Nigéria, un défi de développement

Le Nigéria est aujourd’hui un des pays d’Afrique dont le développement économique est le plus prometteur, mais qui doit faire face à l’insécurité provoquée par la présence de Boko Haram, ainsi qu’à une instabilité politique structurelle.

La ville de Maiduguri au Nord-est du Nigéria a été frappée le mardi 13 octobre dernier par trois explosions faisant de nombreux morts. Cette attaque a été attribuée au groupe islamiste Boko Haram, qui a intensifié ces assauts dans cette région du pays depuis quelques mois.

Boko Haram ou l’enjeu de la sécurité

C’est actuellement – et depuis 2013 – une véritable guerre dans laquelle le gouvernement nigérian et les djihadistes de Boko Haram se sont engagés. Le Nigéria est historiquement marqué par des conflits ethnico-religieux entre musulmans au Nord et chrétiens au Sud, mais la lutte contre la secte islamiste dépasse désormais le cadre national. Boko Haram est créé en 2002 comme un mouvement politique mais lance rapidement des actions violentes et se heurte fréquemment aux forces de police. Mais c’est en juillet 2009 que le gouvernement prend réellement conscience de la menace, à l’occasion d’attaques simultanées dans quatre Etats du Nord du pays. Pour la première fois, l’armée intervient contre le groupe djihadiste et parvient à éliminer Mohamed Yusuf, fondateur et dirigeant du groupe islamiste. Mais le groupe se réorganise autour d’Abubakar Shekau et poursuit son expansion. Le conflit s’intensifie à partir de 2013 et l’organisation djihadiste, qui fait désormais allégeance à l’Organisation Etat islamique (OEI), tente aujourd’hui des incursions au Cameroun et au Tchad.

Ce conflit impacte toute la société nigériane en créant un environnement d’instabilité et d’insécurité. En effet, aux victimes directes des conflits, aux déplacements de population et aux destructions s’ajoutent également des conséquences sur l’économie et le développement du pays.

Le défi du développement : l’instabilité politique et financière

Ce conflit vient accentuer la déstabilisation du pays, qui présente pourtant depuis quelques années des atouts pour un dynamisme économique. En 2013, le Nigéria devient la première économie d’Afrique devançant ainsi l’Afrique du Sud, avec un PIB s’élevant à 510 milliards de dollars. Le taux de croissance moyen depuis les 10 dernières années s’élève à 7%. De plus, le Nigéria est riche en ressources pétrolières, qui constituent une forte source de revenus : le brut représente plus de 90% des revenus à l’export. Enfin, les 180 millions de nigérians représentent un marché colossal pour les entreprises occidentales et asiatiques.

Mais ces forces du Nigéria s’accompagnent également de défis à relever. La richesse nationale, certes élevée, n’est plus si impressionnante quand elle est rapportée au nombre d’habitants : le niveau de vie des nigérians est en réalité proche de la moyenne africaine. D’autre part, l’économie nigériane est énormément dépendante de l’exportation de l’or noir : les revenus du pétrole représentent trois quart du budget national. Lorsque le cours du baril baisse, c’est toute l’économie du pays qui est à genoux. C’est actuellement le cas : entre septembre 2014 et juillet 2015 le prix du baril a chuté de 60%, ayant des conséquences lourdes pour les finances publiques. En avril dernier, certains Etats n’ont pas pu verser de rémunération à leurs fonctionnaires.

Le Président Buhari, ancien dictateur militaire « converti à la démocratie » et élu en mai 2015 après une campagne axée sur la lutte contre la corruption, affirme vouloir faire la « chasse aux milliards » détournés, notamment pendant la présidence de son prédécesseur, Goodluck Jonathan.

Le Secrétaire général de l'ONU à la rencontre de Muhammadu Buhari, Président du Nigéria, le 25 août 2015 - UN Photo/Evan Schneider

Le Secrétaire général de l’ONU à la rencontre de Muhammadu Buhari, Président du Nigéria, le 25 août 2015 – UN Photo/Evan Schneider

 

En dépit de ces affirmations, le Nigéria rebute toujours autant les investisseurs étrangers, notamment en raison des prises d’otages dont sont victimes les ingénieurs occidentaux ou asiatiques, la rançon constituant une source de revenus pour les groupes dissidents.

Tout comme l’Iran qui suscite aujourd’hui l’intérêt des entreprises occidentales et asiatiques, le Nigéria doit désormais stabiliser sa situation pour rassurer d’éventuels investisseurs, clé du développement du pays. Une des solutions réside aujourd’hui dans la coopération militaire avec des pays frontaliers tels que le Cameroun.

Mathilde Revert

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