Les FARC : 52 ans de conflits (2/2) Relations entre la population et les forces armées révolutionnaires

ivan-marquez-demande-pardonIvan Marquez, commandant des Farc, avec une des victimes du massacre de Chinita, à Apartado, après que le mouvement de guérilla ait demandé pardon aux Colombiens pour ses crimes. Reuters/Fredy Builes (L’Express)

 

Un mouvement qui se veut défenseur des populations paysannes

L’origine des FARC provient de mouvements paysans contestant la main-mise des grands propriétaires sur les terres agricoles. Ce mouvement trouve écho auprès des communistes présents dans le pays et forment ensemble les Forces Armées Révolutionnaires Colombienne. Cela explique pourquoi les FARC sont principalement une guérilla du milieu rural.

Si les FARC sont connus pour leurs exactions contre les populations, il n’en est pas moins vrai que certaines de leurs actions sont bénéfiques pour les populations dont ils ont la charge. En effet, dans certaines régions les FARC remplacent l’Etat et principalement dans les régions délaissées par celui-ci.

En 1964 les FARC annoncent la mise en place d’un ‘‘Programme agraire de guérilla’’. Ce programme prévoit de redistribuer les terres des grands propriétaires aux petits paysans. Toutefois les FARC s’engagent à ne pas toucher aux terres des grands propriétaires qui les cultivent personnellement.

Il faut aussi noter que les revendications du groupe armé révolutionnaire portent principalement sur l’amélioration des conditions de vie paysanne dont voici quelques points :

  • Modernisation de l’économie et renforcement du secteur public (Energie, transport, télécommunications)
  • Renforcement du marché intérieur et stimulation de la production
  • Participation des acteurs sociaux à la gestion de l’économie
  • Affectation de 50 % du budget national aux dépenses sociales, 10 % pour la recherche scientifique
  • Accès facilité au crédit pour les agriculteurs

De plus, les guérillos construisent et entretiennent les routes dans les régions dont ils ont la charge afin de faciliter la vie des paysans.

Et chose notable, ils dispensent gratuitement des soins médicaux à toute personne venant jusqu’à eux. Cela permet à bon nombre de personnes d’avoir accès à des soins tandis que le système de soin du pays est très vivement critiqué. En effet, bien que la couverture sociale soit présente pour 96% de la population, certaines personnes sont rejetées par les hôpitaux, ne remplissant pas les critères financiers. Parfois ces personnes reçoivent des refus successifs, ce que les colombiens appellent ‘‘Le Tour de la Mort’’.

 

Les exactions contre les populations civiles

Dans leurs actions contre l’armée et la police les FARC touchent aussi les populations civiles, notamment à cause des voitures piégées et des bombes artisanales. Ces bombes fabriquées avec des bonbonnes de gaz, sont très peu précises et sont pourtant utilisées par les FARC pour viser les militaires en milieu urbain. Ainsi le 2 Mai 2002, un obus explose accidentellement sur une église à Bojayà faisant 119 morts dont 45 enfants.

Ce conflit entraîne également d’importants déplacements de population. Ainsi 6 millions de personnes auraient été déplacées soit 13% de la population colombienne. A titre d’exemple, des attaques à la bonbonne de gaz dans la ville de Toribió en Avril 2005 force le déplacement de plus de 2 000 habitants.

Ces déplacements conduisent à une baisse du niveau de vie des populations : sous-nutrition, logements précaires, pas d’accès aux services de soins, ce qui favorise le retour des maladies comme la malaria, la fièvre jaune ou la tuberculose.

Beaucoup d’enfants sont enrôlés de force dans la guérilla, notamment les populations indigènes dont le peuple Awà, qui se voit obligé de quitter ses terres pour protéger ses enfants. Cette migration menace d’extinction de nombreuses populations indigènes.

Conséquence la plus dramatique de ce conflit : les mines anti-personnelles posées par l’Etat jusqu’à la signature de la Convention d’Ottawa en 1997 et par les FARC accusés de continuer à poser des mines jusqu’à la tentative d’Accord de Paix de 2016. La Colombie est devenue le deuxième pays où les mines font le plus de victimes après l’Afghanistan. Sur 1 120 municipalités 688 seraient potentiellement minées. Sur les 25 dernières années les mines anti-personnelles auraient fait 11 000 victimes. La plupart de ces victimes ont été touchées près des zones où vivaient les FARC ainsi que l’Armée de libération Nationale (ELN), deuxième guérilla de Colombie. Suite aux négociations de paix, les FARC se sont engagés à aider les autorités au déminage du pays. Le coût de ce déminage est estimé à 300 millions de dollars.

 

Justine LAUNAY

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