Saint-Siège et Terre Sainte (2/2) : la reconnaissance de la Palestine par le Saint-Siège

Le Saint-Siège est dans une situation complexe face au conflit israélo-palestinien. En 2014, on comptait près de 150.000 catholiques en Israël (latins, gréco-catholiques, maronites et autres Églises rituelles catholiques confondus) et 23.000 en Palestine. Afin d’assurer la pérennité de ses fidèles dans la terre où le Christ vécut, et afin que les pèlerins puissent toujours se recueillir autant à Bethléem (Cisjordanie) qu’au Saint-Sépulcre (Israël), l’Église dut passer des accords avec les Israéliens et les Palestiniens. Tout récemment elle a reconnu l’État palestinien. Revenons sur ces événements.

Vers la reconnaissance…

Le Saint-Siège est depuis longtemps attentif au sort des Palestiniens. Lors du discours de Noël de 1972, Paul VI reconnaît déjà le “peuple” palestinien et ces légitimes aspirations. Symboliquement, Jean-Paul II nomme en 1987 un arabe palestinien à la tête du patriarcat latin de Jérusalem. Ce même patriarche, Michel Sabbah, saura réclamer avec insistance le bien du peuple palestinien. Peu à peu, une relation se crée entre Yasser Arafat et le Saint-Siège. C’est avec l’OLP qu’un accord fondamental est signé le 15 février 2000. Cet accord stipule que les deux parties soutiennent que Jérusalem doit être une ville de gestion internationale et stable et que les autorités s’engagent à protéger l’exercice de la liberté de culte dans le territoire qui leur est confié.

Sur la base de cet accord, les deux parties vont travailler durant quinze années pour établir un nouvel accord plus précis. On note quand même deux moments forts :

  1. La visite du pape François en Terre Sainte et plus précisément le discours du 24 mai 2014 à Bethléem où il évoque “droit de deux États à exister et à jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues”. À cet effet, le pape s’adresse publiquement et directement à Mahmoud Abbas pour parler du prochain accord.
  2. La prière commune pour la paix de Shimon Peres (en fin de présidence), Mahmoud Abbas, le Patriarche Bartolomeos et du pape François dans les jardins du Vatican le 8 juin 2014, malgré son absence de fruits visibles, témoigne du sérieux que le Saint-Siège attache à la question palestinienne.

L’accord en question

L’accord bilatéral du Saint-Siège et de l’État palestinien est donc signé le 26 juin 2014 par Mgr Gallagher, secrétaire pour les rapports avec les États et Riyad Al-Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères. Bien que le sujet de l’accord soit avant tout la vie l’Église en Palestine, il est aussi de facto la reconnaissance officiel de l’État Palestinien par le Saint-Siège. Le Vatican n’est certes que le 136e État à reconnaître la Palestine mais cela n’empêche pas à Israël de rappeler son opposition à cet accord. Le jour-même, le ministre israélien des Affaires étrangères fait publier sur internet ses regrets vis-à-vis de cet accord. Il regrette la reconnaissance de la Palestine comme un État, mais aussi ce qui est exprimé comme allant à l’encontre des prétendus droits du peuple juif sur le pays d’Israël et sur Jérusalem. Le ministre affirme que cette démarche ralentie les négociations directes entre Israël et les autorités palestiniennes en vue d’un accord de paix.

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DR | Signature de l’accord bilatéral par Riyad El-Maliki et Mgr Gallagher le 26 juin 2014.

Parallèlement à l’ONU

L’État de Palestine et le Saint-Siège partagent depuis quelques années le même statut à l’Assemblée Générale des Nations Unis. Ils sont les deux seuls États non-membres ayant le statut d’observateurs permanents. Le Saint-Siège l’est depuis 1964, suite à la visite de Paul VI au palais de verre, tandis que la Palestine ne l’est que depuis le 29 novembre 2012. À ce titre, ils peuvent participer pleinement au débat général, mais ne peuvent pas voter les résolutions.
La récente et symbolique affaire des drapeaux témoigne du niveau de reconnaissance internationale dont jouit la Palestine. Bien que les deux États non-membres aient eu le droit de hisser leurs drapeaux dès le 11 septembre 2015, et que les deux l’aient fait fin septembre, l’attitude du Saint-Siège dans cette affaire fut révélatrice de sa diplomatie. En effet, ce sont les Palestiniens qui demandèrent la résolution autorisant aux États non-membres de hisser leur drapeau. Cette résolution fut co-parrainé par 17 pays arabes, le Vénézuela, le Sénégal mais pas par le Saint-Siège. Le Saint-Siège a simplement dit qu’il ne s’opposait pas au projet mais qu’il s’en tenait à la tradition de ne hisser que les drapeaux des États membres, mais était prêt à accepter toute décision de l’ONU sur le sujet. Il faut noter que l’enjeu d’être reconnu État est secondaire pour le Saint-Siège. Ça notoriété est indépendante de l’existence ou non de l’État du Vatican. L’État du Vatican pourrait disparaître, le Saint-Siège resterait un sujet primaire de droit international. Son indécision sur la question du drapeau trouve ici un facteur d’explication. L’enjeu symbolique est tout autre pour la Palestine qui, elle, aspire à siéger parmi les nations. Le Saint-Siège tente de soutenir cette aspiration sans faire trop de remous diplomatiques afin de protéger ses fidèles dispersés de part et d’autre des frontières.

LOBIT Marc

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