ces manœuvres, a cependant tenu à préciser que cette mission devrait durer quatre ou cinq mois et a pour but de renforcer les moyens pour lutter contre les nouvelles formes de menaces telles que la piraterie ou le terrorisme international. Toutefois, ces manœuvres font suite à des déploiements militaires russes sur les côtes d’Europe occidentales qui se sont multipliées ces deux dernières années et suscitent quelques inquiétudes en particulier au niveau de la direction de l’OTAN.

 

Vers une nouvelle Guerre froide ?

Depuis la crise ukrainienne et le conflit syrien qui n’en finit pas de mettre dos à dos les diplomaties occidentales et russes, nous pouvons parfois nous demander si cette tension de nouveau palpable entre Russes et Américains présage une confrontation de deux blocs de type Guerre froide. Nous pouvons effectivement remarquer les mentions faite de l’OTAN dans les médias se multiplier. De plus, le renforcement annoncé de la présence militaire américaine en Europe orientale après l’annexion de la Crimée en 2014 par la Russie, la recrudescence des manœuvres militaires russes en Atlantique ainsi que le survol des espaces aériens d’Europe occidentale par les forces armées aériennes russes au cours de ces deux dernières années nous ramènent inévitablement vers les heures tendues des années 60 en Europe. Ce sentiment d’insécurité face à la Russie est notamment renforcé par les propos alarmistes de la Première ministre britannique Theresa May qui qualifie ces dernières manœuvres d’ « agression » ou le ministre britannique de la Défense, Sir Michael Fallon qui, quant à lui, estime que cette présence navale russe « vise clairement à tester l’Alliance […] et notre réponse ». Il est vrai que cette flotte est importante car composée de huit navires de guerre, elle fait également suite à un survol des espaces aériens d’Europe occidentale par des bombardiers Tupolev – avions capables de transporter 12 à 24 missiles téléguidés et à même de transporter des missiles nucléaires – qui a agacé un colonel de l’armée de l’Air française interrogé le mardi 27 septembre sur RTL et qui disait : « ces pilotes russes adorent se faire prendre en photo mais cela commence à bien faire ». Les bombardiers Tupolev ont effectué un vol de même type le 17 février de cette année et en janvier 2015 et à chaque fois, ces manœuvres russes nécessitent la mise en place d’une surveillance importante de la part des Etats concernés, il a fallu l’utilisation de 10 avions de chasse de quatre pays différents afin d’obliger les pilotes russes à faire demi-tour et le passage de l’Amiral Kouznetsov et de son escorte met également à contribution les moyens de surveillance et de défense de nos côtes. Même si le but est effectivement de tester le sang-froid de nos forces armées et la réponse de la communauté internationale, un retour à l’équilibre très précaire de la guerre froide ne semble pas au goût du jour.

« Il est habituel dans nos eaux d’avoir des passages des marines étrangères, avec des bâtiments de toutes sortes »

Malgré les propos alarmistes du gouvernement britannique, nous pouvons remarquer que nos forces armées sont habituées à ce genre de cas de figure, notamment de la part de l’armée russe. En effet, la Préfecture maritime de Brest, par le biais de son porte-parole, nous informe qu’ « Il est habituel dans nos eaux d’avoir des passages de marines étrangères, avec des bâtiments de toutes sortes » et d’ajouter que « Au large de nos côtes, on suit le cheminement des unités étrangères pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un simple transit ». En plus de ce dispositif que nos institutions estiment classique, le survol de notre espace aérien par des bombardiers russes il y a un mois nous a rappelé que la France dispose d’une patrouille opérationnelle qui permet de mobiliser très rapidement une quinzaine d’appareils pour défendre efficacement notre espace aérien. Il semble donc que ces manœuvres, ne représentent pas de menace directe pour nos pays et ne se sont pas réellement intensifiées. Cette idée est confortée par la déclaration du général André Lanata, chef d’état-major de l’armée de l’air française, qui nous dit « Cela ne s’intensifie pas, cela fait partie de la gesticulation russe (…) ce n’est pas fréquent ». Pour d’autres, il s’agit de diplomatie navale de la part des Russes. Même s’il n’y a pas lieu de parler de parfum de Guerre froide, des inquiétudes sont toutefois soulevées par l’OTAN.

Un mauvais signe pour la désescalade de la violence en Syrie.

L’OTAN, par le biais de son secrétaire général Jens Stoltenberg, soulève de nouvelles inquiétudes. En effet, pour ce dernier, le but de cette présence militaire russe importante destinée à se rendre en Méditerranée orientale ne peut qu’être le renforcement des moyens militaires russes en Syrie. En effet, pour M. Stoltenberg, la première mission de combat étrangère du porte-avion russe ne fait aucun doute, les Russes veulent intensifier les bombardements sur Alep. Ce porte avion a à son bord des hélicoptères et des avions de combats dont les fameux avions de chasse MIG – 29. Malgré la portée limitée de ce porte avion du fait qu’il ne dispose pas de catapulte de lancement, cette menace parait plus crédible qu’une menace directe sur les côtes d’Europe occidentale. En dépit des annonces faites par le gouvernement russe d’opérer un retrait progressif de ses moyens déployés en Syrie, force est de constater que les frappes aériennes sur Alep et le soutien apporté à l’armée du régime de Bachar-al-Assad n’ont en rien diminué. Cette préoccupation est la première pour l’Etat-major de l’OTAN qui redoute notamment la création d’une base navale russe à Tartous en Syrie.

Malgré cette inquiétude, les moyens de contraindre le gouvernement russe à ne pas intensifier la présence ainsi que l’activité militaire de son armée en Syrie semblent peu efficaces. En effet, même si les 28 pays membres de l’UE se sont réunis et ont déclaré renforcer les sanctions à l’égard de la Russie, l’OTAN et la communauté internationale paraissent impuissantes face à ce coup de force russe comme en témoignent les propos désabusés de M. Stoltberg ayant notamment déclaré que les russes feront leurs manœuvres « de manière responsable et mesurée, comme ils le font toujours, parce que c’est comme ça que l’ont suit les activités militaires russes ». La solution diplomatique et politique pour une sortie de crise rapide en Syrie ne parait toujours pas à l’ordre du jour, les diplomaties occidentales et russes n’ont toujours pas avancé, les tentatives de no fly zones restent vaines. Les jeux d’influences dans cette région risquent de ne pas s’arrêter à court terme.

Adrien VROT

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