L’affrontement fratricide libyen face à l’EI

C’est un des scénarios que redoutait la communauté internationale. Alors que la guerre contre l’organisation Etat islamique à Syrte n’est pas encore achevée, quatre mois après son déclenchement, le gouvernement d’union nationale de Sarraj basé à Tripoli et soutenu par les Occidentaux, est désormais engagé sur un nouveau front : le « croissant pétrolier », à l’est de Syrte, un axe de terminaux par où transite environ la moitié du pétrole libyen exporté. Dimanche dernier, les forces du général Haftar, le chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) qui contrôle l’essentiel de la Cyrénaïque et refuse de reconnaître l’autorité de M. Sarraj, ont conquis les principaux ports de transport du pétrole à l’issue d’une attaque éclair.

Le général Khalifa Haftar. AFP/-

Le général Khalifa Haftar. AFP/-

Une production qui reste minime mais au cœur des stratégies

La conquête du croissant pétrolier, dont les installations sont en fait fermées depuis l’été 2013, constitue un défi majeur lancé par le général Haftar au gouvernement de Tripoli soutenu par les Nations unies. Le croissant était jusqu’alors contrôlé par la Garde des installations pétrolières, une milice locale commandée par un chef de guerre local issu du mouvement fédéraliste de la Cyrénaïque, un courant autonomiste dénonçant l’appropriation des ressources pétrolières de l’Est par les autorités centrales de Tripoli, ce chef,  Jadhran s’était initialement rallié au général Haftar lors de l’éclatement du conflit.

Mais la relation entre les deux hommes se sont ensuite détériorée. Au printemps, Jadhran avait prêté allégeance au gouvernement d’union nationale de Faïez Sarraj, alors même que le général Haftar le dénonçait comme illégal. En juillet, les nouvelles autorités de Tripoli et M. Jadhran ont conclu un accord prévoyant la reprise des activités d’exportation du brut à partir des terminaux pétroliers. L’accord était vital à la survie du gouvernement de M. Sarraj, en quête désespérée de ressources financières alors que l’aggravation des difficultés quotidiennes (coupures d’électricité, chute du dinar, inflation…). Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, l’industrie pétrolière nationale s’est littéralement effondrée. La production n’atteint plus désormais que 200 000 barils par jour – soit environ dix fois moins qu’avant 2011.

L’offensive du général Haftar au cœur du croissant pétrolier met en péril cette stratégie de survie du gouvernement Sarraj. Elle défie aussi ouvertement les efforts des Nations unies visant à faire avaliser la tutelle du gouvernement de Tripoli par le camp du général Haftar. Les 5 et 6 septembre, à Tunis, des discussions ont été amorcées dans le but d’instituer un conseil militaire rassemblant les différentes forces de l’Est et de l’Ouest.

Une armée qui reste divisée face à l’EI

Aux yeux de l’ONU, la reconstruction d’une armée nationale est indispensable pour une stratégie efficace de lutte contre l’organisation Etat islamique en Libye. C’est pourtant le contraire qui est en train de se produire. A Benghazi, le général Haftar conduit sa propre guerre contre des noyaux djihadistes, sans doute avec le concours clandestin des forces spéciales françaises dont trois soldats ont été tués en juillet. A Syrte, c’est une coalition de milices et de brigades de la Tripolitaine, principalement Misrata, affiliées au gouvernement de M. Sarraj qui est sur le point de reconquérir une cité dont l’EI avait fait sa place forte en Afrique du Nord depuis le début de l’année 2015.

En ouvrant un nouveau front dans le croissant pétrolier contre le gouvernement Sarraj, le général Haftar menace d’affaiblir de facto l’offensive anti-EI. Si les forces de Misrata devaient en effet étendre leurs opérations pour reprendre possession des oléoducs, il en résulterait forcément un relâchement de leur engagement à Syrte.

Emanuel Tychonowicz

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s