Le lac Titicaca : des enjeux environnementaux, sociaux et politiques

algues-lac-titicacaProlifération d’algues vertes liée à la pollution du Lac Titicaca – DR Lub*

 

Le 18 Octobre 2016, la mort de plus de 10 000 grenouilles géantes dans le lac de Titicaca fait remonter les débats sur l’état désastreux du plus grand lac d’Amérique latine.

 

La plus grande ressource en eau d’Amérique latine en péril

Le lac Titicaca situé dans la Cordillère des Andes est traversé par la frontière entre le Pérou et la Bolivie et est alimenté par 25 rivières dont certaines passent au sein de villes non équipées de systèmes d’égouts. Il est donc possible de retrouver dans les eaux du lac, des déchets solides ainsi que des éléments pathogènes et des virus liés aux déjections humaines. Ainsi en Juin 2006, lors d’une étude, le Ministère de la Santé bolivien retrouve des bactéries et des virus dans les eaux du lac.

Les activités minières et agricoles polluent elles aussi le lac de Titicaca en y déversant des métaux lourds. Ces rejets effectués depuis plus de 50 ans entrainent un effet de ‘‘Bloom’’ c’est-à-dire de prolifération d’algues vertes ainsi que l’apparition de ‘‘zones mortes’’, zones où la totalité de l’oxygène s’est dissous. Impossible alors pour l’écosystème aquifère d’y vivre.

 

La pollution et ses conséquences sur les populations

Le lac possède 41 îles, certaines habitées et exploitées comme pâturages. Ces populations vivent principalement de l’élevage et de la pêche. Or, avec la pollution des eaux les bancs de poissons disparaissent mettant en péril la survie des pécheurs. De même, les vaches produisant le lait pour la production d’un fromage local très apprécié sont atteintes de la douve du foie, un ver parasite présent dans les eaux du lac.

Ces atteintes à la vie quotidienne des populations entrainent des tensions et des conflits. Exemple marquant avec les habitants de la région de Puno ayant manifestés contre la pollution des exploitations minières. Cette région est en effet la plus polluée des environs, suivie par la rivière Coata. Plus tard de violents heurts avec la police entraine 6 morts du côté des manifestants et 1 mort du côté des forces de l’ordre.

 

Les mesures de protection du lac Titicaca

Le lac Titicaca étant un enjeu majeur pour les ressources en eau, le président Péruvien Pedro Pablo Kuczynski et le président Bolivien Evo Morales ont signé un accord de 10 ans afin de dépolluer les eaux du lac. En tout, 500 millions de dollars devraient être utilisés pour mener à bien ce projet. 63 millions vont être utilisés sous peu afin de créer des équipements de traitement des eaux et des déchets solides ainsi que des égouts dans 22 villes se trouvant à proximité du lac Titicaca.

Dans l’avenir les deux pays espèrent mettre en place des systèmes d’irrigation afin d’éviter l’usage excessif des eaux du lac et à terme d’éviter son assèchement. La plantation de roseaux, purificateurs naturels de l’eau, est aussi prévue. Enfin, la lutte contre les exploitations minières illégales devrait permettre de purifier le lac d’ici 2025.

 

Un projet commun supplémentaire entre le Pérou et la Bolivie

Afin d’avoir une meilleure coordination dans leurs actions, la Bolivie et le Pérou ont créé conjointement le Plan directeur pour la prévention des inondations et l’utilisation des ressources en eau du système TDPS (Titicaca Desaguadero Poopó Salar de Coipasa) entre 1991 et 1993. Ce plan permet aux informations collectées sur le système TDPS d’être regroupées sous l’Autorité Binationale. De plus, ce plan définit les grandes orientations pour le développement du système telles que :

  • La nécessité de recentrer les mesures sur les ressources naturelles et une utilisation durable de ces ressources
  • La restauration de l’intégrité écologique du système grâce à la protection des espèces menacées, à la reconstitution des populations de poissons et à l’atténuation des effets des activités humaines sur le système
  • La promotion du développement humain au sein des bassins[1]

Ce projet n’est toutefois pas le seul que le Pérou et la Bolivie mettent en commun. Ces deux pays partageant une grande frontière, ont décidés d’une résolution commune des différents problèmes tels que l’insécurité des frontières et le manque d’infrastructures routières interconnectées. D’un point de vue économique les deux pays sont très liés : 91% des exportations péruviennes de matières premières se font vers la Bolivie tandis que cette dernière est le lieu privilégié pour les investissements péruviens.

 

Justine LAUNAY

[1] UNESCO

Publicités

Une réflexion au sujet de « Le lac Titicaca : des enjeux environnementaux, sociaux et politiques »

  1. Ping : Le lac Titicaca : des enjeux environnementaux, sociaux et politiques — Conflictualités et médiations | MONSITE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s