L’alcoolisme en Russie

L’alcoolisme est un problème de santé publique majeur dans la Fédération de Russie, contre lequel il est difficile de lutter car de multiples dimensions entrent en compte. 

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Rayon vodka d’un petit supermarché à Irkoutsk, Sibérie orientale Photo: Sophie Patillon

  • L’alcoolisme, un fléau national

L’alcoolisme en Russie a connu son taux le plus fort pendant la décennie qui a suivie la chute de l’Union Soviétique : le prix de la vodka a grandement diminué à cette époque du à la fin du monopole d’Etat, et sa qualité est devenue aléatoire. En 1992 le prix de la vodka est fixé administrativement et ne suis pas les cours du marché, la rendant très abordable, d’autant que les salaires étaient en pleine augmentation.

Actuellement en Russie, la consommation d’alcool est constituée à 63% d’alcools forts. Il est estimé que 40% des hommes boivent de la vodka quotidiennement. Le nombre d’alcooliques serait estimé à environ 2 millions, sachant que la prise en charge sanitaire étant tellement insuffisante, la plupart des personnes déclarées alcooliques le sont car leur état nécessite une hospitalisation qui est souvent la dernière avant le décès. De ce fait un très grand nombre d’alcooliques restent anonymes et décèdent sans être pris en compte dans les statistiques nationales.

  • Conséquences

Les conséquences de l’alcoolisme en Russie sont multiples, mais la plus notable est certainement la démographie. L’espérance de vie des hommes, située à 64 ans, est de plus de dix ans inférieure à celle des femmes. L’ONU estime que 20% de la mortalité en Russie serait due à l’alcoolisme. L’alcoolisme touche également le taux de natalité extrêmement faible en Russie. Si la démographie en Russie continue sa tendance actuelle, le pays serait vide d’ici un à deux siècles.

La Russie a l’un des taux d’incarcération les plus hauts du monde, et une grande majorité des faits de délinquance sont commis sous emprise de l’alcool. Entre 50 et 70% des auteurs d’homicides arrêtés au moment des faits auraient un taux d’alcoolémie positif.

De l’alcoolisation découle aussi un fort taux de violence domestiques : 30% des violences faites aux femmes en Russie le serait par un conjoint sous emprise d’alcool. L’alcool serait également une des raisons les plus importantes du taux très important de divorces dans la Fédération. En effet, la Russie est le deuxième pays au monde ayant le plus de divorces. Et toujours concernant la structure familiale, l’alcool serait l’une des principales raisons d’abandon d’enfants et de nourrissons. La Russie occupe la première place dans le classement mondial d’orphelins et enfants abandonnés. En 2007 le Ministère de la Santé Russe estimait à 750 000 le nombre d’orphelins et d’enfants en dehors de la garde parentale sur le territoire russe.

            Enfin, l’alcool serait une cause non négligeable du suicide, et causerait en Russie un suicide sur deux, touchant beaucoup plus la jeunesse Russe que la jeunesse d’autres pays occidentalisés.

  • Lutte contre l’alcoolisme

Depuis 2000, date de l’accession de Vladimir Poutine au pouvoir, de nombreuses mesures ont été prises pour lutter contre l’alcoolisme. Un prix plancher a été introduit en 2010 et augmente depuis régulièrement. Les supermarchés ne vendent plus d’alcool après 23h, il est interdit de consommer de boissons alcoolisées dans la rue, la vente d’alcool est désormais interdite lors d’événements. Et la bière, comme tout les autres breuvages de moins 10 degrés d’alcool, sont rentrés dans la catégorie de boissons alcoolisées depuis 2011. En parallèle une campagne de sensibilisation et d’information est lancée dans les écoles, et le gouvernement promeut une image du jeune Russe patriotique comme étant sain de corps et d’esprit, à savoir ne consommant ni alcool, ni cigarettes, ni drogue, et faisant du sport.

Cela semble être efficace auprès de la jeune génération : les 20-30 ans consommant nettement mois que les 30-40 ans et plus. De plus 42% de Russes se disent préoccupés par la consommation d’alcool de leurs concitoyens.

Cependant la relation de l’Etat avec l’alcool est ambiguë, car l’Etat profite de recettes des taxes de l’alcool, de plus en plus importantes. Et l’alcool n’est pas non plus absent de la culture populaire, comme le montre le dernier clip du groupe Leningrad très connu en Russie, « on se pinte à Saint Pet' » https://www.youtube.com/watch?v=1ugivNRYfjc

Sophie Patillon

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