Attentat terroriste contre l’Airbus A321 dans le Sinaï: modification et durcissement de la politique russe contre l’EI

Le 31 octobre 2015, un avion charter russe de la compagnie Metrojet qui effectuait la liaison entre Charm el Cheik en Egypte et Saint-Pétersbourg s’est soudainement crashé dans le nord du Sinaï, zone en proie à la prolifération de cellules djihadistes. Dès le lendemain du crash, l’EI avait revendiqué l’attaque qui a coûté la vie à 224 personnes. Plus de deux semaines après le crash, alors que les autorités russes et égyptiennes avaient tout d’abord balayé les revendications des djihadistes, la Russie a enfin reconnu officiellement qu’il s’agissait bien d’un attentat. Cet élément entraîne de véritable répercussions dans le pays mais surtout sur la politique extérieure de Vladimir Poutine en Syrie.

Confirmation d’un acte terroriste par le Kremlin

Le 3 novembre, l’organisation terroriste EI avait publié une nouvelle vidéo dans laquelle elle réaffirmait être à l’origine du crash de l’Airbus 321-200. Dans la vidéo, un membre de l’organisation félicite en russe ses «frères de l’EI, particulièrement ceux de la région du Sinaï, pour avoir fait chuter l’avion des croisés russes mécréants ». Le groupe Province du Sinaï, branche de l’organisation EI dans la région, avait affirmé dans un message audio être à l’origine du crash

avion russe sinai

Photo diffusée par le ministère russe des situations d’urgence montrant les débris du vol A321 le 1 novembre 2015 (source AFP)

et le présentait comme un élément de représailles pas rapport aux bombardements russes en Syrie. L’EI ne donnant toutefois pas de détails supplémentaires sur son mode d’action et sur la nature de son armement, la question d’un attentat divisait les spécialistes.

Lors d’une conférence ayant pour but de faire le point sur l’enquête qui s’était tenue lundi 16 novembre, Alexandre Bortnikov, le chef du FSB (services de sécurité russes) a annoncé qu’« une bombe artisanale d’une puissance de 1 kg de TNT a été déclenchée pendant le vol, après quoi l’avion s’est brisé en l’air en plusieurs morceaux ; ce qui explique la grande distance des éléments du fuselage retrouvés ».

D’après des propos rapportés sur le site du Kremlin le mardi 17 novembre au matin, il affirmait que selon des experts, des traces d’explosifs avaient été retrouvé et qu’il pouvait avouer avec « certitude que c’était un acte terroriste ».

Même si le gouvernement russe ne l’avait jamais réellement admis officiellement, cette piste semblait la plus probable dès le début, comme en témoignait les derniers rapports américo-anglais.

Intensification des frappes et nouvelles mesures plus « radicales »

Dans un communiqué, Vladimir Poutine a assuré «Nous n’allons pas essuyer les larmes de nos cœurs et de nos âmes, cela restera en nous pour toujours, mais cela ne nous empêchera pas de trouver et de punir les criminels. Nous devons agir sans délai et connaître tous les responsables par leur nom. Nous allons les chercher partout où ils peuvent se cacher, nous les trouverons partout dans le monde et nous les punirons. »

Selon l’agence de presse russe TASS, le FSB annonçait qu’il était prêt à payer une prime de « 50 millions de dollars » pour des informations qui aideraient à trouver les auteurs de l’attentat de l’A321.

Dès le 17 novembre, la ville de Raqqa, fief de l’EI en Syrie a été visé par de nombreuses frappes russes (tirs de croisières), le tout conjointement avec des frappes aériennes françaises. Dans la foulée, les villes d’Alep et d’Idlib ont également été touchées par des missiles de croisière russes.

De plus, l’armée de l’air russe aurait massivement bombardé des sites de l’EI dans les provinces de Rakka, d’Alep, d’Idlib et de Deir ez-Zor, selon un communiqué du général Andreï Kartapolov, le chef des opérations militaires russes en Syrie. Cent quarante-neuf cibles ont été détruites et 59 vols effectués, sur 100 prévus, a-t-il précisé. Ces vols visent principalement les réserves de pétrole de l’EI, principales sources de revenus de l’organisation terroristes.

Enfin, mercredi 18 novembre, Vladimir Poutine, a annoncé la création d’une commission spéciale chargée de combattre le financement du terrorisme dans le cadre du renforcement de la lutte contre les djihadistes de l’EI.

Mise en place d’une « coordination des efforts » et création d’une « grande alliance »

D’autre part, en marge du sommet du G20 à Antalya, en Turquie, le président russe a revendiqué la paternité de la « grande coalition » contre l’EI. Cette dernière a notamment été prônée par Francois Hollande devant le Congrès réuni après les attentats sanglants du 13 novembre à Paris qui ont fait 221 morts. Cette mise en avant a permis à Vladimir Poutine de répondre partiellement à une de cet objectif fixé lors de l’intervention en Syrie: imposer le retour de son pays dans le jeu des grandes puissances, un rôle qu’il a savouré au G20.

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Poignée de main amicale entre François Hollande et Vladimir Poutine au G20     (source AFP)

L’Elysée et le Kremlin se sont mis d’accord pour une « coordination des efforts » dans la guerre en cours. Vladimir Poutine a ainsi ordonné à ses navires déployés en mer Méditerranée d’entrer en contact direct avec le porte-avions Charles-de-Gaulle et de « coopérer avec les alliés » français.
Le président russe rencontrera d’ailleurs son homologue français le 26 novembre à Moscou afin de fixer les bases d’une « grande et unique coalition »jugé « indispensable ».

Le 19 novembre, selon le ministère de la défense russe, le chef d’état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, s’était entretenu pour la première fois avec son homologue russe, le général Valeri Guerassimov, pour discuter de la « coordination » des opérations militaires en Syrie. Les ministères de la défense russe et français n’avaient jusque là plus établis de contact direct depuis le début de la crise ukrainienne, au printemps 2014.

Cependant,malgré ce rapprochement de circonstance, il ne faut pas oublier que M. Poutine reste un dirigeant figé dans une logique de confrontation avec un Occident qu’il accuse d’avoir trompé la Russie à la fin de la guerre froide. Le sort du président syrien, qui a tant divisé Russes et Occidentaux, sera d’ailleurs une nouvelle fois au menu des discussions au sein de cette « grande coalition ».

LOBEZ Clément

 

 

 

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