Le centenaire très politique du Président Hollande (2/3)

La Somme de l’après Brexit

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François Hollande accompagné de David Cameron et de la famille royale britannique, le 1er juillet 2016, à Thiepval. Source : LeParisien.fr : http://www.leparisien.fr/societe/premiere-guerre-mondiale-commemorations-pour-le-centenaire-de-la-bataille-de-la-somme-01-07-2016-5930551.php

Lors de l’annonce du programme officiel des commémorations de la bataille de Verdun, au début du mois de mai dernier, François Hollande avait déclaré qu’en cas de Brexit, il annulerait sa présence aux cérémonies du 1er juillet 2016 dans la Somme. Suite au séisme politique outre-Manche, sa promesse a alors dû être murement réfléchie. Cette utilisation de la mémoire de la bataille de la Somme comme arme politique anti-Brexit a été finalement été reléguée à l’oubli. François Hollande a finalement décidé de participer aux commémorations.

Mais qu’aurait symbolisé exactement l’absence du président français sur la Somme ? L’importance du symbole que représente le jour le plus meurtrier de l’histoire britannique et du Commonwealth est très fort outre-Manche. Nul doute que les britanniques, mais également australiens, néo-zélandais, canadiens et tous les pays issus des anciens dominions de l’Empire britannique auraient peu appréciés ce manque de représentation officielle française. Au contraire, sa présence a concrétisé l’amitié franco-britannique et l’union des deux pays cent ans plus tôt sur les champs de bataille de la Grande Guerre.

Le 1er juillet 2016, le président de la République était donc présent aux côtés de David Cameron et des représentants de la famille royale britannique à Thiepval pour une journée de commémorations gérées par les britanniques. Cette fois, pas de discours ronflants, de parallèles entre les soldats de 14-18 et les évènements contemporains. Ni David Cameron, ni François Hollande, n’ont prononcés de discours, mais simplement deux lectures de lettres et d’ouvrages relatifs à la bataille de la Somme. Les britanniques nous ont donnés, en ce début juillet, l’exemple d’une cérémonie commémorative parfaite. La France a dû se plier aux exigences mémorielles britanniques. Si la tension était palpable, pas un mot n’a été prononcé ce matin-là à Thiepval sur le Brexit. Un parcours commémoratif établi autour des lieux emblématiques des combats du secteur britannique s’est déroulé durant toute la journée. Un hommage aux troupes du Commonwealth dans les différents cimetières canadiens, australiens, indiens, a pris en compte l’ensemble des Dominion de l’Empire britannique.

Ce que le Royaume-Uni est parvenu à faire sur la Somme est la synthèse de tout ce sur quoi la France a échoué depuis le 2 août 2014. Rassembler dans le respect, n’oublier aucun acteur lui étant lié. Il faut mettre en parallèle ces cérémonies avec les commémorations, un an plus tôt, du débarquement des Dardanelles, en Turquie. Alors que le président de la République s’envolait vers l’Arménie afin de participer au centenaire du génocide arménien, il y avait délégué Jean-Yves Le Drian, maigre consolation face aux 19 chefs d’Etats présents à la cérémonie française et au nombre important d’ambassadeurs. La présence des plus hautes autorités des anciennes colonies africaines de la France était le moment parfait pour François Hollande de réaliser ce geste d’union mémorielle collective. L’occasion a été manquée, une fois de plus. La présence dans le cimetière français de Sebdul Bahr, à l’extrémité sud des Dardanelles, du président malien a été remarquée, alors que les troupes françaises continuaient la lutte contre les groupes djihadistes dans le cadre de l’opération Serval. La faiblesse des moyens financiers pour l’organisation de cette cérémonie a contrasté avec le faste des évènements britanniques et australiens le matin même.

Autre loupé de la commission du Centenaire et de Joseph Zimet, l’organisation de la Somme a été entièrement laissée aux britanniques et le département et la Région des Hauts de France ne s’est contenté que de légères initiatives à destination des britanniques. Une fois de plus, ce sont bien des habitants, commerçants et passionnés que sont venus la mise en place d’initiatives, compréhensives bien sûr, au-delà de l’intérêt purement mémoriel, par l’importante manne financière entraînée derrière les quelques milliers de ressortissants britanniques et du Commonwealth qui ont fait le déplacement en France pour ce grand anniversaire. Un nombre impressionnant de produits dérivés dont sont très friands les britanniques ont été produits par les entreprises locales. Un dispositif de sécurité a été mis en place par la gendarmerie française afin d’éviter l’engorgement des routes de la région. La majorité du tracé de l’ancienne ligne de front et des principaux monuments est en effet situé le long d’axes routiers majeurs, peu habités mais fréquentés par un flux important de véhicules et de fret. Un casse-tête pour les gendarmes français à la fois dans la gestion de l’affluence et la mise en place de zones sécurisées, notamment autour des lieux d’hébergement des chefs d’États et des membres de la famille royale britannique.

Le principal problème réside dans le fait qu’aucune cérémonie française n’aura lieu pour ce centenaire de la Somme. Un échec mémoriel de taille puisque l’offensive de la Somme n’était pas seulement réalisée par les britanniques mais également par plusieurs Corps d’armée français engagés dans le secteur. Les quelques démarches entreprises auprès des collectivités locales par les associations d’anciens combattants se sont soldées par une fin de non-recevoir, et les quelques petites cérémonies françaises, espacées au cours de toutes l’année 2016 dans la Somme, ne parviendront pas à combler cet oubli impardonnable pour des dizaines de milliers de familles de combattants français de la Somme.

Si ces preuves de la politisation à outrance de la mémoire de la Grande Guerre dans le cadre du centenaire viennent s’ajouter aux pièces du dossier que devront juger d’ici quelques années les historiens, un événement peut déjà faire frémir d’inquiétudes tous les français : le centenaire, en avril 1917, de la bataille du Chemin des Dames.

Antoine Carenjot

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