« Il est assurément plus simple de parler du gaullisme que de le définir » S. Berstein (2/3)

Deuxième partie: un Etat fort

« Le Parlement devient de plus en plus odieux et bête ». Telle était la vision du Parlement selon le capitaine Charles de Gaulle, dans une lettre adressée à sa mère le 23 décembre 1915. Jugé trop instable et inefficace, de Gaulle était un fervent opposant au parlementarisme. D’où, le projet d’une révision constitutionnelle mettant en place un exécutif fort. Pour de Gaulle, la nation devait être dirigée par un Etat fort à la tête duquel se trouve un chef détenant d’importants pouvoirs. Cependant, sa conception de l’exécutif évolua. Suite au ralliement en 1942 des mouvements résistants à de Gaulle, les notions de démocratie, de République, de « rétablissement de la parole au peuple » apparurent dans ses propos. Par ailleurs, la non-reconnaissance par les Américains de la légitimité de la France Libre, en tant que dépositaire de la souveraineté nationale, obligea de Gaulle à modifier son discours. Idem, suite au débarquement américain en Afrique du Nord, en 1942 et à l’installation d’un régime pro-Vichy à la tête duquel se succédèrent l’amiral Darlan puis le général Giraud. Or, en mai 1943, de Gaulle obtint l’approbation du Conseil National de la Résistance et ce dernier désavoua Giraud, ce qui renforça la légitimité du Général de Gaulle, pour qui dorénavant l’affirmation de l’attachement à la démocratie devint une nécessité politique.

Dès son arrivée à la tête du Gouvernement provisoire de la République française, de Gaulle tenta d’engager une réforme institutionnelle. Cependant, les trois grands partis (PC, SFIO et MRP[1]) élus à l’Assemblée constituante élaborèrent une constitution où le Parlement était prééminent. Ainsi, de Gaulle démissionna de la présidence du GPRF le 20 janvier 1946, espérant un mouvement populaire en sa faveur, qui finalement n’eut pas lieu. Lors du fameux discours de Bayeux, prononcé le 16 juin 1946, de Gaulle exposa les bases de son projet politique dont les grandes lignes étaient : la séparation des pouvoirs, un arbitrage national au-dessus des partis, un Président de la République – élu par un collège d’électeurs – duquel émane le gouvernement. Le Parlement bicaméral aurait pour rôle de voter les lois, le budget mais ne constituerait pas une entrave à l’action gouvernementale. Il s’agit d’une véritable révolution du tableau politique institutionnel. L’organe clef du pouvoir n’étant plus le parlement mais le Président de la République. En effet, dans la culture républicaine traditionnelle, la souveraineté nationale ne pouvait s’exprimer qu’à travers la majorité des élus de la nation. Ainsi, l’Assemblée nationale détenait l’autorité supérieure. Toutefois, pour de Gaulle, le redressement de la France nécessitait un pouvoir exécutif fort, non soumis au contrôle des parlementaires. La « Constitution de Bayeux », bien qu’ayant provoqué un scandale, n’eut aucune incidence sur l’adoption de la Constitution de la IVème République. Lors des élections de novembre 1946, la « formation gaulliste » ne recueillit que 3% des suffrages. A la suite de ce deuxième échec, le général de Gaulle ne créa pas un parti, mais un mouvement, une formation cohérente représentant ses vues : le Rassemblement du peuple Français (RPF), créé en avril 1947 à Strasbourg.  Les objectifs étaient multiples : faire face au péril soviétique à l’extérieur, au péril communiste à l’intérieur et aux dangers issus des faiblesses du régime alors en place. Ainsi, de Gaulle souhaitait une nouvelle fois susciter un soulèvement populaire afin de contraindre à une révision de la constitution. Le RPF connu un certain succès, toutefois, lors des élections législatives de 1951, ce dernier n’obtint pas un nombre de voies suffisant pour engager une réforme constitutionnelle. Le RPF finit progressivement par rentrer dans le jeu des partis et de Gaulle l’abandonna en 1953. Commença alors pour le général la fameuse « traversée du désert ».

L’opportunité attendue par Charles de Gaulle pour réformer la constitution se présenta lors de la crise du 13 mai 1958 à Alger : la IVème République se trouva alors face à un blocage et de Gaulle apparut rapidement comme la seule solution. Rappelé par le Président Coty, de Gaulle fit son retour au pouvoir le 1er juin en tant que Président du conseil. Ce dernier obtint comme convenu les pleins pouvoirs le 2 juin afin de rétablir l’ordre. Le 3 juin, de Gaulle obtint le pouvoir de proposer une nouvelle constitution. En effet, le même jour, une loi de constitutionnelle de révision fut adoptée par l’Assemblée, le mécanisme de « révision » n’existant pas dans la IVème République. Par conséquent, de Gaulle put concrétiser son projet de révision constitutionnelle, défini par 5 principes : le suffrage universel, la séparation des pouvoirs, la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, l’indépendance de l’autorité judiciaire et la mise en place de nouveaux rapports entre la métropole et les « peuples associés ».

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Michel Debré. Source: Wikipédia commons

Le texte fut rédigé par un proche du général de Gaulle Michel Debré. Avec 85% de participation et 85% de « oui » au référendum du 28 septembre 1958, la nouvelle constitution fut promulguée le 4 octobre 1958. Commence alors « l’Etat gaulliste », période où le gaullisme et action étatique se confondirent. Dans le même esprit que le RPF, une formation gaulliste fut créée afin d’assurer au général un appui à l’Assemblée : l’Union pour la nouvelle République, qui devint l’Union des démocrates en 1967 puis l’Union pour la défense de la République en 1968.

Une autre composante du gaullisme relative à l’Etat fort est la confiance accordée au Chef de l’Etat, par le peuple. Ainsi, de Gaulle remettait régulièrement en question sa légitimité entant que Président en interrogeant directement le peuple français par référendum. Tel fut le cas en 1962 au sujet du suffrage universel ou encore en 1969 sur la réforme du Sénat, où suite à la victoire du « non », le général de Gaulle démissionna.

Par ailleurs, de Gaulle, brillant orateur mis au service de sa politique et de sa communication un nouvel outil : l’ORTF. Ainsi débutèrent les grandes allocutions et conférences de presses du chef de l’Etat.

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Logo de l’ORTF. Source: Wikipedia commons

Un Etat fort et un exécutif fort sont des composantes, ayant profondément imprégné la pensée gaulliste. Toutefois, bien que paraissant moins importante, l’idée de justice sociale est une des caractéristiques importantes du gaullisme.

[1] Respectivement : Parti communiste, Section française de l’Internationale ouvrière et le Mouvement républicain populaire.

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