Un pèlerinage sous fond de politique

Près d’un million et demi de fidèles ont afflué à La Mecque en Arabie saoudite  ce jeudi pour accomplir le pèlerinage, qui se déroule du 10 au 14 septembre. Mais cette année, le pèlerinage, où près de deux millions de personnes vont se retrouver, a lieu dans une ambiance tendue.

La ville sainte garde le souvenir du mouvement de foule meurtrier de l’an dernier où presque 2200 personnes ont perdu la vie, d’après les chiffres publiés par les gouvernements des pays d’origine des victimes. Ces informations ont été démenties par l’Arabie saoudite qui parle plutôt de 800 décès. Cet accident marque encore les relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran, pays qui a eu le plus de victime.Et même si des mesures de sécurité ont été mises en place, les Iraniens ne pourront pas participer au pèlerinage faute d’accord trouvé avec l’Arabie saoudite. Une première depuis trois décennies.

ouest-france.fr

La foule autour de la Kaaba durant le Hadj, ouest-france.fr

Échange de mots violent entre l’Iran et l’Arabie saoudite

L’ayatollah Khamenei, guide suprême iranien chiite, a reçu mercredi les familles des pèlerins iraniens morts il y a un an. Il en a profité pour lancer de violentes attaques contre son ennemi, l’Arabie saoudite sunnite. L’Iran « ne pardonnera jamais pour le sang versé de ces martyrs », a déclaré mercredi le président iranien, Hassan Rohani. Les deux plus hauts responsables iraniens reprochent notamment aux dirigeants saoudiens de n’avoir jamais présenté d’excuses pour les morts de la catastrophe et de refuser d’autoriser une commission d’enquête islamique internationale.

En réponse, l’Arabie saoudite a condamné ces déclarations. Les propos d’Ali Khamenei sont « une claire incitation et une tentative désespérée de politiser le rite » du pèlerinage, a ainsi dénoncé mercredi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe. Le grand mufti saoudien, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, a affirmé que les Iraniens « ne sont pas des musulmans ». Cette violente passe d’armes intervient alors qu’en mai, l’Iran avait fait savoir que les Iraniens ne pourraient pas se rendre à La Mecque cette année, invoquant la mauvaise volonté du gouvernement saoudien. Les négociations entre l’Iran et l’Arabie ont notamment échoué en raison de l’absence d’indemnisation pour les familles des Iraniens morts dans le mouvement de foule de 2015.

Le ministre saoudien des affaires étrangères avait reproché à l’Iran d’avoir exigé des conditions « inacceptables » à la participation d’Iraniens cette année. Vendredi, plusieurs milliers d’Iraniens sont allés manifester dans les rues de Téhéran pour protester contre leur exclusion du pèlerinage. Les manifestants montraient leur hostilité face aux dirigeants saoudiens.

Sécurité renforcée après une année 2015 sanglante

C’était l’épisode le plus tragique depuis vingt-cinq ans pour le pèlerinage de La Mecque. La rencontre entre deux flux de pèlerins, l’un quittant le site saint, l’autre arrivant en sens inverse, a provoqué une catastrophe au bilan extrêmement lourd.

Le surnombre de fidèles, qui accèdent au site par des tunnels et des voies suspendues, a souvent engendré des accidents. En 2006, 360 pèlerins étaient morts dans une bousculade. Et en 1990, 1 400 personnes sont mortes piétinées. Pour éviter de nouveaux mouvements de foules, l’Arabie saoudite a renforcé ses mesures de sécurité. Les pèlerins seront ainsi équipés d’un bracelet électronique, qui contiendra notamment leurs données médicales, la date d’entrée dans le royaume ou encore le numéro du passeport.

C’est une manière pour Khamenei de mettre une pression supplémentaire compte tenu des tensions entre les deux pays. L’Arabie saoudite n’entretient plus de relations avec l’Iran depuis l’attaque de son ambassade à Téhéran le 2 janvier dernier par des manifestants iraniens, en signe de contestation contre l’exécution de l’imam chiite saoudien Baqr al-Nimr. La rupture paralyse une région en proie à de nombreux conflits, la privant de négociations pourtant indispensables. Cette léthargie agit sur le hadj, certes, mais également et surtout sur la situation en Syrie, au Yémen et en Irak, où les bilans des différents conflits continuent de s’aggraver.

Emanuel Tychonowicz

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