« Il est assurément plus simple de parler du gaullisme que de le définir » S. Berstein (1/3)

« Je suis gaulliste ». Tels sont les propos proférés par de nombreux politiciens ou candidats à l’élection présidentielle de 2017. Toute tendance politique confondue, le gaullisme est un des leitmotiv d’une partie de la classe politique française. Récupération ou véritable conviction, l’objectif de cet article n’est pas d’apporter une réponse à cette délicate question, mais d’apporter des éléments permettant à chacun d’étayer sa réflexion sur le gaullisme et la classe politique française. Qu’est-ce que le gaullisme ? « Il est assurément plus simple de parler du gaullisme que de le définir ». Tels sont les premiers mots de l’ouvrage intitulé Histoire du gaullisme de Serge Berstein, spécialiste en histoire politique. En effet, quelle est la nature du gaullisme ? S’agit-il d’une doctrine, d’une philosophie ou encore d’une idéologie ? Telles sont les nombreuses questions au sujet de ce qu’on appelle le gaullisme, de cet ensemble d’idées qui font référence à l’action et à l’un des hommes les plus importants de l’Histoire du XXème siècle : le général Charles de Gaulle. En outre, ce dernier refusait l’utilisation du terme « gaulliste » et préférait davantage l’adjectif « gaullien », sans toutefois être convaincu par cette terminologie. Charles de Gaulle, officier de l’armée française né le 22 novembre 1890 à Lille, saint-cyrien de formation, fut élevé dans une famille catholique, patriote et proche du courant monarchiste. Brillant stratège, écrivain et orateur, la pensée de Gaulle se caractérise par une « certaine idée de la France », développée au début de ses Mémoires de guerre. Cependant, de Gaulle ne théorisa pas ses vues politiques. Selon Jean Lacouture, trois grands principes permettent définissent le gaullisme : l’indépendance nationale, un Etat fort et la justice sociale.

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Le général de Gaulle. Source: Wikipedia.

 Première partie: l’indépendance nationale

         Le 6 juin 1940, de Gaulle fut nommé sous-secrétaire d’Etat à la Guerre au sein du gouvernement de Paul Reynaud, qui démissionna 11 jours plus tard. Chargé de la coopération militaire avec l’Angleterre, de Gaulle, se trouvait alors en mission à Londres. Refusant la capitulation de la France face à l’Allemagne nazie, il prononça depuis la capitale britannique son célèbre appel du 18 juin, acte fondateur de la France Libre, par lequel il appelle les Français à continuer le combat : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas » (Ch. de Gaulle – Appel du 18 juin 1940). Ainsi, l’appel du 18 juin constitue également l’acte de naissance du gaullisme.

La fierté nationale est l’un des points clefs de la démarche du général de Gaulle. Il développa l’idée d’un nationalisme « apolitique », fédérateur et non pas recroquevillé sur son « pré carré ». Au pouvoir, de Gaulle œuvra pour l’indépendance de la France vis-à-vis des deux superpuissances et cela dès la libération. Son arrivée triomphale à Paris symbolisa le retour de l’unité nationale et de Gaulle s’imposa comme le seul représentant de l’autorité de l’Etat. Fervent opposant à l’AMGOT[1], en somme à la mise sous tutelle de la France par les Américains, de Gaulle parvint avec le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) à s’imposer. La légitimité du GPRF fut reconnue par le Président Roosevelt le 23 octobre 1944, suite, notamment au discours de de Gaulle au balcon de l’Hôtel de ville de Paris le 25 août.

        L’indépendance nationale gaullienne était associée à l’idée de grandeur : « La France cesserait d’être la France sans sa grandeur » (Mémoires de Guerre. Tome 3.). Celle-ci était incarnée par une politique extérieure ambitieuse caractérisée par une conception planétaire du rôle de la France. Or, le Général de Gaulle était conscient du fait que la France seule ne disposait pas des moyens pour jouer un rôle sur la scène internationale. Grandeur nationale et construction européenne, telles qu’imaginées par de Gaulle n’étaient pas incompatibles. En effet, fervent opposant au fédéralisme européen, de Gaulle envisageait la construction européenne comme une organisation internationale, préservant les identités nationales. L’objectif de de Gaulle était de constituer une alternative aux deux blocs antagonistes, en pouvant ainsi contribuer à l’équilibre mondial. La célèbre formule « L’Europe de l’Atlantique à l’Oural » reflète cette vision de l’Europe. Toutefois, selon de Gaulle, cet objectif ne pouvait être atteint que si trois conditions étaient remplies. Dans un premier temps, que la France soit l’Etat dirigeant de l’Europe, puis que cette dernière soit animée par un couple franco-allemand, qui en serait le moteur, l’Allemagne étant l’auxiliaire de la France dans la mise en place de sa politique européenne et enfin, que la construction européenne maintienne la souveraineté des Etats-nations, en favorisant leur coopération.

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« De l’Atlantique à l’Oural ». La statue du général de Gaulle devant l’hôtel Cosmos à Moscou. Crédit photo: Julia M @juliamlt707

Par ailleurs, la conception planétaire du rôle de la France, associée à une politique étrangère audacieuse apportaient du crédit à l’idée de grandeur nationale, chère au Général de Gaulle. La mise en place de liens avec l’URSS, la reconnaissance en 1964 de la Chine communiste (maintenue isolée par les Etats-Unis depuis 1949), le soutien aux pays « arabes » pendant la Guerre des 6 jours ou encore le célèbre « Vive le Québec libre ! » témoignent de cette volonté d’attribuer à la France un rôle primordial sur la scène internationale. En somme, il s’agissait d’une politique visant à se démarquer des deux blocs, en affirmant une distance vis-à-vis de l’Atlantisme (en 1966, de Gaulle retira la France du commandement intégré de l’OTAN) tout en restant dans le bloc de l’Ouest et en établissant des liens avec l’URSS. De Gaulle fustigeait notamment les accords de Yalta, ces derniers ne permettant pas « aux peuples de disposer d’eux-mêmes ».

          L’aura internationale dont disposait la France constituait une véritable vitrine pour son savoir-faire en matière de nouvelles technologies.

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Dassault Mirage IV Source: Wikipedia commons

Dans le domaine militaire, la France se dota dès 1960 de la bombe atomique[2] et put ainsi intégrer le cercle des grandes puissances atomiques, prônant la dissuasion nucléaire, effective dès 1964. L’élévation de la France au rang de puissance nucléaire fut le théâtre du développement des vecteurs de cette dernière, mettant en valeur sa capacité en matière d’innovations technologiques, telles que le Dassault Mirage IV, le premier SNLE construit en France baptisé Le Redoutable, le développement des dispositifs sol-sol (SSBS[3]) et mer-sol (MSBS[4]).

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Un Concorde de la compagnie Air France et le prototype Alpha exposés au Musée de l’Air et le l’Espace au Bourget (93). Crédit photo: Julia M @juliamlt707

De nombreux autres projets virent le jour à cette époque, tels que le TGV, l’avion de transport supersonique Concorde, la filière d’enrichissement de l’uranium, le « Plan Calcul » ou encore le procédé de télédiffusion en couleur SECAM[5]. En matière d’économie, les gaullistes étaient partisans de l’interventionnisme et de Gaulle de « l’ardente obligation du Plan ».

Cependant, au fil des années, l’intervention de l’Etat diminua, faisant place à davantage de libéralisme, l’essentiel étant que l’économie devait être au service de la grandeur de la France.

         En somme, l’indépendance nationale est un des piliers du gaullisme. Cette dernière est toutefois associée à une conception bien particulière de l’Etat, sans laquelle la grandeur nationale ne saurait être garantie : l’Etat fort.

[1] Allied Military Government of Occupied Territories.

[2] Le 13 février 1960 eut lieu le premier essai français d’une bombe atomique A dans le Sahara algérien à Reggane.

[3] Sol-Sol balistique stratégique : missiles stratégiques lancés depuis le sol ayant une cible au sol.

[4] Mer-sol balistique stratégique : missile balistique comportant une ou plusieurs ogives nucléaires, lancé depuis un sous-marin en plongée.

[5] Séquentiel Couleur A Mémoire

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