Le centenaire très politique du président Hollande (3/3)

 

Le Chemin des Dames dans la future campagne présidentielle

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Borne commémorative sur le Chemin des Dames. Source : carnetdesentir.com

Le 16 avril 2017, nous commémorerons le centenaire de la bataille du Chemin des Dames. Catastrophe tactique extrêmement coûteuse en hommes, ce qui devait être la dernière offensive de la guerre aux objectifs audacieux devient un bourbier inextricable pour l’armée française, qui doit lutter pied à pied durant des mois pour tenir ses positions et gagner des objectifs limités, sur une ligne de crête où les allemands sont fortement retranchés. L’expression d’immense lassitude des combattants après ce nouvel échec aboutit à de nombreux cas de mutineries. Des mutins ou déclarés comme tels sont fusillés pour l’exemple. Au point de vue stratégique, il s’agît de l’erreur d’un homme, Robert Nivelle, nommé général en chef après ses succès lors de la bataille de Verdun et par un savoureux mélange de séduction et de manœuvres serrées dans les milieux politiques parisiens. Pour beaucoup, Nivelle devient le paria à abattre, le « boucher du chemin des dames ». Remplacé par Pétain, celui-ci met des mois à redresser la terrible situation laissé par son prédécesseur.

Le Chemin des dames devient, dès la fin de la guerre, le lieu de toutes les convergences. Les survivants, dont une majorité rejoint les rangs du courant pacifiste, forment au sein de l’immense cohorte des anciens combattants, les premiers acteurs de la mémoire du lieu. Réinvestissant les sites de bataille, ce sont eux qui parviennent à mettre en place les premiers circuits mémoriaux dans les années 20 et achètent l’un des lieux les plus emblématique de ce secteur du front, la caverne du Dragon, afin d’en faire un Musée du Souvenir français. Mais avec les années, les survivants disparaîtront du plateau, qui entre temps, subit de lourds combats lors de la campagne de France de 1940.

Il faut attendre les années 70-80 pour que la mémoire polémique du Chemin des Dames soit réinvestit par un surprenant engagement : l’histoire des fusillés est alors récupérée par le mouvement écologiste, qui en font un cheval de bataille jusqu’à aujourd’hui. Si la thèse d’André Bach consacrée aux fusillés pour l’exemple permet d’éclairer ces événements, les approximations historiques sont pléthores et il n’est encore pas rare d’entendre à ce propos de lourdes erreurs d’interprétation historique entre les fusillés de 1914 et les fusillés de 1917. Un groupe de chercheurs et d’universitaires se forment dans les années 90 autour de l’histoire du Chemin des Dames, au sein du CRID 14-18 (Collectif de Recherche International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918), dont les chefs de file, en particulier Nicolas Offenstadt, ne se gâchent guère de leurs sympathies politiques de gauche. Son appel au vote en faveur du candidat socialiste aux élections présidentielles de 2012 a ainsi renforcé l’engagement d’une frange des historiens de la Grande Guerre dans la volonté de s’affirmer comme des soutiens publics de la Gauche. Les initiatives de mémoire de la force noire dans le cadre de l’offensive Nivelle sont nombreuses au cours des années 2000. La transformation de la muséographie de la caverne du dragon et du parcours de mémoire de l’ensemble du champ de bataille voit l’investissement de celui-ci par les artistes contemporains au travers d’œuvres comme l’évocation de l’infirmerie de la caverne du dragon et à l’extérieur le monument de la force noire, ou encore le monument des fantômes (volé il y a un an) au plateau de Californie.

Les commémorations du centenaire du Chemin des Dames de 2017 vont donc s’inscrire dans un territoire marqué par un fort engagement politique des acteurs locaux de la mémoire et autour de thématiques parfaitement possédées par eux-mêmes. La mise au service de la campagne présidentielle du futur candidat socialiste de la mémoire de l’offensive Nivelle laisse craindre que cette phase du centenaire ne soit l’occasion d’un pic culminant dans la récupération mémorielle de la Grande Guerre.

Le 16 avril 2017 se place en pleine campagne présidentielle. Le premier tour de celle-ci a lieu le 23 avril, quelques jours plus tard, et le second le 7 mai. C’est donc dans l’Aisne que les candidats vont devoir se démarquer dans leur volonté de commémorer la Première Guerre Mondiale. Ce passage sera obligatoire s’ils souhaitent s’attirer les votes des français qui attendent tant de ces commémorations. Le Chemin des dames va ainsi voir déferler sur ses cimetières, ses monuments et ses lieux de combat l’ensemble du corps politique et les candidats à la présidence de la République.

 

Face aux nombreuses manipulations mémorielles dénoncées dans les premières parties de cet article, le centenaire des combats du Chemin des dames interroge sur le devenir des commémorations. Est-il encore possible de commémorer sans en profiter pour faire véhiculer un message politique ? Des réponses que nous obtiendrons à l’observation attentive de la campagne présidentielle de 2017 et de son implication dans les commémorations de l’offensive Nivelle.

Antoine Carenjot

 

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