La disparition des chrétiens d’Orient

hezb

Combattant du Hezbollah saluant une statue de Jésus. Seidnaya; Syrie; 2014.

 

A l’heure où l’actualité internationale traite quotidiennement de l’Orient, il convient de jeter un regard averti sur ce monde si éloigné des contraintes et du confort occidental. Pour ce faire, une étude circonstanciée des Hommes et de leur Histoire permet d’entrer quelque-peu dans cet Orient où la guerre et l’Histoire se mélangent depuis toujours. En tant qu’occidentaux, c’est le prisme des chrétiens d’Orient qui nous donnera la vision la moins opaque. Si le XXème siècle a vu leur place reculer dans les sociétés orientales, le XXIème siècle commence tellement mal pour cette population que, de plus en plus, le terme de « disparition » leur est appliqué.

Tout d’abord, quelques rappels de base. Par « Orient », on désigne la région du Moyen-Orient qui s’étend de l’Egypte à L’Iran. En arabe et dans le Coran, le terme « Sham » signifie « Levant ». Il s’agit d’une zone comprise entre la Grande Syrie et l’Irak, soit à peu près le Proche-Orient français.

Présents en Orient depuis la naissance du christianisme, les chrétiens s’y sont étendus au fur et à mesure que les apôtres évangélisaient. Saint Pierre s’est ainsi rendu à Antioche où il a fondé le premier patriarcat avant de partir à Rome.

Il n’a jamais s’agit d’un bloc uni mais de plusieurs communautés que le temps et les influences diverses ont façonné. C’est ainsi que l’on retrouve aujourd’hui les groupes suivants :

  • Grecs-catholiques (appelés également melkites)
  • Grecs-orthodoxes
  • Syriaques-catholiques
  • Syriaques orthodoxes
  • Maronites
  • Chaldéens (surtout en Irak)
  • Arméniens
  • Coptes (Egypte)
  • Ethiopiens

Le terme de disparition regroupe les facteurs physiques et culturels :

  • Physique : disparition due d’abord à l’émigration de masse ainsi qu’aux massacres
  • Culturel : disparition des églises, des rites et de l’art chrétien

L’Irak comptait 2 millions de chrétiens en 1977 et moins de 500 000 en 2014 avant la prise de Mossoul en juin de la même année.

En Syrie, 32% de la population l’était au début XXème siècle contre seulement 8 à 10% en janvier 2011.

Le Liban est une exception avec 40% de chrétiens. Cependant, cette donnée est à relativiser étant donné que le pays ne compte que 3 millions d’habitants et accueille maintenant 3 millions de réfugiés (palestiniens, syriens, irakiens…) dont les chrétiens ne représenteraient que 10%.

En 2003, l’opération « Iraqi Freedom » démet le président Saddam Hussein. Loin d’être un modèle de démocratie, il permettait cependant aux communautés de coexister en paix et assurait la sécurité de sa population. Depuis, les luttes intestines entre les chiites mis au pouvoir par les Etats-Unis et la population sunnite créent un climat de violence et de chaos qui ne prend fin qu’avec l’apparition de l’Etat Islamique en Irak et au Levant proclamé califat le 29 juin 2014 à Mossoul. Assimilés aux américains et vus comme des agents occidentaux (notamment suite à une phrase de George W. Bush sur la « croisade » menée par les Etats-Unis contre le terrorisme), les chrétiens sont pris en étau dans un conflit sur lequel ils n’ont aucune prise mais dont ils sont des victimes directes.

Dans la continuité des dits « printemps arabes », la Syrie s’embrase en mars 2011. Le président, Bachar Al Assad est issu du parti Baas. Un parti panarabique à sensibilité socialiste qui promeut la laïcité de l’Etat et favorise l’égalité de citoyenneté par-delà les religions. C’est la raison pour laquelle les chrétiens de Syrie sont dans leur majorité inquiets dès 2011, de voir le gouvernement remis en cause. Aujourd’hui, alors que la Syrie est déchirée par des combats qui opposent gouvernement, milices sunnites (plus d’une centaine tels que Jahbat-Al-Nosra (récemment renommé Fatah-Al-Sham), Jaysh-Al-Islam, Ahrar-Al-Sham, etc…), restes de l’Armée Syrienne libre, groupe Etat Islamique et kurdes, les chrétiens ainsi que la majorité de la population vivent dans des zones contrôlées par le gouvernement.

L’émigration est sans cesse dénoncée par les plus vieux qui y voient la disparition de leur culture et la fin sans retour après 20 siècles de présence, des communautés chrétiennes au Proche-Orient. En Syrie, les jeunes, chrétiens ou non, voient l’avenir en Occident et se pressent pour obtenir des visas pour les Etats-Unis (regroupement familial), le Canada, l’Europe de l’Ouest ou la Russie. En Irak, une étape supérieure a été franchie avec la prise de la plaine de Ninive par l’Etat Islamique puisqu’à l’inverse de leurs coreligionnaires syriens, les chrétiens irakiens n’imaginent plus dans leur majorité de coexistence avec des musulmans.

L’église Notre-Dame de l’Heure de Mossoul a été détruite le 24 avril 2016. Elle représentait le lien entre la France et les chrétiens d’Orient car son horloge avait été offerte par l’impératrice Eugénie. Elle est l’exemple des destructions perpétrées par le groupe Etat Islamique ; des actions ciblées et bien mises en scène.

L’araméen est une langue sémitique utilisée en Palestine il y a 2000 ans. On l’appelle la langue de Jésus. Elle n’a que très peu évolué depuis et est encore parlée dans quelques villages dans le monde tels que Maaloula et Sednaya en Syrie. Maaloula a été prise par le Front Al-Nosra à la fin 2013 avant d’être libérée par l’armée arabe syrienne en avril 2014. Un habitant sur deux seulement est revenu s’y installer. C’est une langue qui disparaît faute de pratique. La tradition orale et le chant sont pratiquement tout ce qui reste à ce village qui a vu ses icônes volées ou brûlées. L’Eglise de Mar Bacchus atteste de cette tradition multiséculaire. En effet, son autel paléo-chrétien permet de la dater d’avant 325. Date à laquelle se tient le premier concile de Nicée qui interdit ce type d’autel à cause de son aspect sacrificiel païen.

Eléments constitutifs du paysage oriental, les populations chrétiennes d’Orient voient leur futur menacé par des conflits récurrents. Qu’il s’agisse de l’Etat d’Israël, de la guerre islamique ou du panarabisme, ils n’ont en outre jamais leur mot à dire en tant qu’entité. Cependant, il existe d’autres communautés qui voient leur existence menacée encore plus violemment tels que les yézidis dont le groupe Etat Islamique a entamé le génocide…

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