Saint-Siège et Terre Sainte (1/2) : la reconnaissance d’Israël par le Saint-Siège

Octobre 2015 fut encore le cadre de nombreuses violences entre Israéliens et Palestiniens. Les autorités locales de l’Église catholique expriment leur vive inquiétude face à la montée de la tension (cf. 1 & 2). Il semblerait que la jeunesse palestinienne ne soit pas convaincu par l’utilité de rechercher la solution dite “des deux États” (cf. le journal La Croix, 19/10/2015, p. 2). Or c’est cette solution que l’Église Catholique soutient. Profitons en pour revenir sur l’histoire de la reconnaissance de ces deux États par le Saint-Siège, afin de comprendre ce que soutient l’Église. Commençons par le cas d’Israël, reconnu par le Saint-Siège en 1993.

L’ANTIQUE ANTISÉMITISME CATHOLIQUE FACE AU PROJET SIONISTE

Le regard que l’Église catholique porte sur les juifs a énormément évolué au cours du XXe siècle. L’affaire Dreyfus est un bon témoin de la méfiance des catholiques envers les juifs à la veille de ce siècle. On peut aussi rappeler que La Croix s’était autoproclamé “le journal le plus anti-juif de France” en 1890. Si le peuple catholique était largement antisémite, quelques intellectuels catholiques (tel Léon Bloy dans Le Salut par les juifs) et quelques figures du haut clergé commençaient petit à petit à s’ouvrir au judaïsme. Si bien qu’en 1904, Theodor Herzl, fondateur du Sionisme, ose exposer son projet au pape lors d’une audience. Et Pie X de lui répondre :

Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pouvons en aucun cas soutenir cela. […] Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, c’est pourquoi nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif. (Herzl T., Journal. 1895-1904, Calmann-Lévy, Paris, 1990, p. 373-377)

UN REFUS THÉOLOGIQUE DE LA RECONNAISSANCE MALGRÉ LA FIN DE L’ANTISÉMITISME INSTITUTIONNEL

Le Saint-Siège ne reconnut donc pas l’État d’Israël avant les années 90s alors que les pays occidentaux et l’URSS le reconnurent suite à la déclaration d’indépendance du 14 mai 1948. En effet, le Vatican souhaitait garder de bonnes relations avec les pays arabes. Il faut aussi rappeler qu’en 1949, sur les 736 000 réfugiés palestiniens à travers ces pays, on compte 150 000 chrétiens. Ainsi la Terre Sainte se vide peu à peu de sa présence chrétienne bimillénaire à cause de la politique d’Israël. Le Saint-Siège se méfie surtout du statut que peut avoir la terre dans une certaine théologie juive qui pourrait tout justifier. Du côté religieux, l’Église a acquis un regard plus bienveillant pour les juifs. La déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II (1962-1965) et le fait que le Oremus et pro perfidis judaeis soit enlevé de la liturgie du Vendredi Saint, mettent fin plusieurs siècles d’antisémitisme traditionnelle.

LA RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT D’ISRAËL POUR LA SÉCURITÉ DES JUIFS ET CELLE DE L’ÉGLISE EN TERRE SAINTE

Jean-Paul II qui a vu l’extermination des juifs en Pologne, exprimera clairement en 1980 que “le besoin anxieux de sécurité [des juifs] a donné vie à l’État d’Israël”. Sans encore reconnaître l’État, il comprend ses motivations, tout en réussissant à garder de bonnes relations avec les pays arabes grâce à ses positions durant les guerres du Golfe. C’est le besoin de stabiliser le statut des catholiques en Terre sainte qui va définitivement pousser le Saint-Siège à le reconnaître, d’autant plus que la grande majorité du territoire et surtout Jérusalem étaient passées sous le contrôle israélien en 1967. L’accord fondamental est signé en 1993 et marque la reconnaissance de l’État et l’installation d’un nonce apostolique. Cet accord a aussi une portée théologique. Dans son texte même, il met en évidence “la nature unique du rapport entre l’Église catholique et le peuple juif et du processus historique de conciliation et de la croissante compréhension réciproque et amitié entre catholiques et juifs.”

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ET AUJOURD’HUI…

Bien entendu, la reconnaissance ne signifie pas l’approbation complète de la politique étatique. Des désaccords restent : le sort des palestiniens est dénoncé par Mgr Sabbah, les papes insistent sur le fait que Jérusalem doit être un corpus separatum de gestion internationale et stable, l’Église s’insurge contre les courants juifs faisant de la terre d’Israël un idéal presque messianique… Le fait que les écoles chrétiennes luttent actuellement pour garder leurs subventions est révélateur des enjeux concrets de l’accord de 1993 entre Israël et le Saint-Siège.

(suite de l’article : La reconnaissance de la Palestine)

LOBIT Marc

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