Assaut de l’armée irakienne contre le « bastion jihadiste » de Falloujah : une offensive aux nombreux enjeux

offensive Fallujah

Derniers préparatifs des forces gouvernementales irakiennes avant de lancer l’assaut sur la ville djihadiste de Fallujah (Source AFP)

 

Dans la nuit de dimanche 22 à lundi 23 mai, le premier ministre Haïder Al-Abadi a annoncé le début de l’offensive contre Falloujah. Cette ville située à environ 65 kilomètres de Bagdad, est sous le contrôle de l’EI depuis plus de deux ans. Lundi 23 mai, après huit mois de siège intensif, les forces irakiennes ont enfin lancé l’assaut sur cette ville symbolique de 50 000 à 60 000 habitants. Après avoir donné sa priorité à la libération de Ramadi, Hit puis Rutbah, l’Armée a enfin décidé de s’attaquer à Falloujah, dernier bastion de l’EI dans la province sunnite de l’Anbar.

 

  • Falloudjah : un objectif stratégique et symbolique pour Bagdad

 

Il s’agit de la première ville prise par les djihadistes lors de leur conquête d’une partie du territoire irakien en 2014. Cette occupation rapide de la ville avait grandement servi à l’expansion éclair de l’EI et facilité sa conquête de Mossoul, la deuxième ville du pays, devenue la « capitale » des jihadistes en Irak.

La ville de Falloujah est connue en Irak comme la « cité des mosquées » car elle en possède un très grand nombre. La ville a été pendant longtemps le centre intellectuel le plus important des musulmans sunnites de la région.

La reprise de cette dernière forteresse de l’EI dans la province, est une priorité pour Bagdad, qui veut écarter la menace des attentats-suicides dans la capitale, située à seulement 65 kilomètres de là. De plus, elle permettrait également de redorer le blason d’un Premier ministre fragilisé par les contestations populaires et les calculs politiciens de ses rivaux.
Cependant, la coalition internationale, censée apporter à l’Irak un soutien aérien, s’impliquerait peu dans la province d’Anbar, ralentissant ainsi les offensives gouvernementales. En effet, elle aurait mené seulement 21 frappes depuis le 17 mai 2016. Cela s’explique par le fait que Falloujah rime avec mauvais souvenir dans la mémoire de l’Oncle Sam. Sa libération est jugée compliqué par ces derniers qui y ont déjà livré deux batailles difficiles, en avril et en novembre 2004, contre Al-Qaida en Irak. 80 soldats américains y avaient ainsi perdu la vie et des milliers d’immeubles avaient été détruits. Dix ans plus tard, en janvier 2014, l’EI et ses djihadistes, reprenaient la ville de 300 000 habitants, sans combattre, tant le ressentiment y est fort contre le gouvernement chiite de Bagdad. Les Américains ne voient donc pas la libération de Falloujah comme un objectif stratégique, et préféreraient concentrer tous les efforts sur Mossoul, devenue « capitale » de l’EI en Irak.

 

  • L’assaut : une progression rapide reposant sur une coopération de milices sunno-chiites

 

Tout d’abord, la ville a été longuement bombardée par des chasseurs F-16 mis à disposition par les Américains avant de subir dans un second temps, un feu nourri de l’artillerie.

L’offensive a débuté par la reconquête de l’ensemble du faubourg principal de la Fallouja, Garma, qui est même plus étendue que la ville elle-même. De nombreux médias ont d’ailleurs pu accompagner les combattants de « La Mobilisation populaire » comme en témoigne les multiples photos/vidéos des combats. Après avoir bombardé aux obus de mortier toute la matinée du lundi 23 mai, les militaires sont entrés à pied dans les rues de Garma sans rencontrer de forte résistance.

La « Mobilisation militaire » est une force paragouvermentale constituée d’une quinzaine de milices chiites et de quelques milices sunnites. D’autre part, vingt mille policiers fédéraux, les 8e et 9e divisions armées et l’unité antiterroriste, ont rejoint les miliciens et les tribus sunnites locales sur le front.

Le cheik Fayçal Al-Essaoui, sous-préfet d’Amriyat Al-Fallouja, disposant de 1700 combattants tribaux mobilisés sur son seul nom et sa fortune,  assure que « après les frappes de l’aviation, les unités avanceront vite et les familles viendront à nous ». Ce chef sunnite est persuadé d’être accueilli en libérateur par la population de la ville assiégée. En effet, comme l’a bien dit le général Rachid Fleikh, commandant de la MP dans l’Anbar « Les combattants sunnites d’Amriyat Al-Fallouja et de Fallouja doivent être la force principale de l’offensive » afin de faciliter l’adhésion des populations aux forces gouvernementales. Cependant, malgré l’optimisme du cheik, les experts prédisent que l’offensive sera fortement ralentie par les mines et engins explosifs artisanaux posés par les djihadistes en deux ans et demi de présence.

 

  • Inquiétude autour de la population civile de la ville

 

Selon le premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi, les forces armées irakiennes ont « reçu instruction de préserver les vies des habitants de Fallouja et de protéger les biens publics et privés ». Plus tôt, ses habitants avaient été appelés à fuir les combats ou à mettre des drapeaux blancs sur les toits pour éviter d’être pris pour cible.

Cependant, depuis le début de l’offensive, les rues de la ville irakienne de Falloujah se retrouvent envahies par les escadrons de la mort de Daech. Les djihadistes ne laissent littéralement aucune issue aux citoyens en tuant tous ceux qui essayent de quitter la ville ou agiter un drapeau blanc.

L’ONU et des ONG se sont dites « préoccupées » par le sort des habitants de la ville. En effet, la population serait passée de 300 000 habitants (avant l’arrivée de l’Etat islamique) à 50 000 habitants (selon le conseil norvégien pour les réfugiés). Ayant subi huit mois de siège, la situation humanitaire sur place serait catastrophique. En mars 2016, l’ONG Human Rights Watch avait clamé publiquement ses inquiétudes, expliquant que les habitants ne mangeaient « plus que du pain fait avec de la farine préparée à partir de noyaux de dattes et des soupes faites avec de l’herbe ».

 

LOBEZ Clément

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