2/2 Hezbollah : la mort de Badreddine, fort symbole politique au Liban

Rappel : Moustapha Badreddine, l’un des principaux chefs militaires du Hezbollah, a été tué en Syrie dans la nuit du 12 au 13 mai 2016, près de Damas. Personne n’a revendiqué cette attaque. Pourtant, Si les circonstances de sa mort n’ont toujours pas été élucidées, ce deuil au sein du parti chiite libanais revêt un fort symbole politique, qui renforce les tensions dans le pays.

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Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Photo d’archives / AFP

Menaces contre Israël, la Turquie et l’Arabie Saoudite

A travers cet hommage, le Hezbollah a réaffirmé qu’il ne compte nullement se retirer du conflit syrien : entre 7 000 et 10 000 de ses hommes se trouveraient sur place.  Sa présence en Syrie au côté des troupes de Bachar Al Assad représente un enjeu majeur pour le parti de Dieu: son objectif vise à combattre les forces extrémistes qui selon lui,  agissent à la botte des États-Unis et d’Israël. Bien que le Hezbollah accuse les rebelles syriens d’être à l’origine de la mort de Baddredine, plutôt que l’État Israélien, le chef du parti n’a pas manqué d’agiter une menace de représailles à son encontre, « quelles qu’en soit les conséquences (…) s’il s’attaquait à des membres du Hezbollah ». D’autre part, Hassan Nasrallah à mise en garde la Turquie et l’Arabie saoudite contre une « guerre mondiale » en cas d’intervention sur le sol syrien.

Un contexte d’élections municipales au Liban

L’intervention orale d’Hassan Nasrallah s’ancre dans un contexte politique électoral particulier pour le Liban. Lors des funérailles, le chef du Parti de Dieu à appeler à participer au troisième round des élections municipales le dimanche, qu’il juge « très importante, notamment dans le cadre de la guerre psychologique menée contre nous ».  Achevées le 29 mai, les résultats ont donné la victoire au Hezbollah dans la plupart des localités du sud du pays. Plus généralement, la tenue de ses élections pourrait être un signe encourageant vers des élections présidentielles alors que les deux listes qui siègent à l’assemblée ne parviennent pas à se mettre d’accord malgré 39 tentatives qui n’ont pu aboutir. La liste du 8 Mars, liée au Hezbollah, pro-Assad et soutenue par l’Iran, s’oppose à celle du 16 mars, hostile au régime syrien, plus proche de l’Arabie Saoudite et de l’Occident.

Le renforcement des tensions entre les chiites et les sunnites libanais

Trois ans de présence du Hezbollah en Syrie ont provoqués de fortes divisions au sein des différents partis du Liban. Dans ce contexte, les tensions politiques ainsi que celles entre les sunnites et les chiites libanais se sont renforcées. En 2013, des attentats ont été commis dans la banlieue sud de Beyrouth, quartier à majorité chiite, revendiqué par des groupes djihadistes sunnites qui visait à « punir » le Hezbollah pour son soutien à l’armée syrienne. D’autres part, des accrochages réguliers ont lieu à Tripoli, entre sunnites et alaouites, une branche du chiisme dont est issu la famille Assad. Pour certain, l’action militaire entreprise par parti chiite met en péril la sécurité d’un pays qui souffre d’être l’otage de la situation instable des pays frontaliers.

Légitimation du Hezbollah

Pourtant le Hezbollah s’est légitimé auprès de beaucoup d’autres par le succès des interventions militaires en Syrie : en mai 2013, la présence de ses troupes dans la bataille LQusayr, près de Homs, avait permis à Bachar Al Assad de reprendre contrôle de la région et de stabiliser le régime. Aux yeux de ses nouveaux partisants, il se présente comme rempart face à l’Etat Islamique et de le Front Al Notsra,  dont les agissements à quelques kilomètres des frontières du pays, sont source d’inquiétude pour la population. D’autre part, le Hezbollah pallie au manquement de l’armée libanaise sur des questions défensives, dans le Sud du pays. Ainsi en juillet 2015, 79,9 % des chiites libanais ont estimés que les actions du Hezbollah en Syrie «leur permettaient de se sentir davantage en sécurité». Par ce biais, le parti a renforcé son influence au sein de certaines communautés chrétiennes, désormais allié au Courant Patriotique Libre, créant de nouvelles divisions face à la coalition anti-syrienne de la liste du 14 mars.

Vers une déstabilisation du Liban ?

Le renforcement de l’action d’un Hezbollah dans cette guerre voisine, fait surgir les fantômes du passé : la crainte d’une déstabilisation du pays et du réveil d’une guerre civile, dont celle qui frappa le pays de 1975 à 1990, continue d’ habiter les esprits. Plus encore, l’emprise du Hezbollah  sur le pays témoigne de la difficulté de l’Etat Libanais à s’affirmer en tant que tel, et expose au grand jour ses fragilités.

 Domitille Courtemanche

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