La CNLG et la lutte contre le négationnisme du génocide Tutsi au Rwanda

rwanda commémorations

Le président rwandais Paul Kagamé et le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, lors des cérémonies de commémoration des 20 ans du génocide au Rwanda, le 7 avril 2014

Le génocide des Tutsi au Rwanda est un des évènements majeurs du XX° siècle. En effet, si l’on s’en tient aux estimations officielles, lors de ce « troisième génocide du siècle », entre 800 000 et 1 million de Tutsi auraient été massacré par le « gouvernement intérimaire » hutu entre avril et juin 1994. Le génocide des Tutsi au Rwanda a d’ailleurs été reconnu juridiquement par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), institué par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, malgré l’ampleur des morts et la multiplicité des preuves, certaines personnes nient encore qu’une planification a eu lieu, refusant ainsi de reconnaitre complètement l’évidence de ce génocide. La CNLG (Commission Nationale de Lutte contre le Génocide), institution autonome rwandaise créée en 2008, joue un rôle majeur dans cette lutte contre le « négationnisme ».

  • Le génocide des Tutsi au Rwanda : un fait très difficilement niable

Si l’on reprend les travaux de Jacques Sémelin (datant de 2005), on s’aperçoit très bien que tous les éléments permettant de définir un génocide sont réunis.

Dans un premier temps on retrouve une « lente montée d’une idéologie raciale », reposant sur des racines coloniales, permettant de définir telle ou telle ethnie rwandaise. En effet, les européens belges avaient mis celle-ci en place depuis le milieu du XIX° siècle pour gouverner plus facilement leur colonie.

D’autre part, on a un discours de haine raciale, qui par un mécanisme officiel de propagande développé depuis plusieurs dizaines d’années par les autorités, amène progressivement l’ethnie majoritaire (80% de la population) à accepter, pour le bien de sa survie, de systématiquement « mettre à mort » l’ethnie minoritaire tutsi. Le passage à l’action serait donc nécessaire et imminent.

Enfin, on trouve l’édification par le gouvernement d’organes paramilitaires radicalisés mais aussi l’implication de forces armées régulières dans les massacres, afin d’appliquer au mieux la destruction totale de la « population cible ». Cette dernière était d’ailleurs très facilement identifiable puisque, le gouvernement avait mis en place des cartes d’identités indiquant l’ethnie des individus, des listes de nominations et des marquages de maisons.

Tous ces éléments planifiés, ici rapidement résumés, avaient donc bien pour seul objectif de permettre l’exécution et la réussite d’un génocide contre la « vermine Tutsi ». Ce dernier commencera officiellement le 6 avril 1994, suite à l’assassinat du président hutu Habyarimana, dans un attentat contre son avion. Après de nombreuses controverses sur l’identification des coupables, le juge Trevidic a finalement prouvé en 2014 que le missile ayant abattu l’avion du président proviendrait d’un camp extrémiste hutu (refusant la mise en place d’un gouvernement « mixte » de transition).

  • Un négationnisme international, persistant et varié

Malgré l’évidence de cet évènement génocidaire, celui-ci n’est pas unanimement reconnu chez les chercheurs (et notamment en France). En effet, si un très petit nombre le nient complètement, beaucoup cherchent à le relativiser.  Il est intéressant de revenir sur les différentes interprétations négationnistes du génocide, que l’on peut facilement hiérarchisées.

Tout d’abord, certains individus comme la journaliste camerounaise Marie Roger Biloa, vont le nier purement et simplement, en le dénaturalisant. Selon eux, il n’y aurait eu au Rwanda que de simples massacres de masse. Le FPR, pour asseoir sa prise de pouvoir, aurait largement exagéré le nombre de morts. Ces derniers vont faire une euphémisation du génocide en l’identifiant à une « guerre civile », voir une « guerre tribale ».

D’autre part, cas assez courants chez les négationnistes, des individus vont tenter de mettre en lumière le fait que le génocide aurait été déclenché par le FPR tutsi du « libérateur » Paul Kagamé. Le futur dirigeant aurait intentionnellement détruit l’avion du président Habyaramana, dans le but de provoquer un génocide contre ses semblables tutsi et ainsi légitimer sa conquête puis sa prise du pouvoir. En 2006, le juge Bruguière accuse 9 anciens officiers du FPR, proches de Paul Kagame, pour avoir abattu l’avion du président Habyarimana. Ses affirmations, seulement basées sur des témoignages d’anciens soldats du FPR exilés, de génocidaires ou d’extrémistes hutu, seront finalement démenti par les enquêtes du juge Trévidic en 2014. Beaucoup d’individus ont reproché au juge Bruguière de vouloir, par ces graves accusations, camoufler la participation et la responsabilité de la France dans le génocide contre les Tutsi.

Enfin, d’autres négationnistes sont partisans de la théorie du « double génocide ». Celle-ci affirme qu’un autre génocide aurait été exécuté à l’encontre des Hutu lors de la reconquête du Rwanda par les Tutsi du FPR. Cette théorie est très régulièrement soutenue par tous les individus ayant soutenu l’ancien régime rwandais. On retrouve parmi eux d’anciens fonctionnaires du Régime, des chercheurs comme Pierre Péan ou Bernard Lugan mais aussi des hommes politiques français comme François Mitterrand ou Dominique de Villepin. Cependant, la communauté internationale n’a jamais reconnu l’existence d’un génocide Tutsi contre les Hutu. En effet, la très grande majorité des organisations des Droits de l’Homme estiment que si des crimes sont à reprocher au FPR (en 1990 ou en 1996), ils ne peuvent pas être mis sur la même ligne d’équivalence que le crime de génocide du Hutu Power en 1994.

  • La CNLG et ses principaux moyens d’actions contre le négationnisme             

La CNLG (Commission Nationale de Lutte contre le Génocide) est une institution autonome rwandaise, créée en 2008 par le gouvernement, qui a notamment pour but de lutter contre la diffusion de l’idéologie du génocide et le négationnisme. En plus de ses propres travaux de recherche, de la mise en lumière des travaux de chercheurs internationaux luttant contre le négationnisme ou de sa coopération avec des ONG comme Ibuka, de nombreux moyens d’actions sont utilisés par la commission.

D’une part, des agents de la CNLG sont régulièrement envoyés auprès de toutes les couches sociales rwandaises pour leur parler non seulement de la nécessité de préserver la mémoire du Génocide perpétré contre les Tutsi, mais aussi du devoir qui est le leur de participer à la reconstruction d’une société rwandaise harmonieuse.

Cependant, ces campagnes de sensibilisation ne sont pas seulement présentes au niveau national. En effet, de nombreuses équipes vont régulièrement rendre visite aux différentes communautés rwandaises à l’étranger en vue de leur raconter la tragédie rwandaise et de leur montrer les nombreux progrès de leur patrie depuis 1994, afin de lutter contre les négationnistes du génocide. Au cours de ces entretiens avec la diaspora, des expositions et des dialogues au sujet de la tragédie sont au premier plan, mais aussi les causes de cette tragédie et comment éviter les massacres semblables à l’avenir sont des sujets à l’ordre du jour.

Enfin, la CNLG lutte aussi, dans le domaine judiciaire, contre l’impunité du génocide et le négationnisme. Par exemple, en septembre 2015 et en s’appuyant sur de nombreuses preuves, l’institution a attiré l’attention sur l’urgence et la nécessité d’extrader MUNYAKAZI Léopold au Rwanda pour qu’il réponde devant la justice des actes criminels qu’il a commis pendant le génocide perpétré contre les Tutsi. Selon elle, ce professeur, aujourd’hui refugié aux USA, est « un idéologue ethniste et concepteur du génocide, un mobilisateur dans la perpétration du génocide et un acteur direct dans le génocide ».

En partie grâce aux travaux de la Commission, chaque année le négationnisme à l’échelle internationale semble diminuer progressivement. Cependant, le conflit pour la reconnaissance du « génocide le plus rapide de l’Histoire » est malheureusement loin d’être clos.

LOBEZ Clément

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